LIVRE XX
successeur, quand, dans la nuit du 5 au 6 janvier, au Quirinal, ii ouvrit la fenêtre de sa chambre à coucher et respira l’air mauvais et humide du jardin. Une fièvre ardente le cloua dans son lit. Le 8, son médecin lui annonça sa fin prochaine. Le pape Pie IX, apprenant la future catastrophe sur son lit de douleur, envoya à l’aumônier du roi les pouvoirs nécessaires pour administrer à celui-ci sans condition, dans l’ancien palais des papes, les derniers sacrements de l’Église au milieu de laquelle il était né et avait vécu. Le 9, à deux heures et demie, le souverain qui avait fait l’Italie une, mourait au milieu des siens, à l’âge de cinquante-huit ans, méritant de Pie IX cette oraison funèbre : « Il est mort en chrétien, en roi et en galant homme. » Les restes du premier roi d’Italie furent transportés, avec le concours du clergé, et au milieu d’un concours immense de peuple et de députations des villes italiennes, à Sainte-Marie-Rotonde, l’ancien Panthéon d’Agrippa, en terre bénite.
Quelques jours après, le 4 février, après s’être levé pour une cérémonie religieuse, Pie IX reprit définitivement le lit. Le 7, au matin, les ambassadeurs accouraient au Vatican, la foule arrivait au dehors. A une heure, on commençait les solennelles prières de la recommandation de l’âme et, à l’heure de Y Angélus, l’ancien pontife-roi expirait. Le surlendemain, le corps fut exposé à Saint-Pierre, toutes cloches sonnantes, et la foule était telle, que la curie demanda l’aide d’un bataillon de l’armée italienne pour maintenir l’ordre et conduire dans l’église de Samt- Laurent-hors-des-murs l’illustre mort.
N’était-ce pas remarquable que, dans la même ville, en si peu de temps, au Panthéon comme à Saint-Pierre de Rome, sous la robe du prêtre comme sous l’uniforme du soldat, au milieu de cet air imprégné de la gloire des héros du monde et sur ce sol pénétré du sang des martyrs de la foi, tant d’esprits et de cœurs, séparés par la fatalité des événements dans l’Eglise et dans l’Etat, confondissent leurs chagrins et leurs regrets, comme en un deuil commun ? Et ce deuil n’était-il pas justifié par la perte de ces deuxlta-
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liens du xix* siècle, qui n’étaient pas restés au-dessous de la tâche que le temps leur avait imposée : l'un, de rendre son autorité, temporelleraent déchue, plus religieusement puissante dans l’Eglise agrandie ; et l’autre, de faire l’Italie délivrée, libre, une et puissante, au milieu des États indépendants de l’Europe? Cette double tâche à continuer revenait maintenant à leurs successeurs : au roi d’Italie Humbert I“r et au pape Léon XIII.