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CHAPITRE V

Les Mercenaires en Italie. — Hannibal. 2i 8-202.

Ouvrir au genre humain une route nouvelle ,, c'était aux yeux des anciens Ten^treprise héroïque entre toutes. L'Hercule germanique, le Siegfrifl des "Nihehingen y parcourut j dit le poète, bien des con^ trées parla force de son bras. La guerre seule a découvert le monde dans l'antiquité. Mais pour qu'une route frayée une] fois soit durable, il faut qu'elle réponde à des besoins moins passagers que cetrx de II. I

la guerre. Alezan jr6> *en ouvrant la Perse et î'Incle au commerce de la tjlrèce , a fondé plus de villes» qu'il n'en avait détruit. Les Grecs et les Phéniciens ont découvert les ràtes de la Méditerranée, qui àt* puis, enferméd par les Romains dans leur empire > comme une route militaire de plus, est devenue la grande voie de la civilisation chrétienne. Ainsi, les routes tracées par les guerriers > suivies par les mar^ chands, facilitent peu à peu le commerce des idées, favorisent les sympathies des peuples , et les aident à reconnaître la fraternité du genre humain. Aussi, je Favoue, j'ai foulé avec attendrissement et respect cette route ouverte par Hannibal , fondée par les Romains ^ , restaurée par la France*, cette route sublime des Alpes , qui prépare et figure à la foi» la future union de deux peuples qui me sont si chers.

Dans sa marche de neuf mille stades depuis Car-^ thagène jusqu'à la frontière d'Italie , Hannibal voulait deux choses dont l'une rendait l'autre dififidle i s'ouvrir de gré ou de force un passage rapide pour prévenir les préparatifs de Rome, et, par la bonne iùtdKgence avec les naturels, établir des communi-

* )Q0i disaient très-bien : munin viam, •«-.'«( Général, disttt le gigan-^ teique Kléber à un petit homme qui fraya la route du Simplon , tous éteir grand comme le monde. »

cation» durables entre l'Espagne etlltalie. Il avait fait prendre d'avance tous les renseign^nens né** cessaires sur les dispositions des che£s barbares^ aussi bien que sur leurs forces. Il emportait beaucoup d'argent pour répandre parmi ©ux, et acheter leur mobile amitié^ sans compter un riche fonds de paroles captieuses^ familières aux Carthaginois. Cependant^ dès le passage de l'Ebre^ il fut harcelé par eux^ réduit à les comJ:)attre chaque jour^ souvent même à forcer leurs villages ^ et à laisser onze mille hommes pour les contenir^ Il n'en persista pas moins à employer les moyens de douceur. Au passs^e des Pyrénées^ trois mille Espagnols ne voulurent pas quitter leurK pays^ ni aller chercher avec Hannibal ces Alpes dont on leur di^t tant de choses efErayantes. Loin de s'en irriter^ il en ren-voya sept mille de plus.

Comme il sortait des défilés des Pyrénées (318), il rencontra tous les montagnards en armes. Il fit dire à leur chef qu'il voulait conférer avec eux, que de près on pourrait s'entendre ; que ce n'était pas tin ennemi, mais un hôte qui leur arrivait, qu'il ne craindrait pas d'aller les trouver, s'ils héritaient à se rendre dans son camp. Les Barbares se rassurèrent, vinrent^ et reçurent des présens. On convint que si les soldats de Carthage faisi^ient tort aux indigènes, Hannibal ou ses lieutènans en seraient juges i mais que les réclamations contre les

indigènes seraient jugées sans appel par les femmes de ces derniers ^ . Chez les peuples ibériens , comme chez ceux de la Gennanie y les femmes ^ moins emportées que leurs fougueux époux ^ étaient entourées de respects ^ et souvent invoquées dans les disputes^ comme une puissance sacrée de sagesse et de réflexion.

Les peuplades ibériennes pouvaient s'arranger avec les Africains^ rapprochés d'eux par les mœurs et peutrétrë par la langue. Mais les Gaulois ne voyaient qu'avec un étonnement hostile les hommes noirs du midi , ces monstrueux éléphans y ces armes et ces costumes bizarres. La dissonnance était trop forte pour les blonds enfans du nord^ aux jeux bleus et au teint de lait. La grande tribu des Volkes n'attendit point l'armée carthaginoise y ' elle abandonna le pays et se retira derrière le Rhône > dans un camp retranché par le fleuve^. Il s'agissait de

' Plut. , Dt ¥irt. mulier, — Polyaen. , VII , 50.

* Un peu aa-dessus d'ATignon , près d^on lies appelé U Pas$nge, non loin de la route de Vienne à Chambéry , on trouTa au dernier siècle un bouclier qu^on s^empressa d'appeler le bouclier d'Hannibal. « Cette qualification, dit M. Letronne , Journal des Savons , 181^, fut d^abord donnée à ce monument, sur \ine simple conjecture des membres de F Acadén«.e des inscriptions. Cette conjecture aTait pour unique appui le lion et le palmier qu'on y Toit graTés , types qui se retrouvent sur des médailles carthaginoises. Les antiquaires s^accordent maintenant à reconnaître dans ces prétendus boucliers votifs , sans portraits ni inscriptions , des plats , ou mieux des plateaux , qui , sous le nom de ptnakesj lances , dise! et tympana ,

passer en présence d'une armée ennemie ce fleuve fougueux qui reçoit vingt-deux rivières et dont le courant perce un lac de dix-huit lieues sans rien perdre de son impétuosité. En deux jours, Hannibal sut rassurer ceux qui étaient restés en-nieçà du Rhône , leur acheta des barques , leur fît construire des canots et des radeaux, et faisant passer le fleuve un peu plus haut par Hannon, fils de Bomilcar, i mit le camp des Volkes entre deux dangers. Au moment où parurent les signaux allumés par Hannon, l'embarquement commença; les gros bateaux placés au-dessus du courant servaient à le rompre ; les cavaliers les montaient, siutenant par la bride leurs chevaux qui passaient à la nage ; il y avait à bord d'autres chevaux tout bridés et prêts à charger les barbares ; les éléphans étaient sur un immense radeau couvert de terre. Quant aux Espagnols, ils avaient passé hardiment avec Hannon sur des outrés et des boucliers. Déjà les Gaulois entonnaient leur chant de guerre , et agitaient leurs armes sur leur tête, lorsqu'ils voient derrière eux leur camp tout en flammes. Les uns courent pour sauver leurs

ornaient les buffets des riches. Ib y faisaient graver des sujets souvent fort compliqués , témoin le prétendu bouclier de Scipion. Du reste , il serait constaté que ce plateau est un bouclier votif carthaginois ,- qu^un Semblable monument pouvant , dans Tespace de deux mille ans , avoir été transporté là 4e fort loin , ne prouverait pas plus , aux yeux de la critique , qu« les médailles cartha^noises trouvées sur le' grand Saint-Bernard. »

femmes et leurs enfans ; }e$ autres persistent et sont bientôt dispersés.

Cependant les Romains^ qui croyaient encore Hannibal aux Pyrénées, apprennent qu'il est sur le Rhône. Lie consul P. Corn. Scipion débarque en hâte à Marseille , et enyoie à la découverte troi» cents cavaliers, guidés par des Mar:seillais. Hanni<bal avait dans le même but détaché cinq cents Nu-' mides. Les Italiens eurent davantage et en présa-v gèrent Theureuse issue de la guerre. Hannibal^ d'après Iç conseil des Boîi^s d'Italie qui lui avaient envoyé un de leurs rois , se décida à éviter Farmée romaine , pour passéf les Alpes avant que la saison les rendît impraticables, et il- remonta le Rhône* pendant quatre jours jusqu'en la hauteur de risère.

Lorsque l'on entre ^ans ce froid et triste vesti-^ bule des Alpes ^ que les anciens appelaient pays des. AUobro^es, et dont feit partie la pauvre Savoie, on est frappé de voiic tout diminuer de taille et de force, les arbres, les hommes, les troupeaux. La nature semble se resserrer et s'engourdir comn^e à l'approche de l'hiver; elle est long-temps chétive et laide avant de devenir ûnposante et terrible. Comme il allait du Rhône à ces montagnes , Hannibal fut pris pour arbitre entre deux frères qui se disputaient la royauté; il décida pour l'aîné, çon-^ formément à l'avis des vieillards de la nation < et

96çut dé son nouvel ami les vétemens dont. se$ "^ Africains allaient avoir si grand besoin ^

Enfin ^ Ton découvrit les glaciers aU'<lêssus des> itoirs sapins. On était à la fin d'octobre ^ et déjà les <}hemins avaient disparu sous la neige. Quand les hommes du -midi aperçurent cette épouvantable désolation de l'hiver^ leur courage tomba. Hannibal leur demandait s'ils croyai(s;nt qu'il y eût des^ terres qui touchassent le ciel? si les députés des Boïes d'Italie qui étaient dans leur camp , avaient, pris des ailes pour passer lés Alpes? si autrefois les 6auIois n'avaient pas franchi les ipèmes montagnes avec des femmes et des enfans ?

Pour comble de terreur > on voyait les pics cou-^verts de moatd^ards qui. attendaient l'armée pour Irécraser. Nul autre passage; d'un coté des roches escarpées ,. de l^autre des précipices sans fonds. ^annibal dressa son camp , et ayant appris que les montagnards se retiraient la nuit dans leurs villa- ^ ges^ il. passa avan| le jour dan^ le; plus profond silence , et occupa avec àe$^ troupes légères les hauleurs qu'ils avaient quittées. Le reste dé l'armée n'en fut pas Moinsk attaqué. Les Barbues ^ habitués h se jouer des pentes les plus rapides , y jetèrent vm affreux désordre > et pai^ leurs traits, et par leur$. ciis sauvages qui se répétaient d'échos en écho3u

*Tit. WT.,lib.XXI, c. SI.

Les chevaux se cabraient^ les hommes glissaient ; tous se heurtaient^ s'entraînaient les uns les autres. Les soldats^ les chevaux, les conducteurs des bêtes de. sommes^ roulaient dans les abîmes. Hannibal fut obligé de descendre pour balayer les montagnards.

