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brio, Ælius Lamia, dont |’ empereur avait enlevé la femme. Coccéianus, neveu d’Othon, mourut victime de sa reconnaissance : on l’accusait de rendre chaque année des honneurs solennels à la mémoire de son oncle. Métius Pomposianus paya de sa tète les fausses prédictions des devins qui lui promettaient l’empire.
Le sénat se voyait forcé par le tyran de prononcer çes injustes arrêts. La peur faisait régner un silence profond dans cette assemblée, autrefois la terreur des rois. Celui qui la présidait prenait seul la parole, parce que son rang l'y forçait ; les autres, les yeux baissés, opinaient sans parler.
Maternus avait écrit un livre contre la tyrannie ; Julius Rusticus avait fait l'éloge des vertus de Traséas el d'Helvidius Priscus : tous deux périrent, coupables d'avoir dit la vérité.
Domitien détestait les arts, qui adoucissent les mœurs, les lettres, qui éclairent les hommes. À ses yeux, le savoir et le talent étaient des crimes, ainsi que la gloire et l'opulence. Rarement on vit un bon prince illettré.
Cependant, un philosophe célèbre, Apolloniüs dé Tyane, osa braver le péril et affronter sa présence. Il était déjà venu, du temps de Néron, «pour voir, disait-il, quelle bête « c'était qu'un tyran. » Après avoir voyagé dans l'Inde et en Arabie, il fut à son tour accusé de magie, revint en Italie, parut sans crainte aux yeux de Domitien, se défendit avec courage, lui fit entendre le langage de la sagesse et de la vérité, et resta impuni,; ce qui parut si extraordinaire, que ses partisans, voulant l’opposer et le comparer à Jésus-Christ, n’expliquèrent ce phénomène que par un prodige : ils racontérent qu'il avait soudainement disparu aux regards du tyran.
Un gouvernement si lâche et si faible devait faire éclore des conspirations. Lucius Antonius, gouverneur de Germanie, se révolta et prit le titre d'empereur. Ï attendait de la Gaule de DRORE renforts ; le Rhin débordé l’em-
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pêcha de les recevoir, Norbanus, envoyé contre Jui, l’attaqua brusquement, et le tua. Cette rébellion, qui avait effrayé le lâche Domitien, lui servit de prétexte pour multiplier les accusations et les supplices.
Aussi insensé que farouche et.tremblant, il passait les journées entières dans la solitude, enfermé dans son cabinet. Loin de s'occuper des affaires publiques, sa cruauté puérile s’amusait à faire éprouver à de faibles insectes, à des mouches, les tourments que sa barbarie exerçaïit sur les hommes. Bientôt, joignant l'hypocrisie à la férocité, son amitié devint aussi redoutable que sa haine, et cha-
. Cun pouvait presque juger le degré du danger qu'il cou-
rait, par celui de l'affection que l’empereur lui témoignait. Il combla de preuves d'estime et de faveur son intendant, la veille du jour où il l’envoya au supplice.
Lorsqu'il accusait quelqu'un, pour intimider les sénateurs et les forcer à la rigueur, il disait : « On verra au- « jourd’hui si je suis cher ou indifférent au sénat. » |
La fortune publique était livrée aux eourtisanes. L’empereur, bravant toute décence, allat aux bains publics avec elles. Cupide, comme tous les prodigues, il se décla-
.rait héritier des citoyens les plus opulents, Les impôts
qui écrasaient les Juifs furent doublés ; les prophètes de ce peuple avaient annoncé le règne prochain d’un fils de David ; l’empereur fit chercher, arrêter et périr tous les descendants de ce roi.
La dixième année du règne de Domitien, les chrétiens, dont le culte commençait à s'étendre rapidement, furent
exposés à une cruelle persécution. Les écrivains ecclésias-
tiques racontent que saint Jean, jeté dans une chaudière d’huile bouillante, en sortit intaet par un miracle, et qu’on l'exila dans l'île de Patmos, où il composa l’Apocalypse. Timothée fut lapidé à Éphése ; Denys l’Aréopagite à Athènes. |
Le sang des martyrs multipliait leurs prosélytes ; déjà les racines de la foi chrétienne s’introduisaient dans le :
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palais des grands. Flavius Clémens, cousin germain de l'empereur, s’avoua chrétien, et paya son courage de sa vie. Domitilla, sa parente, fit le même aveu, et fut exilée à Pandataire.
Domitien connaissait la haine qu'il inspirait aux Romains, et surtout au sénat. Il projeta, dit-on, plusieurs fois le massacre de ce corps. Un jour, il l’investit de ses soldats. Une autre fois, ayant invité à un repas la plus grande partie des sénateurs, il les fit conduire dans une salle tendue de noir, éclairée par des lampes sépulcrales,
et ornée pour tous meubles de plusieurs cercueils qui
portaient les noms des convives, et près desquels on voyait de grands nègres tenant une épée dans une main et une torche dans l’autre: après avoir joui quelque ‘EUR de leur frayeur, il les congédia.
