‹ Histoire RomaineChapitre 15 sur 73 · __ GALBA · texte numérisé non relu

__ GALBA

(An de Rome 821-892, — De Jésus-Christ 69-70. |

Joie dans Rome après la mort de Néron. — Meurtres au dehors. — Décret du sénat pour l'élévation de Galba. æ— Mort de Vindex. — Portrait de Galba. — Départ de

. Galba pour Rome. — Son arrivée daus cette ville. — Ses rigueurs. —- Soulèvement en faveur de Vitellius. — Adoption de Pison par Galba. — Diseours de Galba à Pison. — Jatousie d'Othon. — Conspiration contre Galba. — Othon est proclamé em pereur par les soldats. — Mort de Galba.

La nouvelle de la most de Néron répandit la plus vive joie parmi tous ceux qui avaient quelque péril à craindre, quelque réputation à soutenir, quelque. fortune à conserver. On parcourait les rues comme aux jours de fète ; on s’embrassait sans se connaître. Les amis de la vertu et de la liberté se félicitaient, ainsi que leurs clients, de voir laterre purgée d'un monstre. |

Le.sénat, triomphant de la chuté du tyran, comme s’il l'avait seul renversé, se flattait de ressaisir ses droits; mais la vile populace, les esclaves pervers, les avides affranchis, et les hommes qui faisaient consister leur bonbeur dans l’excès des vices, dans la-profusion des fètes, dans la passion des jeux, portaient le deuil de Néron.

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. La joie des gens de bien ne tarda pas à être troublée : l'ombre de Néron vint encore les épouvanter; un imposteur prit son rom, et se fit des partisans dans l'Orient : il ressemblait à ce prince, et jouait de la lyre comme ui, Après quelques ee momentanés, il fut arrêté et mis à mort.

D'autres motifs d'inquiétude augmentaient leurs je mes; ils redoutaient l'esprit turbulent des armées et Pambition des chefs. Ceux-ci airmaient encore la gloire, mais ne voulaient plus de liberté : Nymphidius, commandant de la gardé prétorienne, leva le premier l’étendard de la révolte. Fier du pouvoir qu'il se croyait sur les soldats, il aspira ouvertement à l'empire; mais ses partisans se trouvant peu nombreux, il périt dans une émeute.

Macer voulut soulever l'Afrique; le propréteur Garru- * cianus le poignarda. Valens et Aquinius firent éprouver le même sort à Capito, qui cherchait à se faire EE au trône par les légions de Germanie.

Tous ces meurtres, commis par des hommes non moins ambitieux que leurs victimes , affigeaient profondémerit les partisans du gouvernement républicain, et leur prouvaient qu'il était impossible de voir renaitre la liberté dans un État où les soldats n'étaient plus citoyens.

Le sénat, éclairé par ces événements, aima mieux se donner un maître que-de le recevoir; il proclama Galba, et, par ce décret, apaisa la révolte d'une partie de l'armée d’Espagne. Celle de Germanie était entrée dans les Gaules pour réprimer l'insurreetion gauloise. Virginius Rufus, son chef, voulait s'entendre avec Vindex; mais leurs troupes combattirent l’une contre l'autre avec acharnement, sans écouter leurs ordres : l’armée des Gaules fut battue; Vindex, qui la commandait, se tua de désespoir. Les légions de Germanie offrirent l’empire à Virginius; il le refusa, attendit la décision du peuple et du sénat, et ne reconnut Galba qué lorsque ce prince fut proclamé empereur par eux.

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L'armée du Haut-Rhin se trouvait sous les ordres d'Hor-

déonius, général sans talentet sans caractère. Il avait suivi

d’abord l'impulsion de Vindex, il se conforma ensuite à l'exemple de Virginius.

Servius Sulpicius Galba, illustre par sa naissance, comptait parmi ses aïeux le vertueux Catulus, digne émule et collègue de Cicéron et de Caton. Dans sa jeunesse, it avait montré de nobles sentiments, une rare modestie, une bravoure brillarite. Porté au commandement par ses services autant que par son nom, il avait fait la guerre avec succès en Afrique, en Germanie et en Espagne, Observateur rigide de la discipline, simple dans ses goûts, équitable dans ses jugements, économe dans ses dépenses, il parut digne de l'empire tant qu’il n’y fut pas parvenu. L'âge affaiblissant son esprit, il se laissa conduire par des favoris qui abusèrent de sa confiance. La vieillesse changea sa sévérité en dureté et son économie en avarice, ;

