CHAPITRE CVIII
FIN ra LÀ FAmiXI YALBMTmmiNS. — raiNlftRBS AimtBS
m THÉODOSB.
Justine était morte avant la fin de la guerre, et le jeune Valentinien, déjà ramené à des vues plus sages par son protecteur, apprit encore de lui , trois années durant, par une expérience journalière , à gouverner Fhéritage paternel, qu'il recevait tout entier de sa générosité. Il ne le quitta un moment que pour aller signaler la valeur d*un Valentinien contre les Franks\ etimposer un glorieux traité aux deux rois voisins de la Gaule, Suénon et Marcomer (389). Théodose , surveillant de Rome ou de Milan les deux empires à la fois , y faisait justice des usurpations ariennes, de la licence païenne , et des autres abus toujoui's re* naissants par tant de révolutions. Il abolit les contagieux asyles destinés à punir les femmes coupables, où le vice empirait au lieu de se corriger. Deux boulangeries , qui
• Greg. Turoo., 1-9 ; Claud., De laué. Stilic.f i-s^i »
546 HisToms romaine.
fournissaient le pain du peuple, cachaient, dans leurs vastes ouvroirs, un affreux brigandage : à Taide d^une taverne contiguê, dressée comme un guet-apens, on attirait ks passants, et surtout les étrangers, qui tombaient tout-ècoup par une trappe dans ces demeures souterraines, pour achever leur vie dans une laborieuse captivité, sans que personne pût découvrir ce qu'ils étaient devenus. Un soldat, pris au piège , se délivra en tirant son poignard , et révéla le mystère inique. Le double repaire fut démoli , et la corporation des boulangers réformée,
Par un autre désordre plus étendu, des bourgades se mettaient sous la protection des troupes qu'elles logeaient , et noiHieulftmfHit elles a'affraoebissaient ainsi des exigences avares de leurs puiawits midlres, mais encore de la redevance légitime de la levée des impôts, qui retombaient alors sur les curiales; bien plus, les colons , pillant de compagnie avec les gens de guerre, les uns et les autres s'enrichissaient impunément, parce que les magistrats civils n'avaient point juridiction sur le soldat. Une loi de Yalens condamnait déjà les protégés et les protecteurs à une amende de vingt^cinq livres d'or ; Théodose ajouta des châtiments à cette pénalité insuffisante, et il autorisa généralement les citoyens à repousser par la force et à tuer ks pillards nocturnes des campagnes et des routes , fût-ce mè* me des soldats. Dans les lois si nombreuses et si peu ap*préciées peut-être que porta cet empereur, il faut au moins citer encore celle qui substituait la peine du feu h la dérision des amendes oubliées , dont on avait autrefois prétendu corriger la plus horrible dépravation des mœurs ; celles qui restreignaient les confiscations , réprimaient les vols de tout genre; celles qui prescrivaient (|ue nul ne fût incarcéré sans un mandat du juge, ni cité de loin si Taccusateur ne se constituait prisonnier et ne se soumettait dV vance à la peine du calomniateur, en cas de calomnie prou-
THÉODOSE BT yàlshtihien n. S47
vée ; que Tacciuté edt treqte jQur^ pour mettrç ordre à $e$ affaires ; qu'oa ne le mît poiot aux fers avant la condamnation ; que le geôlier présentât tous les mois au juge Fétat des prisonniers, constatant le jour de leur entrée et }e sujet de TaccusationS
Les païens n'avaient pas à se plaindre; ils exerçaient litMrement leur culte, dont on n'avait interdit que les pratiques inf&meset la magie , deux causes continuelles de cri* mes; ils ne devaient s'en prendre qu'à leur propre négli*. gence de l'abandon de leurs édifices religieux , la plupart debout. Un vieux temple délaissé, autrefois dédié àBacchus dans Alexandrie, ayant été demandé alors par le patriar* che Théophile pour le convertir en église , il le ât nettoyer, et trouvant, dans les réduits secrets , des figures ridicules et honteuses , il ordonna de les promener par la ville pour la confusion de l'idolâtrie. Les adorateurs des dieux s'irritèrent, attaqu^ent les railleurs par représailles, et, ameutés par les philosophes, Olympius à leur tête, ils se cantonnèrent dans le temple de Sérapis, d'où Os enlevaient chaque jour des chrétiens par de brusques sorties , égor-* géant tous ceux qui refusaient de sacrifier. Théodose , instruit de cette audacieuse émeute, tint à honneur, pour les chrétiens immolés, d'user de clémence ; il se contenta d'ordonner la démolition du temple. Les séditieux , d'abord opiniâtres , ensuite effrayés de leur faiblesse , se dispersé^ rent à la hâte : Olympius les avait déjà quittés. Dans cet antique monument du paganisme , était une statue célèbre de Sérapis, dont la bouche, à certains jours, recevait les premiers rayons du soleil , à travers une fenêtre artistement ménagée à l'orient. Une ancienne superstition disait
* Soer., i5-iS} Bist. mÛM<.; CaMiib., sur Sotft., Jug,, Z% ; Liban., Contra eos if ni assiient judicihus, Orat., De patrociniis vicorum j Cad, TheoJ, , 9- 14-3; TilUm., Théod., 61, 64, 6a.
