‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 100 sur 102 · CHAPITRE LXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX

8UGCÈ8 IT MORT DB 6IRMAKICU8.

Au milieu de toutes ces bienveillances politiques, le prince et Thomme avaient bien de la peine à se contenir, et reparaissaient peu à peu. S'il venait volontiers au secours des sénateurs trop pauvres pour soutenir leur rang, s'il écartait avec justice les dissipateurs, sa rude sévérité empêchait d'autres indigents semblables de solliciter une ai acerbe munificence; et, malgré le désir du sénat, il laissa impitoyablement dans la détresse Hortalus, petitfils de l'orateur Uortensius, et dépérir ainsi cette antique et illustre famille qu'Auguste s'était fait un honneur de relever. Avec toutes ses déférences, il cassa plus d'une fois les sénatus-consultes, et son assiduité aux jugements, où il prenait place modestement au bout du tribunal, ne maintenait souvent la justice qu'aux dépens de la liberté. Sans écouter les plaintes du peuple, il confirma l'accise ou centième de tout ce qui se vendait, alléguant le trésor militaire, qui reposait sur c^tlc contribution; il ajouta même

ASÂ HISTOIRE ROHAIHV.

que cela ne suffirait pas, si on admettait des vétérans avant vingt ans de service. Et ainsi fut abolie la concession imprudente qu*avait obtenue la récente sédition. Dans ane délibération du sénat, quelqu'un proposa que les élections fussent toujours faites désormais pour cinq ans, que les préteurs fussent pris parmi les lieutenants commandant les légions , et que le prince nommât douze candidats pour chaque année. Tibère, avec sa feinte accoutumée, annula cette proposition, qui n'allait à rien moins qu'à sonder les secrets de l'empire : « C'eût été, dit-il, accroître les ambi- « tions, les mécontentements, et renverser les lois '. »

Des satires anonymes sur sa cruauté, son despotisme et son ingratitude envers sa mère , continuaient de circuler dans le public ; aussi , le préteur lui demandant s'il y aurait des jugements de majesté, il avait répondu « qu'il fal- « lait exécuter les lois (15). » Ensuite, craignant de se dévoiler trop tôt , comme le sénat voulait commencer les poursuites : « Nous n'avons pas assez de loisir, dit Tibère, « pour nous jeter en tant d'affaires. Si vous ouvrez cette « porte, vous n'aurez plus d'autre occupation, toutes les « inimitiés s'adresseront à vous sous ce prétexte. Si quel- « qu'un a mal parlé de moi, ajouta-t-il une autre fois, « j'aurai soin de rendre compte de toutes mes actions et de « toutes mes paroles; s'il continue, je le haïrai à mon « tour, n Bientôt deux chevaliers obscurs furent accusés, l'un d'avoir vendu avec ses jardins la statue d'Auguste , l'autre, d'avoir parjuré le nom d'Auguste. Tibère les excusa : « Le ciel n'avait pas été décerné à son père pour que « cet honneur tournât à la perte des citoyens. »

Peu après on entendit une accusation de majesté, intentée contre un MarccUus, préteur de Bithynie , par son ques-

• Tac, Jnn., fjS, a-37, 38, 49, 78 , 36; Surft., Tib., 4?. î'î Won, 5;i«, 7.

teur, et souscrite par le Romain Hispon , le premier qui fit de la délation un métier, et qui donna l'exemple de cette détestable industrie. Il s'agissait de propos contre Tibère , et d'une statue profanée d'Auguste. Tibère, cette fois, s'irrita, et, rompant sa taciturnilé ordinaire, il s'écria « qu'il « opinerait dans cette cause ouvertement. — A quel rang 1 « dit un sénateur. Si tu opines le premier, je saurai qui a suivre; si tu viens après les autres, j'ai à craindre de c( ne pas être de ton avis. » Tibère s'était oublié : ce mot le fit rentrer dans sa patience forcée, et l'accusé fut absous ^