Plus loin^ les députés d'une peuplade nombreuse viennent à sa rencontre et lui offrent des vivres , des guides^ des otages. Hannibal feint de se confier à eux^ et n'en prend que plus de précautions. En effet lorsqu'il arrive à un chemin étroit que dominaient les escarpemens d'une haute montagne j, les Barbares l'attaquent de tous les côtés à la £bis , coupent l'armée, et parviennent à isoler pour une nuit entière la cavalerie et les bagages. Moins inquiété désormais, Hannibal parvint au bout de neuf jours au sommet des Alpes. *

Après y avoir campé deux jours , Hannibal se mit à la tête de l'armée , et parvenu à une sorte de promontoire d'où la perspective était immense, il fît faire halte à ses soldats. Il leur montra l'Italie et le magnifique bassin jlu Pô^et des Alpes. En franchissant les remparts de l'Italie, leur dit-il, ce sont les murs même de Rome que vous escaladez. Et il leur m^Kitrait du doigt , dans ^ lointain , le coté où devait être Rome. Je ne puis m'empêcher de citer, à coté des paroles d'Hannibal, celles qu'une situation analogue inspira au plus grand général des temps modernes. « Ce fut un spectacle sublime

que Farrivée de Tannée français^ sur les hauteurs de Montezemoto ; de là se découvraient les immenses et fertiles plaines du Piémont. Le Pô, le Tanaro et une foule d'autres rivières serpentaient au loin : une ceinture blanche de neige et de glace d'une prodigieuse élévation , cernait à l'horizon ce riche bassin dé la terre promise. Ces gigantesques barrières qui paraissent les limites d'un autre monde , que la nature s'était plue à rendre si formidables , auxquelles l'art n'avait rien épargné, venaient de tomber comme par enchantement. Hannibal a forcé les Alpes, dit le géqéral français, en fixant ^ ses regards sur ces montagnes } nous , nous les aurons tournées ^ »

Le revers italique des Alpes se trouva beaucoup plus raide et plus court que l'autre. Ce n'étaient que des rampes étroites et glissantes qu'on osait à peine descendre, en tâtonnant du pied et s'accrochant aux broussailles. Tout à coup on se trouva arrêté par un éboulement de terre qui avait formé un précipice de mille pieds. Il n'y avait pas moyen d'avancer ni de reculer; il était tombé de nouvelles neiges sur celles de l.'hiver précédent. La première, foulée par tant d'hommes, fondait sur l'autre^ et formait un verglas j les hommes ne pouvaient se soutenir, les bêtes de somme brisaient la glace, et y restaient engagées comme dans un piège. Il fallut

Mémoires de Bonaparte , campagne d'Italie.

tailler un chemin ^ans le roc vif ^ en employant le* fer et le feu K

* Qotnt k l'esiploi du TÙiaigre , F". dansOduc la réfutation <ie Tite-Iir.. et d'Appien.

Ce sommet susceptible d^nn. campement , ce promontoire efc cette tuc deSs. plaines^de TltaUe , enfin cette descente si rapide ne conviennenl guère quU«- ' MonMiCnis. La tradition, des montagnards veut qu^Hannibal y ait passé ( Ijm nuza, p. 423). Grosley disait , en 4764 : a. La descente en Italie est telleque Tite-Liye la décrit : -^ Ofpnts ferè via prœceps, angustaf iubnca... L'Arcbe que I'oq, côtoie en montant: nous étonoaiV pai; U Mpidité de son^ cours, mais, c'est une eau d^étang en comparaison de lu Petite-Doire que Ton suit en descendant... Le cheinin de cette descente es^ uq zigzag à angles^^ très^aigus, ménagés et distribués ayec le pki& graod soiu ^ nos porteurs^, afluent là-dessus aussi Titp que les plus babiles porteurs sur le payé de Paris... Pour abréger le chemin, ils ft-anchi^saiçQt par enjambement lit pointe des angles j et, dans ces instaos, nousd la cÎTière qui npus portait ,. nous trouTÎQDS qnekpiefoi^ suspendus au^essus d'un, précipice de deux oa-^ trois mille pieds de profondeur perpendiculaire... Celte^ descente est pour>x les Toyageurs comme une tempête qui les jetle enJtalie. »,

Sur le passage des Alpes par Sai^nibal , ^, Lac«uza. Histoire dupa$»^ sage , etc. , 4826. -*. Leironne , Journal àe$ Saçtuut f84$, pageAl^ et 753. -*- J. A. Delpc , Histoire du passage , etc. GenèTC , 4 84 8. -^^ Idem par Fortia dTrban , 4 824 . -«p^ Idem par "Whkaker, LondreS:, 4 794. ^- F. G. de Vandoncourt , Histoin des Compagnes d*Hannibai en Italie y Hilan , 4842. -— De Saussure, Voyage dans les. Alpes ^ tpm. ^. et 5. — J. F. Albani»-Beaumont, 4806 , tom. 4 et 2.

« Je trayersai moinnéme Fétroit sentier qui conduit an sommet du Lau^. laiet (route du Mont-Genèrre). C'était le 3 noTcmbre , époque qbi est k, peu près odle oik Hannibal p«ua les AJ^. H était, depuis son sommet jusqu'à sa base , entièrement courert de glace et de neige \ tout chemin ayait disparu \ Ton ne trourait pour se diriger que quelques perches plantées de . distance en distance, et souyent mon gui^e , habitant du pays , s'y trompait loi-méme. Lorsqu'à ces époques, U tourmenteii'coX foudre sur ces régions

II desf^endit ain^i en Italie, cinq mois après son départ de Carthagène ; le seiil passage des Alpes lui avait coûté quinze jours. Son année était réduite à vingt-six mille hommes^ savoir : huit mille fantassins espagnols , douze mille Africains et six mille cavaliers^ la plupart Nunûdes; il fit graver cette énumération sur une colonne près du promontoire Ladnien ^ . Ce petit nombre d'hommes était dans un état de maigreur et de délabrement hideux. Les éléphans et les chevaux avaient tant pàti de la faim^ qu'ils ne pouvaient se soutenir. Il avait, dit-il lui-^ même à l'historien Cincius;^ son prisonnier^ perdu

âevées , eOe emporte toat, hommes et mulets, au milieu des tou-billoiis de Bdge qu'elle faôt Toler , et règne sur ces han^urs ayec nue fbreur et des ra* Tages qq^il faut aTcôr tus pour s'en laire udc idée* n Laitun , p. 60.

Le passage swTaul doniwxa quelque idée de Thorreur de ces goriges.., « ÀTaot d*y arrÎTer , ou trayersait uoe gorge étroite , au fond de laquelle se précipitent les eaux d^uo errent... Les ayalanches et les ouragans auxqneb les babitans de eetto TaBée sont exposés durant rhiTer, sont tds, qne dans une nuit it arrlye souvent qne le» liabitations dispandssenl soQs la neige , dont la hauteur es^ quelquefois de quinze à vingt pieds.,. Les habitans sortent de chei em. à Tentrée de Thiver , et vont soit en Piémont , soit en France où ils exercent 1^ professions de frotteurs , commission- ■aÎTei , portefiôx et oolporteui:»» et ils fentrent an commencement de chaque priotemps... Ce sentier scabreux, qui n'est praticaUe que pendant quelques^, mou de Tannée , n'est guère fréquenté que par des contrebandiers et desi déserteurs. » ( Albanis-Beaumon,t, Description 4€s Alpes ^c^fues et coitiennes , tome II , p. 6.40-3t. )

' Folyb. , ni.

trente-six mille depuis le passage du Rhône jusqu'à son arrivée en Italie K '

Quand on compare cette poignée dliômmes qui lui restaient aux forces que Rome pouvait alors lui opposer^ l'entreprise d'Hannibal semble plus audacieuse que celle d'Alexandre. Nous avons dans Polybe, liv. II, l'énumération des troupes que les di£férens peuples de l'Italie tenaient à la disposition des Romains sept ans auparavant, lorsque l'on s'attendait à une invasion générale des Gaulois :

« Les registres envoyés au sénat portaient quatrevingt miUe hommes de pied et cinq mille chevaux , parmi les Latins ; chez les Samnites , soixante^ix mille fantassins et sept mille chevaux. Les Japyges et les Mesapyges fournissaient cinquante mille fantassins et seize mille cavaliers ; les Lucaniens trente mille hommes de pied et trois mille chevaux. Les Marses, les Marrucins, les Freirtans, les Vestins, vingt mille hommes de pied et quatre mille chevaux. — Dans la Sicile et à Tarente, il y avait deux légions y cqpposées chacune dé quatre mille deux cents hommes de pied, et de deux cents chevaux. — Les Romains et les Campaniens faisaient ensemble deux cent cinquante mille hommes d'infan-^ terie et vingt-trois mille cavaliers. — L'armée campée devant Rome était de plus de cent cinquante

• Tit.-Liv., XXI, 38.

mille hommes de pied et de six mille chevaux. — De plus^ on tenait prêt ^ de peur d'être surpris^ un corps d'armée de vingt mille piétons romains^ et de quinze cents chevaux y de vftigt mille piétons des alliés^ et de deux mille hommes de cavalerie. En sorte que ceux qui pouvaient porter les aunes ^ tant pajr mi les Romains que parmi les alliés , s'élevaient à sept cent mille hommes de pied et soixantedix mille cavaliers ^ »

Il faut avouer que tous ces peuples disposés à se lever en masse pour repousser l'invasion des Gaulois^ ne l'étaient point également à combattre Hannibal^ qui se présentait conrnie le libérateur de l'Italie.

Le premier plan du sénat avait été de porter la guerre en Afrique , d'envoyer uneiseconde armée en Espagne ; une troisième dans la Gaule cisalpine. La célérité d'Hannibal obligea Rome de rappeler la première armée de Sicile. Les Boïes et les Insubres (Bologne, Milan), poussés à bout par la fondation des deux nouvelles colonies de Plaisance et de Crémone, jetées entre eux sur le cours du Pô, avaient battu le prêteur Manlius dans une forêt près de Mutine (Modène). Ils se trouvèrent avoir conquis

' Je soupçonne dam cette ënuméralion beascoup d'exa^ation et de doubles emplois.

eux-mêmes cette indépendance qttlls n'âtaient es* péré recouvrer qu'en appelant Hannibal.

Aussi lorsque celui^i descendit des Alpes avec une armée exténuée de faim et de fatigue^ aucun de ses alliés ne vint à sa rencontre pour lui donner des renforts ou des vivres. Les premielrs Gaulois qu'il rencontra^ furent les Taurins^ ennemis des Insubres. Il prit et saccagea leur principale bourgade^ pour essayer de jeter la teneur dans l'esprit des Gaulois. Rien ne bougeait encore^ et l'armée romaine était arrivée sous la conduite de Sdpion. Hannibal^ au lieu de dissimuler aùic siens le danger de leur situation^ la leur découvrit tout entière. Il range l'armée en cerde^ fait amener quel-^ ques jeunes montagnards prisonniers , qu'il avait fait à dessein soufirir de la faiml et meurtrir de coups. Il fait jéacer devant eux des armes pareilles à celles dont leurs rois se servaient dans les combats singuliers, des chevaux^ de riches saies gauloises, et il leur propose de combattre entre eux pour se disputer ces prix; les vainqueurs seront libres ^ et les vaincus se trouveront aussi affirandiis par la mort. Tous bondirent de joie et coururent aux armes. Hannibal se tourne alors vers les siens : « Vous avez vu, dit-il, votre propre image. Enfei>mes entre le Pô, les Alpes et les doux mers^ il vous faut combattre. Vous savez le chemin que vous avez fait depuis Carthagène ; tant de combats ^ de

montagnes et de fleuves ! Qui serait assez stupide pour espérer qu'en fuyant il reverrait sa patrie? JusquUci y parcourant les monts déserts de la Celtibérie et de la Lusitanie ^ vous n'avez guère eu d'autre butin que des troupeaux. Ici^ le prix du <x)mbat^ c'est la riche Italie^ c'est Rome. Tout sera pour vous, corps et biens.... » Et il leur promit de les établir à leur choix en Italie, en Espagne ou en Afrique, de les faire même citoyens de Carthage, Vils le demandaient. C|e dernier mot, qui peut^tre indiquait un grand projet d'Hannibal , était pour la cupidité des mercenaires le plus ardent aiguillon. H prit alors une pierre, écrasa la têtéWun agneau, et s'éoia : « M'écrasent ainsi les dieux, si je manque à mes promesses ^ !

