‹ Histoire romaine de m. B. G. NiebuhrChapitre 13 sur 14 · XX · texte numérisé non relu

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pour les grandes actions ; il était Grec et connaissait peu les détails de l'administration romaine i toujours encore il oppose le sénat au peuple; mais quand il n'est question que de faits particuliers, il suit des récits qui méritent toute notre attention. Il ajoute que les dépenses, ainsi que celles de la route, furent immenses, et qu^Appius y employa tous les revenus^ de la république. On serait plus disposé à croire que le produit de là dîme, des péages et des impôts, n'y aurait pas suffi (la capitation, était destinée à la caisse militaire), et que de pareils travaux rendirent nécessaire la vente des domaines, comme aujourd'hui on a recours à des emprunts. Il faudrait donc étendre à l'avenir le sens- des paroles de Diodorej il ne doute pas que l'on n'ait employé des prisonniers de guerre, concurremment avec les ouvriers salariés.

On rapporte à la censure d'Appius une légende bien connue : jusque-là, la gens Potitia et la gens Pinaria pratiquaient le culte d'Hercule d'après les instructions que le demi-dieu avait données à leurs aïeux. Appius, dit- on, leur conseilla d'instruire à ce servièe des esclaves publics; dès qu'on eut suivi ce conseil, cette noble race, qui comptait trente hommes adultes , et composait douze familles, périt, et Appius devint aveugle. Ces légendes en général ne regardent pas de si près à la chronologie, et si la gens Potitia s'éteignit, quoiqu'elle fut encore aussi

( 4^9 ) nombreuse , il fâttt l'attribuer, sans cloute, à la grande peste qui exerça ses ravages quinze à vingt ans plus tard. Il est plus important de bien savoir ce qui rendit Appius si coupable aux yeux des dévots. Les deux maisons dont nous venons de parler, se conformaient, sans doute, pour le culte d'Hercule à des cérémonies grecques, comme les Nauûens le faisaient pour- celui de Minerve : c'étaient des rites de famille, do0t la religion romaine ne s'inquiétait pas. Les calamités de la guerre samnite avaient fait naître l'idée de consulter l'oracle de Delphes, qui, fidèle à la coutume de faire adorer les divinités grecques selon les mœurs grecques^ aura répondu d'honorer ainsi le plus héroïque des héros. Cependant on ne donnait àejlamen à aucun dieu étranger; si les Potitius lie se chargèrent pas eux-mêmes d'accomplir les cérémonies pour l'État, ou si cela ne leur fut pas permis, on ne voit pas qu'on ait pu prendre d'autre parti que de recevoir d'eux des instructions : autres ment il aurait fallu faire venir un prêtre grec, comme Calliphana de Velia. Il se pourrait que la Pythie n'eût rien de mieux à répondre : on se rappelle qu'à l'occasion d'une peste, elle conseilla de faire venir Esculape d'Épidaure. Il est vraisemblable qu'au moyen de tous ces Oracles, les Grecs cherchaient à relever leur nation aux yeux des Romains; on en eut un exemple de plus dans les désastres de la guerre samnite, après Caudium peut-être, ou après

Lautulœ. Le sénat fît interroger Toracle cle DelpKes. Apollon ordonna d'ériger une statue au plus sagei et une au plus vaillant des Grecs; le sénat fit placer dans le comiiium celles de Pythagore et d'Âlcibia* de53o. L'événement n'ayant pas prouvé que l'oracle ait été bien compris, Pline épilogue sur ce choix. Il est naturel qu'il préfère Socrate; mais il n'était pas un Grec d'Italie (et ce sont ceux-là que l'on consultait, car ils instruisaient quiconque à Rome savait quelque chose sur la Grèce), il n'en était pas un, disons -nous, qui ne regardât Pythagore comme le plus grand des sages. Il y eut plus de latitude dans le choix du plus vaillant; mais si le courage ne consiste pas seulement dans le mépris de la mort, s'il y faut comprendre les qualités du grand général, celles précisément dont Rome avait alors le plus besoin , on ne pouvait faire un meilleur.choix, du moins pour les temps historiques : je ne parle pas d'Aristomène, qui est d'un autre ordre de choses. Pour leur malheur, les Grecs d'Italie n'eurent point de part dans ce choix.