Enfin, le moment arriva où il crut pouvoir se délivrer d'une des trois personnes qui l'obligeaient à tant de contrainte. Le jeune Libon Drusus, petit-fils de Pompée, parent des Césars par sa tante Scribonia , la seconde épouse d'Auguste, la mère de Julie, avait conçu d'ambitieuses espérances de tous ces avantages. Esprit léger et imprévoyant, il avait même consulté les divinations des Clialdéens, les mystères magiques et les présages des songes. Tibère s'était tenu soigneusement en garde contre lui jusqu'alors ; mais parmi les plus intimes amis de Libon , il y avait un traître qui excitait ce jeune homme pour le perdre plus sûrement. Quand ce lâche sénateur, Firmius Catus, eut trouvé assez de témoins, il fit dénoncer secrètement le coupable (46). Tibère, au lieu d'arrêter sur-lechamp de vagues et imprudentes pensées, acheva la trahison, en donnant à Libon la préturc, avec toutes les marques d'une affectueuse confiance, afin de multiplier les preuves et de le prendre au piège. Enfin , un accusateur défère au sénat une cause importante, horrible; Libon comparaît , implorant la pitié de Tibère, qui , sans lui répondre, avec un visage immobile, lit les dénonciations.

• Suét., Tib., i8, ao, 57, 8, fg; Tac, jfnn., 1-7», 73, 74.

480 BiSTom imAim.

Trois autres accusateurs disputaient k riniftme Càtos le soin de soutenir Taccusaticm. On ne produisait cependant que de puérils griefs : on reprochait , par exemple, k Liban d'avoir demandé aux devins s'il serait un jour assex ricbe pour couvrir d'écus toute la voie Appienne jusqu^A Brundustum. n ne se n noontra qu'une seuïe chose sérieuse , une liste écrite, disaitH)n, de sa main, ot les noms des Césars et de plusieurs sénateurs étaient chargés de notes atroces ou énigmatiques. Sur la dénégation de Faccusé, on parb d'appliquer ses esclaves à la torture ; et, parce qu'un anciai sénatus-consulte interdisait la déposition des esclaves contre leur maître dans une cause capitale, Tibôre, habile inventeur d'un droit nouveau , ordonna de vendre ceux de Libon, afin qu'on pût avoir publiquement leur témoignage sans enfreindre ce sénatu&«onsulte. L'infortuné demanda un jour de délai , et, n'ayant pu fléchir le prince, il se toa. Le procès n'en fut pas moins continué , et la condamnation prononcée. Tibère jura qu'il aurait demandé la vie pour le coupable, s'il ne s'était hâté de se donner lui-même la mort. Les biens de Libon ihrent partagés aux accusateurs, avec des prétures extraordinaires pour ceux qui étaient sénateurs ^

Un simple esclave avait causé plus d'inquiétude encore à Tibère. Cet esclave se nommait Clemens : éloigné de son maître Agrippa Posthumus, dès qu'il avait appris la mort d'Auguste il avait résolu de gagner l'Ile de Planasia « d'en tirer par ruse ou par force le jeune exilé, et de le conduire aux troupes de Germanie; projet hardi, qu*on n'aurait point soupçonné d'un homme de cette condition. Par la lenteur de son navire, il ne put arriver assez tôt pour sauver Agrippa. Le jeune prince assassiné , il conçut un dessein plus grand et plus hasardeux : il déroba les cendres du

> Tac, Ann.f a, de*; H 3t ; SvéC, T^*, «S; Sénèq., Mf., 7«.

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mort, alla se cacher dans les environs de Cosa, jusqu'à ce que ses cheveux et sa barbe fussent poussés, car il était à peu près de Fàge de son maître , et il lui ressemblait. Alors^ par des compagnons affidés , le bruit se répandit qu* Agrippa était vivant ; bientôt cette nouvelle prenant faveur, il parcourut les villes, n'y entrant que vers la fin du Jour, ne se laissant pas voir de trop près , et ne restant pas longtemps dans les mêmes lieux : par cette rapidité, qui ne laissait pas le loisir d'examiner, il accrédita sa fable et la propagea. On disait déjà publiquement en Italie que, par un bienfait des dieux , Agrippa avait échappé. A Rome on n'en doutait pas; on assurait même qu'il était déjà dans Ostie, et il se formait des rassemblements secrets.