La première rencontre lui fut favorable*. Dan^

• Polyb., m. —Tit.-LiT, XXI , 45.

^ Dans ce fait , et en général dans toute cette histoire, nous avons Sapfrimé beatieoiip de ^ëlaUs stratégjqnei. L'art de la guerre a teDement changé, ^'me grande paitie de «es détâib sont ûunteOîgîbles atyourdlini. Méma^ fiai de Sotnie^Héiènê , mars 4 84 6 , second Tolume : « L'Empereur d.'-^ sait encore qu^il trouvait dans RoUin, dans Cësar même, des circonstances de la guerre des Gaules qu^il ne pouvait entendre. Il ne comprenait rien i TittTasIon des fidvétiens, atf chemin qu'ils prenaient , au but qu'on leur donnait , au terapè qu'ils étaientà passer la Saône , à la diligence de Cësar <|ai avait le tempe d'aller en Itifie chercher des^gions aussi loin qu'Aqaî« lée , et qui retrouvait le» envahiaseufs encore à leur passage de la Saône , etc^ -* Qu'il n'était pas plus haka de eomprendre la Hundère Rétablir des quartiers d'hiver qui s'éteii^tént de Trêves k Vannes. Et comme nous nous

une reconnaissance qu'Hannibal et Scipion poussaient eux-mêmes sur les bords du Tésin, les cavar liers de Scîpion furent enfoncés par les Numides , dont les chevaux", rapides comme Féclair, ne portaient ni selle ni mords. Jje consul blessé fut ^uvé par im esclave ligurien. D'autres historiens ont trouvé plus beau d'en donner l'honneur au j^une fils de Scipion , alors enfant de quinze ans , qui a bien assez de la gloire d'avoir vaincu Hannibal , et terminé la seconde guerre punique.

Scipion se retira derrière le Pô, derrière la Trébie, abandonnant aux ravages les terres des Gaulois, qui restaient fidèles aux Romains. Mais l'autre consul, Sempronius, plus touché du malheur des alliés et de l'honneur de Rome^ passa la Trébie^ grossie par la fonte des neiges, et jeta une armée affamée et transie dans les embûches où l'attendait Hannibal. Les Gaulois de l'armée romaine furent écrasés par les éléphans. Les Romains eux-mêmes furent enveloppés. Trente mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Hannibal au contraire

récriions aussi sur les travaux immenses que les généraux obtenaient de leur^ soldats, les fossés, les murailles, les grosses tours^r ^ galeries, etc..» ^Empereur observait qu'aftrs tous les efTorfs s'employaient en confection c^ sur les lieux mêmes , au lieu que de nos jours ils consistaient dam le transport. Il voyait d'ailleurs que leurs soldats travaillaient en effet plus que les nôtres. Il a le projet de dicter quelque chose là^lessus. u

to^àtaïc guère peréa que des Gaulms , prës(pi^«ucaii Ëspagaol , ni Africain.

La victoire de la Trébie donna tous les Gaulois pour auxiliaires au général carthaginois. Son armée se trouva portée sur-le-champ à quatre-vingt-dix miiUe hommes. Gonaaissànt la mobilité des Barba-^ res^ il voulait profiter du moment, passer en Etru-^ rie, et se présenter comme un libérateur auxÉtrus* ques, aux Samnites^ aux Gampaniens, aux Grecs, à tous ces peuples si durement traités par Rome. II renvoyait libre et sans rançon tout allié des Romains^ tandis qu'il tenait ceux-ci au cachot, leur donnant à peine, le nécessaire et les chargeant d'ÛDH jui^s et d'opprobres ^ Mais on ne passe pas aisé-* mieaakt les Apennins pendant l'hiver. II y fut accueilli par un de ces froids ouragans ^ , qui s'élèvent alors fréquemment dans les montagnes.

II faiBut donc passer le re^ste de l'hiver dans les fanges de la Gaule cisalpine ', au milieu d'un peuple qui avait espéré s'enridiir en suivant Hannibal dans le midi, et qui se trouvait lui-même affamé par son armée. Leur impatience devint si £brte, que plus d'une fois les chefs conspirèrent sa mort. Pour

* Fl I^olyb. , III , ayant et après la bataille de Trasymène.

' Tit.-LÎT. , XXI , 58. — /^. aussi Voyage de Simon, et Lullia de ChâteauYieux.

• Polyb. , III.

tromper les assa^sins^ il s'était avisé de changer chàque jour de vêtement, de coiffure, se déguisant même avec de faux cheveux , apparaissant tantôt comme un jeune homme, tantôt comme un vieillard ou un homme mûr. Ces surprises occupaient l'esprit mobile et superstitieux des Barbares ^ ./

Au mois de mars (217), il passa l'Apennin^ et se dirigea vers Arretium , par le chemin le plus court. Cette route traversait des marais étendus au loin daiis la campagne par TArno débordé au printemps. Pendant quatre jours et trois nuits *, les soldats d^Hannibal marchèrent dans la vase et dans l'eau jusqu'à la ceinture. En tête, passaient les vieilles bandes espagnoles et africaines , foulant un terrain encore assez ferme. Les Gaulois, qui venaient ensuite, glissaient ou enfonçaient dans la fange. Ces hom-* mes mous et faciles à décourager se mouraient de fatigue et de sommeil ; mais derrière venaient les Numides qui leur tenaient l'épée dans les reins. Un grand nombre désespéraient, et se laissant tomber sur des monceaux de bagages , ou sur des tas de cadavres , ils y attendaient la mort. Hannibal luimême, qui montait le dernier éléphant qui lui restât, perdit un œil par la fatigue des veilles et l'humidité des nuits.

• Polyb., III. Appian. Hannih. h, c. SI 6. — LW. XXII ,1,3.

* Ibidem,

Xe'consul Flaminius Tattendait avec impatience «ur les tours d'Arretium. Cependant on racontait une foule de prodiges qui menaçaient les Romains d'un grand malheur. Une pluîe de pierres était tombée dans le.Picenum; en .Gaule, un loup avait arraché et enlevé Fépée d'une sentinelle. . Dans la vieille ville étrusque de Géré, les caractères qui servaient aux réponses de l'oracle, avaient tout à coup paru rapetisses. Les épis tombaient sanglans sous la faucille. Les rivages étincelaient de mille feux ^ .

Flaminius, ne voyant dans ces récits qu'un artifice des patriciens pour le retenir dans Rome , partit furtivement pour l'armée, sans consulter ni le sénat, ni les auspices. Hannibal profita de son ardeur et l'attira entre le lac Trasymène et les hauteurs dont il était maître^. On n'entrait dans ce vallon que par une étroite chaussée. Les Romains la franchissent en aveugles au milieu de l'épais brouillard du matin. Hannibal, qui d'en haut les voyait sans être vu d'eux, les fait prendre en queue par ses Numides , et les charge de tous côtés à la fois. L'acharnement des combattans fut si terrible,^ que dans ce moment même un tremblement de

' • Tit.-Liv. , XXI , 62 , XXII , i .

Aujourd'hui encore, le nom d'un ruisseau Toisin du lac rappelle le carnage dont ce lieu a été le théâtre. Simon. , Voyage , <•'¥., etc.

tèM aétmisit des xittes, renrem des iiiontagn^^ > fit reftuet des rivières , sans qu^aucun d'eux s'en apei*çut.

Hannîbàl passa Aùïis VOtnhne, attaqua inutile^ ment la colonie romaine de Spoîète , «t ne voyant aucune ville se déclarer pour lui , il n^osa point mardhier vers Home, H se retira dans le ï^icenum , pour refaire son année dans ce pays riche et fertile en grains. La faim^ les fatigues^ les fanges de la Gaule , et surtout le passage des marais d'Étrurie , avaient répandu dans ses troupes d'horribles mala^ dies de peau. Les chevaux aussi ^ ces chevaux prédeox d'Afrique, avaient beaucoup isouffert -, on les lavait avec du vin vieux. On connaît l'attachement des Africains pour ce fidèle compagnon du désert. C'est d'ailleurs un trait particulier dans le carao* tère du soldat mercenaire , sans famille et sans ami ^ .

• Cependant ïe parti des nobles , celui qui ne vou**

làît point de bataille et qui aimait mieux abandonner les alliés aux ravages y avait prévalu dans Rome par la terrear qu'y jeta la défaite de Trasymène. On

^ Polyb. , ni. G^est ce qu'a peint admirablement %alter-Scott , dans f Officier de fortune. Qui ne connaît le capitaine Dalgetty et son bon ami .le gmnd Gustave ?

tv^it itommé prodictateur io froid et prudent Fabius. Il commeoça psir apaiser Ie$ dieui; irrités par Flamiaiu^ ; on CQwha leurs statues devant Içs table$ d'un banquet solennel (Ckctistemium) ; on leur |iromit des jeux qui coûteraient trois cent miUe trois cent trente-trois livrer ctt uni ti^rs de cuivre i enfin on leur voua un printemps sacré ^ « , Fabius ^ seintant le besoin de rassurer les troupes> ^ tint consomment sur les hauteurs*^ et laissa Han*nibal. ravager à son ai^e les terres des Marses^ des l^éligniens^ TApulie^, le Samnium et la Campanie. L'armée romaine , promenée* de hauteur en hauteur^ cojchée 4an^ to nu^ à l^ombre des bois, comme un trwp^mqu^m mm§ piâtre lété sur lamontagne\ v.oyai^ de Ipin l'incendie des belles campagnes de ^s alliés de Falattie, et de la colonie romaine de Sinuessa; la fiimée montait jusqu'à eux, et ils ^'imaginaient entendre les cris,; rien ne pouvait dé^ cider à descendre et à combattre le flegmatique pa^ triden. L'indignation de l'armée était au comble; l^ome la partageait. On avait bien sujet de se dé^ fier de Fabius. Les ennemis épargnaient 6e& terres en ravageant toutes les autres. Il avait pris sur lui d'échanger Ips. prisonniers, 'sans autorisation du

• Tite-Liye,XXII, <0.

