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qu'un autre n'y fût plus trompé. Octave connut mieux a qu'il avait à Ihiro.
D'abord il comprit qup, tout dépendant de la multitude, tout ambitieux assez hardi pouvait espérer de lui succéder en lui ôtant la vie ; et il résolut de ne laisser autour de loi aucune capacité à craindre : il n'épargna donc pcrsooDe. Ensuite, resté seul du triumvirat, il se trouva entre deux choses contradictoires, la nécessité d'un pouvoir unique, et les habitudes, sinon les institutions républicaines. L'aristocratie vaincue et la démocratie victorieuse, n'estimaient que cet ancien système politique qui avait donné à l'une la jouissance d'une si longue et magnifique supériorité, à Pautre sa victoire entière, à toutes deux la plus superbe domination qui fût au monde. Ce n'était pas surtout quand la masse triomphait depuis si longtemps , quand elle venait de jeter des pierres à ses triumvirs, de tuer ses centurions pour une seule remontrance, d'exiger à cris menaçants de l'argent et des terres, quelle accepterait un joug. Cependant il est impossible à une nation do se gouverner elle-même , parce que tous les hommes différant de volontés et d'aptitudes , ils ne s'unissent jamais dans une même action que par la contrainte d'une règle. Le mouvement le plus simultané d'une résistance ou d'une prétention commune , fait sentir aussitôt le besoin d'avoir des chefs. Jamais surtout les masses ne se conHent avec plus de crédulité que quand nul droit ou nul ascendant ne les maîtrise, et alors les mécomptes sont continuels , les divisions haineuses et les discordes terribles. Et , plus un gouvernement est populaire, plus cette fougueuse incertitude s'accroît pour l'anarchie et la ruine. Or, les Romains avaient fait toutes ces expériences de hberté ; les troubles duraient depuis près d'un siècle, toujours plus sanglants. On désirait le repos, et le peuple, pour sa part, soldats et citadins, n'était pas moins disposé que les grands à remettre aux mains d'un
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seul tons les soins et tous les droits politiques, pourvu que ce chef ne prétendit pas les posséder, et qu'il pay&t le loyer de sa grandeur en distribuant largement le fruit des con-* quêtes aux véritables possesseurs du monde. 11 &llait donc rétablir Tordre, c'est-à-dire un gouvernement nouveau avec les débris de Tancien, essayer d'asseoir sur cette base une autorité sans consistance comme sans limites, habituer la multitude à respecter son ouvrage pour lui retirer en détail, et à son insu, la souveraineté. On n'y pouvait réussir qu'en ménageant les apparences , en continuant le rôle de délégué public, en dissimulant toute autre prétention. Telle fut l'habileté, on serait tenté de dire la sagesse d'Octave. U employa toute sa vie à l'exécution de son plan, procédant avec mesure, et prenant le temps de chaque cl)06e.
Quel usage ferait-il de sa victoire? quels changements allait-il introduire dans l'État 1 et à quel titre? Personne ne le présumait peut-être ; lui même sembla hésiter au moment d'entreprendre , et délibéra avec Agrippa et Mécène s'il rendrait la république , comme Antoine lui avait souvent objecté que la chose ne tenait qu'à lui. Suétone, Senèque et Dion parlent au sérieux de cette délibération. Agrippa lui conseilla d'abdiquer ; Mécène conseilla le contraire, et indiqua même de quelle manière il fallait gouverner. Octave fut de l'avis de Mécène , et, toutefois, si peu mécontent d'Agrippa , qu'il lui donna bientôt (S8) en mariage unefiUe d'Octavie *.
Toute la politique d'Octave se résume dans cette hésitation préméditée, qui n'avait pour but que d'éloigner tout d'abord les soupçons et de préparer les esprits par une modération inattendue, n reçut donc le titre ù'imperator (29), comme son père adoptif l'avait porté le premier,
• Dioa, 5«, de I à 4« i Sutft., j4tt^,y «8, 63, 66; Stfn^., De Itre», Wlv^ f.
Sl?0 BISTOIRS BOHAllfB.
comme une qualification personnelle (prconomen)^ qui devait insépar^lement précéder son nom de Caesar Octavianus. Ce titre, ainsi porté , ne désignait plus la gloire d^un fait d'armes, ni même Fautorité militaire, connue dans rorigine, mais un pouvoir supérieur, non entier pourtant, une sorte de domination indéterminée S qui, sans choquer des esprits romains , se prétait à tous les sens. Les Grecs Tont interprété par un mot qui présente la même ambiguïté «vTo«f<tT«p (plénipotaitiaire ou dominateur aJbsolu). Ensuite, exerçant avec Agrippa les fonctions censoriales, 11 s*occupa d'une première épuration des sénateurs ; car, depuis la mort de César, la faveur et Fargent en aTaient accru le nombre au-delà de mille. Il s'y trouvait une foule de soldats grossiers ; et tous ces parvenus, qu'on appelait vulgairement Charonites (Orctnt) , parce qu'ils avaient été nommés par l'autorité d'un mort, déshonoraient le sénat. Il les engagea à se faire justice eux-mêmes : cinquante se retirèrent volontairement , puis il décida cent cinquante autres à en faire autant. Ces hommes sentaient bien qu'ils n'avaient plus d'appui dans le peuple dont ils s'étaient séparés, et qui, de sang-froid, ne pardonne jamais aux élévations sans mérite. Octave nomma quelques patriciens et quelques sénateurs nouveaux, et répara de ses dons la forr tune de plusieurs, qui, sans cela, n'auraient pu remplir l'édilité. Il défendit aux pères conscrits de sortir de l'Italie sans son congé ou son ordre, excepté pour aller ai Sicile ou dansla Narbonnaise, cequi devint une loi pour l'avoiir.
