LIVRE XX
n’a à se défier que des puissances du Nord, et de la plus redoutable de toutes, de l'Empire d’Allemagne, enfanté par la réaction de l’absolutisme monarchique en Europe. Celui-ci ne se prête aux projets d’agrandissement de ses voisins de la Russie et d’Autriche que pour justifier les siens, et il ne poursuit cette alliance des trois empereurs, plusieurs fois abandonnée et reprise, que pour mieux étouffer, comme autrefois, la liberté chez eux et l’indépendance chez les autres États de l’Europe. Le nouveau royaume italien est en Europe un gage d’équilibre en même temps qu’une promesse de paix, l’un des gardiens en Europe de la liberté politique et de l’indépendance nationale, qui ont été en Italie ajoutées enfin comme de derniers bienfaits aux qualités de génie et à la beauté même qui lui avait été si longtemps fatales.
La direction éclairée d’un peuple sorti d’une longue servitude, la bonne administration des finances, le développement des richesses naturelles du sol et des produits de î industrie des habitants, l’organisation d’une armée forte et disciplinée, d’une marine puissante et exercée, le règlement définitif des rapports de l’État nouveau avec la papauté, étaient à l’intérieur l’œuvre à poursuivre par le gouvernement constitutionnel. Même après la fin d’une si longue crise, le fonctionnement régulier de la constitution pouvait n’être pas toujours facile. L’abstention des vieux partis et l’indifférence, même dans un corps électoral censitaire, rendaient souvent les comices plus déserts que pendant la lutte. Les luttes, bornées à un petit nombre d’hommes, n’en restaient pas moins vives. En condamnant les ministères à de fréquents changements, cela n’a pas arrêté cependant le jeu des institutions. Le roi a su toujours se tirer des difficultés. Après avoir longtemps gouverné avec la droite, puis avec les successeurs et les héritiers de Gavour, en 1876, il prit deux fois son ministère daus la gauche, qui passait pour républicaine, et parmi les amis de Garibaldi, sans qu’il y eût péril pour la monarchie. Il y avait longtemps que Gavour avait dit du roi : « Le roi nous laisse aller, et quand nous pataugeons bien.
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d’un seul mot il indique le joint, et c’est toujours ce qu’il faut. » !Sous cette habile direction, le royaume effectua des progrès réels. L’administiation unitaire se fit accepter dans tout le royaume, quoiqu’elle ne parvînt pas à toutes ses fins, surtout dans le midi, où l’impôt se recouvrait difficilement, et où le brigandage, la Maffia, surtout en Sicile, n’avaient pas complètement disparu. L’Italie vit rentrer Mazzini, dont le retour fut accueilli avec enthousiasme comme celui d’un homme dont les plus violents desseins mêmes n’avaient pas été inutiles à l’œuvre commune. Il put, sans péril pour la cause publique, vivre et mourir à Rome. Le roi laissa aussi voter une récompense nationale à Garibaldi, dont il avait su si bien se servir et se débarrasser toujours à point. Il y a en Italie, grâce à un sens politique aussi prudent que fin, une sorte de modus vivendi , facile et convenu, tout de sentiment et d’instinct, entre les partis, qui est propre à conjurer les conflits fâcheux et quelquefois même les grands périls.
Grâce à cette paix, l’Italie put entreprendre et mener à bonne fin plusieurs améliorations difficiles. Son armée a été réformée sur le modèle prussien ; elle s’est donnée une armée territoriale et une réserve, et, à cette occasion, ceux qui se destinent à l’état ecclésiastique ont été soumis au régime militaire. La marine, renouvelée en partie, a depuis Lissa fait des progrès. La plupart des chemins de fer projetés ont été continués ou achevés. Le commerce extérieur a augmenté. Il a fallu, il est vrai, surélever les charges des contribuables; l’impôt sur le revenu ( richesza mobile ) a été inauguré; celui delà mouture ( macinata ) a été rétabli et étendu à toute la péninsule. La vente des biens ecclésiastiques a continué quoique avec quelques difficultés, sans combler encore les déficits annuels d’un budget de plus de 1 milliard 600 millions. La réduction de la rente, l’émigration de l’or et de l’argent, le cours forcé du papiermonnaie, ne diminuaient pas encore. La justice, l’instruction, ne faisaient toujours que quelques progrès; les municipalités les plus importantes, celles de Florence et de Naples, tombaient dans la gêne. Il ne s’en faut point éton