* Hannibal appeUit Fabius son pédagogue ( Plut. , in Marcell. ), mot ^i, dans son acceptiop étyipolo^qne , impli(|ue Tidée de celui qui conduii ei fui promène Tenfit^t , plus que 4w jnaitre qui enseigne.

sénat. II aTâit laissé échapper Hannibal enfermé dans la Gampanie ; et le stratagème qui sauva le Carthaginois semblait bien grossier. Deux mille boeufs, portant aux cornes des fascines enflaitimées, furent lâchés la nuit dans la montagne, inquiétèrent les Romains, et leur firent abandonner les défilés. Le peuple avait , il faut le dire , droit de soupçon-^ ner ou Fhabileté/ ou la probité de Fabius. On donna à son lieutenant Minutius des pouvoirs égaux. Fabius voulut qu'au lieu de commander chacun son jour , comme c'était Fusage deis consuls ^ , Farmée fut partagée par moitié. Minutius, devenu trop faible par ce partage, osa attaquer Hannibal, et il aurait péri si Fabius ne fût yenu à son secours. Le Carthaginois sourit, et dit : « La nuée qui couvrait les montagnes a donc, fini par crever et donner la pluie et Forage. » •

Le reste de Fannée on suivit ce système de honteuse temporisation , qui peut-êtore était le seul possible * avec des soldats . découragés , contre la meilleure armée et le premier, général du monde; Mais le sentiment de l'honneur national parla, enfin plus haut que la prudence et l'intérêt. Abandonner

* Poiyb. , III.

Les Ronfains finirent par en juger ainsi :

Unus homo nobeis cunctando reitituit rem :

Non ponebat enim rumores ante salatem ; £rgo znagis^e magisqae viri nanc gloria claret.

(^'tin.vÀvaf in £Àcttone y De senectiHe. y

BÎnsî sans protection les terres des alliés et même les colonies romaines,. c'eût été les jeter dans le parti d'Haunibal ; l'empire de Rome eût été bientôt réduit à ses murailles. Le parti populaire, nous l'avons TU souvent, sympathisait davantage avec les Italiens. Le peuple éleva au consulat l'orateur qui avait parlé avec le plus de chaleur en faveur des alliés. M. Terentius Varron , sorti d'un métier servile, était devenu, par son éloquence, questeur* édile et préteur. Fils d'un boucher, empjoyé d'abord par son père à détailler et colporter la viande^^ il était l'objet du mépris des patriciens. Pourquoi cependant un boucher n'aurait-il pas sauvé Rome , comme les bouchers de Berne sauvèrent la Suisse à Laupen ^ ? Il faut avouer que l'infortuné Varron , comme Sempronius, Flaminius et Minutius, défendait le parti de l'honneur. Avec quatre-vyigt mille hommes contre cinquante myie , les Romains ne pouvaient sans honte abandonner leurs alliés. U était, digne d'eux de se faire battre à Cannes et à Trasymène. « Non, Athéniens, disait Démosthènes, non, vous n'avez pas failli à Chéronée. J'en jure ceux qui ont vaincu à Marathon 5. »

' Tit.-Liv., XXII, 26. — • Mliller, Gesch, derSchw., II, S.

..où pià Toùç Iv MapaOûve 7rpoxev5uvsyowvT«ç twv ffpoyôvMV. Dt Coronâ. y c. 60.

Les patriciens y pour opposer un des leurs à Tai^ ron y élevèrent au consulat Pauliis Emilius > Télève et l'ami du tei^poriseur. 'L'opposift%)n dea deux gé-N néraux perdit la république. L'un Toulait €ombat-*> tre Hannibal , sans choisir le lieti ni le tejgnps ; Vml^. tre y au moment décisif^ décourageait Parmée en déclarant^ comme patricien et augure^ que les pou-t }ets sacrés refusaient de manger^ et condamnaient la bataille ^V|J% situation d'Hannibal pouvait en effet engager à la différer. Au bout de àmx ans^ il n'avait pas une ville ^ jpas une forteresse en Itidie. Carthage ne lui donnant aucun secours^ s'était cbn-^ tentée d'envoyer au commencement de la guerre une misérable expédition de trente galères , pour soulever la Sicile, tandis que vingt autres ravage-, raient les cotes^ d'Italie. La plupart des Oaulois avaient peu k peu quitté Hannibal pour retoumeiv chez eux et mettre leur |)utin en ç^eté. N'ayant point pris de villes, il n'avait point d'argent y sana argent, qu'est-ce que le chef d'une armée meroe-. naire? D ne lui restait de blé que pour dix jours. Un historien prétend même qu'il eut l'idée de fuiç y ers le nojd de l'ItaBç ^.

Dans l'immense plaine de Cannes^ on ne pouvais craindre d'embuscades comme à la T^ébiç pu à

'■ TU,-Uv., 3^X11. — ' Xit.-Liv., XXU, 43k

Tr«$ymèiie. Et pourtanc ici comm^ là ce fut le pe^ ût Qombr0 (pu toreIo|>pa le grand. Hanaibal^ avail eyi FattieDition de m mettw à cloa le vesit et la poa$<^ ^^fe.y chose $i iâqportaQte dana oes plaines^ pou-* dreusea. heA Rotù9Ïm en étaient! avetiglés. Vitrgâterie espagaole et gauloiae reeuki atir l'africainei conune elle en avait Tordre^ et les Romains , s'eiH fonçant po»r la pOursuitre entire les deux ailes vio torietiaés d'Hannibal, 'se troitTèrent, ainsi qu'à Tra^^ène f pris dans une sorte de filet. En même ten^ a'élei^aîent sur les derrières dé l'armée ro^ maine , onq cents Numides qui y étaient entrés çoBmxe transfuges 9 sans^armes en apparence > mais

avec des poignards sous leurs habits ^ . Dans ce hkm "xoent terrible^ Flaulus c^6nne aux cavaliers de des^ eeûdrê mIo» l'ancien usage italique^ et de combat-^ tre à pied. XiCMPiqu'on dit à Hanniba{ qut c'était le consul qui avait donné nn pareil ordre : v II aurait ^uasi biep &iit^ dit-^ili de me les Hvrer pîçds et points liés» » Paulus resta sàr le champ de bataille aved cinquante mille hommes ^ se» deui^ questeorf j» vingt et un tribuns , près de cMmt aémrteurs^ et une fcmie de dieva|îer$. Hâipinibal gagna dette grandf^ victoire avec le sang des Gaulois ^) il ea perdit quatre nulle contre qain9:e cent^ Espagnols et Africains (216 av^i\t J,-C.).

^ APPi«^» > ffann. *. , I, c. 326. -^ " Polyb. , !H.

A la ncmvelle d^une telle défaite, chacun crut Ronie perdue. Tout le midi de l'Italie Tabandbnïia. De jeunes patriciens même songeaient déjà à cher^ cher des vaisseaux pour fuir au-delà des mers ^ . Les offiders d'Hannibal croyaient qu'il ne s'agissait plus que de marcher sur Rome. L'impétueux Maharbal^ disait au général carthaginois : « LaissezHiioi prendre les devans avec ma cavalerie ; il faut que vous soupiez dans cinq jours au Capitole. ;> Hannibal ne voulut pas s'expliquer, mais il savait bien qu'on ne prenait pas ainsi Rome. Eloignée de plus de quatrevingts' lieues, el/iè avait le temps ,de se mettre en état de défense. 'Dans la ville et dans les environs, il y avait plus de cinquante mille soHats, et tout le peuple était soldat. En déduisant- les morts et les* blessés, le GarthagiiÀois ne pouvait guère avoir plus de vingt-six mille hommes. Tous ces peuples qui se déclaraient ses amis, Samnites, Xucanîens, Brutiens , Grecs, n'avaient garde d'augmenter une arnîiée barbare dont ils n'entendaient point la langue, et dont ils avaient les mœurs en exécration. C'était le bruit publifc en Italie, que les soldats d'Hânilibal se nourrissaient au besoin de chair humaine*. Les Jtaliens ne quittaient le parti de Rome qu'afin de ne plus recruter ses armées, et de ne plus prendre

' Tit. Liv.,XXII, 53.

• Polyt). , extr. C. Porphyr. — Tit.-LÎT. , XXIII, 5.

part à la guerre. Aussi Hannibal se trouva-t-il si faible après sa victoire, qu'ayant besoin d'un port en face de l'Espagne, il attaqua la petite ville de Naples et ne put la prendre. U ne fut pas plus heureux devant Noie, Acerres et Nucérie. Partout il trouva les Romains aussi forts qu'avant leurs défaites.

« Rome fut un prodige de constance. Après les journées du Tésin, de Trébie et de Trasymène, après celle de Cannes, plus funeste encore, abandonnée de presque tous les peuples d'Italie, elle ne

demanda point la paix Rome fut sauvée par

la force de son institution. Après la bataille de Cannes, il ne fut pas permis aux femmes même de verser des larmes^ le sénat refusa de racheter les prisonniers, et envoya les misérables restes de l'armée faire la guerre en Sicile , sans récompense ni aucun honneur militaire, jusqu'à ce qu'Hannibal fut chassé de l'Italie.

» . D'un autre côté , le consul Térentius Varron avait fui honteusement jusqu'à Venouse; cet homnole, de la plus basse naissance % n'avait été

* Varron , si maltraité par Montesquieu et par tant d^bistorîens , coDservft pourtant de la dignité dans son malheur. Le peuple le jugea si peu coupable qu^il voulut encore Télever aux honneurs. Depuis la bataille de Cannes, Tinfortuné portait toujours la barbe longue , et disait à ceux qui voulaient lui donner leurs yffrages , de réserver les emplois publics à des hommes plu» iKureux. Frontin.^ Stratag,

cleTé au consulat que pour mortifier la aoblesw». Mais k sénat ne voulut pas jouir ck cç malheureux Irioaiphe : il vit combien il était nécesMÛre qu'il s'attirât dans cette occasion la confiance du peuple ; il alla aunlevant de Yarron^ et le remercia de ce qu'il n'avait pas désespéré de U république.

» Ce n'est pas ordinairement la perte iiéelle quel'on £ait dans une bataille ( G'est-à<-dire de quelques^ milliers d'hommes) qui est si {uneste à un état; mais la perte imaginaire et le découragement qui le privç des forces m.êmes que la fortune lui avait laissées. » (Montesquieu > Qr. et DéÇf des Bçm. ^ çh. 4- )

Hannibal^ trop faible pour attaquer avec avantagele centre de ritaliç^ prit ses quartiers d'hiver*à Ca->poue. Des deux grandes cités du miài^ Capoue et. Tarente^ la seconde était encore tenue par une ga^ nison romaine ; l-autre encouragée par la défaitef de Cannes, demanda aux Romains que dé$ormaii$.9ur.deux consuls , ils en prissent ub Campanien ^ • iLe& Capuans firent ensuite main-basse sur les Koo^aîns^^ qu'ils avaient dans leur ville, et les étouffèrent dansu, les étuves des bains, qui se trouvaient en gramî'^ non^bre dans cette ville voluptueuse. Ce fut le chef du parti populaire de Capoue , Pacuvius , allié aux plus illustres patriciens de RomC; gendre d'uiv

* Tit.-Liy.,XXUI, 2, 10.

