‹ Histoire romaine (volume 3)Chapitre 86 sur 102 · CHAPITRE LXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIL

BMPIEB. — PRIlfCIPAT. — AUGUSTE.

Dion Caasius, à deux siècles de révènement , exprimait ainsi le résultat de la victoire d'Actium : a Depuis ce temps « les Romains commencèrent à n'avoir qu'un seul maUre.it Cent ans avant lui , Florus disait : « Rome eut à se féliciter « que la suprême puissance tombât aux mains du jeune « César Octavien, qui, par sa sagesse et son babileté, sut « rétablir Tordre et le repos ; car il est certain que toutes a les parties de rËtat« violemment ébranlées, n'auraient a jamais pu se rapprocher et retrouver leur ensemble sans ft la domination d'un chef unique, qui devint l'esprit de ce « grand corps. » Mais une telle idée est bien loin de Velleius Paterculus, quand il parle de ce gt*and changement, qui s'est opéré presque sous ses yeux , cl qu'il admire à

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outrance : « Toat ce que les hommes peuvent demander « aux Dieux , tout ce que les Dieux peuvent accorder aux « hommes, tout ce qu'on peut imaginer, tout oe qu'on « peut goûter de félicité, Auguste, après son retour. Ta « réalisé pour la république, le peuple romain et runivers. « On vit les guerres civiles finies à la vingtième aimée, « les guerres extérieures abattues , la paix rappelée , la « fureur des armes partout assoupie , la force rendue aux « lois, aux jugements Tautorité , au sénat la majesté , le « commandement des magistratures ramené à son ancien « exercice. Seulement aux huit préteurs deux furent ajou- « tés. Notre république reparut dans son antique forme. « Les champs reprirent leur culture , les choses sacrées « leur honneur, les hommes leur sécurité ; chacun eut la « possession assurée de ses biens ; des lois furent corri- « gées, d'autres faites, pour Futilité publique; le sénat fut « réformé sans rigueur et non sans sévérité. Les princi- « paux citoyens , après des triomphes et de magnifiques « fonctions, contribuèrent avec le prince à rétablissement « de la ville. On ne put obtenir sans peine, onze fois de « suite, qu'Octave continuât ses consulats, et même il re- * « fusa la dictature avec autant de constance que le peuple « en mettait à la lui offrir ^ »

T)c ces louanges si servîtes et si menteuses ressort une vérité plus certaine. L'adulateur de Tibère et de Séjan vante 3'iincienne république relevée; il ne connaît pas d'autre lilre, pour désigner le chef suprême de l'État, que celui de jiTtnce (princeps, premier). Il ne rappelle point maitre; Tibère, non plus qu'Auguste, ne voulait donc point être appelé maître; ils ne l'étaient point en cfTet; Auguste gouverna, mais ne régna pas , et nul empereur après lui ne fnl monarque, jusqu'à Dioclélien.

» Dion, Sa-i ; Flor., 4-3 ; Vell., »-4r».

BMPIRE. — PRINGIPAT. 377

Les Gracques, sans le savoir, avaient commencé Tébranlement de la république; ce qu'ils avaient entrepris pour la réparer découvrit et agrandit le dommage. A la place de rtionneur, ils avaient mis Targent, en formant des cheiraliers Tordre judiciaire , et en opposant ainsi une aristocratie de finance à Farislocratie de noblesse. A la place des Romains , ils avaient appelé les Italiens. Par là s'affaiblissait Tantique religion du Pomœrium, et, en répandant hors de la cité le nom national, ils n'avaient fait qu'étendre la démocratie. Bientôt Marins et Sylla transportèrent la cité dans le camp : le fossé de rempart devint un nouveau Pomœrium , un nouveau lieu d'asyle, et, d'une milice sans choix , ils avaient formé une multitude à part, la soldatesque. Ainsi, la démocratie se divisait à son tour. On devait voir quelquefois la plèbe et la soldatesque en querelle, môme deux armées s'attaquer; mais c'étaient toigours des fractions de la même masse qui passaient fréquemment de Tune dans l'autre, se rapprochaient toujours par une conformité d'origine, d'intérêts et de passions, et s'appuyaient mutuellement. En même temps , le despotisme de Sylla ne laissa plus douter quel était maintenant le pouvoir, de qui on le tenait , et à quelle condition. Quoiqu'il eût prédit qu'après lui un autre n'abdiquerait pas , il donna , en abdiquant, une dernière leçon; car il ne faut point chercher d'autre raison de cette hardiesse, sinon que la dictature, qui changeait ses actes en lois, ne changeant rien à sa position personnelle ; il était plus sûr pour lui de quitter un titre exposé à la défiance, et de garder inaperçue toute la force de son usurpation mihtaire. Cest ce que César ne voulut pas voir et ce qui le perdit : il avait l'ame trop haute pour supporter de n'être toute sa vie qu'un général ou un dictateur , c'est-à-dire un chef démocratique. Et comme le premier il s'était servi de la dictature perpétuelle pour s'élever davantage, la dictature fut abolie à sa mort, afin

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