L’enthousiasme que les légions d’Espagne lui avaient montré s’était refroidi ; on répandait le bruit de la fuite de Néron; et’ Galba , désespéré ,. était près de se donner la mort, lorsqu'il apprit tout à coup la fin tragique du tyran et leg décrets du sénat et du peuple en sa faveur. Prenant alors le titre de césar et les vêtements impériaux, il partit pour Rome ; mais l'inquiétude que lui donnaient les intrigues de Nymphidius, la révolte de Macer, les prétentions de Capito et l’irrésolution de l’armée de Germanie, lui firent croire qu'il devait frapper ses rivaux de terreur. On lui vit porter à son cou un poignard, jusqu’au moment où il apprit que ses concurrents étaient tués. Dans sa route 1l chassa les gouverneurs, rasa les villes et chargea de tributs les peuples qui s'étaient montrés trop eue à le reconnaitre.

En arrivant à Rome , il déploya la ne sévérité , ordonna aux troupes de le marine, dont on avait formé des légions , de retourner sur la flotte; et, d’après leur refus d’obéir, les fit envelopper, charger et décimer.

188 . EMPTRE. [de J.-C. 69-70.) La garde germaine était restée fidèle à Néron; on la soupconnait de vouloir porter au trône Dolabella ; il la licencia. Un grand nombre de citoyens que Néron ‘avait exilés furent rappelés par le nouvel empereur; mais ils demeurèrent mécontents , parce qu’en leur rendant leurs emplois, il ne leur restitua pas leurs biens. Il fit promener dans Rome, chargés de fers, Élius , Polyclète, Locuste , Patrobius, Pétinus, infames. ministres des cruautés de Néront. Croyant mal à propos, dans un temps de corruption et de révolution, pouvoir rétablir la -vigueur de l’antique discipline, il refusa aux troupes la gratification que les empereurs donnaient à leur'avénement, et répondit à leurs réclamations «qu'il savait choisir des soldats et non les « acheter. » : SD L'empereur cassa plusieurs officiers prétoriens soupçonnés d’avoir voulu favoriser Nymphidius. Ce qui hâta surtout sa perte, ce fut le choix funeste de ses ministres. Il accordait. une confiance sans réserve à Titus Vinius, son lieutenant en Espagne, homme adroit, hardi, mais avide; à Cornélius Laco, ‘capitaine des prétoriens, orgueilleux, ignorant et lâche ; à Martionus Icélus, affranchi hautain et . flatteur, qui prétendait aux plus hautes dignités, et vqulait couvrir de pourpre les marques de ses anciennes chaines. De la différence qui existait entre le caractère du prince et ceux de ses favoris, il résultait la plus étrange contradiction dans les actes du gouvernement. Tout ce que Galba faisait de lui-même semblait digne d'estime ; tout ce qu'il laissait faire à ses favoris le discréditait. On avait approuvé généralement ses discours modestes au sénat, la liberté qu'il laissait aux délibérations, son respect pour les droits du- peuple, son mépris pour les délateurs, son affabilité pour les citoyens ; mais on supportait impatiemment l’insolence et l’avarice de ses ministres ; tantôt on voyait condamner de grands personnages pour de légers délits ; tantôt on voyait absoudre de vrais coupables, hommes de basses mœurs et d’obscure naissance.

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Avec de louables intentions, Galba ne fit rien de grand ni d'utile, parce qu'il avait peu de lumières. Néron, prodigue . sans mesure, avait donné à la multitude des SOTBmes immenses. On faisait monter à quatre-vingt-dix millions ses libéralités extravagantes. Galba ordonna, sans prudence , la restitution de ce qui avait été donné sans motif. Une commission de cinquante chevaliers, chargée .de cette recherche, remplit sa mission avec rigueur. Toutes les fortunes se virent attaquées et dérangées par cette inquisition arbitraire et fiscale : il semblait que tout dans Rome fût à l'encan; et ce qui augmenta le mécontentement, ce fut de voir que l’empereur, au lieu d’appliquer aux besoins de l’État l'argent recouvré par cette mesure, s’en emparait avidement, et le gardait pour lui seul. La vénalité des commissaires accrut le désordre : on maltraita les provinces comme la capitale. Delphes et Olympie se virent forcées de rendre les .dons qu'elles avaient reçus de Néron. Plus on se plaignait de cette sévérité déplacée, plus on blâma, d’un autre côté, des actes de faiblesse pour des hommes odieux. Le peuple appelait en jugement Halotus et Tigellinus, complices et peut-être auteurs de la plupart des crimes de Néron; ils prodiguërent leurs trésors aux favoris de Galba, et achetèrent ainsi leur absolution.