Âppius Cilàudiuâ/ beàU-père d'un Liviu^^ qui introduisit Hannibal dans Gapoue. II avait grand besoin du séjour dô cette riche ville pour redire un peu son armëd^ pour guérir ses blessés. Peut-être aussi les soldats d'Rannibal lui rappelaient-ils ses promesses et voulaient-ils enfin du repos. Les vétérans d'Hamilcar^ ceux qui duraient encore^ après le passage 4es Alpes et tant de batailles^ croyaient sans doute qu'il fallait^ au moins un instant avant îetir mort, goùteï» le firuit de la conquête. Combattre, jouir, Voilà la viedu soldat mercenaire. Le ^heî d'une telle armée la suit souvent , tout en paraissant la conduire. On a dit que le séjour de Capoue avait corrompu cette armée. Mais les vainqueurs de Cannes, devenus riches, auraient partout trouvé Capoue. Hannibal ne pouvait pas, comme Alexandre, mettre le feu au bagage de ses soldats. D'ailleurs, ce lieu de repos lui convenait; il^était à portée et de Casilinum qu^il assiégeait, et de la mer d'où il attendait des secours. De là, il pouvait dbercher aux Romains de nouveaux ennemis, et remuer le monde contre eux. « Si Ton me demande, dit Polybe% qui était l'âme de tout ce qui se passa alors à Rome et à Carthage, c'était Hannibal. Tl faisait tout en Italie par lui-même, en Espagne par Hasdrubal son aîné , et ensuite par Ma-

* Exemples de i^ertus et de vices.

gon. Ce furent ces deux capitaines qui défirent en Espagne les généraux romains. Cest sous les ordres d'Hannibal qu'agirent dans la SicHe d'abord Hippocrate, et après lui l'Africain Mutton (Mutine). C'est lui qui souleva l'Illyrie et la Grèce , qui fit avec Philippe un traité d'alliance pour effrayer les Romains et diviser leurs forces. »

Le premier espoir d'Hannibal, son appui natu^ rel, c'était l'Espagne. Il y avait laissé son frère et ses lieutenans ; il comptait en tirer sans cesse de nouvelles recrues. C'est pour cela qu'il avait tracé avec tant de peine une route des Pyrénées aux Alpes. Mais la guerre d'Italie était trop lointaine pour y entraîner facilement les Barbares. Cette guerre ne pouvait être nationale pour des hommes qui connaissaient à peine les Romains., et qui n'avaient pas encore éprouvé leur tyrannie. Ils avaient éprouvé celle des Carthaginois, leur rapacité, la dureté avec laquelle ils levaient des hommes pour les envoyer au-delà des Pyrénées dans un monde inconnu. Cette haine qu'Hannibal trouva partout en Italie contre Rome , les deux Scipions la trou-^ vèrent en Espagne contre les lieutenans d'Hannibal. Les Cçltibériens avaient déjà taillé en pièces quinze mille Carthaginois ^ Les Scipions remportèrent d'abord de brillantes victoires; et Hasdrubal, retenu par eux, ne put passer en Italie.

* Tit-Liv., XXII, 21.

11 fallut. donc qu'Hannîbal se tournât du coté de Jf

Carthage. Magon, son frère, fit verser dans le vestibule du sénat un boisseau d'anneaux d'or, enlevés aux chevaliers et aux sénateurs romains. Cette preuve éclatante des pertes de Rome et des succès d'Hannibal ne fit qu'augmenter la défiance des Cai>thaginois. Sans exprimer ses craintes, Hannon, chef du parti opposé aux Barcas, se contenta de dire : « Si Hannibal exagère ses succès, il ne mérite point de secours ; s'il est vainqueur, il n'en a pas be-: soin ^ . » Toutefois on lui envqya de l'argent, quatre mille Numides et quarante éléphans. Un commissaire du sénat fut adjoint à Magon pour lever en Espagne vingt mille fantassins et quatre mille, chevaux*. La politique de Carthage était d'alimenter seulement la guerre. Hannibal une foi^ maître de l'Espagne et de l'Italie , que lui serait-il resté à faire, sinon d'assujétir Carthage ^.

Si mal soutenu par sa patrie et par l'Espagne ,

* Tit.-Liv. ^XXm , 42, 43.

' Comme les provéditeurs par lesquels le sénat de Venise faisait surveiller ses armées et ses flottes.

' K Dans quel danger n^eût pas été la république de Carthage si Hannibal avait pris Rome ? Que n^eât-il pas fait dans sa ville après la victoire , lui qui y^ causa tant de révolutions après sa défaite ?

» Hannon n^aurait jamais pu persuader an sénat de ne point envoyer de secours à Hannibal , s^il n'avait fait parler que sa jalousie. Ce sénat qu'Anstote nous dit avoir été si sage ( chose que k prospérité de cette république nous prouve si bien ) , ne pouvait être déterminé que par des raisons sensées. Il aurait fallu être trop stiipide pour ne pas voir qu'une armés à trois

Hannilyal t<mi*im les yeux en côté cîu monde grec , vers Syracuse et la Macédoine. Hîéron persistait dans son alliance avec les Rommns^ et leur avait même envoyé après €annes une Victoire d'or massif qui pesait plus de trois cents livres ; mais la mort imminente du vieillard allait ouvrir la Sicile aux intrigues de Tennemî de Rome. Quant au roi de Macédoine, l'inquiétude que lui donnaient les Romains, devenus ses voisins par la conquête de Tlllyrîe, le détermina à s'unir aux Carriiaginois ^ Il semble que le successeur d'Alexandre aurait con-

cents lîeiies^Sell, ^isdt 4^ pertes H^cessaîres qA décent éère réparëes«

» Leptrtid'HaBBOQ voulait qii^oii Ihncât Bannibal aopL Rovams. On iie|»oa<* taititour jo» craindre les Eomaios ; on crai^ait donc Hannibal.

>» On ne pouvait croire , dit-on, les succès d^Hannibal : mais comment en douter? Les Carthaginois répandus par toute la terre , ignoraient-ils ce qui se passât en Italie ? C'est paroe qnHls ne Tignonmiit pas, qu'on ne voulait pas envoyer de secours à Hannibal. .

» Hannon ^vlent plus ferme après Trébie , après Trasymène , après Cannes; ce n'est point son incrédulité qui augmente, c'est sa crainte. » ( Esprit des Lois , liv. X, c. 6. ) ^

' Polyb., III : « Traité qu'Hannibal, le général, Magon, Moncin^ Barmocar , les sénateurs de Garthage qui sont avec Bannibal, et tous les GartlMiginois qui oombattent avec lui , ont lait avec Xénophane , Athénien , fils de Gléomaque, qui nous a été envoyé couftoe ambassadeur par le roi

Philippe, fils de Démétrius , pour lui,, pou^ les Macédoniens et leuis alliés.

i> En pvésenoe de Jupiter » de Junon et d'ApoUon ; en préAenoe du génie de43ia^a|ge.(uS«[i|40Mç )$ d!Hwcule «t d'IoUlis ; «n présence de Mars , de Trilon'etde'N«|)tdne,; en .poé&enee de tous les dieux protecteurs de notra expédition , du sokU > de la lune et de la leire f «n présence des fleuves , des prés et des eauK ; en présence de tous les dieux que Garthage reconnsôt

senti volontiers à un partage du monde qui lui eût donné l'Orient et laissé l'Occident pour Hannibal. Il fallait donc une diversion puissante en faveur de ce dernier. Mais on le croyait si fort après Cannes , que Philippe craignit qu'il ne vainquît trop vite ; il agit mollement, et se laissa battre à l'embouchure du fleuve Aoûs. Plus tard, les Romains lui suscitèrent pour ennemis les Etoliens, brigands qui nedeman^-

pour ses maîtres \ en présence de tous les dieux qui sont honorés dans la Macédoine et dans tout le reste de la Grèce ; en présence de tous les dieuK qui président à la guerre et qui sont présens à ce traité , Hannibal , général , et avec lui tous les sénateurs de Garthage et tous ses soldats , ont dit :

» Afin que désormais nous vivions ensemble comme amis et comme frères, fioit fait , sous votre bon plaisir et le nôtre , ce traité de paix et d^aUiance , • condition que le roi Philippe , les Macédoniens , et tout ce qu^ils ont d^alliés parmi les autres Grecs , conserveront èl défendront les Carthaginob, Hannibal , leur général , les soldats qn^il commande > les gouverneurs des provinces dépendantes de Garthage, Utique et toutes les villes et nations qui nous sont unies dans l'Italie , la Gaule , la Ligurie , et quiconque dans cette province fera alliance avec nous; Pareillement les armées carthaginoises et les habitans dytique, et toutes les villes et nations soumises à Garthage , et les soldats , et les alliés , et toutes les villes et nations avec lesquelles nous avons amitié et alliance dans l'Italie , dans la Gaule , dans la Ligurie , et avec lesquelles nous pourrons contracter amitié et alliance dans cette ré-^ gion , conserveront et défendront le roi Philippe et les Macédoniens , et tous leurs alliés d^entre les autres Grecs. Nous ne chercherons point k nous sur^ prendre les uns les autres ^ nous ne nous tendrons point de pièges. Nous , Macédoniens, nous nous déclarerons de bon cœur, avec affection, sans fraude , sans dessein de tromper , ennemis de tous ceux qui le seront des Carthaginois , excepté les viUes , les ports et les rois avec qui nous sommes liés par des traités de paix et d'alliance* Et nous aussi , Carthaginois , nous nous déclarerons ennemis de tous ceux qui le seront du roi Philippe , excepté

daiént (|ue guerï*e et pillage ; et ils finirent pair se met-" tre au cœur de la Grèce en s'emparant d'Anticyre* Hannibal ne laissait pas d'agir lui-même en Italie ; mais cette armée qui perdait toujours sans se renouveler, était devenue si faible, que les Romains l'affrontaient partout avec avantage. Leur général était alors le bouillant MarceUus ^ , héros des temps bail>ares> fier de sa force et de sa bravoure, cèles rois > Ifls Tilles > ks nations tTcc qui noos sommes Hé» par des traités de paix et d'alliance. »

« Votts etitrera , tous , Macédoniens , dans la guerre c(ue nous itons contre les Romains , jusqu'à ce quHl plaise atax dieux de donner à nos armes et aux TÔtres un beureux succès. Vous nou^ aiderez de tout ce (fA sera nécessaire, selon que nous ett serons cottTenus. Si les dieux ne nous donhent point là victoire dans là guerre contre ]H Romains et leurs alliés , et que nous traitions de paix avec eux, nous eh traiterons de idle sorte que Vous soyez complus dans le traité, et aux conditions qu'il ne leur sera pas permis de TOUS dédarer la guerre ; qn^ ne seront maîtres ni des Corcyréens , ni des ApoRoniàtes, ni des Epidamiens, ni de l>hare, n& de Dimalc, m de» Parthins , ni de TAtintanie , et qu'ils rendront II Sémétrius de Fhare ses pa^ rëns qu'ils retiennent entre leurs mainS. Si les Romains tous déclarent la guerre « ou à nous , alors nous nous secourrons les mis les autres selon le besoin. Nous en userons de même si quelque autre nous fait la guerre , excepté à l'égard des rois, des Tilles, des nations dont nous serons amis et alliés. Si nous jugeons à propos d'ajouter quelque chose à ce tnûté , on d'en retrancher, nous ne le ferons que du consentement des deux parties. »

Ce qui frappe le plus dans ce traité, c'est que nulle part Hannibal ne sti^ pule en faTeur de Carthage , mais en faTcur de l'armée de Garthage » des gouTcmeurs de proTÎnces carthaginoises , en faTeur d'Utiqné , alliée et riTale de Carthage , c'estrlnlire en faTeur de tous ceux qui auraient pu le seconder dans le cas où il eût touIu tourner ses armes contre sa patrie.

