‹ Histoire RomaineChapitre 18 sur 73 · ENPIRE. "(de LC · texte numérisé non relu

ENPIRE. "(de LC

que les satellites d’Othon et de Vitellins eussent été capables de concevoir cette idée généreuse : « Depuis longtemps, ‘a dit-il, les soldats de tous les partis, corrompus par les « mêmes vices et poursuivis également par les dieux, « étaient portés à la discorde avec la même rage et avec « la même soif de crimes. L’opiniâtreté ne leur manquait “« pas, et si chacune de nos guerres civiles se termina par .« une seule action, la lAcheté des pre en Loi la seule « cause. p

. D’autres croient que ce bruit d’un node n’était qu’une ruse des généraux de Vitellius pour endormir leurs ennemis. Ce qui est certain, c’est qu’ils suprirent l’ar- -mé6e d’Othon en l'attaquant à l’improviste. Celle-ei sontint . vaillamment le choc, reprit l'offensive, chargea les vitel- -Hens, enfonca leurs premières lignes, et leur enleva même une aigle. Cécinna et Valens rallièrent leurs troupes, le combat fut opiniâtre et sanglant, mais enfin les vitelliens, ayant pris en flanc les troupes d'Othon, y jetèrent le désordre, Les -prétoriens, amollis par un long séjour à Rame, abandenmèrent le champ de bataille; les autres suivirent ce conta- . gieux exemple; leur retraite devint une déroute, et l’on fit un horrible carnage des vaincus.

Ün prétorien courut porter cétte désastreuse nouvelle à

- l'empereur : il ne voulait pas le croire, et. l’accusait de làcheté; le soldat, pour le convaincre et pour sè justifier, se ‘ tua à ses pieds.

Othon, certain de son malheur, déclara qu'il.ne voulait -pas être plus longtemps cause de la perte d'hommes si bra- - ves et si dignes d’une meïleure destinée : en vain toute l’armée, accourant près de lui, renouvela ses serments, jurant de le défendre et de le venger. Plautius Firmus, préfet du prétoire, se jetant à ses genoux, le supplia de ne point abandonner des troupes si fidèles ; il [ui représenta inutilement qué le courage trouve de la gloire dans l’infortune, et que le désespoir ne convierit qu’à la faiblesse. Rien ne put …. ébranter la résolution d’Othan. « Amis, leur dit-il, je n’at-

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« tache pas assez de prix à ma vie pour tenter de la con- « server en exposant votre courage at vos vertus à de noüa veaux périls. Plus vous me prouvez qu’il me reste encore « d'espoir si je veux prolonger mon existence, plus ma mort « sera belle.

« Nous nqus sommes mesurés, la fortane et mai: j'ap- « précie sos faveurs, et je sens qu'il n’est pas difficile de « renoncer à une félicité dont on doit jouir si peu de temps.

« Rome aura dû à Vitellins le commencement de la guer- « re: elle me devra le bonheur de la voir terminée. Cet « exemple fera honorer par la postérité la mémoire d’Othon. « Que Vitellius jouisse à son gré des emhrassements de son « épouse, de ses enfants, de son frère, que je lui ai conser- « vés; je n’ai besoin ni de vengeance ni de consolation : « d’autres auront gardé l'empire plus longtemps que moi; « aucun ne l’aura quitté plus courageusement. . «Comment pourrais-je souffrir qu’une si brillante jeu- « nesse et tant de braves légions soient encore éerasées et « perdues pour Rome? Votre fidélité voulait périr pour moi; « je ne lui demande que d'approuver ma fermeté. Mais ne « perdons pas un temps précieux, je veux garantir votre . «sûreté et conserver mon courage; s'étendre en paroles ‘ « dans ses derniers moments est une sorte de lAcheté. Adieu! « Souvenez-vous, quelle que soit la cause de ma destinée, que «je ne me plains de personne : car celui qui accuse les dieux « et les hommés tient encore à la vie. » |

Après cé discours, il pria ceux qni l'entouraient de se soumettre prampterment à Vitellius, afin d'éviter sa vengeance. Rentré chez lui, il écrivit deux lettres de consola- - tion, l’une à sa sœur, l’autre à Messaline sa femme, autrefois promise à Néron. Il leur recommanda ses cendres. Son noveu, Salvius Coccéinus, se livrait au désespoir; il raffer- - mit son courage. « N'oubliez pas, lui dit-il, que vous êtes « neveu d’un empereur, mais s prenez garde aussi de vous en « trop souvenir. »

Il brûla ensuite tous les is qui pouvaient compro-

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mettre ses amis ; il leur distribua son argent et ses bijoux. Tout à coup, entendant un grand tumulte dans la rue, il dit: « Je vois bien qu’il fant encore ajouter une nuit à ma vie. » Îlen consacra une partie à rétablir l’ordre. S’étant enfin renfermé, il choisit de deux poignards le plus aigu, le placa près de soù lit, et dormit paisiblement quelques heures. À son réveil, il enfonça le poignard dans son cœur, et expira. Un profond gémissement annonça sa mort. Les soldats vinrent en foule baiser ses mains et lui rendre les derniers honneurs. Plusieurs se tuèrent sur son bûcher; on publia qu’il n’avait point enlevé l’empire à Galba par ambition, mais dans le dessein de rétablir la liberté. L’amour du bien public, qu’il montra sur le trône, répara la honte de sa jeunesse, et le courage de sa mort fit oublier La mollesse de sa vie. Il mourut trois mois et cinq jonrs après Galba. .

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