qae si on touchait à cette idole , le monde s^abimerait : on commença la destruction par elle ; la hache du soldat ikit tomber en éclats ce bois pourri aux yeux des païens cons^ ternes , lorsqu'il sort de la tête une bande de souris. Tel fut le dénouement de la terrible catastrophe qu'on attendait ; après quoi on abattit Tédifice, et des lois plus sévères pnn noncèrent Tabolition du culte paâen.
Du reste, les adorateurs des dieux , loin d'avoir à souffrir pour leur religion , parvenaient à toutes les dignités. Les plaintes de Libanius, et plus tard de Zosime , sur le délaissement des temples et des sacrifices, leurs gémissements secrets, qu'ils confièrent, ainsi quebi^i d'autres, fort tranquillement au public , n'attestent pas moins la longue indulgence accordée au paganisme, que son opiniâtre déraison ^
Le prince, par ses fautes méme^ noblement avouées, tendait un témoignage bien autrement convaincant à la perfection sociale du christianisme^ Il était à Milan (590) lorsque les Tbessaloniciens, se soulevant en fureur, tuèrent leur gouverneur, Botherik, avec plusieurs de ses amis, et traînèrent leurs corps mutilés dans les rues, parce que ce général avait mis en prison un infâme, mais habile cocher du cirque. L'empereur, indigné, voulut venger cette atrocité par le sang de ce peuple : les évoques , à force d'in-^ stances, l'avaient enfin apaisé; mais le ministre Rufin^ ranimant aussitôt cette colère, qui avait peine à se contenir.
■ Théodore! , Sia; Soi., 7-ao; Socr., 5-i6, 17; Rufin. » s-ai , aS »4 , «5 ; Ambr., Epist., Sg,- Prud., In Symm.f v. 700 :
Denique pro mentis terrestribus aequa rependens Uunera, sacricolis summos impertit honores Dux bonus, et certare sioitcum laude suoruni, Nec pago implicitos per débita culmina mundi li'c viros prohibet, quoniam caelestia nunqoam Terrenis soliium per iter gradientibus obstanl.
