‹ Histoire RomaineChapitre 19 sur 73 · VITELLIUS · texte numérisé non relu

VITELLIUS

* (An de Rome 822. — De Jésus-Christ 70.)

Élévation de Vitellius à l'empire. — Ses honteux excès. — Ses crimes. — Révolte en Orient en faveur de Vespasien. — Guerre civile entre Vitellius et Vespasien. — Bataille près de Crémone. — Prise et incendie de cette ville. — Abdication de Vi-

tellius rejetée par le peuple. — Sjége, prise et incendie du Capitole, — Morte Vitellius.

Les troupes qui avaient combattu pour Othon se Fe sèrent ; leurs principaux officiers se rendirent en Germanie, et prièrent Virginius ou d’accepter l’empire, ou d’employer son crédit pour les réconcilier avec Cécinné et Valens. Virginius refusa le pouvoir suprême; les soldats, irrités, voulaient forcer sa volonté ou punir son refus; ce général prit le parti de fuir leur colère et le trône; il se tint caché jusqu’au moment où leur ressentiment fut apaisé. Rubrius Gallus, personnage consulaire, se chargea de la négociation et obtint de Vitellus une amnistie pour les sénateurs qui avaient suivi à l’armée l’empereur vaincu.

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Dès qu’on sut à Rome la défaite et la mort d’Othon, le sénat, convoqué par le préfet Flavius Sabinus, déclara Vitellius empereur, le nomma Auguste, père de la patrie, et le remercia du bonheur que ces braves troupes assuraient à Pempire, tandis que ces mêmes troupes ravageaient l'Italie comme un pays ennemi. Ce corps illustre, que Cynéas prenait jadis pour une assemblée de roïs, maintenant consterné, avili, ne semblait plus être que le jouet de la Ras et la décoration de la tyrannie.

Vitellius était encore dansles Gaules. Par un édit, il cassa les cohortes prétoriennes qui ava'ent fait périr Galba, et condamna à mort cent vingt des plus coupables. On approuva généralement eet acte de sévérité. Arrivé à Lyon, il donna à son fils le non de Gérmanicus, Les généraux vaincus vinrent le trouver dans cette ville ; il pardonna à Titien, parce qu’il avait dû combattre pour Othon, son frère. Suétone et Proculus restèrent longtemps incertains de leur sort; maïs la crainte les ayant portés à déclarer faussement qu’ils avaient trahi Othon, et fait perdre à ce prince la bataille de Bébriac, cette bassesse, comme le dit Tacite, « les fit absoudre du crime de fidélité. »

Vitellius entra en Italie : loin de ne les désordres de son armée, il en jouit. On le conduisit sur le champ de bataille de Bébriac ; là, Cécinna et Valens lui montraient avec orgueil la position des deux armées, et lui expliquaïent les manœuvres qui avaient décidé la victoire. Chaque officier, chaque soldat reconnaiïssait son poste et racontait ses prouesses. Ce triste théâtre de la fureur-des partis était couvert de cadavres qui infectaient l’air. Vitellius se repaissait de leur vue; et comme on voulait l’en éloigner, il dit : « L’odeur d’un ennemi mort est toujours agréable, et sur- « tout celle d’un citoyen. »

Il fit venir sur le lieu même une immense quantité de vin qu'il distribua aux soldats. Loin de respecter aucun des anciens usages, ce prince farouche, à la tête de soixante mille hommes de diverses nations, entra dans Rome, à cheval, en

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conquérant, précédé du peuple et du sénat dont il triomphait insolemment.