Tibère, ne sachant d'abord s'il devait employer les troupes* contre son esclave , ou laisser dissiper d'elle-même avec le temps cette vaine croyance , se décida en An à charger de cette affaire Sallustius Crispus. Deux hommes, selon les instructions de Crispus , se rendirent vers le faux Agrippa, comme par dévouement, lui offrant leur argent et leurs services; et, ayant trouvé une nuit l'occasion favorable, avec une troupe qui leur fut envoyée, ils le saisirent et l'emmenèrent au palais en lui fermant la bouche : a Gomment es-tu devenu Agrippa 1 1» lui dit Tibère. — « Gomment es-tu devenu Gésar ? » répondit le prisonnier. Il ne fut pas possible d'd)tenir de lui les noms de ses partisans. Tibère n'osa pas le livrer publiquement au supplice; on le mit à mort dans le lieu le plus secret du palais, et, quoiqu'on soupçonnât des chevaliers, des sénateurs, des personnes même de la maison du prince, d'avoir aidé le faux Agrippa de leur fortune et de leurs conseils, aucunes recherches ne furent faites. La sédition des camps apaisée^ deux rivaux détruits, Tibère se voyait libre des dangers qui l'avaient préoccupé jusqu'alors, et qui lui faisaient dire souvent « qu'il tenait le loup par les oreilles. »

4i>â HI8T01AS ROHALXB.

Cependant il lui restait toujours une plus grande crainte, et Germanicus, à ses yeux, était le plus grand obstacle à sa puissance. Quand le noble caractère de Germanicus n'eût pas été connu, sa conduite récente dans la position la plus critique n'eût laissé aucun doute sur son désintéressement. Mais Tibère , à qui tant de crimes n'avaient point coûté pour parvenir au premier rang, n'avait pas en lui-même de quoi se fier à la vertu ; d'ailleurs il y avait au moins le danger de la comparaison, et il n'osait jouir à son gré de sa grandeur, tant que Topinlon générale en jugeait un autre plus digne.

Germanicus, en efTet, justifiait cbaque jour cette estime. Mettant à profit la mésintelligence de Ségeste et d' Arminius, dans une expédition au-delà de TÉder (15), il avait ravagé le pays des Cattes, des Ghcrusques et des Marses, enlevé Ségeste à leur fureur, repris les dépouilles de la défaite de Varus, et parmi les captifs se trouvait Tépouse du chef ennemi, la fille de Ségeste, d'abord fiancée à un autre, puis ravie par Arminius , et qui, néanmoins, préférait son mari et sa nation à son père et aux Romains. La fureur d'Arminiuset un soulèvement des Germains pour leur vengeance conunune nécessitèrent aussitôt une autre campagne.

Pour détourner Fattention de Tennemi et diviser ses efforts, le jeune César fit marcher Cecina vers TEms à travers la peuplade des Bructères, avec quarante cohortes, dirigea la cavalerie par les bords de FOcéan , sur les firontières des Frisons , et s'embarqua lui-même avec quatre légions sur le lac Flevum. L'Ems était le rendez-vous général ; on recouvra chez les Bructères battus l'aigle de la dix-neuvième légion ; on fit un désert de tout le pays entre FEms et la Lippe, et comme on n'était pas loin de la forêt Tcutberg , Germanicus voulut aller rendre les derniers devoirs au chef el aux soldats romains qui avaient péri dans ce lieu. Bientôt les ruines du camp de Varus, les fragments

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d'armes et les ossements blanchis qu'on apercevait çà et là dispersés ou en monceaux , les têtes encore fixées aux arbres , et les autels où les tribuns et les centurions de premier rang avaient été égorgés, firent aisément reconnaître la scène du désastre. Quelques soldats, échappés de ce carnage ou de la captivité, en rappelaient les funestes détails. Ainsi, ce fut après six ans qu'une armée romaine put apporter quelques honneurs funèbres aux misérables restes de trois légions. Les soldats , dans une affection commune , ensevelirent tout ensemble, nul ne sachant, parmi ces débris humains, quels étaient ceux de ses proches. Ils les recouvrirent d'un tombeau de gazon, ouvrage auquel Germanicus mit la main le premier.

Il atteignit ensuite Arminius , le défit et revint à TEms pour ramener ses troupes de la même manière qu'il les avait amenées.

La retraite fut périlleuse pour Cecina quand il arriva aux Longs-Ponts , chemin étroit , pratiqué par Domitius à travers des marais entourés de bois. Arminius, par des routes plus courtes , l'avait devancé et l'attendait en embuscade : les Romains s'étant arrêtés pour réparer les Longs-Ponts, rompus de vétusté , l'attaque commença : ils avaient peine à se défendre, sur un terrain fangeux et glissant, contre ces gigantesques Chérusques, habitués à marcher d'un pas ferme dans ces marais , et portant de loin de rudes coups avec leurs longues piques.