la fatale sentence partit , et un second ordre de clémaice n'arriva pas assez tôt pour prévenir le châtiment, qui s'exécuta comme une trahison. Sur Tannonce d'un divertissement, celte multitude insensée courut au cirque sans souci de son crime et sans défiance : des soldats, silen* cieusement conduits , cernèrent Tenceinte , et, au lieu du signal des courses, ce fut un signal de mort. Le massacre dura trois heures; sept mille personnes, sans distinction d'âge, de sexe, ni de rang, périrent sous le glaive. A cette nouvelle, Amhroise, évitant la présence du prince, pour lui témoigner sa douloureuse improhation , l'avertit , par une lettre, qu'un homicide ne pouvait participer, ni même assister au divm sacrifice ; et lorsque Théodose, après avoir pleuré sa faute, le cœur encore plein d'affliction, essaya de se présenter à la cathédrale pour la solennité de Noël , le ferme évéque, comme un autre Nathan devant un autre David, l'arrêta sur le seuil, et lui en interdit l'entrée pendant huit mois. En réduisant à ce terme la pénitence publique du puissant monarque , il accordait , par un admirable tempérament, la satisfaction due à l'Église avec les égards que demandait la dignité, et surtout le repentir du coupable. Théodose se soumit, et, avec cette humiliation acceptée, il retourna plus grand dans son palais qu'il n'en était sorti. Sa pénitence accomplie , il fut rétabli dans la communion des fidèles , et, pour achever la réparation, il prescrivit par une loi un délai de trente jours avant l'exé* cution de toute sentence capitale. Un tel évéque et un tel prince étaient dignes l'un de l'autre ^
• Ainb., EpisL, 5i, ^o.Serm. div., 3, De obitu Theod,, 34; Ruf., a-i8; Pau. lin., Jmbr, vita.^ a), «4; Aug., D» civil. Dei, 5-a6; Zof., 7-a5 ; Tliéodoret, 5- I7> i8; Cod. ntMM/., g-4o-i3. Cerlains penseurs appellent celte conduite de sdint Ambroise, de [apolitique rtligieuie; ils ne savent pas que de plus {;rands coupables, d'un rang bien inférieur, ont «té (rail<^s par t'Rt;lisc avec plus iVin-
99D RI8T01U lOSAIlfK.
m quittant ntaile, Temperear avait à traverser des pro' vinoea infestées par les restes des bandes éparses de Itoti* me. À soa approche, ces brigands se retirèrent dans ta postes fortifiés qu'ils avaient en Macédoine et en Thessalie. Il alla lui-même de Tbessalonicpie , avec cinq cavaliers, reconnaître leurs retraites, marcba ensuite contre eux, el les extermina K II laissait rOccident tranquille sous Tantorité d'un jeune prince instruit par ses leçons, et dont les inclinations heureuses s'aidaient avec soin des conseils d* Ambroise. Yalentinien H , à vingt ans , avait la gravHé â*un vieillard : « plus sévère envers lui-même » qu'on ne l'est ordinairement envers les autres, il s'étudiait à corriger tous ses défauts; eiact et juste au conseil , ennemi de la délation , occupé du bonheur des peuples, il évitait aiu^ tout d'augmenter les impôts : « Us ne peuvent pas payer les anciens , disait-il , comment en exiger de nouveaux ? i
dtt|0«Be« encore, tandie que, envei»' d'autre», elle « été plue 9éwtn poar k moindree fbntet, préeUément à canee de leur ranç j mais lee mèmcepettoum qMi a'ollMMent ioî d'un nénafeuMnl envers la digniltf lfl»p<rMil0,)allenll« ba«ii ai» enr les iféqurn ec les papes qui ont prononeé quelquafois dmli moyen Ife, selon le droit public du temps, la déposition ou l'excomoMUMcation de despotes ineptes ou vicieux. Il y a des esprits bien difHciles à cooleater. Voici encore nn scmpule de ces honnêtes personnes : tout en adminit « la fmmm hmHi de rarchevAque » de Milan, et en at OHant • que TeKafli « de Tbéodose démontra TnliV/lcdes principes quiforeéKntitn mooaiqM»^ « solu, que ne pouvait atteindre la justice humaine, k respecter les lois et kl « ministres d'un juçe invisible, » elfes insinuent que cette iofluenced'na prêtre sur In enneelenoe d'nn roi n'est pas sans dani^er , « le pféire qui la diri|s pse- « vaut enflammer ou contei|ir le» pamiona sanguinaires du roi «u fié de M « inclination ou de son intérêt. La conclusion toute naturelle, c'est qu'il nat mieux renoncer à Yi^Uité démunUrée pour éviter le danger |NW5iMe; maiije cherche la raison du raisonnement et du scrupule. Peut-être que tontfear voir temporel, dès qu*il n'est pas catholique, ne court plus le risque de lainir diriger ou enflammer sa conscience par aucune inâuence, qu'il n*a pliv <h courtisans ou qu'il n'a jamais que des courtisans vertueux. St c'est ceiS|
pourquoi ne pas le dire nettement ? Nous saurions enfin ce qu'il faut om* • Zoe.,4.