Une opinion générale, mais tout-à-fait erronnée, c'est que la littérature grecque, avant qu'il se format chez les Romains une littérature d'imitation, leur était inconnue, ou qu'ils la dédaignaient, comme le firent les Arabes et les Turcs , avant d'en avoir des

."o Pline, H. iV., XXXIV, la.

(45i) traductions. Il y a une forte raison en faveur de l'opinion contraire, c'est la connaissance intime qu'ont de la poésie grecque les peuples qui habitent des deux côtés de la ville; connaissance qui se révèle dans tous leurs ouvrages d^art. Les théâtres de Tusculum et de Faesules^^^ nous en donnent la certitude : ce sont des édifices dont l'antiquité est manifeste, quoiqu'on ne puisse leur assigner de date précise^^a, A. quoi eussent servi ces théâtres, si l'on .n'y eût représenté des traductions ou des imitations de tragédies grecques. Les censeurs romains, il est vrai, résistaient à l'influence grecque, et jusqu'à la guerre des Marses, la littérature, qui était bien plus

53» Il n'j a que l'ignorance populaire qui puisse qualifier celui de Facsules d'amphithéâtre. L'un et l'autre sont établis sur le penchant d'une haute montagne ^ comme^dans les villes grecques où c'était possible. Il n'j avait point de place alentour pour des colonnes, et de tous les sièges on jouissait de la vue la plus étendue sur le pajs de Tusculum jusqu'à la mer.

^3a Le théâtre de Fsesules est du stjle étrusque le plus élevé ; il est adhérent à un édifice qu'on j a bâti. Le hasard en mit un angle à découvert pendant l'été de 1816. On n'a pas eu la curiosité de pousser la découverte plus loin. — Celui de Tusculum a presque disparu de nouveau sôus les décombres ; mais d'après le récit d'un témoin oculaire, lepiédestal qui portait autrefois une statue de Fulvius Nobilior, était dans l'orchestre, où on l'avait mise plus tard, quoique visiblement fort ancienne , ainsi que l'inscription , elle eut clé sans doute érigée de son vivant.

flbrisftante dans les villes latines, c^est-à-cliré, cliez les alliés italiques, que dans la capitale, fut plutôt grecque que nationale. L'opposition des censeurs n^avait pour objet que de combattre une tendance outrée à. échanger les mœurs des ancètreà contre des mœurs étrangères. Si la mythologie grecque eût été inconnue à Rome, comment Livius Andronicus aurait-il pu mettre sur la scène des fables grecques, et par là gagner la faveur du sénat et du peuple? Milano et Venezia n'eussent jamais été appelées Milan et Venise^ si leurs noms n'eussent été dans la bouche de beaucoup de milliers d'individus ; les modifica« tions semblables d'autres noms, Argi pour Argos^ Melo pour Nilus, et dans le's mythes Latona, Hercule, Ulixes, Alumentus, Catamitus, démontrent que ces noms s'étaient fixés dans la langue vivante, qu'ils se conservèrent quand on commença à les écrire, et qu'il ne changèrent que quand l'élément ^national céda partout à la civilisation de l'étranger. A Tarente , L. Postumius n'eut pas besoin d'interprète; mais il s'en fallut de beaucoup qu'il parlât le grec comme ce Lucain dont le discours, exempt de défauts, excita l'admiration du peuple de Syracuse. On rit de ses fautes de langue, mais il se fit comprendre, et, sans doute, si on l'avait choisi, ce n'était pas qu'il fut artiste de paroles, c'était parce que la conquête de Vénusie devait avoir répandu la terreur de son nom dans ces contrées. Le surnom

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de Sophus, que portait P. Sempronius, lui venait soit de Grecs, soit de compatriotes ; il lui fut donné parce qu'il était sage à la manière des Grecs, et le surnom de Q. Publilius est aussi dû a des relations avec les Grecs. Il est vrai que beaucoup plus tard on voit G. Sulpicius Gallus^^^ préférer la science de Pythagore, quand déjà on pouvait étudier celle de la. Grèce; mais elle avait peut-être une grande affinité avec celle de TÉtrurie, et les Romains ont

^ pu la connaître de bonne heure.

