CLAUDE SECOND
« vent pour nous ! Et , continuant les acclamations , ils di- « rent quarante fois : Claude Auguste, nous t'avons tou- « jours désiré pour prince, ou un qui te ressemblât; (c quarante fois : Claude Auguste, la république te deoian- « dait ; quatre-vingts ifois : Claude Auguste, tu es un frère, « un i)ère, un ami , un bon sénateur, un vrai prince ; cinq « fois : Claude. Auguste, venge-nous d'Aureolus; cinq fois : a Claude Auguste, venge nous des Palmyréniens ;|sept fois : « Claude Auguste, venge-nous de Zénobie et de Victoria; a sept fois : Claude Auguste, Tetricus n'y est pour rien. » Cependant Aureolus demandait un traité; on lui répondit qu'il ne valait pas mieux que Gallien, et, par jugement de l'armée, on le mit à mort. A peine ce débat fini , une multitude d'Alamannes s'avança jusqu'au lac Bennacus (lac de Garde); il n'en retourna que la moitié par la valeur de Claude. Il ne paraissait plus difficile après cela de remettre sous le joug la Gaule et l'Orient; mais on n'avait pas pressé assez vigoureusement la retraite des Goths, comme Claude le voulait dans sa dernière campagne. Ils eurent le temps d'appeler à leur secours les tribus germaines; trois cent vingt mille hommes se rassemblèrent à l'embouchure du Danaster (Dniester), avec leurs familles et leurs esclaves. Après quelques courses en Thrace, ils s'embarquèrent sur deux mille navires et descendirent le long des côtes, saccageant les villes les plus voisines jusqu'à Thessalonique , qu'ils assiégèrent , pendant qu'un détachement nombreux parcourait la Thessalie et l'Achaïe. Claude envoya contre ceux-ci son frère Quintillus avec Aurélien , nommé maître général de la cavalerie. Bientôt il jugea nécessaire d'y aller lui-même : a La guerre de Tetricus est la mienne, dit-il; « la guerre des Goths est celle de l'État, que je dois préa férer. » Le danger était si grand , en effet, par l'épuisement des ressources , qu'il n'osait répondre de la victoire. Il la gagna pourtant ; les Golhs s'ctant portés à sa rencoi;-
854 msToms toxAtiix,
tre de Thessalonique à Naïssus, il les rompit, les poumi- ▼il sans relâche derrière les montagnes d'Hœmus , les dispersa et les extermina en détail; ce fut un carnage coih tinuel pendant un an : « Les fleuves sont couverts de bon- « cliers, écrivit-il au sénat, les rivages de lances, elles « campagnes d'ossements; nous avons pris tant de fem- « mes, que chaque soldat a deux ou trois captives pour « sa part. »
Cette guerre fournit à toutes les provinces des esclayes, des chevaux et des troupeaux. La famine et la peste achevèrent les restes de cette formidable armée. Les vainqueurs ne purent éviter eux-mêmes la contagion, qui n*avait point cessé depuis longtemps, et Claude en mourut à Sinnium (270). Il n'avait points d'enfents; son frère Quintillus reçut la pourpre dans Aquilée, par décret du sénat; mais les légions préférant Aurélien, la mort volontaire ou forcée de Quintillus finit la concurrence au bout de vingt jours*.
Aurélien, fils d'un colon de Dacie, s'éleva par son mérite; nul n'entendait mieux la discipline, ne payait mm de sa personne, et n'était plus capable d'établir l'aristocratie des camps. Les soldats, pour le distinguer d'un autre tribun de même nom , l'avaient surnommé la main w glaive. Avec trois cents hommes il avait arrêté une iiToption des Sarmates, dont il tua quarante-huit de sa main en un seul combat , et près de mille les jours suivants. Deox chansons mihtaires célébraient cet exploit ainsi que sa première mêlée avec les Franks*. Sa sévérité n'était pas moins
» Twb. PoU., Oaud,, 17 , et de I à i3 , Ca/i., 14, Trig, tyr., il î Am». Marcell., Ji-6j Vop.,^ur«^, 16, 17. «» 1 î7iZoê., ij Tillem., G««., i*. «* Clattde.
• Vopisc, Aurel.i 4> 6, 7 :
Mille, mille decoUavimus, Unus homo mille decoilavimns.
▲URÉtlBN. 333
terrible aux légionnaires; il osa seul faire écarteler à deux arbres un soldat qui avait outragé la femme de son hôte. [1 écrivait à son lieutenant : « Si tu veux devenir tribun , et « même si tu veux vivre , contiens la main du soldat. Que « nul ne vole une poule, ni ne touche une brebis à autrui. « Que nul n'enlève une grappe de raisin, ne gâte les mois- « sons, n'exige Thuile, le sel , ni le bois; qu'il se contente (( de sa ration. Ce qu'il aura , qu'il le gagne sur l'ennemi , « non sur les larmes des provinciaux. Que ses armes « soient nettes, son fer aiguisé, sa chaussure solide, ses « habits bien entretenus. Qu'il mette sa paie dans sa cein- « ture, non daos la taverne. Qu'il porte toujours son col- « lier, son bracelet, son anneau. Qu'il soigne son cheval, <K et le mulet de la centurie à son tour ; qu'il ne vende « point le fourrage. Que chacun rende service à soncama^ « rade , comme un esclave. Qu'ils n'aient rien h payer au « médecin, qu'ils ne donnent rien aux haruspices; qu'ils « se conduisent chastement chez leurs hôtes ; que celui qui « fera querelle soit fustigé. » Arrivé à Rome, il demanda les conseils des principaux sénateurs pour bien gouverner ; l'un deux lui répondit qu'il ne fallait que du fer pour ceux qui résisteraient , et de l'or pour ceux qui serviraient avec zèle, Aurélien semble avoir adopté cet avis ; I on l'a regardé comme un prince a moins bon que nécessaire*.»