Ce mélange de rigueur et de corruption excitait dans Rome la. colère et le mépris. Le mécontentement de la capitale se répandit dans les provinces ; les légions de Ger- manie, persuadées qu’elles devaient craindre la vengeance de Galba, parce qu’elles s'étaient déclarées les dernières . pour lui, se révoltèrent contre le faible Hordéonius Flaccus, leur lieutenant et ofirirent l'empire à Vitellius, que l'empereur venait de leur donner pour général.

Valens et Cécinna, accablés de dettes, avides de mouvement et de nouveautés, relàchant tous les liens de la discipline pour se concilier l'affection des soldats, cherchaient à corrompre les légions qu'ils commandaient et à leur faire embrasser la cause de Vitellius, dont les

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mœurs promettaient aux amis du vice un nouveau Néron.

L'empereur, informé de ces troubles, crut que sa vieillesse seule les faisait naître, qu'il les dissiperait en se choissant un jeune successeur, et enlèverait par là tout espoir aux factions.

Dès que son intention fut connue, ce choix divisa la cour. Othon, qui le premier avait soutenu Galba de son nom, de ses troupes, de son épée et de sa fortune, prétendait hautement à cette adoption : il faisait valoir en sa faveur ses services , son zèle et l'affection que lui témoignaient les cohortes prétoriennes. Vinius l'appuyait. Othon avait contre lui Lacon, jaloux de son crédit et de ses propres vices. Tous les gens de bien craignaient de voir mohter sur le trône un des plus ârdents CORPAENONS de débauche de limpudique Néron. |

Galba , n’écoutant aucun de ses ministres et ne Cou tant que la voix publique, déconcerta tous ces favoris, et déclara qu’il adoptait pour son suceesseur Lucinianus Pison, homme de mœurs austères et dont Rome respectait ‘autant les vertus que la naïssance.

L'empereur l’appela près de lui, et lui parla en ces termes : « Si dans un rang ordinaire Galba eût adopté Pison, «il aurait encore dù se féliciter d'introduire dans sa « famille un descendant de Crassus:et de Pompée, et Pison « devrait s’honorer d’unir l'illustration de ses ancêtres à « celle des Sulpicius et des Catulus. Aujourd'hui c’est ton «empereur, porté au trône par les suffrages des hommes «et par la faveur des dieux. qui, rendant justice à tes « vertus, et ne consultant que l’amour de la patrie, t'ap- « pelle librement à un trône que nos aïeux se disputaient « les armes à la main ; il veut te faire partager un pou- « voir qu’il ne doit-qu’à ses travaux militaires.

« Auguste adopta Marcellus et Agrippa, ses gendres, « ensuite ses enfants, enfin Tibère, fils de son épouse. Ce « prince prit son successeur dans sa famille, je choisis le « mien parmi les citoyens : ce n’est point que je manque

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« d'amitié pour mes parents et pour mes copasions d’ar- « mes; mais, n’ayant point.accepté l'empire par ambition, «je ne considère que le bien de Rome , et je te préfère, « non-seulement à ma famille, maïs à ton frère aîné, qui « serait digne du rang où je t'élèvé, si tu ne le méritais « pas encore mieux que lui.

« À ton âge, on est revenu des erreurs de la jeunesse. « Tu as supporté la mauvaise fortune ; la prospérité t'offre « une épreuve plus difficile. Le malheur nous fortifie, le « bonheur nous amollit : je crois que ton cœur restera ver- « tueux; mais ton élévation changera celui des autres ; « leur amitié sera remplacée par l'adulation , par lintri- « gue, par l'intérêt personnel, poison destructeur de toute « affection réelle.

« La franchise préside aujourd’hui à notre entretien; « dorénavant ce né sera plus à toi, mais à l'empereur «qu'on parlera. Les princes trouvent beaucoup de flat- «teurs pour encourager leurs passions , peu d'hommes « courageux pour leur rappeler leurs devoirs.

« Si cet empire immense pouvait se passer d'un chef, « je me serais senti digne de rétablir la république; mais « depuis longtemps le destin ñe le permet pas: tout ce « que nous devons au peuple romain, c’est de consacrer, « moi, mes derniers jours à faire un bon choix, et toi, « toute ta vie à le justifier. Rome était devenue, sous Ti- « bère, sous Caïus, sous Claude, l'héritage d’une famille ; «elle devient plus libre, puisque nous donnons l'exem- « ple d’élire ses maîtres. Après nous, les plus vertueux ci- «toyens parviendront à l'empire par l’adoption : le scep- «tre dû à la naissance est soumis au caprice du hasard; «le choix d’un prince qu’on adopte est le fruit de la ré- « flexion et de l'opinion publique qui le désigne.