Le hasard ne sera donc pour rien dans la ressemblance découverte par Panaetiu» entre un poème d'Âppius Glaudius et les poésies de Pythagore. ^'4 Cicéron ne connaissait ce poème que par ce Grec;

. actif et toujours occupé, élevé à 1» manière des Grecs, il était plus qu'indifférent aux choses locales. Néanmoins cet ouvrage d'Appius n'était pas perdu; où l'avait remis en lumière, et même il en est venu jusqu'à nous des fragmens qu'il ne faut pas dédaigjier^^-**. Cicéron avait lu le discours d'Appius au

533 Pline, jH. iV.,II, 19,

534 Cicéron, TuscuL, TV, 2 (i).

*^*^ Pxiscien, VUI, pag. 792, P.

Amicum cum vides ^ obliviscere miserias; Ami€»s si es commentas^ nec lihens œ^ue.

Car dans le second vers il ne peut guère j avoir inimicus\ — Commenius, TTeTrXeto-iuisvoç. Le second fragment se trouve clan» le faux Salustc^é/^ ordin, rep,, I, i (Festus, i. v. Stuprum). Y. 28

sénat sur Falliance de Pyrrhus, et c'est avec raison, sans doute, qu'il ne lui déplaît pas comme composition oratoire ^^^. Ainsi, dans ces deui: discours, Appius est le plus ancien écrivain romain dont on nobs donne le nom ; cet luonneur n'appartient ni à un étranger ni à un affranchi.

Pendant la censure d'Âppius Claudius^ 4^7 (443)> la plebs résolut de nommer annuellement seize tribuns militaires. Jusqu'alors on n'en élisait que six, les autres étaient choisis par les consuls ou les dictateurs. Il parait, d'après cela, que la levée de quatre légions, était regardée comme l'état normal, et s'il fallait six tribuns par lé^on, il restait encore un tiers des places à la nomination des généraux. En la même année, on décréta l'élection annuelle de deux amiraux, charge dont on ne retrouve plus la trace à l'époque de la première guerre punique,

Cn. Flanus. '

Tant que le calendrier étrusque demeura en usage dans la vie civile, les nundines ou marchés qui attiraient en ville les gens de la campagne, furent les joui^s où les rois donnaient des juges, rendaient la justice et prononçaient, ceux enfin oii4'on pouvait actionner devant eux en vertu des lois^^?. Uy avait

536 Ciccron, Brutus , i6 (6i).

"7 Tom. 111^ pag. 285.

irente-huit de ces nundines, qui, année par année, tombaient toujours sur le même jour du mois. Quand on introduisit Tannée de douze mois , et que Ton jugea convenable de séparer les nundines des jours consacrés aux affaires, le nombre de ces derniers, dits f asti ^ demeura de trente -htdt^SS. ^e qui est , une preuve bien évidente que ce que j'ai dit de l'usage civil de l'année de dix môiç, n'était point un rêve de mon imagination. Désormais ces trentekuit jours furent répartis entre les douze mois, sans qu'on puisse y reconnaître l'observation d'aucune règle certaine. Les affaires allant toujours croissant, on rendit aussi la ^justice aux jours fixés par les comices, quand on n'en tenait pas; on prit même, du consentement des pontifes, quelques heures des jours néfastes, avant le moment de l'empêchement religieux, ou bien quand il était passé. Pour ne pas perdre le temps en courses inutiles et ne pas laisser écouler les délais, il importait donc de bien con* naitr^e quels jours étaient néfastes, en entier, ou en partie , et à quelles heures ils l'étaient ; ceux qui voulaient le savoir, avaient à le demander aux pontifes. Comme ce besoin se reproduisait journellement, on serait tenté de croire que l'idée de rédiger un calendrier d'après ces renseignemens^^g^ yînt

^^ Manutius de dierum raiione, dans les auteurs de Gode/roi.