La nuit interrompit le combat , heureusement pour les légionnaires; mais les Barbares ne se reposèrent pas, et, perçant un écoulement aux eaux des collines, ils inondèrent et renversèrent les travaux commencés. Intrépide comme un vieux soldat que quarante années de milice dans les divers grades avaient familiarisé avec toutes les chances de la guerre, Cecina résolut le lendemain de refouler les Barbares dans les bois pour faire passer d'abord ses blcs- II. i2

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ses. 11 dispoie set Iroopes; mais, soii dDooongawot on mutinme, la ringBifiBc d la vinet-aDièDie légîaos, ipû doîTeal ooarrir an llaacs. lâcheat pîed. Aiminiiis attcod que la difficoilé de la mafcbe ait UonUé Fonire de feun ooioouea; alorsilconuiiaiideaiuLaieoadecliaiger, els^écrie :« Voilà Van» ; el, inr k iDéou destin, les kgim 0» « seconde fois vaiociies! * fl se précipile anssitAt avec une troupe d'élite sur cette dinsioa pour la rompre, portant sortoiit ses coups aux chenuix, qui toadmit on ae cabrent et accroissent la confùsioiL Les aigles soQl en pôîl; Cecina fient an secoois; soncberal» tué sons lui, le len* ▼erae : il était enveloppé, sans la fenne valeur de la première légion. L'avidité des Germains pour le pillage servit les Eomains, qui, vers le soir, parvinrent enlin à gagner un terrain découvert et solide. Mais oa avait à creuser an fossé, à élever un rempart; une grande partie des inslru* mente de retranchement étaient perdus: point de lentes non plus pour les manipules, rien pour panser les blessés; et les soldate, se partageant des vivres souillés de sang oa de boue , déploraient cette nuit funeste et le dernier jour qui restait à tant de milliers d*hommes. En ce moment le bruit d'un cheval échappé, qui reversa quelques hommes empressés de le saisir, fut pris pour une attaque des Germains ; dans un effroi général, on se jette vers les portos du camp. Cecina, ne pouvant les retenir, ni par autorité, ni par prière, ni par force, se coucha en travers de la porte décumane ^ ; on n'osa lui passer sur le corps, et, en môme temps, les tribuns et les centurions montrèrent que la peur était fausse. Alors Cocina harangua, et fit comprendre que le courage et non la fuite était Tunique ressource. De leur côté, les Germains délibéraient de presser les

* Gtrdée ordintlremeiit par U disiëme légion : e^ëuit la ploa gnuide poru du camp, ai oo la plaçait loi^onn du eàU qui ne fiûiui point faca à IV

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Romains sans relâche et d'achever une yictoire certaine. Au point du jour ils donnent l'assaut au camp, comblent le fossé, escaladent le rempart sans opposition. Tout^à-coup éclatent les clairons et les cris; les Romains , qui ne paraissaient pas, s'élancent de toutes parts sur les Barbares trop confiants : « Plus de bois ici , plus de marais, le lieu « et le combat sont égaux. » Les Barbares fhient, et, poursuivis tant que le Jour et la colère durèrent , ils jonchèrent la plaine de leurs morts ^

En Gaule , des rumeurs incertaines de cette difficile retraite avaient fait le danger plus grand, et si Agrippine ne reût empoché, on eût coupé le pont du Rhin pour se garantir de l'invasion. Cette femme , d'un grand coutage, remplit& cette époque les devoirs d'un général : quand les troupes revinrent, non-seulement elle pourvut au soulagement dos blessés, aux besoins de tous, mais elle reçut elle-même les légions à la tète du pont, pour féliciter leur retour par des éloges et des remerciements.

Des périls d'un genre divers, toutes les ilireurs des tempêtes d'équinoxe , avaient assailli deux autres légions le long du rivage de l'Océan. Oermanicus avait craint de surcharger ses vaisseaux en cette saison; mais inquiet de leur sort, il alla au-devant d'elles jusqu'au Weser. D reprit 1& tout son monde , et son retour seul dissipa les bruits alarmants qui circulaient sur cette expédition. La Gaule, l'Espagne et l'Italie lui offrirent à l'envi , pour en réparer les dommages, des armes, des chevaux, de l'argent. Ce M néanmoins de sa propre fortune qu'il distribua des secours aux soldats ; le soin qu'il prit de visiter les blessés, son affabilité envers tous , les éloges, les encouragements qu'il leur donnait, semblaient plus précieux encore , adoucissaient les fatigues passées, et ranimaient le zèle *.