' Ce nom veut dire martial ^ selon Possidonius, cité par Plut., in ^ité Marcelii.

lèbre pour s^ combats singuUerâ^ qui avait jadis vaincu les Gaulois^ et qui leur ressemblait par sa fougue. Grâce à la supériorité du nombre, ce vaillant soldat défit plusieurs fois Hannibal devant Noie, devant Casilinum, et finit par l'obliger à «ortir de l^Campanie (ai 5-4)- Dans une seule rencontre à Bénévent, son lieutenant Hannon perdit seize mille hommes. Au milieu de ces revers, le grand capitaine surprit Tarente, la seconde ville du midi, dont le port lui assurait des communications fadles avec la Macédoine. En même temps, profitant de la mort d'Hiéron et de l'extinction de sa famille, il avait trouvé le moyen d'attirer dans son parti Syracuse, et de la mettre entre les mains de deux Grecs nés d'une mère carthaginoise. Agrirgente, Héraclée, presque toute la Sicile échappa en même temps aux Romains. Ainsi Hannibal manœuvrant avec une poignée d'hommes à travers de nombreuses armées , de Capoue à Tarente , et de Tarente à Capoue, inactif en apparence, mais les yeux fixés sur les deux détroits, remuait la Macédoine et la Sicile , comme deux bras armés contre Rome. Les Italiens, frappés de ce vaste plan, s'étonnaient de son impuissance, et, dans leur langage rustique, le comparaient à l'abeille qui n'a de force que pour un coup, et qui, son aiguillon une fois lancé, tombe dans l'engourdissement ^

' Tit.-LiT., 1X111,42.

L'année 21 3 fut un moment de repos pour les deux partis épuisés; mais à. la campagne suivante^ Rome fit un prodigieux effort pour terminer la lutte et étouffer son antagoniste. Elle leva jusqu'à trois cent trente-cinq mille hommes ; elle parvint à enlever au Carthaginois les deux grandes villes qui soutenaient son parti en Italie et en Sicile^ Capoue et Syracuse.

* Hannibal se surpassa lui-même pour sauver Capoue. Il battit les armées romaines devant ses murs^ il les battit en Lucanie. Rome ne lâcha pas prise; c'était pour elle une affaire de vengeance autant que d'intérêt. Ce n'était pas seulement à cause de ses citoyens égorgés ;. Hannibal entrant à Capoue avait promis qu'elle deviendrait la capitale de Tlta^ lie^

Il fit alorâ une chose singulièrement audacieuse; il laissa les Romains devant Capoue^ et marcha sur Rome. Il campa à quarante stades de ses murs^ et^ profitant du premier effroi^ il allait donner l'assaut ^ mais deux légions s'y rencontraient par bonheur^. Les historiens romains prétendent que^ loin de rien craindre , on prit ce moment pour faire partir des troupes destinées à l'armée d'Espagne^ et qu'on vendit le champ sur lequel campait Hannibal^ sans qu'il perdit rien de sa valeur. Selon eux, le Car-

' Tit.-Uy., XXm, 40. — ' Polyb. , IX.

thaginois , prenant avec lui trois cavaliers geule^ ment^ se serait approché la nuit de Rome, et du haut d'une colline, en aurait observé 1^ situation, remarqué le trouble et la solitude''. L^ Romains dirigèrent des forces considérables contre lui, mais il se joua de leurs poursuites , repassa par le Samnium, traînant après lui un butin prodigieux, et revint par la Daunie et la Lucanie au détroit de Sicile, après la plus rapide et la plus périlleuse campagne qu'aucun général ait jamais faite. Un cri d'admiration échappe à Polybe.

Capoue, désormais sans espoir, tomba au pouvoir des Romains. Elle finit comme elle avait vécu. Après un voluptueux banquet, où ils s'étaient soûlés de toutes les délices qu'ils allaient quitter, les principaux citoyens firent circuler un breuvage qui devait les soustraire à la vengeance de Rome (an).

Le siège de Syracuse ne fut pas moins difficile. Le génie d'Ârchimcde la défendit deux ans contre tous les efforts de Marcellus. Ce puissant inventeur était si préoccupé de la poursuite des vérités mathématiques, qu'il en oubliait le manger et le boire ; traîné au bain par ses amis , il traçait encore des figures avec le doigt sur les cendres du foyer et sur son corps frotté d'huile. Un tel homme ne

' Appiaa. , ffanmb, b. , c 3S0, ^«toI.

devait se souder ai des Romains ni des (^rthagi-r. DOIS. Mais il prit plaisir à œ siège, comme à tout autre problème, et voulut bien descendre de la gà>n métrie à l^^néçdniijuê. U invent«, des machines ter^ ribles qui tan^*aient sur la flotte romaine des pier-r^ res de six cents livres pesant, ou bien qui,$*abaissant dans la i^er, enIev(uDent un ystisseau, le faisaient pi« TOuetter et le bridaient caiitte tes rocher$; \es bom-* mes de Féquipage volaient de tous côtés , comme des pierre lancées par b^ fronde; ou bien encore des miroirs concentriques , réfléchissant au loin la Itsmière et la chaleur, allaient brùle^ en mer la flotte romaine. Les soldats n'osaient plus ^ppro-?< cher ; aumoindre o)^*et<jtti paxai^ait sur la inuraitie, ils tournaient le dos en criant que c'était encore une invention d'Ardiimède. Marcellus ne put s'em-, paner de la ville que par surprise, pendant la nuit d'une fête. Il fit chercher Archimède. Mais il était si absorbé dans ses recherches, qu'i^ n'^aatèndit ni le bruk de la viJSe prisé , vlî le isoldat qui lui apportât l'ordre dû général, et qui finit par le tuer. Un siède et ^emi après^ Cieéron , alors questeur est Sicile, fit cherdher le tombeaili du géomètre. Onren trouva sous les ronces wod^ petrte colonÉire qui por-. tait la figure de la ^hère insàcite au cj/^Undre. Ar- (kiïXHée n'avait pas voulu d'sàilre épôrtaphe.

La Sicile retourna ainsi aux Romains par la priss de Syracuse, et surtout par la défection dM

Lybi^ MuUoQ ou Mutins, générçtl bi&bile , qui, après avoir battu M^rc^Uw^ finit par pas$Qr du c6té de Roo)^* Mais la même (famée où Marcdlus prenait 3yracuse^ les Romains avaient éprouvé de grands revers en E^pagjne; les deux Sei^ûons^ ayant divisé leurs forces, furent vaincus et tués (212) ; l'armée romaine ne fut sauvée çpie par le sioig-lroid de Marcius^ simpie chevalier romain. Peri$onne ç'osait deoiander le oommand^ment de l'armée d'Espagne^ funeste ^ par la 9K>rt de <l6i^ gjénéraux,. Le jeune Scipion , fils de PubUus^ à p^e 9gé ide viqgt-qua^ tre ans, osa se pointer pqur i^ s\iiççe$»ew et le vengeur de son père et de $oq of^^^ Le peiiqple le poip^ 91a d'wibousiasipie. C'éts^;t 4Wi ^ ces boipme$ airpiables et héroïques ' , si dai^ger^Uff dans les cités libres. Rjien de)a vielle aimsté^té ^ociiaj^ef uq gér im ^ec plutôt, ^ quçd^[ue iCbosiQ d'Alei^^ndre. Qii l'accusait de «loeurs peu aévère$, et, dan^ une vilW qui comm^Qçait ^ se oorrompi^, «o^ n'étatit qil^une grâce 4e plus* {>ii re^te, peiji spacieux d^ lois, les dp«9^ai^t paf! le génie et rûdspiratien ; chaque |our ji passaîit ^elqiaes b^ui^s çnferjoaé au CSapitole, et le peuple n'était pas loin de le croire fils de Jupi*- ^r; T'Qiitifiii9<«efficore e^t-lo0gptei9ips avamt Fq^oque

* Mot employé pio; Voltaire^ Es^ai suries Mœun ; il rapplique au, nègne de Charles lî^

' Polyb. , X , inpnncipio. Il faut se déûer de la pirtialité de Polybe eu. ^Tcnr diei Scipâoiif , se^'i^coCecteiin. F". «fHslMtf une note de ce même UTie^

légale , il demanda Fédilité : « Que le peuple me nomme^ dit-il, et j'aurai l'age^ » Dès-lors Fabius et les vieux Romains commencèrent à craindre ce jeune audacieux.

Dès qu'il arrive en Espagne , il déclare aux troupes à peine rassurées, que Neptune lui a inspiré d'aller, à travers toutes les positions ennemies , attaquer la grande ville de l'Espagne , Carthagène, le grenier, l'arsenal de l'ennemi. D prédit le moment où il prendra la ville. Deux soldats lui demandaient justice : « Demain, dît-il, à pareille heure, je dresserai mon tribunal dans tel temple de Carthagène. » Et il tint parole ^ D trouva dans la ville les otages de toutes les tribus espagnoles ; il les accueillit avec bonté, leur promit de les renvoyer bientôt chez eux, caressa les enfans et leur fit des présens selon leur âge; aux petites filles , des portraits et des bracelets, aux garçons des poignards et des épées. Lorsque la vieille épouse du chef Mandonius vint le supplier de faire traiter les femmes avec plus d'égard , et pleura sur les outrages que leur avaient faits les Carthaginois , il se prit lui-même à pleurer.

Quelques jeunes soldats, qui connaissaient bien le faible de leur général , lui offrirent en présent une captive d'une rare beauté. Scipion n'affecta

' Tit.-iiv, , XXY , 2, — ApïM«n. , ffûp. *, , 4 « vol. , c. 267,

point de sévérité : a Si j'étais particulier , leuf dîtil, vous ne me pourriez donner rien de plus agréable *. »Puis il fît venir le père de la jeune fille , et la remit en ses mains. Il acheva de gagner les Espagnols par la confiance héroïque avec laquelle il leur rendit leurs otages. Ils en vinrent alors au point de se prosterner devant lui , et de lui donner le nom de roi. Scipion leur imposa silence.

Hasdrubal , désormais sans espoir , ramassa tout Fargent qu'il put pour passer en Italie. Scipion ne se soucia point de barrer le passage à des gens désespérés; il les laissa, au grand péril de Rome, marcher vers les Alpes pour rejoindre Hannibal.