Détesté dans tout l'empire, l’armée seule, qu'il payait magnifiquement, lui était dévouée ; maïs son appui ne le rassurait pas : les présages qui le menaçaient, et sa conscience qui le tourmentait, le rendaient plus malheureux et plus tremblant que ses victimes.
Il fit périr Épaphrodite, parce que te fidèle affranchi avait prêté son bras à Néron pour finir ses jours.
L'astrologue Asclétérion osa prédire la mort prochaine du tyran ; l’empereur le fit venir devantlui. « Toi qui an- « nonces mon sort, lui dit-il, peux-tu connaître le tien ? — Oui, répondit le devin; je dois être dévoré par des « chiens. » Domitien, décidé à le faire mentir, ordonne de le tuer sur-le-champ, et de livrer son corps au feu. On exécute l’ordre, mais tout à coup un orage furieux s'élève, une pluje abondante tombe sur le bücher, la flamme s’éteint, les assistants s’éloignent, et les chiens mangent le cadavre. La haine publique accrédita cette fable.
Les tyrans redoutent les historiens, comme les brigands craignent les juges. Domitien persécuta ceux de son temps. Josèphe seul conserva sa bienveillartce ; mais souvent les talents comprimés n’en acquièrent que plus de force ; la
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persécution, n’empêcha point les lettres de fleurir. Épictête illustra la sette stoïque ; ses maximes, composées dans l’exil et dans les fers, serviront en tout Eupe à fortifier l’âme contre le malheur.
Martial se rendit fameux par ses épigrammes, et ae: nal par ses satires, qui présentaient le tableau fidèle-des mœurs de ce siècle corrompu.
Silius ltalicus publia un poëme défectueux dans sa composition, mäis où l’on trouve quelques vers dignes de Virgile. Le sort de Stace fut bizarre comme son talent ; Domitien l’aima.
L'empereur, aussi redouté de sa famille que de ses sujets, avait épousé Domitia Longina, fille de Corbulon ; il la répudia, la reprit, et se décida enfin à la faire mourir. Un heureux hasard fit tomber dans les mains de cette princesse la liste fatale sur laquelle était écrit son nom, ainsi que ceux de Parthénius, premier officier de la chambre de l’empereur, de Stéphanus, son intendant, et des généraux Norbanus et Pétronius. L’impératrice les informa du péril qui les menaçait ; et tous, de concert, se déterminèrent à trancher les jours du monstre nu les poursuivait. L
La superstition du temps effrayait s sans cesse Domitien ; ot répandait chaque jour le bruit de nouveaux pronostics qui annonçaient sa mort. Le plus certain de tous ces présages était l’horreur qu’on avait pour lui.
Troublé par toutes ces menaces, on l’entendit, au milieu d’un orage effrayant, s'écrier : « Que Jupiter frappe « donc, puisqu'il veut frapper ! » La veille du jour de sa mort, on lui porta un fruit rare : « Gardez-le pour de- « main, dit-il, si la fortune me permet encore d’en goûter.»
‘Au milieu de la nuit qui précédait pour lui la nuit éternelle, épôuvanté par des éclairs fréquents, il fait appeler un astrologue qui lui annonce une grande révolution : il ordonne $a mort. Après ce dernier crime, dans l’espoir de calmer l'agitation de ses sens, il veut aller aux bains :
TA
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Parthénius l’en empêche, en l’avertissant qu’une affaire urgente exige.qu'il passe dans sen cabinét, Il y entre, et y trouve Stéphanns. Celui-ci lui révèle une fausse conspiration, et lui présente la liste des conjurés. Tandis qu'il la lit, ce même Stéphanus, tirant un poignard caché, lui perce le flanc. L'empereur se jette suelui 8t le renverse ; pendant cette lutte, Parthénius et les autres conjurés arrivent et massacrent Domitien.
Les disciples d’Apollonius, qui voulaient faire un dieu de leur maître, racontent qu’au momént où on égorgeait l’empereur, ce philosophe, qui se trouvait à Éphèse, s’écria : « Courage, brave Stéphanus ! frappe le tyran ; » et que, peu de moments après, : il dit : « Tout va bien, le « monstre est mort.» . ms . on
Domitien termina ses jours en 96, à l’âge de quaranteciuq ans, et la quinzième année de son règne: Les prétoriens le regrettaient vivement, et voulaient exiger qu'on lui rendit les honneurs divins : le sénat, montrant une fermeté depuis longtemps inconnue, s’y opposa, flétrit la mémoire du tyran, fit briser ses statues, raya son nom des registres, et le condamna à l’oubli. Tacite, plus sévère, le condamne à FAUNE