I Les désastres des Goths n'avaient point fini la guerre ;
Mille vivat, qui mille occidit.
Tantum vini habet nemo Quantum fadit sanguiiiis.
Mille Sarmatas, mille Fcancos Semel et semel occidimus; Mille Penas quaerimus.
> Vop., Aw.f 7, 1 1 4f Zoparas.
536 HISTOIEB ROMAINE.
d'autres bandes succédaient; il fallut tonte une journée âc bataille pour les contraindre à demander la paix. Les AUmaimes remplacèrent les Goths. Il les battit aussi ; mais, plus occupé de leur fermer la retraite que le chemin de l'Italie, il vit tout à -coup son plan déconcerté parleiir marche hardie sur Rome; il ne les atteignit qu^au Padus, et donna dans l'embuscade d'une forêt près de Plaisance , où il essuya une telle défaite, que l'empire en pensa périr.
Des transes mortelles soulevèrent le trouble et la sédition dans Rome ; on avait déjà parlé de consulter les livres sibyllins; quelques sénateurs s'y étaient opposes par une craintive adulation, comme si c'eût été se défier de Tliabileté du prince. Alors survint cette lettre d'Aurélien : « Je « m'étonne, vénérables pères, que vous hésitiez si longci tempsà ouvrir les livres sibyllins, comme si vousétiezdes «t chrétiens délibérant dans une église, et non des Romains « dans le temple de tous les dieux. Hàlez-vous donc... ou- « vrez les livres... faites ce qu'ils prescriront. Dépense, « captifs , bêtes royales , je ne refuse rien , j'offre tout. Il « n'est point déshonorant devaincreparl'aidedesdieux...» On accomplit donc les sacrifices indiqués. Les Barbares se dispersaient pour piller ; Aurélien les attaqua à Fanum, à Plaisance, à Pavie, les ramena battant vers le Danube, où il fit la paix avec eux et en prit deux mille dans ses troupes (271).
Il regagna Rome furieux et punit cruellement les séditions, trahissant son naturel violent et avide. Ses veageances « tombaient comme un torreiit » sur les riches. On commença de le prendre en haine ; quelques uns disaient : c( qu'il était un bon médecin, qui traitait par un mauvais « système. » Une meilleure précaution fut de relever et d'étendre les murailles dégradées de la cité, pour la préserver d'une attaque imprévue. Plus tard il recula le Pomœ-
ZÊNOBIF. 337
rîum: la nouvelle enceinte renfermait un espace de cinquante milles *.
L'Italie rassurée, il partit contre Zénobie ; il prit sa roule par les frontières du Danube, et les raffermit par de nouveaux exploits ; mais voyant l'IUyrie et laMœsic dévastées, el désespérant de recouvrer la Dacie , il en retira délinitivement les anciens habitants et les troupes, les transplanta dans la Mœsie, qu'il appela sa Dacie, et dont Dioclétien fit deux provinces. Une première défaite des Palinyréniens , à Immae sur l'Oronte , lui ouvrit Antioche ; le pardon promis à tous ceux qui avaient favorisé la reine acheva de ramener les habitants, chrétiens en grand nombre; car Zénobie, instruite dans la religion juive, sans persécuter les chrétiens, protégeait visiblement les juifs cl le schismatique patriarche d' Antioche, Paul de Samosate '. Zénobie et Zabba disputèrent plus vivement le terrain à Émèse (272) ; la cavalerie romaine fut mise en déroute, et Aurélien' rendit grâces de la victoire à la pierre d'Émèse '.
Palmyre restait à prendre. La ville, forte et bien approvisionnée, se défendait encore par la mer de sable qui Tentourait : là, point de subsistance assurée pour les assiégeants; des bandes d'Arabes commencèrent à harceler Tarmée romaine, et Ton comptait sur le secours des Perses et des Arméniens. Le siège fut long ; Aurélien y reçut une blessure , les traits et les pierres pleuvaient des remparts avec les railleries; des machines lançaient des feux. La résistance fut teDe, qu'un empereur et un grand capitaine ne jugea pas indigne d'offrir la capitulation la plus honorable. Voici la réponse : « Zénobie, reine de l'Orient , à Aurélien
" Vop., ^ttr., i8, ai, 19, ao, 39; Amm. Marccll., 3o-ii ; Zos., i ; Dexip., Excerpty De légat.; Aurel. Vict.; Julien, Césars; Vasi, Itinerario di Roma»
■ Rubnkenius, Fie de Longin, 10 , nie le judaïsme de Zénobie par des raisonnements qui ne sont rien moins que concluants.
' Vop., Aai\f 39, et de 2a à 2G; 'Los,, i.