Que serait devenue l'Italie, si cette armée, recrutée par les Gaulois , eût dégagé du midi de la Péninsule le terrible ennemi de Rome? H y avait, il est Vrai ^ perdu toute sa cavalerie numide, exteriminée ou séduite par l'argent des Romains; mais Rome elle-même n'en pouvait plus. Douze colonies épuisées par les dernières levées, lui avaient refusé leur secours. Le consul Claudius Néron, qu'on avait chargé de contenir Hannibal, comprit que tout était perdu, si son frère perçait jusqu'à lui ; il prit ses meilleures troupes, traversa toute l'Italie en huit jours, et se réunit à son collègue près du Métaure. L'armée d'Hasdrubal , voyant les ensei-

' Polyb. , X.

gnes des deux oon^iik^ crut qu'Hannibal avait péri et se laissa Taincre ^ Néron ^ revenu avec la même célérité, fit jeter dans le camp d'Hannibal k tête de son frère. Cet homme invincible ne prit pas pour lui ce dernier revers, et dit avec une froide amei^ tume : K Je reconnais la Ibrume de Carthage. i> II s'enferma alors dans le pays des Bratiens^ à Faxigle de l'Italie*. Son frère Magon, qui renouvela pour le joindre la teafttatlve d'|Iattiié>al , n'eut pas un meilleur succèa.

C^endant Seipion avaii ce^qp^ris qu'on ne pou^r vait délivrer lltalie qu'en attaquant l'Afeique, que Carthage n'était nulle part pHis feiJble; qu'une pareille invasion serait à la fois plus facile et plus glorieuse qu'une guerre de tibctique dafts les âpres montagnes du Birutii^n; qn'm Beu d'attaquer le monstre dans son repaire, il fallait h^ traîner au, grand jour, sur la plage nue de Jt'Afriqui^ où 1^ nombre et la fqrce maliéjçielle dQQO^aiçnt plu^^idt'sK vantage.

' Hasdrubftl esjt justifié de ses revers par Téloge de Pdlybe, qpie tenniii^ ces mots : a Kooi avons va dans combien d'embarras Font jeté les çbefs^ qu'on envoyait de temps «n temps de GarUbage-en Espagne. »

' Se/, d'un eff. français. en Cidabtt^ 4^20. « A^oiiiqJieiei de GiK. senza ( Galabre dtérieure ) , sons Rogliaqo » la ropte s'enfonce par un esca-^. lier étroit et bordé de précipices dans une sorte d^abime où les eaux descen-*^ dent des montagnes appelées Campa Temese ; point d'autre passage de Naple«. à Re^o. De (à, l'iaolei^eiit de la Galabre. »

L'opposition jalousa de Fabius rendant le sénat peu favorable à cette proposition , le jeune consu) déclara qu'il la porterait devant le peuple. Le sénal^ céda } mais il ne tint pasi à lui que les moyens ne manquassent à Scipion. On ne lui donna que trente galères, et il ne lui fut point permis de faire de$ levées d'hommes. L'enthousiasme des Italiens^ l'impatience qu'ils avaient de voir, enfin Hannibal sorti de l'Italie, suppléèrent à la mai^vaise volonté du sénat. « Les peuples de l'Étrurie s'engagèrent les premiers à venir au secours du consul ^ y chacun, selon %es facultés ; Géré promit de fournir aux équi<^. pages tout le blé et tous les approvisionnemens né-^ cessay^Sf Populonia, le fer; Tarquinies^ la toile à voilas ;«Volaterre^ du blé, de la poix et du gou*r dron; Arretium.^ trente mille boucliers, autapt de casques, cinquante mille dards ^ javiçlots et longuesi piques, autant de cojg^ées, de pioches, de £siux, d'auges et de meules qu'il en faudrait pour qua«. rante galères^ cent vingt mille boisseaux de froment et une somme d'argent pour les décurions et lesç rameurs; Pérouse, Cl^bsium, RuselIeS;, «donnèrenl; des bois de constructiofi> avec une quantité consi^.

' Xit.-LiT., XXVIII, 45. Appien ( Ai^vai. ioit. ), dit qpe Sci|ttoi^ n^eut de la république (pie dix galères., avec celles qui étaient en Sicile, e( point d'autre aigent que celui des contributions Tolontaires , X AiSuacTa oOi^ è^ttxocy irXiiv f{ rtç jOcXt r^ Zxcirt«>vc notlà f cXiav 9vp^|isfv»

dérable de froment. Scipion prit le sapin dans les forêts de la république. L'Ombrie entière, et de plus Nursium, Réate, Amiteme, promirent des soldats. Les Marses, les Péligniens, les Marrucins et beaucoup d'autres volontaires s'offrirent pour servir sur la flotte. Les Camertins^ qui s'étaient alliés avec le peuple romain sur le pied de l'égalité, envoyèrent une cohorte de six cents hommes tout armés. Ayant mis trente navires en construction, Scipion pressa le travail avec une telle activité, que quarantednq jours après que le bois eut été tiré des forêts, les vaisseaux furent lancés en mer, tout équipés et tout armés. »

Pendant qu'il hâtait les préparatifs à Syracuse, on présentait au sénat diverses accusation^ contre lui ; il avait ,* disait-on , corrompu la discipline par une alternative de molle indulgence et de cruauté ; les soldats n'étaient plus ceux de la république, mais ceux de Scipion ; lorsqu'il tomba malade en Espagne et qu'ils le crurent mort, ils se regardèrent comme affranchis de tout serment ; ce ne fut que par une odieuse perfidie qu'il put étouffer la révolte ^ ; en Italie, il ferme les yeux sur la tyrannie atroce de Pléminius à Locres. Et maintenant à Syracuse il oublie l'expédition imprudente qu'il a proposée lui-même ; le consul du peuple romain flatte

' Polyb. , XI.

les alliés *en se promenant au Gymnase en mules et en manteau grec ^ écoutant les vaines disputes et les déclamations des sophistes.

Carthage en était encore à interroger les voyageurs sur les projets du consul^ lorsqu'il débarqua en Afrique (ao4)- Il espérait l'alliance du Numide Syphax y dont il avait gagné l'amitié dans une visite téméraire qu'il fit au Barbare dès le temps qu'il était préteur en Espagne. Mais depuis^ Syphax avait épousé la belle et artificieuse Sophonisbe^ fille du général carthaginois Hasdrubal Giscon. On connaît la faiblesse des hommes de ces races africaines ; que de fois les juifs et leurs rois furent entraînés à l'idolâtrie par les séductions des filles de la Phénicie ! La dangereuse étrangère tourna sans peine du coté des Carthaginois l'esprit mobile du Numide ; elle le flatta de l'orgueilleuse idée de se porter pour arbitre* entre les deux plus grandes pitissances du monde^ de faire sortir les Romains de l'Afrique etHannibal de l'Italie. A ce compte , Carthage eût tout gagné^ puisqu'au fond Hannibal ne combattait pas pour elle.

'Scipion feignit d'écouter ces propositions , profita de la confiance et de la facilité de Syphax ^, disant toujours qu'il voulait la paix, mais que son conseil était pour la guerre , prolongeant ainsi la négocia-

* Cum pallio crepidisque. . . Tit. Lit. , XXIX, 49.

• Polyb. , XIV.

tîon jusqu'à ce que ses envoyés eussent' bien reconnu les camps de Syphax et d'Hasdrubai. Instruit par eux que les huttes des Africains étaient toutes construites de matières combustibles^ il attaque les deux camps, et, chose horrible, brûle les deux armées en une nuit. Elles étaient fortes de quatrevingt-treize mille hommes.

Le camp était embarrassé des dépouilles arrachées au^ flammes; Sdpion y fit venir des marchands pour les ach^er. Les soldats se croyant bientôt maîtres de toute l'Afrique, donnèrent leur butin presque pour rien j ce qui, selon Polybe, fut pour le général un profit considérable ^ .

Scipion avait ramené en Afrique le roi Nuinide Massanasès, ou Massinissa, que Syphax avait dépouillé de son royaume. Long-temps Syphax avait poursuivi son compétiteur dans le d^ert. Celui-ci, qui était le meilleur cavalier de l'Afrique, qui jusqu'à quatre-vingts ans se tenait tout un jour à cheval, sut toujours éluder son ennemi ^. Dès qu'il était serré de près, il congédiait ses cavaliers en leur assignant un lieu de ralliement. U lui arriva une fois de se trouver lui troisième dans une caverne, autour de laquelle campait Syphax. C'est à peu près l'histoire de David caché dans l'antre où vient dormir son persécuteur Saûl, ou celle de

• Polyb. , XIV. — 'Appian., At^wxii , c. 6, 7, S7.

Mahomet séparé de ses ennemis par une toile cf sh raignée dans la caverne de Thor. Massanasès ramené par' les ennemis de la Numidie^ jouit du plaisir cruel de prendre son ennemi^ d'entrer dans sa capitale^ et de lui enlever Sophonisbe. Cette femme perfide^ Nautrefois promise à Massanasès^ lui avait envoyé en secret pour s'excuser auprès de lui d'un mariage involontaire. Le jeune Tfumide, avec la légèreté de son âge et de son pays, lui promit de la protéger , et le soir même la prit pour épouse. Le malheureux Syphax, ne sachant comment se venger, fit entendre à Scipion que celle qui avait su Fenlever luimême à l'alliance de Rome, pourrait bien exercer le même empire sur Massanasès. Scipion goûta l'avis, et au nom de Rome, réclama durement Sophonisbe comme partie du butin. Massanasès monte à cheval avec quelques Romains; sans descendre, il présente àSophonisbe une coupe de poison,et s'enfiiità toute bride. «Je reçois, dit-elle, le présent de noces; » et elle but tranquillement. Le barbare montra le corps aux Romains. Cela fait, il se présenta avec l'habit royal à Scipion qui le combla d'éloges , de présens, et lui mit sur la tête cette couronne qu'il avait si chèrement achetée K \ *

Les Carthaginois privés du secours de Syphax, et voyanttoutes les villes ouvrir leurs portes à Scipion,

' ///. , ibid., c. <5.

se décidèrent à appeler Hannibal et Magon^ et^ pour gagner du temps^ demandèrent la permission d'envoyer des ambassadeurs à Rome. Ce message ouvrait à Hannibal une carrière nouvelle. Enfermé dans, le Brutium y il ne pouvait plus rien flaire en Italie. En Afrique^ il pouvait devenir maître de Carthage^ soit qu'il y entrât vainqueur de Scipion^ soit qu'il la trouvât affaiblie et épuisée par une dernière défaite ^ . fl laissa à l'Italie^ qu'il avait désolée pendant quinze années ^ d'horribles adieux. Dans les der-* niers temps ^ il avait accablé de tributs ses fidèles Brutiens eux-mêmes. Il faisait descendre en plaine les cités fortes dont il craignait la défection ; sou-* vent il fit brûler vives les femmes de ceux qui quittaient son parti *. Pour subvenir aux besoins de son armée il mettait à mort , sur de fausses accusations , les gens dont il envahissait les biens. Au inoment du départ^ il envoya un de ses lieutenans sous le prétexte de visiter les garnisons des villes

* On trouve entre Gantazaro et Cotrone, U tonr di AnnibaUfixXi de son départySelon la tn^ûon.Sr/ourd'unoJficier/'rançais en Ca/aérr, déjà dté.*

" Tit.-Liv. , XXIV, c. 45. App. , Hann, h. , c. 38. -^ Dion ( Fragm, Pales. , 47 y 50), fait le portrait suivant d^Hannibal : « Il réunissait la cidtnre grecque et punique ; il était habile à lire TaTenir dans les entrailles des Tictimes. Il prodiguait l'argent , voulait un dévoûmcnt absolu , une obéissance immédiate ; outrageusement dédaigneux pour le reste des hommes. . « n lit étouffer dans des bains les sénateurs de Nuceria ; les autres habitant obtinrent de quitter la ville avec un vêtement, et furent tués sur les chemins. . . Il fit jeter dans des puits les sénateurs d'Acecra. »

alliées , mais en effet pour chasser le$ citoyens an ces villes 9 et livrer au pillage tout ce que les proH* priélàires ne pouvaient sauver» Plusieurs villes le prévinrent et s'insurgèrent ; les citoyens l'emporter rent dans les unes y les soldats dans les autrto ; c9 n'était partout que meurtres y viols et pillages. Haninibal avait beaucoup de soldats italiens qu'il es? saya d'emmener à force de promesses ; 11 ne réussit qu'auprès de ceux qui étaient bannit pour leurs crimes. Les autres, il les désarma et les donna pour esclaves à ses soldats ^ ; mais plusieurs de ceux-ci rougissant de faire esclaves leurs camara-* des^ il réunit ceux qui restaient, avec quatre miU^ chevaux et une quantité de bêtes de somme qu'il ne pouvait transporter,* et fit tout égorger, howt^ mes et animaux.