« Contemple le sort de Néron; issu d’une longue suite « de césars, ce n’est pas Vindex, gouverneur d’une faible « province , ce n’est pas moi âvec une seule légion, qui « l'avons renversé; ce sont ses débauches, ses excès, ses

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« cruautés qui l'ont précipité du trône. Puisque tant de « droits anciens n’ont pu sauver ce prince, le prémier qui « ait sübi une condamnation du peuple, comment échap- « perions-nous à l’envie, nous qui n’avons d’autres titres « que notre épée et l'estime due à quelques vertus ?

« Ne t'alarme point cependant si, dans tout l'empire, « deux légions refusent encore de se soumettre : je ne suis « point arrivé au trône sans périls ; ma vieillesse était le « seul reproche qu'on püût me faire ; elle disparaît par ton « adoption.

«Tu verras toujours Néron regretté par les méchants; « agissons seulement de sorte qu'il ne le soit à jamais par « les hommes vertueux. ‘

« Si j’ai fait un bon choix, de plus longs avis seraient « inutiles ; ta règle de conduite est facile et simple; rap- « pelle-toi toujours ce que tu louais ou blâmais dans la « conduite des princes qui t'ont précédé. Ailleurs, chez des « peuples soumis à des rois, une famille de maîtres gou- « verne une:nation d'ésclases: ici, songe que tu vas régir « des hommes qui ne peuvent supporter ni une liberté to- « tale, ni une entière servitude. »

Pison répondit avec calme à ce discours, parla de l’em- pereur avec respect, de lui-même avec modestie : rien ne changea dans son maintien; il paraissait plus mériter qu’aimer le trône. Galba le mena au camp, et harangua en peu de mots et avec sécheresse Les soldats, qui le reçurent froidement, Cette sévérité antique était déplacée ; la plus légère gratification eût peut-être alors concilié les esprits.

Le choix de ce nouveau césar enflamma Othon de jalousie et de colère. Il vit le mécontentement des troupes, et conçut l’espoir d’en profiter. Affable et familier avec les soldats, il se mêlait à leurs jeux, prenait part à leurs intérêts, s’occupait de leurs familles et de leurs affaires, encourageait leur licence , et ne dissimulait point avec eux nonseulement son désir, mais même son besoin de parvenir . au trône. Accablé de dettes, «il lui fallait, disait-1l, périr

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« ou régner , et il lui était indifférent de, mourir de la « main de l’empereur ou de celle de ses. créanciers. » Tel était le malheur de ce temps, qu'au mépris des décrets du sénat et du peuple, deux soldats, gagnés par un affranchi, renversèrent un empereur légalement élu, et disposèrent de l'empire romain en faveur d’un jeune débauché qui n'aspirait au rang des césars que pour payer ses dettes.

Ces deux soldats, corrompus par Onomaste, domestique d’Othon, en séduisirent quelques autres qui formèrent audacieusement le projet de détrôner Galba et de couronner Othon. On fut promptement informé au palais de leurs intrigues et de leurs discours. Rien n'était aussi facile que d'étouffer ce complot dans sa naissance ; mais Laeon, lèche officier et ministre indolent, méprisa ce bruit, et ne le crut pas digne d’exciter Nr ni même l'attention dé l’empereur.

Les conjurés fixèrent au 45 janvier l'exécution de leurs desseins. Le 14 au soir, Othon vient, suivant sa coutume, saluer Galba, qui l’accueille sans méfiunce et l'embrasse avec cordialité. Il assiste avec l’empereur à un sacrifice, et y reste jusqu’au moment où l’affranchi Onomaste l'avertit que « son architecte l’attendait chez lui. » C'était le signal convenu : il sort sous prétexte d'examiner une maison qu'il voulait acheter. Arrivé au rendez-vous des conjurés, près de la colonne dorée d’où partaient toutes les routes d'Italie, il s'étonne de ne voir autour de lui qu’une trentaine de soldats. Cependant, trop avancé pour pouvoir reculer, et fondant son espoir sur son audace, il harangue cette faible troupe , lui rappelle l’avarice de Galba, la ri- . gueur de ses ordres, le massacre des troupes de la marine, la dureté insupportable de sa discipline, la destitution des officiers, les rapines de ses favoris : « Vous cherchez, dit- «il, un remède à tous ces maux ? il est dans vos mains. « Vous m'avez déjà nommé prince, donnez-m’en donc le « pouvoir comme le titre. Que la crainte d’une guerre ci- « vile ne vous arrête pas ; Rome n’a qu'un sentiment :

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celle méprise le faible vieillard qui lag ouverne. La seule « cohorte. qui garde l’empereur est, suivant l'antique

- «usage, en‘toges et sans armes : elle servira moins à dé- « fendre Galba qu'à empècher qu'il ne nous échappe. fl «n’y aura entre elle et vous qu'un combat de zèle pour « me seconder. ».