> Tac, Ànn.t i de 55 h G8; Suët., Calig., 3. • Tac, Afin,, 1-69,70, 71.

4M nsTOU

Il se hâu de préparer uœ troisiènie expéditioa plos decisive , arant qa^ook rappelât de ce coaunandeiiiei^ Miile navires plus commodes furent construits dans file des A»laves, qaï était un point de réunion plus opportun, fl s^eifrbarqoa de nouvean, entra par le canal de Dmsos dans le lac Flemm , pois dans la mer dn Nord, et arrîTa heoreosèment à Fembouchure de TEms <16). Les Germains disputèrent faiblement le passage dn Weso* : Arminins avait choisi un champ de bataille à qaelqne distance dans la plaine d*ldistavisus, inégalement resserré entre le fleuve et des collines. Son principal coips d^armée s^appuyait à un bois de grands arbres ; le reste occupait les hauteors pour fondre de là sur les Romains poidant la mêlée. Mais Faiseur qu'inspirait Germanicus et ses habiles dispositions, jetèrent aussitôt le désordre parmi les Germains : Arminins, après d'opiniâtres efforts, réduit à fuir, ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval, et il se couvrit le visage de son propre sang pour n'être point reconnu. Ses troupes furent taillées en pièces ou noyées dans le Weser ; un cer- | tain nombre de Barbares cherchant honleusement un refuge au faite des arbres, les archers des Romains se faisaient un jeu de les y clouer de leurs flèches; d'autres abattaient les arbres mêmes pour les tuer plus sûrement. Le massacre dura depuis la cinquième heure jusqu'à la nuit, et joncha d'armes et de cadavres une étendue de dix milles. On trouva parmi les dépouilles les chaînes que les ennemis destinaient aux Romains. On salua le nom de Tibère du titre di'imperator sur le champ de bataille , et on éleva à la hâte un trophée où l'on inscrivit les nomsdes peuplades vaincues.

Rien ne causa autant de douleur et de ressentiment aux Germains que ce trophée. Ils se préparaient à émigrer audolà de l'Elbe , ils reprennent aussitôt les armes. Ghefe et peuples, Jeunes et vieux, tous retournent contre les vainqueurs ot les harcèlent ; puis ils vont les attendre à un

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étroit passage resserré par des marais entre le fleuve et la forêt. Le jeune César avait tout prévu : il sut les enfermer dans leur propre embuscade, où leurs longues piques et leur agilité devenaient inutiles contre les pierres et les traits lancés par la fronde et les balistes. Le soldat romain, serré sous son bouclier, Tépée au poing, ne portait pas un coup à faux sur ces vastes corps. Germanicus, la tète découverte pour être mieux vu, animait le carnage en disant : « Point de prisonniers! Si on n'extermine cette race, la « guerre ne finira pas. r> Le carnage ne cessa qu'avec le jour. La campagne achevée avec Tété , une partie de Tarmée fut renvoyée par terre dans ses quartiers d'hiver ; Germanicus s'embarqua avec la plus grande partie à l'embouchure de l'Ems. Bientôt le ciel s'obscurcit, un orage éclata; les mille navires , battus en tous sens pendant plusieurs jours par la grêle , les torrents de pluie , les vagues et les vents, n'y purent résister. Quelques uns furent submergés, les autres, emportés en haute mer, échouèrent contre des lies lointaines ou des rivages inconnus ; la seule galère de Germanicus aborda chez les Gauques. Le malheureux prince, s'accusant lui-même de cette désolation, voulait chercher la mort dans les flots. Ses amis eurent peine à le retenir. Enfin, un bon nombre de navires l'ayant rejoint, il les fit réparer à la hâte , les envoya à la recherche des naufragés , dont la plupart furent heureusement ramenés ; plusieurs avaient été portés jusque dans la Grande-Bretagne , et furent rendus par les petits rois de ce pays. Ces revers, loin de nuire aux succès des Romains, tournèrent même à leur avantage. Les Germains, se croyant délivrés, avaient commencé à remuer ; et, en voyant reparaître aussitôt les légions et le ravage dans leur pays , ils furent frappés d'étonnement et se soumirent, regardant les Romains comme des hommes invincibles ^

• T«Cm Ann,, • , d« 6 à aS; DioD, 57-18 ; Vell., ».«•.

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