‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 59 sur 338 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

le commencement d’une domination qui dura trois siècles et qui donna lieu entre le saint-siège et l’empire, l’Italie et l’Allemagne, à la plus grande et à la plus universelle lutte de l’époque du moyen âge.'

Avant même d’avoir forcé dans sa dernière retraite le dernier roi, Otton avait déjà montré aux Italiens qu’il prenait au sérieux le titre d’empereur. A peine Otton avait-il eu le dos tourné, que Jean XII, injurié par les Romains et pressentant déjà un maître trop puissant dans le roi de Germanie, intriguait en faveur du roi déchu. Le nouvel empereur marcha aussitôt sur Rome, assembla un concile composé de ses créatures et qu’il présida luimême. C’est là qu’il donna, en vertu de son pouvoir impérial, le premier exemple, bien dangereux pour la chrétienté, de faire déposer un pape. Jean XII n’était pas de sa personne fort recommandable. On l’accusa ridiculement d’avoir bu à la santé du diable et d’avoir invoqué Jupiter, Mars et Vénus, ces démons; puis on le déposa; mais n’était-ce pas doubler le pouvoir déjà absolu du César tudesque que de lui soumettre toute l’Église dans son chef? Les Romains, mécontents qu’Otton eût désigné luimême le successeur de Jean rappelèrent le pape déchu et firent cause commune avec Bérenger II toujours indompté. Otton traita rudement cette mobilité italienne qu’il ne comprenait pas, « dispersa les colombes d’Italie avec ses éperviers allemands », ruina, incendia, dévasta ( fanditus ) les environs de Rome, envoya Bérenger finir ses jours à Bamberg, en Allemagne , restaura son pape Léon VIII dans son pouvoir, déposa tous les évêques et comtes qui s’étaient montrés ses ennemis et se mit en devoir d’affermir son pouvoir dans la péninsule.

Le duché de Vérone et de Frioul, voisin de l’Allemagne, donné à son frère, le marquisat de Montferrat, à son gendre, Almaran, celui de ModèneetReggio, à un seigneur italien dévoué, Albert Azzon, protecteur d’Adelhaïde, qui fit souche dans la province , la confirmation et l’augmentation surtout des immunités accordées aux saints patrons des villes, c'est-à-dire aux évêques, donnèrent à l’autorité

d’Otton des fondements solides. Il mit le comble à sa puissance dans son second voyage en Italie de 966. Les Romains ne voulaient pas reconnaître le nouveau pape qu’il avait fait nommer, Jean XIII. Il fait pendre à la statue de Marc-Aurèle le préfet de la ville et exécuter douze de ses tribuns en application, disait-il, des lois de Théodose et de Justinien. Mais en revanche, il ordonne de couronner comme son successeur, en 967 son fils et celui d’Adelhaïde, Otton II. « Malheur à toi, Rome s’écrie un contemporain, tu as été prise aussi par le roi Saxon, ton peuple est tombé sous son glaive, il t’a pillée et incendiée, et ses soldats emportent ton or et ton argent dans leurs bourses. » Il ne manquait que le midi de Tltalic à Otton le Grand. Il envoya donc une ambassade à Constantinople, afin d’obtenir une princesse porphyrogénète pour Otton II avec le midi de l’Italie en dot; mais on le persifla à la cour byzantine, et, sur le refus que lui fit l’empereur Nicéphore d’une de ses filles pour son fils aîné il ravagea le territoire grec jusqu’à ce que Jean Zimiscès’ après Nicéphore, lui eût accordé sa fille Théophanie, c’està-dire des prétentions sur le reste de la péninsule. L’Italie avait trouvé un maître qui pesait de près sur elle, et non une idole qu’elle croyait pouvoir adorer de loin.

Cette domination cependant tenait évidemment à la puissance et même à la présence du maître. La longue absence du successeur d’Otton le Grand, Otton II (973), persuada aisément aux Italiens qu’ils pouvaient se rendre ce joug léger, et ils commencèrent d’autres querelles. Le saint-siège n’avait repris ni son pouvoir temporel ni sa considération. Donnant l’exemple de renoncer au système byzantin des troupes soldées, les papes au moins inféodaient leurs propres domaines pour défendre leur pouvoir et dompter les autres vassaux des environs de Rome; dans les villes, ils nommaient les comtes chargés de rendre la justice. Mais, malgré leur opposition, l’archevêque de Ravenne les imitait dans la Romagne. Tous les deux semblaient se rencontrer en cela qu’ils remplaçaient la puissance de l’ancien duc de Spolète dans cette partie de l’Italie. En

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