LUTTB COMPLIQUÉE. — GUERRE SOCIALE
La judicature, attribuée aux chevaliers par les Gracques, avait donc divisé raristocralie et <c fait une république à deux têtes ^ » Le sénat commençait à souffrir évidemment de cette rivalité. Le retour si glorieux de Metellus n'avait point réparé son exil, ni empêché les revers plus funestes de Cœpion et de Rutilius. « Les chevaliers, avec cette juridiction générale qui mettait entre leurs mains la fortune et le sort des plus importants citoyens, avec lestrihons qu'ils appuyaient de leurs suffrages et dont ils recevaient tout ce qu'ils voulaient, semblaient posséder le pouvoir et réduire les sénateurs au rôle de sujets. Ils en devenaient Tefifroi, et, peu contents de dominer, ils les outrageaient ouvertement sans pudeur, sans mesure , sans respect des lois. Puisant des gains multipliés dans les impôts, et s'arrogeant le pillage de l'État, ils suscitaient des accusateurs
* Florus, 3-1 8*
PLISSANCE DES CHEVALIERS.— DRUSU S. 435
aux riches et éludaient eux-mêmes ou bravaient par leur ligue les lois établies contre la corruption des juges*. »
Cette nouvelle tyrannie ne devait pas toujours durer ; mais qui la renverserait ? Marius , revenu d'Asie , ava-it Élit bâtir luie maison près du Forum pour se remettre en vue dans une résidence plus fréquentée ; il n'y gagnait rien. Sa rudesse et son incapacité des affaires élc^gnaient de lui ; on le regardait, pendant la paix, comme « une vieille épée dont on n'a plus besoin. » Sylla, plus jeune, commençait seulement à entrer dans les honneurs. Il n'avait obtenu la préture (95) qu'à force d'argent; toutefois, il devint l'ami de Metellus, son collègue, et peut-être déjà l'espérance du sénat. En effet, après sa mission en Gappadoce , il reparut plus riche et plus entreprenant. Le roi Bocchus, « pour lui faire plaisir , » et pour flatter le peuple en même temps , dédia, dans le Capitole, des Victoires d'or qui portaient des trophées, et les accompagna d'un autre groupe aussi en or, qui représentait Jugurtha livré par le roi à Sylla. Marius, plein de colère, menaça d'abattre ces statues; Sylla signifia qu'il les maintiendrait, et cette querelle formait déjà deux partis , quand un tribun détourna l'attention sur une question bien plus grave *.
Livius Drusus ', tribun , homme noble , eut la singulière pensée de concilier tous les intérêts et toutes les ambitions. Il s'occupa d'abord de gagner le peuple par des colonies en Italie, en Sicile, par des distributions de blé, tout cela avec une telle profusion, qu'il se vantait de né « laisser rien à distribuer après lui que l'air ou la boue *. » Les sénateurs étant alors tout au plus trois cents, parce que des
» Appien , Ufji^vX,, i ; Florus , 3-i8. » Plut., JMar., 33 , 34 , Sylla , 6.
* FiU de celai qui arait tenu tête aux Gracqoei , et qu'on avait iurnornihé le patron du sénat. Suét., Tib., 3.
* « Cœoum aat cœium , » Flonit » 3-i8.
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séditions fréquentes en avaient diminué le nombre, il proposa d'en ajouter encore trois cents choisis panni les plus distingués de Tordre équestre, de prendre les juges également dans les chevaliers et les sénateurs, et enfin d'obliger tous les juges à se justifier de vénalité, il voulait easuite donner le droit de cité aux Italiens *.
Toute cette mitoyenne combinaison tourna contre lui. Le peuple seul se réjouissait des colonies. Ceux des ItalieDS, comme les Ombriens et les Étrusques, qui s'étaient emparés des terres vacantes du domaine, détestaient un retour de loi agraire qui devait les déposséder. Le sénat ne souffrait pas sans peine son accroissement par des chevaliers , qui affaibliraient plutôt son influence, et vraisemblablement s'uniraient entre eux contre les anciens sénateurs. Les chevahers appréhendaient que le sénat ne recouvrât entièrement les tribunaux *,
Néanmoins le sénat espérait certainement se rétablir par les lois de Drusus, et il les appuya de toutes ses forces (91). De ce côté était le consul Sex. Julius César : l'autre , Marcius Philippus, tint pour les chevaliers. La cité était comme séparée en deux camps, ayant chacun ses enseignes, ses aigles, ses étendards '. La célébration des jeux romains ayant mis une trêve de quelques jours , la lutte recommença plus opiniâtre. Le célèbre orateur Crassus , récemment censeur, qui était allé se reposer pendant ce temps dans sa villa avec ses amis, revint le dernier jour des représentations scéniques, très-ému d'un mot qu'on rapportait d'une harangue de Philippus : « On ne pouvait, avait dit ce magistrat, gouverner la répubhque avec un pareil sénat. » Il se rendit le matin des ides de septembre à la
* Appien , E^^., i ; Cic, De leg,^ 3 ; Florns, 5-i8 ; Rosin , 8-ia , ai , a.
* Appien, £/Up., i.
' Floru$, 3-i8j Tac, Ann,^ 3-37.