* Su^l. , C^s.f 76, et Caaaub., ih. : « Praenomen imperatorit: » Dion, 5i-4f, el 43-44 1 où iiVagii de Jnlefr-GéMr: • TÔ, r% Toù «i/ToxfitTo^ec ord^ct, «» tt^tk ai Àf^tnîiij §71 /u^TOF, AffVif iixxoi «ti x«ù îkmj^ç Aç «-eXAtixiC i« tSf îTPXi//»? , ia-ixxiÔny*» , tCi* &ç oî Tif*i *vtpt#xî «>i/uoyi«tT ■ ««i ixxurrii* i^au^Af x*Corrfc, «to/maJoipto , «tXXci , zuff «V«f toÎtb
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Gomme on cheirhait à connaître les papiers d'Antoine, il déclara les avoir brûlés; il en conservait néanmoins dont il ne craignit pas de se servir plus tard. Il renouvela également , après une longue interruption , la revue des chevaliers ; il demanda pour cela au sénat dix assistants , en présence desquels chaque chevalier ftit obligé de rendre compte de sa vie : il punit les uns , dégrada les autres , so contenta de réprimander le plus grand nombre de la manière la plus douce, en écrivant ses reproches sur des tahlettes, qu'il leur donnait à lire publiquement, mais seulement des yeux. Il en nota quelques uns pour leurs usures Illicites. Il ne souffrit plus, comme auparavant, qu'aucun chevalier fût détourné de la revue par une accusation. Il leur permit de rendre leur cheval quand ils auraient passé trente-cinq ans. Comme la plupart avaient été ruinés par les guerres civiles, ils n'osaient plus, n'ayant point les revenus exigés, prendre place aux quatorze bancs dans les spectacles; il prononça que ce droit ne leur était point ôté. Dans la suite, quand il manquait de candidats-sénateurs aux comices tribunitiens, il prenait des tribuns parmi les chevaliers, de sorte qu'ils pouvaient être à leur gré de l'im ou de l'autre ordre. Ces dispositions , avec les divers changements administratifs , abattirent toute l'influence et l'ambition de l'ordre équestre. Cette infériorité était justifiée d'avance par le sobriquet de trossuU (petils-maitres), qu'on donnait depuis quelque temps aux chevaliers*.
Il fit aussi le dénombrement du peuple par quartiers, à l'exemple de César. Il trouvait plus commode pour les habitants de distribuer le blé tous les trois mois ; mais bientôt, sur leur prière, il rétablit la distribution mensuelle.
* Dion, 52-41, 4^1 5^># >> 7>->4; Suét, jtwg», 35, 97, 39 ; Pêne, 1-78 :
Undc Ssind dedecu» in quo
Trossulus exultai tibi per »ubsclUa ievis.
3il HKToni lOMÂim.
Tout ce mM-nsement ne se tennina que Pannée miTUHg (28), où, consul pour la sixième fois, il fut nommé pnm du séoat, «comme dans une démocratie pure, v D inaugura alors le nouveau temple d*Àpollon sur le Palalin.ek la bibliothèque qu'il y rassembla; il oélâ>ra en rhamMor de la victoire d*Actium des jeux , qui se renouyel^cot to» les cinq ans durant toute sa vie {ludi quinquennaies); jm il abolit tous les actes du triumvirat. Élu de nouTeao ood* sul (27) , il proposa encore son abdication au sénat; après un moment d'incertitude, peut-être simulée aussi, on Tobliga de garder la surveillance et l'autorité générale : fl n'accepta que pour dix ans, protestant même de ne pas attendre jusque-là, s'il pouvait en moins de temps assurer la tranquillité. Le sénat dut être assez étonné de se voir aussitôt appelé au gouvernement des naftions, dont Octave ne voulut point rester seul chargé, n se fit donc un partage : l'Afrique, la Numidie, la Libye ou Cyrénaîque, la Crête, l'Asie, la Bithynie et le Pont, la Grèce avec Ytpire, la Macédoine , la Dalmatie, la Sicile et la Sardaigne, enfin la Bétique , furent désignées comme les provinces du 8(''nat et du peuple. Celles d'Octave étaient la Tarraconaise, la Lusitanie, les Gaules, Cypre, la Gilicie, la Gélœsyrie, la Phénicie, FÉgypte. Il prenait pour lui la plus laborieuse paît, toutes les provinces les moins soumises ou les plus exposées à la guerre; mais par là il se réservait la disposition des troupes. Aussi plus tard échangeat-il Cypre et la Narbon naise contre la Dalmatie; et toutes los provinces qui s'ajoutèrent depuis à l'empire appartinrent pour cette raison aux empereurs.