TAUMTIKIBII U. 5SI
mû épaifimit m retranchaat les dépensas. Gepmiam il allâH Mra enlevé à rs£fooU(ii imUique pw ^ . time fus son firèis.
' n se préparait à reyenir de Gaule à Milan, pour r^poufh " ser une irruption barbare qui menaçait de ce côté, et en ' même temps pour échapper à une insdente ambition qu'i{ * avait démasquée auprès de lui. B n'^ eut pas le tmnps. ^ Le ¥mk Arbogast^ parvenu par sa valeur et ses services '' «u frade de malire de la milioef avait pris une grande au* ' torité sur Tannée et la cour : tirant tout à soi , disposant ' ëes emiMs, il s'efforçait de tei^ en tutelle, dans le palais ^ de Vieime, son Jeune maître, d<»it la ferme régularité irri* I tait son audacieux dépit.Yakirtinien résistait, et, lassé à la i' fin , il lui avait un jour signifié sa destitiiti<Hi. Arbogast, ^ répondant qu'on ne pouvait lui 6ter une <^aige qu'on ne V loi avait pas donnée, jeta le dipiâme de destitutkm à terre, t et sortit. Le prince, saisissant Tépée d'un de ses gardes, reût tué sor-le-cbarop , si le garde ne l'eût retenu, fi eût ^ irilu alors tout risquer pour punir l'arrogant ministre : il I se contmta de r^ser le jugMuent de ceux qu' Arbogast k accusait comme conspirateurs afin de s'en déûiire ; il consentit même à une réconciliation , dissismlant tant d'oflënses : il attendait Ambroise pour garantir cette réconciliation ; il désirait aussi , par une sorte de pressentiment , recevoir le baptême : il avait envoyé un silenHaire pour hâter l'archevêque, et le troisième jour, dans soa impatience, il demandait si Ambroise n'était point d^à arrivé. Ce jour-là même il fut assassiné dans son palais; Arix>gast affinna que l'infcMrtoné prince s'était étranglé luimême (392). Ainsi, nulles recherches sur cette fm sinistre; par la même raison, il lui fit rendre les b(xineurs funèbres, et ne put se dispenser de renvoyer le corps à Milan. Partout sur la route s'élevaient les gémissements; « tous pleu- « raient, même ceux qui n'avaient jamais vu Valentinien,
552 BISTOiKE ROMAUnS.
« et ceux qui avaicnl à craindre qu'on ne leur fit un criDK « de leur douleur, ne pouvaient retenir leurs larmes. » Ambroise, qui nous a laissé ce témoignage, prcmonçasQo oraison funèbre ^
Arbogast, n'osant se faire empereur, proclama le rbéteor Eugène , depuis quelque temps chef des secrétaires impériaux. Tout rOccident reconnut forcément Télu du menrtrier, excepté TAfrique, où un autre ambitieux, le Maure Gildon , profita de Tévènement pour commencer son iodé. pendance sous une équivoque démonsiraticm de fidélilé. Tbéodose, profondément affligé, répondit aux ambassadeurs du nouvel ^npereur en accusant Arbogast ; on i»répara la guerre des deux côtés. Gomme Arbogast n'était pas cbrétien, les païens en conçurent espérance , et obtinrent d'Eugène, par sa protection, que la statue de la Victoire fût relevée; les sacrifices et les présages reparurent pour pro mettre le succès en récompense. L'usurpateur fit de l'image d'Hercule son principal étendard , et , en fortifiant les défilés des Alpt'S Juliennes , il y plaça des statues d'or de Jupiter fulminant , consacrées avec des imprécations coùVk Tbéodose, qui n'en força pas moins le passage (394) avec sa rapidité ordinaire.