Il se rendit au Capitole, offrit un sacrifice à Jupiter, et s’établit dans le palais impérial. Le lendemain, ayant con voqué le sénat, il prononça un discours fastidieux qui sem: blait dicté par la sottise et inspiré par la vanité. Il fit un long et pompeux éloge de ses actions, et promit un règne qui servirait de modèle à tous ses successeurs; la peur et l’adulation l’applaudirent. Haranguant ensuite le peuple, il parut vouloir refuser le titre d’Auguste, et se fit contraindre à l’accepter. On le déclara. consul perpétuel et souverain pantife ; il nomma aux magisiratures pour dix ans, et ban. nit de Rome les astralagues, parce que quelques-uns d’entre eux avaient prédit qu'il ne régnerait pas une année. Le lendemain matin, on trouva, au bas de son édit affiché, ces mots hardis : « Nous, au nom et par l'autorité des ançiens « Chaldéens, nous ordonnons à Vitellius Germanicus de sor- « tir du monde aux calsndes du mois d'octobre. »

Vitellius se faisait gloire d’honorer la mémoire de Néron et d'imiter ses vices. Il offrit à ses mânes un sacnfice solennel. Se livrant exclusivement à la débauche, et surtout aux excès de la table, il abandonna le soin des affaires aux plus vils personnages de sa cour. Rien n’égalait san incroyable gourmandise; il consumait toutes ses heures à table, faisait einq ou six repas par jour, et prenait des vomitifs pour les multiplier. Le seul moyen d'obtenir sa faveur était de se distinguer par la magnificence des festins. Plusieurs de ceux auxquels on l’invitait coûtèrent douze mille écus. On vit, à celui que lui donna son frère, deux mille plats de poisson et sept mille de volaille et de gibier. Sa gloutonnerie devint enfin une manie extravagante. Il fit fabriquer un plat d’une immense grandeur, qu’ilnomma /e bouclier de Minerve. On le remplissait de foies de lottes, de cervelles de He de laïitances de lamproies.

Toutes les richesses de Rome suffisaient à peine aux dé- -penses de sa table; elle coûta, dit-on, quatre-vingt-dix mil-

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lions de sesterces en quatre mois. On ruina des villes pour satisfaire sa voracité ; et Josèphe remarque que, s’il eût régné plus longtemps, fl aurait dévoré l'empire.

Cruel autant qu avide ét débauché, il se plaisait à répandre le sang, condamnait à mort sur les plus légers motifs, vendait publiquement les emplois, et ne se délivrait de ses créanciers qu’en proscrivant leur tête et en confisquant leurs biens. 11 ordonna la mort de deux citoyens, dont le seul crime était d’avoir sollicité la grâce de leur père; aux jeux du cirque, il en fit massacrer un grand nombre, qui, pendant la course des chars, s’étaient permis de huer la faction bleue, qu’il favorisait.

Sa mère, Sextilie, qui connaissait son affreux caractère, prévit les malheurs de Rome, et versä des larmes lorsqu’elle apprit qu’on lui avait donné l’empire. Ce monstre, dit-on, la fit mourir de faim, parce qu’on lui avait prédit qu'il régnerait longtemps s’il lui survivait.

Il regardait comme une peine attachée à son rang la 1e cessité de faire quelquefois du bien et d’accorder quelques grâces, et ne considérait comme bonheur et comme puissance que ce qui pouvait dégrader son âme et troubler sa raison.

Bientôt l’excès de ses débauches l’abrutit totalement. Le mépris qu'il inspirait devint universel. Les légions d'Orient, levant les premières l’étendard dela révolte contre un prince si indigne de commander à des hommes, nommèrent Vespasien empereur.

Au premier bruit de ce mouvement, Vitellius, n’éprouvant d’autre crainte que celle d’être importuné par les affaires et distrait de ses plaisirs, défendit expressément qu’on se permit de parler dans Rome d’ aucune nouvelle de la guerre. .

Vespasien avait proposé d’abord aux légions de prêter serment à Vitellius, moins probablement pour être ohéi que pour connaître leurs sentiments. Après avoir cédé froidement à ses ordres, les officiers et les soldats s’étant concer-

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tés, déclarèrent formellement leur refus de reconnaitre ce méprisable empereur et conjurèrent Vespasien de régner à sa place. Les légions d'Égypte, de Syrie, de Mœæsie et de Pannonie, manifestèrent les mêmes vœux.

