‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 321 sur 338 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

Emmanuel refusa môme de consentir à la présentation d’une loi « contre les abus du clergé », et, peut-être, contre sa liberté. En revanche, la dernière année du pontificat de Pie IX, le père Gurci, jésuite, mais jésuite italien, dans un livre qui fit du bruit, s’efforça de préparer le terrain, sinon d’une conciliation, au moins d’une certaine entente pacifique entre la royauté italienne et la papauté spirituelle. On voyait alors souvent en Italie des images populaires qui représentaient dans le même cadre le roi Victor-Emmanuel, Pie IX et Garibaldi, la Royauté, l’Eglise et la République. Cette image est tout à fait italienne. La mort et les funérailles rapprochèrent encore plus et confondirent presque le premier roi d’Italie et le dernier pape-roi de Rome.

Le descendant d’une des plus antiques maisons souveraines de l’Europe et le fils d’un petit gentilhomme de Sinigaglia avaient chacun, dans un corps également robuste mais avec une physionomie bien différente, des points communs de cœur, de caractère et d’esprit. Ils aimaient tous les deux passionnément l’Italie, quoique d’une façon fort opposée ; et ils étaient sincèrement religieux, un peu superstitieux même, quoique à des degrés fort inégaux. Tous les deux d’habitudes simples, point prodigues, ils gardaient un singulier mélange de bonhomie et de finesse ; également modestes, généreux, doux et spirituels, le roi avait une activité physique infatigable, et l’imagination mystique du pape était toujours en travail. Victor- Emmanuel aimait la guerre, et le pape se plaisait à la lutte. Emportés tous les deux et jetés face à face par deux courants contraires, Victor-Emmanuel sans grande ambition personnelle, quoique d’une race ambitieuse, a détrôné, dépouillé des rois, un pape, au profit d’une nation : l’Italie. Fougueux et volontaire par tempérament, fait pour la guerre, peu pour la diplomatie, il a presque toujours été vaincu en bataille rangée, malgré sa vaillance, et il est toujours resté victorieux dans sa politique intérieure et extérieure. Tendre et bon, Pie IX est devenu intraitable et violent dans la lutte ; humble de cœur, dès qu’il a cru l’Eglise attaquée dans sa personne, il s’est exalté, vénéré

PIE IX ET VICTOR-EMMANUEL II

avec sincérité dans son pouvoir ; et il a élevé sa personne, la papauté même au-dessus de l’humanité. Victor-Emmanuel a toujours eu foi dans l’Italie, il s’est cru l’Italie même, et il l’est devenu. Pie IX, luttant toujours et ne cédant qu’à la violence, a puisé dans ses malheurs mêmes une constance inébranlable qui l’a soutenu et lui a fait voir, dans l’exaltation même de sa personne, le triomphe de l’Église. Le roi a fait d’une nation esclave et dépendante, d’un des pays les plus anciens de l’Europe, morcelé pendant des siècles, un royaume jeune, libre, indépendant, uni, qui compte honorablement parmi les plus anciens et les plus jeunes Etats européens. Pie IX, dépouillé de son État et portant à son apogée l’antique puissance papale, a laissé après lui une autorité plus incontestée, plus complète, dans l’Eglise et chez les fidèles qui se groupent autour du Vatican, quoique plus contestée dans le monde.

Au commencement de l’année 1878, après avoir vu mourir les précurseurs, les collaborateurs de sa cause, les d’Azeglio, les Cavour, les Mazzini, le roi, entouré d’enfants nombreux, toujours plus volontiers, comme chasseur piémontais, sur les sentiers des Alpes que dans Rome, était, dans la force de l’âge, envahi cependant par une certaine mélancolie qui ne paraissait pas trop concorder avec sa robuste nature. Pie IX avait survécu à tous ses frères et sœurs, vu mourir dans un âge aussi avancé bien des amis et des ennemis. La mort du cardinal Antonelli, son ministre assidu depuis vingt-sept ans, à la fin de l’année précédente, l’avait affecté d’autant plus qu’elle avait été une cruelle déception. Si le pape avait la même confiance, il n’avait plus la même douce gaieté. Privé de la faculté de se mouvoir dans les derniers mois : « Je suis une voix, disait-il, vox clamantis in Vaticano. »

Victor-Emmanuel passait la fin de l’année 1877 et le commencement de l’année 1878 à Rome pour les réceptions du jour de l’an. Là, faisant chercher avec une affectueuse sollicitude des nouvelles du vieux pontife alité, il dictait les mesures nécessaires pour prendre le deuil et assurer la liberté du conclave appelé à donner à celui-ci un

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