LIVRE VI
Lombardie, une autre lutte commençait. Les prélats do la Lombardie, de Milan, de Parme, de Bergame, Verceil, ' Crémone, qui avaient autour d’eux des vassaux dans les campagnes, cherchaient à y supplanter la puissance des comtes et marquis et réussissaient souvent à faire accepter leurs prévôts ou vicomtes par les bourgeois dans les villes. En revanche, tandis que les petits comtes se réfugiaient sur les crêtes des Alpes ou des Apennins, les seigneurs laïques, même les nouvelles créatures d’Otton le Grand, le marquis de Vérone, seigneur tout allemand, qui unissait l’Italie à la Carinthie, aussi bien que l’ancien marquis d’Ivrée, qui avait conservé les défilés des Alpes occidentales , le marquis de Montferrat, créé par Otton, celui de Modène et de Reggio, aussi bien que l’héritier du duché de Toscane, affectant l’indépendance des anciens ducs lombards ou carolingiens, tentaient de restaurer cet antique pouvoir, moins cependant dans l’intérêt de l’Empire que dans leur propre intérêt; et une autre anarchie commençait.
Le court séjour d’Otton II en Italie, après sept années d’absence (980), parut encourager les espérances de la féodalité ecclésiastique contre la féodalité laïque. Couronné à Pavie, le jeune Empereur octroya à la plupart des évêques de Lombardie le droit d’entourer leurs villes de murs et de recevoir tous les services militaires, prestations en nature et taxes pour entretenir les ponts et les routes dans leurs diocèses. A Rome, il se conduisit autrement. La ville répugnait encore à un pape de son choix, Benoît VII; il intronisa de force celui-ci, fit massacrer dans un banquet plusieurs barons romains et renouvela son couronnement en présence d’Hugues Capet, roi de France, et d’un roi de Bourgogne. Il avait comme une cour de rois. Mais il était venu surtout pour faire valoir ses réclamations sur le midi de l’Italie qu’il prétendait tenir en dot de sa femme.
Quelques Italiens furent favorables à ses projets. La ville de Pise, déjà la plus commerçante de la Toscane, au milieu du delta fertilisé de l’Arno, mit volontiers à son service ses nombreuses et agiles galères. Pandolphe Tèto de Fer, qui avait réuni sous son pouvoir l’ancien duché
do Bénévent, joignit ses troupes aux siennes. Otton s’empara d’abord aisément de Tarente et s’avança dans la Calabre ultérieure. Mais il fut surpris à Basentcllo par les Grecs et les Sarrasins réunis, vit mourir autour de lui « la fleur de la blonde Germanie », s’enfuit et tomba entre les mains d’un pirate grec. Celui-ci ne voulait le rendre à l’impératrice que sur une forte rançon. L’Empereur pour ne pas payer se jeta à la mer, atteignit le rivage à force de bras et mourut peu de jours après des suites de cette imprudence , en 983.
La minorité du jeune Otton III, longtemps menacée en Allemagne, n’était pas faite pour rendre plus gênante la domination allemande. Les Italiens mirent à profit ces circonstances favorables.
Les évêques de Lombardie, il est vrai, parurent travailler pour l’Empire qui les favorisait en continuant à contrecarrer les comtes et marquis plus indépendants. Mais, à Rome, il se passa quelque chose de nouveau. Les barons et le peuple reprochaient au saint-siège d’avoir appelé l’étranger. Pour échapper à sa domination, ils rêvaient de constituer la capitale de la chrétienté en république. Cet état était toujours resté cher aux Romains; leurs préfets et leurs tribuns, croyaient-ils, annuleraient le pouvoir du saint-siège. Un certain Crescentius, qui passait pour un petit-fils de Théodora, leur avait alors inspiré ces idées. Après s’être emparé du château Saint- Ange, il prit en effet la dignité de patrice et consul de la cité, et tint le pape Jean XV éloigné de Rome jusqu’à ce qu’il se fût soumis à son autorité et à sa constitution municipale. C’était le temps où, à Venise, le doge Urséolo II se faisait prêter hommage par les villes de Trieste, de Trau, Spalatro, Raguse en Ûalmatie, et, avec les vaisseaux réunis de ces villes, assaillait et domptait les biarentins. Politique habile, qui soumit à la république presque toute la côte orientale de l’Adriatique, en même temps qu’elle imposa respect au marquis de Vérone. Les Grecs à la même époque dansle Midi profitaient de ladissoiution du duché de Bénévent en trois petites princi-