Vespasien hésitait à se charger d’un aussi pesant fardeau; il craignait l’inconstance du soldat; sa vertu lui faisait re- . douter les conspirations et les guerres civiles : « Il est plus « honteux, disait-il, d'y échouer, qu'il n’est glorieux d’y « réussir : chaque. pas qu'on y fait élève derrière soi une « barrière qui ferme toute retraite. On ne doit pas s’y en- « gager légèrement; et dès qu’on touche à la couronne, il « faut la porter ou perdre la tête. » : |

Tibère-Alexandre, gouverneur d'Égypte, et Mucien, préteur de Syrie, .sans attendre sa détermination, l’avaient proclamé empereur. Ils opposèrent à ses craintes la facilité de Ventreprise, la nécessité de délivrer Rome d’une tyranuie dégoûtante et insupportable, la force de leurs légions, l’in- -@vipline et les brigandages des soldats de Vitellius, et la stupide ignorance de leur chef, qui ne laissait aucun doute sur lé succès. Enfin il n’était plus temps, disaient-ils, de délibérer; l'intérêt de sa propre sûreté exigeait qu’il régnât ; et puisqu'on l’avait proclamé empereur, il n’existait plus de danger pour lui que dans le Fe d’un titre qui lui tenait déjà lieu de crime.

Vespasien s’obstinait encore à s’opposer à leurs vœux : tous les soldats alors tirèrent leurs glaives et le menacèrent de le tuer, s’il les compromettait par une plus longue résistance. Il céda et se soumit à régner.

On convint que Titus continuerait la guerre en Judée, que Mucien, avec une pârtie des légions, passerait en Italie, et que Vespasien se rendrait à Alexandrie pour rassembler de nouvelles forces, si la guerre se prolongeaït.

Dans le même temps, une grande insurrection éclatait en sa faveur dans l’armée de Mæsie. Antonius Primus, qui la commandait, était né à Toulouse. Banni par Néron, rappelé par Galba, il s'était concilié l'affection des troupes; hardi,

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bouillant, séditieux , aussi prodigue de ses richesses mal ‘acquises qu’il se montrait avide pour les grossir, séduisant avec ceux qu'il voulait gagner, satirique contre ses ennemis, personne n’était plus dangereux dans la paix et plus utile à la guerre. Les Gaulois lui avaient donné le surnom de Bec de cog : ce qui prouve que ces mots français existaient déjà dans la langue celtique. è Antonius excita ses légions à reconnaître Vespasien et à combattre pour lui. Il voulait prévenir par sa rapidité l’armée d'Orient qui marchait en Italie, et il partit promptement, dans le dessein d’obfenir l’honneur de cette guerre et de jouir des premiers fruits du pälage.

” Cécinna et Valens parvinrent difficilement à réveiller Vitellius, qui s’endormait au bruit de l’orage. Ce prince, continuant à s’occuper de ses festins, leur laissa le soin de rassembler ses troupes et de s’opposer à l’ennemi. Antonius était arrivé en Italie; Cécinna marcha au-devant de lui, et le rencontra près de Crémone. Les légions de Mæsie, fières encore des victoires qu’elles venaient de remporter sur les Roxolans et les Sarmates, peuples venus des rives du Don et du Borysthène, demandaient à grands cris le combät et répondaient de la victoire. Cécinna ne commandait au contraire que des troupes ‘amollies par la licence. Craiïgnant le mauvais succès d’uve lutte si inégale, il négocia secrètement avec Antonius, et engagea ses soldats à quitter Le parti de Vitellius. Dans le premier moment, ébranlés et surpris, ils cèdent à ses instances et prêtent serment à Vespasien. Peu de temps après, cette multitude mobile se repent deson infidélité, jette Cécinna en prison, et envoie des députés à Antonius pour le sommer de reconnaitre Vitellius. Ces députés sont repoussés avec mépris : furieux alors, sans ordre, sans chef, ils attaquent pendant la nuït l’armée de Moœsie. La bataille fut longue, sanglante et douteuse. Au point du jour, les deux partis s'arrêtent, conviennent d’une courte suspension d'armes, se donnent réciproquement des vivres, et, après un léger repas, recommencent le combat avec le

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même acharnement. Mais lorsque l’aurore fit place au s0leil, qui s’élança radieux sur l’horizon, les soldats d’Antonius le saluèrent d’un cri de joie. Les vitelliens, regardant ce cri comme le signal de l’arrivée de Mucien, se troublent, se découragent et prennent la fuite. Antonius les poursuit vivement, en tue trente mille, s’empare de Crémone ct la brûle.