Les ennemis , surpris cependant , prirent mieux leurs mesures que Maxime , et réunirent toutes leurs forces pour une bataille décisive près du Fleuve-Froid , à trente-six milles en avant d'Aquilée. Les troupes d'Orient , malgré leur valeur, essuyèrent un si rude ccbec à la première journée , qu'on osa conseiller à Tbéodose de faire retraite, et de remettre l'entreprise à l'année suivante : « Dieu nous « garde, répondit -il , d'accuser ainsi la faiblesse de la K croix, et d'attribuer tant de puissance à Hercule. » Ayant
* Ambr., tpisl,, 5^, Strm, âiv.^ a ; Soi. , ^-aa ; Socr. , 5-a5; Oros., 7-35;
TBÉODOSfi. 5!>ô
passé la nuit en prière, il donne le signal d'un nouveau combat , marche le premier, et attaque résolument. Toute retraite lui était coupée maintenant ; Eugène , regardant d'une hauteur, ordonnait déjà qu'on le lui amenât vivant, pieds et poings liés; mais déjà les chefs d'une embuscade, sous les ordres d'Arbogast, se joignaient à Théodose; un vent violent soulève la poussière, et seconde les vaillants guerriers de TOrient. Les rangs ennemis sont rompus, malgré Topiniâtre résistance d'Ârbogast. L'usurpateur croit encore qu'on lui annonce la victoire , quand ses propres soldats le saisissent, l'emmènent les mains liées derrière le dos , et lui coupent la tête devant l'empereur, qui lui reprochait le meurtre de Valentinien. Arbogast, errant dans les montagnes, se tua de désespoir au bout de deux jours. On abattit les statues de Jupiter, et les soldats disant qu'ils seraient ravis de recevoir des coups de sa foudre , Théodose leur en fit don. Une clémence entière honora cette victoire signalée : l'Occident délivré reçut pour maître le jeune Honorius, le second fils de son libérateur, et une ère nouvelle de grandeur semblait se lever sur l'empire , lorsque Théodose, succombant à tant de fatigues, mourut à Milan (395).
Honorius avait onze ans , Arcadius dix-huit ; la gloire do leur père , et la fortune romaine , étaient un double fardeau bien lourd pour eux. La sollicitude paternelle croyait y avoir pourvu, en donnant à l'habile Rufin, Goth d'origine, la préfecture du prétoire d'Orient, et au vaillant Stilicon, d^origine vandale, le commandement des troupes d'Occident; il avait même élevé celui-ci près du trône, en le choisissant pour époux de sa nièce Serena ; il n'avait pé* nétré ni son ambition ni l'hypocrisie de Rufin *.
• Zot., 4i S<n., 7-9« , 34 i Théodorct , 5-34 i Ruf., a-i3 ; Socr. , 5-a4, «5 ; Pliilo»t.« 11-3 ; Oro»., 7*35,37 ; Au{>;., Dtciv, Dei ^ S-36; Ambr., Episi,, i6,
lîl. 47
554 msTOiRK rovàini.
Que la puissance romaine dût bientôt succomber oa subsister encore, Tancienne Rome n*ayait pas moins rempB ses destinées. Ses deux grandes phases , républi<]ue et empire , appartiennent essentiellement à la préparation et i la démonstration évangélique; car, en résumant toute la dvilisation païenne, en complétant le développement intellectuel et politique du vieux monde, elle avait servi d'abord à en mettre à nu Timpuissance et la corruption ; en réunissant ensuite, dans sa lutte avec le christianisme naissant, toutes les forces de la matière contre Tesprit, toutes les fureurs du sensualisme contre la vertu, eUe avait fourni à la vérité le triomphe le plus authentique. Le paganisme, plus découragé que jamais, après les deux ridicules tentftr tives de Julien et d'Eugène, avait vu enfin la statue de la Victoire ôtée sans retour du sénat, et, ne pouvant plus combattre de front, se résignait à avouer sa défaite, afin d'obtenir grâce, de continuer dans Tombre une guerre plus sûre, et de conserver sa secrète influence dans la politique, la science et les mœurs. C'était là ce qui minait Tempire depuis si longtemps, el ce que ni peuples ni prince, ne comprenaient, ni que Tunique ressource était dans k christianisme. Tous avaient admis le christianisme conuse un fait accompli, non comme la suprême loi sociale; tous lui résistaient, les uns par le penchant naturel vers les jouissances mortelles , les autres par jalousie du pouvoir. Et l'Église, la cité de Dieu, que le christianisme avait formée à part durant trois siècles de martyre , se sentait dé-
it; Inptal,, 30; GUud.» De tertio consul »t 90 :
Ciuto nec prohiit hotti
Manitis hssiiM locic; tpet irrita valli Goocidit, ec tcopuUs (Mtueruiit cUiuira reTttUit, Te propicr, çelidis aquilo de monte procellU Obruti obversas actes, revolulaqiie Cela Vui tic in auctores e( turbine repulil haaiaa.
