‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 3 sur 338 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

de cette dernière évolution de la vie italienne qui a abouti d’une part à la constitution unitaire et monarchique de la célèbre péninsule et, d’autre part, à la suppression de l’État politique de l’Église et à la constitution exclusivement religieuse du souverain pontificat de l’université catholique : deux des changements les plus considérables, accomplis de notre temps, dans l’histoire de la politique et de la civilisation européenne et dont on ne peut encore prévoir toute la portée.

Le plus souvent rivaux puisqu’ils représentaient des principes si différents, et vivant ensuite face à face dans les murailles de la même cité, et de la plus antique et de la plus célèbre du monde, le pape et le roi, Pie IX et Yictor-Emmanuel II, ont les premiers, après une lutte tragique, présidé, plus ou moins volontairement, depuis la conclusion de la dernière révolution italienne, à la pratique pacifique de la paix intervenue et à l’expérience difficile de la coexistence, sur le même sol, de deux pouvoirs longtemps rivaux, dans les conditions nouvelles de leur rapprochement et comme au milieu des derniers remous de la tempête; et ils ont eu cette fortune, due à leur intelligence ou à leur cœur, et à une certaine communauté de sentiments réellement italiens, de garder l’un pour l’autre une sorte d’affection patriotique qui a résisté toujours à leurs discords, sans jamais ni l’un ni l’autre démentir leurs principes opposés, ni trahir la tâche contradictoire que leur imposaient leurs prédécesseurs et les événements contemporains.

Yictor-Emmanuel roi d’Italie a fait de l’expression géographique du célèbre Metternich un royaume uni, jeune, indépendant, qui compte très honorablement, depuis près de vingt ans, parmi les grands États euro-

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péens et il a donné, malgré ses triomphes politiques, l’exemple d’un habile et parfait roi constitutionnel. Pie IX, dans le Vatican, sans défense, soutenu, nourri, encouragé par l’Église dont il est le chef et qui s’est absorbée en lui, a exalté d’autant plus le triomphe mystique de la foi dans sa personne que celle-ci perdait terre, et il a porté à son apogée, dans l’Église et dans le monde, l’autorité indépendante et désarmée du pontificat suprême de la catholicité.

La mort les a enlevés tous deux, la même année (1878), à quelques jours de distance, comme pour les rapprocher et les confondre encore et clore avec eux l’ère de la double révolution à laquelle ils avaient pris une si grande part; et c’est justement que leur mémoire a rencontré de vives sympathies non seulement chez ceux qui ont suivi leurs bannièfes, mais même dans les deux camps opposés.

Pour l’auteur qui, après avoir publié pour la première fois, en 1852, cet ouvrage, a pu le continuer, au fur et à mesure des événements, dans les deux éditions suivantes de 1866 et de 1876; qu’on lui permette de dire, en le complétant encore dans cette quatrième édition, que, témoin toujours intéressé et impartial d’une des histoires les plus émouvantes, dont il a retracé ailleurs en plus de détails les périodes les plus importantes, il a été heureux de voir s’accomplir les destinées d’un pays auquel il a toujours été sympathique, sans trop nuire au prestige d’une religion qui, à différentes époques, a contribué aussi au développement de la civilisation italienne et de la civilisation européenne et qui, à ce titre, ne saurait laisser un historien indifférent.

J. Zeller.

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