Cependant, les vitélliens vaincus ayant rendu la liberté à Cécinna , il reprit les marques de sa dignité consulaire, et conduisit ses troupes désarmées aux pieds du vainqueur qui le reçut avec mépris, et l’envoya à Vespasien, comme un trophée de sa victoire.

Valens , apprenant en Étrurie l’issue du combat de Crémone, S *embarqua pour les Gaules. On l’informa, dans sa . route, d’une révolution qui éclatait dans cette contrée en faveur de Vespasien. Poussé par les vents sur les îles d’Hières, il y fut arrêté et mis à mort par les ordres de Valérius Paulinus, gouverneur de la Gsule narbonnaise.

Vitellius continuait cependant toujours à Rome ses orgics, ne voulait pas croire à la perte de Crémone, et défendait au peuple d’y ajouter foi. Son activité se borna à faire arrêter le préfet Sahinus, et à envoyer à l’armée Julius Agrestis, qu'il chargea de s’informer de la vérité. Ce centurion fut mené devant Antonius, qui lui laissa voir ses troupes victorieuses, et lui permit de retourner à Rome. L’empereur refusa d’abord de le croire ; cet officier ne parvint à lui persuader la vèrité de son rapport qu’en se tuant. Vitellius, tardivement éclairé, chargea Julius Priscus et Alphénus Varus de rassembler quatorze mille prétoriens et quatorze mille légionnaires pour défendre les Apennins. Cette armée, réunie près de Pérouse, exigeait que l’empereur vint la commander; il s’y rendit, après avoir donné le commandement de Rome à son frère Lucius, et distribué ses trésors au peuple, dans le vain espoir de regagner son affection.

Dès que les légions et :les prétoriens reconnurent la stupidité de Vitellius, qui ne savait pas les premiers éléments

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de la guerre , leur dévouement fit place au mépris. Peu de temps après, Fempereur, apprenant le soulèvement de la Campanie et la révolte de sa flotte de Misène , qui s'était déclarée pour Vespasien, quitta Mérania et revint avec ses troupes camper près de Rome. L’armée ennemie le suivait rapidement. Céréalis, grand capitaine, sortit la nuit de la capitale, et vint chercher un asile dans le camp d’Antonius. Flavius Sabinus et Domitien , l’un frère et l’autre fils de Vespasien, ne purent échapper à la vigilance des gardes qu'on avait placés près d’eux; mais Vitellius n’osa pas léur donner la mort, et mème, en retenant Sabinus prisonnier, il lui laissa la charge de préfet.

Mucien, débarqué en Italie, s’était réuni à Antonius.: tous deux écrivirent à Vitellius, et lui promirent la vie et une retraite tranquille s’il abdiquait. L’empercur, ayant reçu leurs lettres, prend le deuil, sort du palais, déclare qu’il renonce. à l'empire, et remet son épée au consul Cécilius Simplex, qui ne veut pas la recevoir. Sur son refus, il annonçait qu’il allait la déposer dans le temple de la Concorde . €t se retirer dans la maison de son frère, lorsque quelquesuns de ces vils flatteurs qui trompent les princes jusqu’au bord du précipice s’écrient que l’empereur est lui-mème la Concorde. La populace répète ce cri et conjure ce prince de ne pas l’abandonner. Vitellius, aussi stupide que lâche, prenant leur basse et-trompeuse adulation pour l'opinion publique, retourne au palais, en disant : « Puisqu’on le

« veut, je reprends mon épée, l’empire, et j'accepte le nou- « veau surnom qu’on vient de me donner. » Encouragé par ses soldats, il rétracte formellement son abdication.

