LIVRE XVIII
les voies de communication. Les trois voies de fer partant de Naples dans trois directions furent continuées en deçà du Phare; mais en Sicile, rien. Le général Filangieri, investi du gouvernement militaire et plein de bonne volonté, voulait y ouvrir des voies nouvelles pour relever le commerce, fonder des écoles. Tous ses efforts échouèrent à Palerme et à Naples. Tout ce qu’on avait à regretter avant 1848, on le regretta encore. Le roi Ferdinand II, paré pour son hospitalité de Gaëte du titre de Rex piissimus , invisible au fond de son palais, ou ne sortant que pour de longues promenades militaires, devint justement détesté.
Le grand-duc Léopold II aussi, par un décret du 21 septembre 1850, suspendit indéfiniment l’exercice de la constitution du 15 février 1848, prononça sinon des peines de mort, au moins de nombreux exils, étouffa toute indépendance municipale, toute liberté de la presse, et persécuta les cultes dissidents. Incapable de se maintenir avec ses propres troupes en Toscane, il passa avec l’Autriche une convention par laquelle celle-ci entretint un corps de douze mille hommes dans ses principales places. Il fut ainsi réduit à peu près à l’état de dépendance où étaient depuis longtemps les ducs de Parme et de Modène. Les Autrichiens furent maîtres chez lui. Il n’y put faire respecter par eux les étrangers. Si l’Angleterre lui demandait réparation pour injure faite à un citoyen anglais, il s’abritait derrière l’empereur d’Autriche, et méritait qu’en lui demandât si son Etat comptait encore sur la carte de l’Europe. Le cabinet de Vienne visait encore plus loin. Il obtint du grandduc (5 novembre) un traité de poste. Il voulait unir Trieste et Venise à la Méditerranée par un chemin de fer aboutissant à Livourne. Il songeait à conclure avec la Toscane une union douanière. Le gouvernement toscan opposait à ces tentatives d’absorption politique peu de résistance; obéré par les désordres des événements précédents, par la solde des troupes autrichiennes, il ne pouvait même que faiblement travailler à des améliorations intérieures aussi nécessaires en Toscane qu’en Sicile. Les voies de fer se continuaient de Florence sur Pise, Lucques et Sienne.
L'ITALIE. 569
L’instruction publique y faisait quelques progrès. C’était tout.
A Rome l’influence autrichienne et l’influence française se trouvaient aux prises ; le gouvernement français ne prétendait pas avoir envoyé une armée à Rome pour rétablir dans son intégrité le gouvernement clérical et surtout les abus ou les négligences de l’ancienne administration. La cour de Gaëte, de son côté, soutenue par le cabinet autrichien, ne voulait point payer par trop de sacrifices les secours de la France, dont elle aurait même désiré se passer si elle l’avait pu. Les cardinanx délia Gcnga, Vanicelli et Altieri institués comme commissaires le 1er août 1849, dévoilèrent assez maladroitement, dès les premiers jours, les mauvais vouloirs et les méfiances de la cour de Gaëte. Rentrés à Rome grâce à la France, ils se contentèrent dans leur manifeste de remercier le « bras invincible et glorieux des armées catholiques. » Non contents d’annuler tous les actes du gouvernement républicain, ils commencèrent à rétablir tout le vieux système administratif et judiciaire, que Pie IX lui-même avait d’abord voulu réformer; ils instituèrent une sorte d’inquisition contre tous les employés de l’Etat, et exercèrent des représailles fort étendues contre tous ceux qui avaient pris part aux mouvements constitutionnels ou républicains. Les représentations des autorités militaires françaises n’y firent rien. Le président de la république se crut obligé d’adresser un assez sévère avertissement aux conseillers imprudents du saint-siège. « J’apprends, écrivit-il à un de ses aides de camp (M. Edgard Ney), que les intentions bienveillantes du saint-père comme notre propre action restent stériles en présence de passions et d’influences hostiles. On voudrait donner comme base à la rentrée du pape, la proscription et la tyrannie; dites de ma part au général Rostolan qu’à l’ombre du drapeau tricolore on ne commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention. Je résume ainsi le pouvoir temporel du pape : amnistie générale , sécularisation de l’ administration, Code Napoléon et gouvernement libéral. »