‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 13 sur 87 · DICTATURE · texte numérisé non relu

DICTATURE

après de sa mort. Le nouveau consul Poslhumius battit les Aurunces, et eut môme les honneurs de ï ovation (petit triomphe), où le vainqueur rentrait à pied dans la ville. Les Tarquins ne renonçaient point au trône ; avec Maniilius, ils soulevaient les Latins et les Volsques. Trente cités se confédéraient pour eux. L'inquiétude était vive, on se défiait des deux consuls, partisans secrets du prince; le sénat en profita pour fortifier le pouvoir, et créa, du consentement du peuple, un magistrat temporaire, mais suprême, un maître du peuple , arbitre de la paix et de la guerre, dont les jugements seraient sans appel et sans responsabilité ; il combattrait à pied , et aurait pour lieutenant un maître des chevaliers ; il devait être choisi par les consuls , sur Tordre du signât , parmi les consulaires ; sa charge ne durerait que six mois. Titus Larlius fut le premier maître du peuple ou dictateur (498) . 11 parut dans le Forum avec les vingt-quatre licteurs des consuls, les haches surmontant les faisceaux. Il fit des levées, obligea les Latins à négocier une trêve, et abdiqua au bout de seize jours sans avoir prononcé aucune punition. Jusqu*à Sylla, aucun dictateur ne resta six mois en charge : tous abdiquaient d'ordinaire quand la cause de leur nomination ne subsistait plus. On chargea bientôt un nouveau dictateur, Posthumius, de combattre la confédération latine. La bataille du lac Régille fut sanglante : les chevaliers décidèrent la victoire en combattant à pied, puis ils reprirent leurs chevaux pour achever la déroute (496). Le dictateur et le maître de cavalerie triomphèrent au retour. Les chevaliers, au milieu desquels on disait que Castor et PoUux avaient apparu dans la mêlée, allèrent aussi, couronnés de lauriers, à cheval jusqu'au Gapitole , fête qui se renouvela pour eux chaque année* Le succès était grand : les Latins et les Sabins, jusqu'à Cures, avaient reçu la loi : ils conservaient leurs magistratures et leurs lois ; ils avaient droit de suffrage, s'ils 1, y

se trouvaient à Rome pendant les comices assemblés pour une loi et un jugement ; mais ils ne pouvaient plus prendre les armes sans la permission de Rome, qui lèverait chez eux désormais la moitié de son infanterie et les deux tiers de sa cavalerie. Enfin, le vieux Tarquin avait vu périr à Régille ses deux fils et son gendre, et il alla mourir, à quatre-vingt-trois ans, chez le tyran de Cumes.

Cependant les peuplades du nouveau Latium, les Aurunces, les Volsques, les Hemiques et les Èques, non assez tiM prêts pour la bataille, voulaient ranimer la ligue et la guerre. Les Latins livrèrent leurs émissaires , et ayant reçu du sénat en récompense six mille prisonniers délivrés, envoyèrent à leur tour au Capitole une couronne d'or. Les captifs rendus voulurent accompagner ce présent, revoir et remercier leurs anciens maîtres, désormais leurs hôtes, de la bienveillance qu'ils avaient trouvée chez eux. Jamais il n'y avait eu d'union plus intime entre les Latins et les Romains ^

Il n'en flit pas de même dans l'intérieur de Rome. Tant que vécut Tarquin, le sénat avait caressé le peuple, assuré Tapprovisionnement, acheté du blé chez les Volsques et jusqu'à Cumes. Le monopole du sel fut pris par l'État et Ôté aux particuliers, qui vendaient fort cher; les droits d'entrée et l'impôt n'étaient plus supportés que par les riches ; les pauvres payaient assez en élevant leurs enfants. Tous ces soins , au milieu d'un siège et d'une disette , avaient entretenu l'accord dans la cité ; le nom de roi n'était pas moins odieux aux petits qu'aux grands , et nul ambitieux ne parut dans la suite plus populaire que le sénat ne le fut alors. On craignait, en effet, que le peuple, effrayé et abattu, ne livrât la ville et la liberté à Tarquin ; mais quand ce redoutable exilé mourut, toute inquiétude cessa, la joie des

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