Dès que les Carthaginois eurent l'espoir de vpiv

' Penl-éfre Hanmbal avâî^ patmî set soldats des caciRTes liigilifr. 0« serait tenté de le croire diapré» le fait «nyant. près du mont Girceo, s^â«- Tait le temple de la déesse Feronia ou Faronia , fondé, dit-on , par des Spartiates qui fuyaient la sérérité des lois de Lycurgue , et qui passèrent de ]à cliez les Sabins où ils en fondèrent un semblable (Denys, II). iAS eschves aSraochis T^iitaieBt oe templél II y ayait ud siège de pierre , oà on lisait ; Bene menti S4ttvi sedeani, surg€Uit Ubeti (Serviua, in JEa, , YIII), Hannibal piUa ce temple , mais on en retrouva le trésor , qomposé des dons desaflranchis, que les soldats d^Hannibal s^étaient fait scrupule d-emporter. Sur luno Virgo , ou Juno Feronia , ou Persepbone , /^* Denys , III , Servins , et les inscriptions citées par Gorradinns, III , d.

Sa

arrivelr Hannibal , ils se crurent déjà Vainqueurs J ils ne se souvinrent plus de la trêve , ils se jetèrent sur les vaisseaux romains que la tempête avait poussés sur leurs côtes. Ils renvoyèrent avec honneur les ambassadeurs romains qui venaient réclamer, les escortèrent , les embrassèrent au départ , et essayèrent de les faire périr.

Cependajit Hannibal ne se pressait point. Lorsque les Car^aginois le priaient de combattre et de terminer la guerre, il répondait froidement qu'à Carthage on devait avoir autre chose à penser; que c'était à lui à prendre son temps pour se reposer ou pour agir ^ . Cependant , au bout de quelques jours , il vint camper à Zama, à cinq journées de Carthage, du côté du couchant. Il essaya avant de combattre ce que pourraient l'adresse et l'astuce sur l'esprit du jeune général romain. Il lui demanda une entrevue , le loua beaucoup et finit par lui dire : « Nous vous cédons la Sicile , la Sardaigne et l'Espagne ; la mer nous séparera ; que voulez-vous de plus ? » Il était trop tard pour faire accepter de pareilles conditions .

Hannibal, forcé de combattre,' plaça au premier rang les étrangers soudoyés par Carthage, Liguriens, Gaulois, Baléares et Maures; au second, les Carthaginois. Ces deux lignes devjiient essuyer la

' Poiyb. , XV.

ptethière furie du combat et émousser les épèes rô^ maines. Derrière^ mais loin^ bien loin^ à la dis- *tBnùe d'un stade ^ hors de la portée des traits^ Tenaient les troupes qu'il avait amenées d'Italie et qui lui appartenaient en propre ^ ; dans ce petit noyau d'armée itoénâg^e avec tant de Soin * , devaient se trouver plusieurs des soldats d'Hamilcar, né» avec Hannibal , et ses compagnons au passage du Rhône et des Alpes. Leuï^ jprésênce seule rassurait tous leis autres ; le général avait dit aux deux premières lignes ï Espérez bien de la victoire; vous avez avec vous Hannibal et l'armée d'Italie.

Les mercenaires soudoyéis par Carthage se piquèrëttt d'émulation , et soutinrent quelque temps tout l'effort de l'armée romaine. Cependant la seconde ligne n'avançait pas pour la souteôir ; ils se crurent trahis pai* les Carthaginois, se retournèrent et se jetèrent sut eui. Ceux-*ci, pressés à là fois par les Rotnàitis et par les leurs , voulurent se réfugier dans les rangs des vieux soldats d'Hannibal ; mais il lie voulut pas recevoir les fuyards , et sans pitié leur fit présenter la pointé des piques. Tout ce qui ne put s'écoUler vers les ailes ^ périt enfre les Romains et Hannibal. Les vétérans de celui-ci

' Polyb. j XV. C'est ainsi qu'à la bataille de Rarenne en 1 5U , Pedro de T^avarre jeta eii arant et sacritia la cavalerie italienne.

' Nous avons vn qu'à TraSyniène , à Cannes , il ne perdit guère que des Gaulois.

ëtfîent intacts, et les monceaux de morts qui couvraient la plaine auraient empêché, Scipion de la tourner. Mais à ce moment, les Numides de Rome, * vainqueurs aux deux ailes , revinrent par derrière y çt prirent à dos Hannibal. Cette même cavalerie, qui l'avait fait vaincre si souvent en Italie, décida sa -défaite à Zama (stoa).

.Scipion, considérant, les ressources immenses de Carthage, n'entreprit point de la forcer. Il lui accorda les conditions suivantes : « Les Carthaginois restitueront aux Romains tout ce qu'ils leur ont pris injustement pendant les trêves; leur remettrofit tous les prisonniers; leur abandonneront leurs éléphans et tous leurs vaisseaux, à l'exception de dix. Us ne feront aucune guerre sans l'autorisation du pneuple romain. Ils rendront à Massanasès les maisons, terres, villes et autres biens qui lui ont appartenu à lui ou à ^^^ ancêtres, dans l'étendue du territoire qv^on leur désignera. Ils paieront en cinquante ans dix mille talens euboïques. Enfila , ils donneront cent otages choisis par le consul ei^tre leurs jeunes citoyens » . Ainsi on leur enlevait leur mçirine, et l'on plaçait à leur porte l'inquiet et s^rdent Masssinas^s, qi^i devait s'étendre sans cesse à leurs dépens, et les insulter à plaisir, tandis que Rome, tenant Carthage 'à la chaîne, l'empêcherait toujours de s'élancer sur lui.

Quand on lut ces conditions dans le sénat, Hasr-

drubal Giscon fut d'avis de les rejeter. Hannital alla à lui ^ le saisit et le jeta à bas de son siège ^ Tout le monde s'indignait. Le général allégua que ^ sorti enfant de sa patrie^ il n'avait pu se former à la politesse carthaginoise, et qu'il croyait que Giscon perdait son pays en repoussant le traité. Cette apologie superbe cachait mal le mépris du guerrier pour les marchands parmi lesquels il siégeait. Et quel mépris mieux mérité ? Lorsque l'ambassadeur de Carthage alla solliciter à Rome la ratification du traité, un sénateur lui dit : « Par quels dieux jur^*rez*vous, après tous vos parjures ? » Le Carthaginois répondit bassement : (f Par les dieux qui les ont punis avec tant de sévérité*. »

Carthage livra cinq cents vaisseaux qui furent brûlés en pleine mer à la vue des citoyens conster^ nés. Mais ce qui leur fut plus sensible, ce fut de payer le premier terme du tribut ; les sénateurs ne pouvaient retenir leurs larmes. Hannibal se mit k rire. Ces dérisions amères caractérisent ce véritable démon de la guerre, le Wallenstein de l'antiquité*.

* Polyb. , X^^ — " Tit.-Liv. , XXX, 42. »< Per eosdem qui tàm infesti tUnt fiaedera Tiolantibus. »

' Il sourit en Toyant le cor^ de Marcellus couvert de blessures ; « uu bon soldat , dit-il , mais un mauTais ^né^al. » App. c. 84^. -^Je me Jtffure , dit Montesquieu , çu'ffannibai disait peu de bons mois,,. Pourquoi pas ? Cette dure et railleuse insouciance n'est-elle pas le carir^tèrô propre du Condottiere , faisant jeu et métier de la vie et de la mort ?

SA

H Vous avez supporté, dîtr-il, qu*onvous désaFmat, qu'on brùlàt vos vaisseaux, qu'on vous interdît la guerre j Içi honte publique ne vous a pas tiré un sour pir ; et aujourd'hui vous pleureasi sur votre argent ^ . » Hannibal seul savait gagné à la guerre. Rentré à Carth^ge avec six oiille cinq cents mçrcçnaires , et grossissfint aisém^rit ce nombre, il, se trouvsût maîtrç d'une viUe dé^uairmée par la défaite de Zama ^. Il sç fît noçimer sufîete; et, ppur mettre Carthage en état de recommencer la guerre, il entreprit de la réforiper. Il abattit l'oligarchiç d^s juges qui étaient devenus piaîtres de tout, et qui vendaient tovit ; il fit défçndre de les. cpntinuçr dçu^ ans dana leurs fqnçtions. Il porta danç. les finances une sévé-. fi té impitoysiblç , arracha leur proie aux co.ncqssipnnaires, et apprit au peuple étonné que, s^s nou-: vel impôt, il était en état d'acquitté^ ce qu'on devait aux Roin^ains. U ouvrit de nouy elles çources^ de richesses à sa patrie. U employa le loisir de ses trQupes à, planter sui^ la plage nue de l'Afrique ces oliviers dont il avait eu lieu d'apprécier l'utilité en It^ç'. Ainsi Carthage, devenue' un état pure-

' Tii.-Uv. , XXX, 44.

• Appian. , BelL Punk., p. 50 , 5i. ^'^ ▼. , in»&'», fôSH).

' Alup. Victor, i/iP/o6i çitd, — Tit.-Liv., XXXIII, 46. « Legem eitem- {» plo promulgaYÎt protulitque , ut in singulos annos jndices legerentur , ne » quis biçpnium contiQuam judex esse(... Omi^biis residuis.pecuniij»euc|^,.

ment agricole et commerçant ^ réparait promptement $es pertes sous la bienfaisante tyrannie d'Han«^ nibal ^ qui la destinait à dcTcnir le centre d'une ligue universelle du monde ancien contre Romev

» tributo piivatis remisso , satis locopleteBi rempublioam fone ad yectigal^ 9 pnesUndam Romaiiis prouantiayit in condon^y el praestitit promis-

J«ip»^p^-^p*

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