^^9 La seule difficulté, à ce qu'il parait^ résidait dans les

^ jours des oomices qui étaient ^/i quand il b'j arait pas de

fort anciennement à beaucoup de monde. Mais ce fut Cn. Flavius qui le premier l'essaya , il fit peindre • et exposer au forum, sur* une table de plâtre, un * Cendrier qui indiquait le caractère légal de chaque jour : c'était un présent dont tout le peuple, les plébéiens et les Ubertlniy surent grand gréa son auteur; car il les affranchissait d une dépendance très-onéreuse. Tel fut le bienfait par lequel Flavius gagna tous ses concitoyens. La véracité de cette mention historique ne peut souffrir aucune atteinte du silence que gardent, sur ses legis actionesj ceux qui parlent de sa popularité ^40, Cicéron rappelle le fait, cpmme si ces actionês n'avaient été imaginées qu'après coup par les jurisconsultes, pour enlever aux citoyens le principal avantage de la justice, celui de l'indépendance. Mais cela est entièrement faux : c'est de la part de Cicéron plutôt sarcasme qu'erreur ; en général,* il y a dans son discours pour Murena beaucoup de choses dénaturées à dessein. Ainsi parlaient ceux qui, pour détourner d'une affaire l'examen approfondi qu'elle ne pouvait supporter *4i, n'avaient

comiiium, et ne Pétaient pas dans le cas contraire* Supposons que les pontifes , pour mieux garder leur secret (et c'est ce qu'ils auront fait) , se soient bornés à répondre si l'on pouvait rendre la justice ou non , > sans s'expliquer sur )a nature de ce jour.

^^^ Les citations semient entièrement inutiles.

^4' Prp Murena, c. 11 (vojez le Musée du Rhin^ I, 3, pag. 226 et suiv< Les remarques que M. Niebnlir ayaif corn-

(437) pas de meilleur moyen que de recourir à Tironie et à l'hilarité. Il est évident, par d'autres passages, que Cicéron connaissait fort bien \tjus civile de Flavius. Si. autrefois les legis aciiones n'étaient^ conservées que par la tradition, la collection de Flavius devenait fort importante; car l'autorité qu'elle devait acquérir pouvait prévenir les innovations et les incer* titudes. Mais d'après la nature même des choses, une faute pouvant vicier toute une procédure, l'assis* tance des jurisconsultes n'en était pas moins indispensable. Qu'il devint désormais possible d'acquérir de Inexpérience en droit par la simple attention et la fréquentation du tribunal du préteur, et en dépit du refus des jurisconsultes de commpniquer leur science, je le veux biep, mais cette assertion ne sautait être entendue cQpime un avantage universel. ' Il n'y a nul doute .que dans ce livre les différentesi formules n'aient été transcrites sans aucune exposition de théorie ou de système, et que pour chacune il n'y eût en guise de formule ce qu'Aulus Agerius, Kumerius Negidius et le préteur avaient dit et fait. Pomponius donne ce livre pour un travail d'Appius^ Claudius, soustrait par Flavius. Pline ^4^, autorité d'un grand poids dans» l'histoire romaine, nomme

mimiquécs a ce recueil j composaient <Pabord une note sur ce passage.: eUe devient inutile).

«4» kiv.,xxxin,6. \

(458) nu contraire Appius comme celui qui, par ses conseils ^ détermina Flavius à rassembler les Fastes. U se pourrait donc que la première de ces assertions ne fftt qu'un malentendu fbndè sur la nature des rapports qui existaient entre ces deux personnages* La popularité que Flavius avait acquise et mé>* ritée, lui inspira la confiance de solliciter l'édilité curule. On dit qu'il renonça par serment à sa pro-» fession de gre^r, parce qu'il se voyait assuré du succès, et qu'à raison de son état l'édile qui pré« sidait ne voulait pas recevoir de sugrages pour lui. Cette version était fort accréditée; cependant Macer ^ rejeta, lui qui se connaissait inieux que personne en documens anciens et en sources du Droit public. Il dit qu'avant cette époque Flavius avait rempli des emplois qui n'étaient pas moins incompatibles avec la gestioi^ desaffidres des UberiinL Quoi qu'il en soit, sa nomination fut le triomphe le plus décisif de la action ouvrière, et ce fut aussi )e dernier. Il devint encore plus orgueilleux et plus menaçant, surtout s'il est vrai qu'il fut en même temps élu tribun du ^uple?^?. \jB^ nomination de son collègue fut aussi un triopipbe pour les municipes^ qui nous apparaissent ainsi ligués ^veo les aitisansw Prenesie n'ayant ps le drpit ^ dté, ce fut sans doute par un effet

