‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 14 sur 87 · QUERELLE DES DETTES. S · texte numérisé non relu

QUERELLE DES DETTES. S

patriciens dcYint insolente, et le peuple, qu'on avait ménagé jusque-là, fut en butte aux injures des grands *. L'intérêt exorbitant de 12 pour 100 rainait les pauvres citoyens, obligés de vivre d'emprunt pendant la guerre. Les plébéiens se plaignaient déjà vivement au moment de la ligue latine, et, reftisant de s'enrôler, recouraient d'un consul à Tautre, ou appelaient au peuple. Le sénat avait éludé la loi Valeria en élevant la dictature. Mais cette force ne durait qu'un moment : le mal durait toujours. Quand il fallut se préparer contre les Volsques , on n'entendit que murmures. Tout-à-coup un vieillard paraît dans le Forum , avec des vêtements en lambeaux , pâle , exténué de maigreur : on le reconnaissait cependant pour avoir été centurion ; on se rappelait les récompenses obtenues par sa valeur; on l'interroge avec compassion , on l'entoure , il montre les cicatrices de sa poitrine : « Dans la guerre sabine, sa mé- « tairie a été brûlée, sa récolte détruite, son troupeau enloa vé , l'impôt a été exigé dans cette misérable situation ; il <c a emprunté: l'usure , cumulant la dette, lui a ôté d'abord a son patrimoine, pris tout ce qu'il avait acquis, et, com- « me une plaie dévorante, a gagné son corps. Un créancier l'a « emmené non en esclavage, mais dans une prison, dans une •« torture ; » et il montrait ses épaules meurtries de coups. A cette vue , on se récrie ; le Forum et bientôt toute la ville sont en tumulte.' Les débiteurs captifs encore ou délivrés {neœu vincti solutique) , s'élancent de tous côtés , implorent la garantie des quirites. Partout le peuple se presse et les accueille à grands cris ; les patriciens qu'ils rencontrent i^'échappent à leur fureur que par l'intervention des deux consuls ; la foule montre alors ses fers et sa misère : voilà le prix des services et de tant de campagnes ; elle demande avec menace la convocation du sénat, et en-

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toure le temple pour imposer les décisions. Quelques sénateurs se présentent , les autres sont retenus par la crainte ; mais la fureur augmente par le délai , et une crainte plus forte les amène enfin au sénat. Pendant qu'on délibère, entre les violents conseils d'Appius et la modération de l'autre consul Serviiius , voilà des cavalière latins qui accourent, annonçant Finvasion des Volsques. Le peuple triomphe de joie : « Les dieux vont punir Torgueil des patriciens; c que personne ne s'enrôle ! Que les patriciens combat- € tcnt : à eux la guerre , puisqu'ils en ont le profit. » Le sénat , dans l'effroi , s'adresse à Serviiius. Ce consul populaire, parlant au nom de l'honneur et de la patrie en danger, apaisa les esprits, et défendit par un édit d'enchaîner ou d'emprisonner aucun citoyen, de saisir ou de vendre les biens d'un soldat présent à l'armée , de retenir ses fils ou ses petits-fils. Tous les débiteurs dégagés viennent alors s'inscrire et prononcer le serment ^ On battit les Volsques, on prit leur camp et Suessa-Pometia (195). Les Sabins et les Aurunces furent battus dans la même campagne : le butin distribué soulagea un peu le soldat indigent. Trois colonies, établies à Pometia, Ecetra et Velitraî, débarrassèrent la cité d'une multitude misérable.

Les Romains victorieux retrouvèrent, au retour, les sentences d'Appius et l'esclavage. Ils en appelèrent à Serviiius, invoquant ses promesses. Mais celui-ci, n'osant lutter seul contre les nobles, resta neutre et odieux à tous. Comme il disputait à son collègue l'honneur de consacrer le temple de Mercure , le sénat ayant renvoyé le choix au peuple, et attaché à cette commission l'intendance des vivres, l'institution du collège des marchands et la présidence de leurs sacrifices , le peuple désigna Letorius , un centurion. Cette hardiesse apprit aux nobles à quoi ils devaient dé-