Les conjurés répondent à ces paroles par de vives acces: mations; ils proclament Othon empereur, mettent l'épée à la main, intimident la foule qui les environne, la traversent, se grossissent en chemin de ces nouveaux partisans qu’attirent toujours la hardiesse et le changement, et conduisent le nouveau césar au camp. | |

Julius Martialis, tribun, était alors de nie L’étonnement où le jette une telle entreprise l’empèche d’arrèter les conspirateurs ; toutes les cohortes prétoriennes et tous les soldats de la marine se joignent précipitamment à eux; Othon leur prodigue les promesses et les caresses, ne trouvant aucun moyen trop bas pour s'élever au trône. ls lui prêtent tous serment de fidélité.

Les nouvelles de cet événement arrivent au palais, altérées par Îles passions, grossies par la peur ou atténuées par la flatterie. Les consuls, les sénateurs, les chevaliers accourent près de Galba, mesurant leur zèle ét lèurs paroles suivant les différents rapports qu’on reçoit successivement. Galba flotte incertain au milieu des opinions opposées de ses ministres. Les uns veulent qu'il marche contre les rebelles et qu’il arme le peuplé ; d’autres, qu'il se retire au Capitole. Cependant Pison harangue la cohorte prétorienne , lui représente la longue carrière de gloire du prince, la majesté du sénat, les droits du peupl ; il leur rappelle les vices et les excès d’Othon : « Si « les sotdàts, dit-il, méprisent les lois, et veulent disposer « du trône, au moins ne doivent-ils pas choisir pour em- « pereurs des scélérafs et des débauchés ; et, si l'intérêt « seul les anime, il vaut mieux pour eux mériter des ré- « compenses par la fidélité que par le crime. »

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Se croyant assuré de la cohorte du palais, il se rendit au camp avec Celsus; mais les révoltés leur en défendirent l'entrée, et les repoussèrent à coups de javelots. Cependant le bruit se répand dans Rome qu'Othôn vient de périr dans une émeute : les flatteurs s’empressent de féliciter l’empereur ; les plus circônspects déclament hautement contre les rebelles ; les plus lâches affectent le: plus d’ardeur. Après ure longue indécision, Galba monte enfin à cheval, suivi de ses gardes ; la. curiosité. l'accompagne plus que

l'affection. Un prétorien, Julius Atticus, accourt, tenant à la maia un glaive ensanglanté, et criant qu'il a tué Othon : Galba, imperturbable dans ses maximes d’ancienne discipline, lui dit froidement : « Qui t' en a donné l’ ordre ? » et continue sa marche.

Un peuple innombrable le recoit sur le Forum, en silence, et attentif comme on l’est à un grand spectacle. Cependant Othon, certain que la rapidité peut seule assurer le succès d'une tèlle entreprise, fait marcher promptement tous ses soldats, craignant que ke moindre retard ne leur montrât le péril et ne refroidit leur ardeur. Un corps de cavalerie nombreux, traversant la ville avec célérité, paraît tout à coup sur le Forum; mais, à la vue de l’empereur, du sénat et du peuple, cette troupe s'arrête intimidée; au lieu de profiter dé ce moment favorable qui pouvait tout changer, Galba hésite, on l’abandonne; l’ennemi reprend courage, foule aux pieds tout ce qui se trouve sur son chemin : Galba, entouré par les rebelles, présente sa gorge aux soldats, en leur disant: -« Frappez, « si le salut de la république l’exige.» Ces furieux le massacrent, et sa tête coupée est portée au bout d’une lance à Othon. Son corps resta longtemps dans la rue ; tous ses courtisans avaient fui ; un seul esclave fidèle }ui donna la sépulture. Ses trois favoris furent égorgés. Un cénturion, Sempronius, donna, dans ce jour de crimes et de làcheté, un rare exemple de courage et de fidélité. Armé d'un poignard, il combattit seul, arrêta l’armée ennemie, sauva

Lo

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momentanément Pison, et le conduisit dans un asile, où il fut, peu de temps après, livré par la trahison aux satellites du nouvel empereur, qui le firent périr. Tacite, en racontant cette révolution criminelle qui renversa les lois, le trône, et soumit le sceptre aux caprices du soldat, dit avec raison de ce crime. : « Peu le conçurent, a « l’exécutérent, et tous le souffrirent, »

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