(459) de rîsopoliûe qu'on Bomma av^c lui Q. AnicîuSt qualifié encore d'ennemi du pays quelques années auparavant ^44. Les candidats vaincus appartenaient à la noblesse plébéienne; c'étaient C Pœtelius, fils de celui qui avait été consul et dictateur , puis un Domitius. ;

* Après une pareille élection, il sembla que le plus pur sang.de la nation n*eût payé la grandeur de Borne qu'au profit d'alliés infidèles et des descen* dans d'ennemis captifb. Elle causa une exaspératioi^ si grande, que la noblesse déposa ses anneaux, tauT dis que les chevaliers renoncèrent aux ornemens de leurs chevaux. Dès- lors, sans doute, la résolution' fiit prise de changer la loi d'élection sans délai et sans hésitation.

Cn. Flavius avait voué un temple à la Concorde, potur le cas où il parviendrait à réconcilier les orr dres avec le peuple^4^. Il est évident que pr peuplé (populus) il {àut entendre ici les gentes; dès-lors )es ordres seraient les plébéiens et les ttibuks. Mais de quelle réconciliation peut-i'l être question? Au lieu d'être réunie à ces iribules (ouvriers), la no^ blesse se trouvait directement offensée : les patriciens, de leur côté, ne devaient pas être moins inquiets; car les parvenus ne voulaient plus être de simples

^ Voyez ci-desnis, pag. 3 18.

H^ Sipopuh nçQmilwftt çrdinet. Pline 1 1. oit«

mstrumens : ils élevaient leurs pareils , ce qui «fa^ bord avait paru impossible. Flavius fut oblige d'accomplir son vœu; dès-lors il faut bien qu'il y ait eu réconciliation. Nous n'en connaissons pas les circonstances ; on ne peut que deviner. Or, la cen^ sure de Fabius et de Decius ayant eu lieu en la même année, je devine ^46 que Cn. Flavius se fit médiateur éntreles siens et les ordres plus élevés : il aura compris que ses qualités l'avaient appelé à une haute position; mais que la règle générale, au moyen de laquelle il y était parvenu, pouvait avoir de funestes conséquences, que l'on avait trop gagné de terrain, et qu'il fallait reculer. Il se sera donc conduit comme Michèle di Lando lors de l'insurrection des Ciompi. Comme un mérite de ce genre n'est jamais reconnu par ceux qui se tiennent satisfaits d'avoir entièrement rétabli l'ancien ordre de choses, il n'y aurait, dans cette hypothèse, rien d'étonnant à ce que le sénat eût refusé l'argent nécessaire à l'accom* plissement de ce vœu; et il est vrai qu'il ne pouvait guère obliger l'État. Il n'est pas surprenant non plus que le souverain pontife se soit refusé à consacrer celte chapelle avec Flavius, lorsque celui-ci eut trouvé, dans le produit des amendes^ les moyens de la construire; il fallul néanmoins cçder, en ce point, à la volonté générale. Ce même peuple or-

*^ fAavTiVOfJbksk

donna, sur la proposition dû sénat, qu'à l'avenir personue n'eût à consacrer un sanctuaire sans l'ordre du sénat ou de la majorité des tribuns. La chapelle était toute entière d'airain , comtne plus tard le temple de Janus.

Les grands se réconciliaient plus facilement avec un étranger, noble dans sa patrie, qu'avec un collègue de basse extraction. Que le premier fût malade, la jeune noblesse le visitait ^ mais quand Flavius vint, on ne se leva point à son entrée. U fit apporter et placer à la porte sa chaise curule, afin que ces jeunes gens le vissent comme ils n'auraient pas voulu le voir, et pendant tout le temps qu'il lui plairait de rester. Tite-Live appelle cela un mémorable exemple de bravade plébéienne ^47 envers l'orgueil nobiliaire; mais la qualité de plébéien n'a que faire ici. C'est la vanité d'une basse naissance en présence des grands, et ce choc d'amour-jtrofre révèle des dispositions qui pouvaient devenir bien dangereuses.

Une chose remarquable, c'est que L. Pison, oligarque du temps des Gracques , ait raconté cette anecdote avec complaisance. ^48 . .

^^7 Ce qu'en cet endroit il appelle phhelk libertas, il Fayaît auparavant appelé coniumacia.

«48 Aulu^Celle, VI, 9.

( ^ FIK DU TOME CIUQUIÈME.

TABLIB

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