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sonnais s'attendre. Ne comptant plus que sur eux-mêmes , les plébéiens, quand ils voyaient citer un débiteur, accouraient , couvraient de leurs clameurs la sentence du consul , refusaient d'obéir, et attaquaient par représailles les créanciers. Quand revint la nteessité de faire des levées contre les Sabins , nouveaux refus d'enrôlement. Un des mutins , saisi par ordre d' Appius , appelle au peuple ; Appius ne Teût pas voulu souffrir, incapable de céder à la fureur de la multitude, mais le sénat l'obligea de se désister. Un autre consulat succède, et une résistance réfléchie so prépare dans des'conciliabules sur l'Aventin et l'Esquilin. Le sénat et les magistrats, également embarrassés, ne savent que se renvoyer mutuellement des reproches de faiblesse. L'enrôlement étant devenu impossible, on délibère sérieusement. Appius, le véritable chef de la noblesse, s'en prenait à la loi Valeria, qui brisait l'autorité du consulat, et proposa une dictature ; on n'osa pourtant le nommer lui-même. On crut plus prudent de choisir Manius Valcrius , frère de Publicola. Ce nom fit plus encore que l'édit renouvelé de Servilius. On s'enrôla : il était temps ; Volsques, Sabins, Èques, avaient repris simultanément les armes, et les Latins envahis demandaient du secours ou la permission de se défendre. Les légions, partagées entre lo dictateur et les consuls sous ses ordres , furent partout victorieuses. Le dictateur rentra en triomphe , licencia les logions , envoya une colonie à Velitne , reprise d'assaut par un des consuls , et voulait qu'aussitôt on adoucît le sort des débiteurs : on ne l'écouta pas ; il résolut d'abdiquer, mais auparavant il admit quatre cents plébéiens dans Tordre équestre. Les plébéiens comprirent cette conduite, et le dégagèrent des promesses éludées par le sénat en le reconduisant chez lui avec de grands applaudissements. Le sénat comprit aussi cette reconnaissance, et, profitant du serment militaire, il ordonna aux consuls de garder les soldats sous

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les enseignes pour continuer la guerre aux Êqucs. Cette mesure hâta la sédition. On parla d'abord de tuer les consuls , pour se délier du serment; mais un certain Licinius fit adopter un expédient plus commode. On emporta les enseignes, et on se retira sur le Mont-Sacré, à trois milles de Rome , au-delà de TAnio. Là , sans chef, ils se retranchèrent et demeurèrent tranquilles, sans enlever autre chose que des vivres. Grande frayeur dans la cité ; les pléhmens restés et les patriciens se regardaient avec une égale défiance. Malgré les fiers avis d'Appius, on vit qu'il fallait rétablir Funion à tout prix. « Un trait de fable en eut l'honneur; wMenenius Agrippa conla aux réfugiés l'apologue des Membres et de l'Estomac ; ils consentirent à revenir ; ils firent toutefois leurs conditions.

Ils demandèrent , non des garanties pour les débiteurs , mais une magistrature exclusivement plébéienne. Avant de quitter le Mont-Sacré, des comices curiates nommèrent deux tribuns, Licinius et Albinus , qui se choisirent pour collègues Sicinius Bellutus, Junius Brutus et Icilius; cette loi fut aussitôt portée : « Que nul ne traite un tribun comme « un simple citoyen , nul ne le frappe de verges ou n'or- « donne de le frapper ; que nul ne le tue ou n'ordonne de « le tuer : si quelqu'un le faisait , qu'il soit dévoué aux « dieux, que ses biens soient consacrés à Cérès ; qu'il soit « juste et licite de tuer le coupable. » Pendant l'année de liîiirs fonctions, les tribuns ne devaient pas s'absenter un jour entier; à toute heure, ils devaient recevoir les plaintes ; ils attendraient, à la porte du sénat , ses décrets pour les examiner , et , d'un seul mot , veto , vetamus , ils en interdiraient l'exécution. Ils obtinrent , en même temps , la création de deux autres magistrats plébéiens, les édUeë , pour les seconder, en veillant à la police intérieure, aux édifices publics, à l'approvisionnement des marchés et aux prix des denrées (-495).

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