LIVRE XX
sible en France, A. Thiers, tomba, pour faire place au maréchal Mac-Mahon (24 mai 1873), le gouvernement italien crut devoir se préoccuper de la possibilité d’une restauration monarchique française hostile peut-être en Italie aux faits accomplis.
Le roi Victor-Emmanuel II saisit l’occasion d’une Exposition universelle dans la ville de Vienne, pour répondre à l’invitation qui lui avait été adressée par le souverain d’Autriche-Hongrie, François-Joseph, son ancien adversaire. Le 20 septembre, François-Joseph passa à Vienne avec son royal hôte une solennelle revue de l’armée autrichienne, au grand chagrin du Vatican. De là Victor-Emmanuel se transporta, le 22, à Berlin, dans la capitale du nouvel Empire germanique, auprès de l’empereur Guillaume, où il fut reçu avec le même empressément par la cour et presque avec le même enthousiasme par la population.
Il ne tint pas au souverain d’Autriche-Hongrie et à l’empereur d’Allemagne surtout que le roi d’Italie ne se laissât entraîner par les puissances du Nord dans des compromissions hostiles aux deux grandes puissances occidentales. Le gouvernement français, en 1874, pour complaire à l’Italie, rappela le navire 1 ’Orénoque, laissé depuis 1871 en vue de Givita-Vecchia, comme une dernière protection pour le Pape. Les deux souverains du Nord redoublèrent de courtoisie. François-Joseph, le premier, rendit au roi Victor-Emmanuel, à Venise, la visite que celui-ci lui avait faite à Vienne, 5 avril 1875, quinze jours après que la vieille cité des lagunes avait inauguré la statue du célèbre dictateur de son héroïque défense, Daniel Manin. La même année, en automne, 18 octobre, l’empereur d’Allemagne fut reçu à son tour par le roi d’Italie à Milan. Le restaurateur contemporain du vieil empire germanique fut acclamé avec enthousiasme par les descendants de cette antique et glorieuse cité républicaine dont un de ses prédécesseurs, Frédéric Barberousse, sept siècles auparavant, avait fait brûler les maisons et raser les murailles jusqu’au sol. Ges témoignages d’estime courtois, en faisant prendre rang à Victor-Emmanuel II au milieu des grands souve-
PIE IX ET VICTOR-EMMANUEL II
rains, le consolaient alors de la chute de son fils Amédée, un instant roi d’Espagne.
Quelques imaginations, plus faciles à oublier qu’à se souvenir et à s’exalter qu’à réfléchir, voyaient dans ces honneurs le gage de l’union indissoluble de l’Allemagne et de l’Italie, de la patrie du prince de Bismarck et du comte de Gavour. Le roi Victor-Emmanuel, dans sa finesse recouverte de bonhomie, fut le seul peut-être à ne point trop se laisser emporter. Dans l’ardeur de sa lutte (Kulturkampf) contre les catholiques allemands, dont l’opposition cachait parfois les ressentiments des autonomies provinciales, le chancelier de l’Empire germanique, prince de Bismarck, en 1875, cherchait à peser sur le roi, pour l’entraîner à poursuivre jusqu’aux extrémités sa victoire, contre l’hôte du Vatican. Le premier roi d’Italie trouva dans sa prudence clairvoyante, en même temps que dans son amitié pour Pie IX, le courage de résister; et quand, la même année, des pensées d’attaques, dont on saura plus tard le secret, excitaient la Prusse contre la France, l’Italie elle-même, ramenée au sentiment pratique des choses, fut moins tentée de se rappeler que, pour être ce qu'elle était, elle avait dû se séparer de la Savoie et de Nice, que de s’effrayer de la possibilité de nouveaux bouleversements en Europe, qui auraient pu la mettre elle-même en péril.
En 1876, et dans les commencements de la crise et de la guerre orientales, qui mit aux prises la Russie avec la Turquie, la politique italienne observa, pour complaire suKtout à l’Empire d’Allemagne, une neutralité bienveillante pour la Russie, qui ne contribua pas peu à maintenir l’Autriche dans l’incertitude et ne laissa pas que de mécontenter l’Angleterre. Accoutumée à voir tourner à son profit, depuis quelque temps, tous les événements, elle s’en repentit, quand elle vit qu’elle n’avait rien gagné soit à la guerre, soit à la paix, ni sur les côtes africaines qu’elle regarde, ni dans le Tyrol italien ou la Dalmatie, au nom de Vltalia irredenta , Y Italie non rachetée.
Fille de la révolution du xixc siècle, l’Italie nouvelle