Le préfet Flævius Sabinus et le consul Quintius Atticus, qui s’étaient pressés de proclamer Vespasien , se retirèrent avec une suite peu nombreuse au Capitole. En vainils rappelèrent à Vitellius ses promesses et sa déclaration; il répondit qu’il n’était plus le maitre, et qu’il ne pouvait contenir le zèle de ses soldats.

Cependant, sa garde germaine assiégea le Capitole, qu’on

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défendit avec valeur, mais sans ordre. 11 fut bientôt enlevé d'assaut, saccagé et réduit en cendres.

Vitellius, à table, jou'ssait de la vue du combat et de l’incendie. Pendant le repas, on lui amena Sabinus, qu’il fit mettre en pièces ; le fils de cet infortuné et Domitien, plus heureux, se sauvèrent de Rome à la faveur du tumulte.

Enfin les ennemis approchent : c’était le moment de com-

-battre pour la vie et pour l’empire : le läche Vitellius implora lu clémence de son rival, et fit intercéder pour lüi les vestales. Antonius lui répendit que l’embrasement du Capitole et le meurtre de Sabinus avaient rendu toute négociation impossible. Le combat se livra sous les murs de Rome, et dura toute la journée. Le peuple , regardant froidement la bataille , applaudissait comme à un spectacle de gladiateurs. Après une vive résistance , les vitelhiens , repoussés, . voulurent rentrer dans la ville; ils furent poursuivis par les troupes d’Antonius, qui en firent un affreux massacre dans les rues, et surtout au Champ-de-Maïs, où ils tentaient de se rallier. Les habitants, impitoyables, fermaient leurs portes à ces infortunés, et les forçaient de retourner au-devant de la mort. La multitude pillait les cadavres ; les vainqueurs se livraient à la joie et à la licence. On voyait ainsi à la fois dans Rome les désordres d’une orgie et les horreurs d’une ville prise d'assaut.

" Vitellius, que cette extrémité ne pouvait décider ni à combattre ni à mourir , après avoir goûté, pour la dernière fois de sa vie, les grossières délices d’un copieux repas, sort de son palais par -une porte secrète, n’ayant d’autre suite que son pâtissier et son cuisinier. Il marchaït dans le dessein de sè cacher sur le mont Aventin, chez l’impératrice, femme vertueuse, et qui s'était éloignée de lui pendant le temps de son infâme prospérité. Tout à coup, une fausse nouvelle lui rend une lueur d’espérance; il retourne au palais, le trouve désert, se couvre d’une vieille robe, prend une ceinture remplie d’or, et se réfugie derrière le lit d’un portier dont les chiens l’attaquent et le mordent: scs cris le

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trahissent ; on le tire de sa retraite couvert de sang et de paille. Lâche jusqu’au dernier instant, il déclare aux soldats qu'il a d'importantes révélations à faire à Vespasien > et demande, pour toute grâce, d’être gardé en prison jusqu'à son arrivée. Loin d’écouter ses prières, on lui met une corde au cou, on déchire ses vêtements, on le traîne à demi-nu dans le Forum, par la rüe Sacrée; les soldats, tenant leurs piques sous son menton, l'empêchaient de se dérober aux regards du peuple furieux qui l’accablait d’outrages, le couvrait d’immondices , lui reprochait sa gloutonnerie, son plat de Minerve, sa taille colossale, son visage bourgeonné , son ventre monstrueux, ses cruautés, son avarice, enfin sa lâcheté et l’embrasement du Capitole. Porté aux gémonies, on l’y assomma, et son corps, trainé avec des crocs, fut précipité dans le Tibre : ainsi Vitellius trouva une mort digne de sa vie,

Lucius, son frère, et son fils, périrent victimes de la haine qu’on lui portait. Il ne resta de ce règne court et infâme que la honte de l’avoir souffert.

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