Il Alt réglé que désormais des sénateurs, choisis par le sort et envoyés par le sénat, iraient gouverner annuellement les provinces du sénat et du peuple avec titre de proconsuls ou de propréteurs; car l'Afrique, la Numidie et l'Asie demouraiont provinces proconsulaires. L'Égyple
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seule ne devait jamnis avoir qu'un préfet de Toi'dre équestre. Ces magistrats prendraient leurs insignes et leurs licteurs selon Fancien usage , en sortant de la ville , et les conserveraient jusqu'au retour; mais ils ne porteraient plus Fépée ni Thabit de guerre , puisqu'ils n'avaient plus de légions à commander : ils perdaient ainsi la juridiction militaire et le droit de tuer un soldai. Les provinces impériales seraient régies par des lieutenants de l'empereur ^ à titre de propréteurs , préfets, présidents; et, comme il s'y trouvait ordinairement des troupes {prœsidia) , il dépendrait de l'empereur d'accorder à ces ofliciers l'habit de guerre et l'épt'e, de prolonger leur charge. Nul ne devrait être préposé à un gouvernement que cinq ans, après avoir exercé le consulat, la préture, ou au moins la questure. Des chevaliers, comme tribuns légionnaires, commanderaient dans les forteresses. On laissait aux proconsuls le droit de recevoir les tributs; les autres revenus regardaient une nouvelle espèce d'officiers, les procurateurs, pris parmi les chevaliers et les affranchis, qui administreraient exclusivement les finances dans les provinces impériales, et les dépenses publiques dans toutes. Défense aux uns et aux autres de faire les recrutements et d'exiger au-delà des sommes fixées par le sénat ou par l'empereur, car tous obéissaient également à Fempereur : aussi on leur assigna un salaire proporticmné à leurs fonctions. Lorsqu'il leur arrivait un successeur » ils devaient aussitôt quitter la province et revenir sans retard dans un délai de trois mois^ Pour compléter ce premier arrangement par celui du
' Hét,j Jng.j 4ot 36 » 4?; Dion, 53, de i à i5 ; Tac, Ann..^ i-s, 3-48. Foj* li : Dca changrntents itérés dans kmtes les pmHies de t empire romaim de^ puis DiociétieH jusqu'à Julien, \f parlie, cliap. m, art. i«', par M. Naudd. (^ n'est pas seulement un ouvrage d'érudition ; des rccherclics variées y sont disposées avec une pnt'cision et une sagacité remarquables , qui en Conl le mcillettr tnèié à coMnIlcr sur la goaverncBieai impérial.
oHi HISTOOU BOSAIHS.
Irrsorcl de l'a mit e, le ir.sor ïu: fui plus coDfié aux jaiDs qur-stears urhains, mais à deux préfets annuels, tirés a surt entre les anciens préteurs, et par conséqœnt pies expérimentés. L'armi'-e, composée alors de vingt-cinq légions et d'autant de corps auxiliaires , fut mainteoue dam; cette proportion et distribuée en stations ( castra siatiru } dans les provinces frontières. On conserva de même qaaln? floltes à Ravenne , à Misènes , à Fréjus, sur le Poat-Eoxîn, i*t plus tanl on établit des flottilles sur le Rhin et le Danube. Le nombre des lé^^ons, dans les temps suivauts, s^accnit jusqua trente-buit. Octave avait, pour sa garde persaonelle, un corps de vétérans (evocati) ; ce corps continua de subsister avec la même dénominaticHi , comme gau^c d'élite, quoique la vétérancc ne fût plus une condition indispensable d'admission, et tous ces soldats portèrert, aussi bien que les centurions, le sarment garni d'or. Une troupe espagnole avait été licenciée au retour dWctium ; les cavaliers germains et bataves furent conservés; de plus, il forma une coliorte de spéculateurs ou curieux { specidatores ^ curiosi). Depuis longtemps les généraux romains employaient sous ce nom certains soldats pour observer Tennemi, comme éclaireurs et même comme espions ( lirniftç, MéuTAcxMrut), Ces soldats avaient une chaussure ( caltga speculatoria ) plus forte que celle des légionnaires. Mais en outre l'empereur, pour mieux signaler sa nouvelle autorité militaire, créa neuf cohortes prétoriennes, dont il se réserva le commandement; plus tard il nomma deux préfets du prétoire (6 avant). Il donna aussi à Rome une milice parliculière , trois cohortes urbaines. Cependant il ne souiTrit jamais qu'il y eût plus de trois cohortes soit prétoriennes, soit urbaines dans la cité; les autres résidèrent dans les villes voisines •. Depuis long-
1 Dion , 53-a, 55-a3, ai, lo ; Suél., /iug., 36, 49, a;, 74><^'9*« S»,(kk.^