ÉPILOGUIt. Sfô5
jà pénétrée malgré elle, dans la sécurité d^une paix flatteuse, par les passions, les enchantements, les erreurs de la cité terrestre; en y recevant droit de vie et d'honneur, elle perdait de sa liberté première.
Théodose, seul des empereurs jusqu'alors, avait eu le sentiment de la vérité chrétienne ou catholique; et si rien , dans son règne, n'indique cette hauteur de vue, qui découvre les conséquences importantes d'un principe , et qtii sait leur préparer la voie en écartant les obstacles, du moins il avait suivi le principe avec une volonté droite et ferme. Ce fut son mérite réel , mérite assez rare encore pour qu'on ne doive point lui disputer le surnom de Grand^ donné par la postérité, plus justement qu'à Constantin^ Mais s'il vécut assez pour sa gloire , il vécut trop peu poiu" opérer un bien durable; nul de ses successeurs n'eut le courage ni Tintelligence de l'imiter. Dix ans après lui, la grande invasion commença, et ébranla fortement l'antique domination. Ces derniers et terribles avertissements passèrent inutiles; le monde romain, ivre de paganisme, ne se réveilla pas , et l'empire fut brisé *.
Ici s'arrête ce récit, mais non la tâche que J'ai entreprise. L'opposition intime de la cité terrestre contre la cité de Dieu n'a pas fini avec l'empire, et s'est continuée sans interruption jusqu'à nous. Au moment même où j'écris ces X>ages, l'an i840 après que le divin Auteur du christianisme, le Verbe fait chair, s'est révélé aux hommes, la civilisation moderne, proclamant plus fièrement que jamais sa souveraine indépendance, annonce le tableau de ses progrès d'im demi-siècle comme un nouveau défi jeté au christianisme. Cependant une vague inquiétude, un ma-
' Prad.,/n Symm»t iiis :
Sic sq>teiigenli8 erravit cireiter aanis. . « . .... <^>uid tinbitat divina agnoscere jura ?
550 BISTOIAB ftOMAlKC.
laise social , se font sentir, comme à la dernière époque de la décadence romaine , et étonnent les esprits les plus assurés. Jamais aussi il ne fut donc plus important d*éittdier, à travers les âges passés, la suite de ce mystérieux antagonisme, d'où doivent sortir de précieux enseignements pour le présent et pour Favenir. J'y ai depuis longtemps appliqué ma pensée; faible serviteur de TÉglise, fai dn moins médité d*un amour filial ses bienfaits et ses doaleurs; c*est dans cette vue déjà que j'ai conçu cette histoire de Rome, par laquelle l'Église est entrée dans le monde. J'avais espéré terminer plus tôt cet ouvrage, et avancer en même temps davantage des essais commencés sur les époques suivantes; mais attaché par la Providence, pour mon épreuve mortelle, à de pénibles fonctions, il m'a fallu prendre ce travail , non sur mes loisirs, mais sur mes ûh ligues. Arrivé enfin à mon premier but , avec l'aide de Dieu, sans celle des hommes, je puis poursuivre et achever encore d'autres labeurs , qui ne seront peut-être pas sans quelque utilité.
Sna deiten cuiqae est
Bc Deut omoipotens *.
* Prud., in Symm.f 849.
Pllf BU tlOISIÈMB IT BBRUIER VOLUHB.