TRAJAN
(An de Rome 850-869. — De Jésus-Christ 98-147.)
Séjour de Trajan en Germanie. — Son arrivée à Rome — Guerre avec les Daces. — Victoires de Trajan. — Nouvelle guerre aves les Daces. — Nouvelle victoire de Trajan. — Sou retour et son triomphe à Rome. — Érection de la colonne Trajaue. — Sage administration de Trajau. — Fléaux en Italie. — Bannissement des délateurs. — Lettre de Plutarque à Trajan. — Belles qualités de Trajan. — Ses utiles travaux. — Majesté rendue au sénat. — Bonheur des citoyens. — Voyages de Trajan. — Pline est gouverneur de province. — Sa clémence envers les chrétiens. — Guerre avec les Parthes. — Victoires de Trajan. — Ses conquêtes. — Révolte des Juifs. — Eeur entière défaite. — Retour et mort de Trajan, — Adoption d’Adrien par Trajan,
supposée par Plotine. |
Le nouvel empereur possédait cette fermeté de caractère qui éloigne tous les dangers, parce qu’elle empèche de les craindre. La peur les attire, le mépris les écarte, at
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gh4 EMPIRE. fde J.-C, 94447.] l'on inspire presqpe tonjanrs la confiance qu'on éprouve.
Trajap, se crnyant certain d'obtenir l'estime et l’affection qui} méritait, ne négligea point l'empire pour Rome, et ne sg pressa pas d'arriver dans cptte capitale,
{resta plusieurs mois en Germanie, occupé des soins divers qy'exigpait ceffe frontière importante. Lorsqu'il parut enfin dans lg capitale dy monde, an Jien d'y faire son entrée en maltre gi en yginquenr, il s'y montra en i-
toyen, à pied, sans cortége, et d'autant plus grapd qu'il paraissait plys modeste. os Ses prédécesseurs s'étaient fait dispenser de l’ohseryance des lois; il gp jura l'exégution, ‘et, pendant cette cérémonie, se tint debout devant le consul assis. Ïl rendit un compte public de l'argent dépensé dans son voyage, exemple salutaire qui, 41} eût été spivi, aprait empêché des princes de faire gucung dépense honteuse à publier. Sa haute fortune n'avait fait sucyn changement en lui; ses ancigns gmis Îg trouvaient If même : j} les traitait avec la mème familiarité, ef il pen mécpnnaissait auçun. On le voyait dans la ville sans ghar, sans gardes : nul obstacle n’empêchait le peuple de l’approcher : il appelait chaque citoyen par spn nom; ft, fidèle à la maxime de Nerva, son palais, véritablement public, était ouvert et accessible à tous. COR | Plotine, sa femme, aussi modeste que lui, se tourna vers le peuple lorsqu'elle entra dans le palais pour la premibre fpis, et dit à haute voix : « Fassent les dieux que je « sorte d'ici telle que j'y suis entrée, ef que la fortune ne « change rien à mes mœurs! »
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Après avoir répondu à l'attente générale par les actes d’une administration à la fois ferme et douce, il voulut relever Rome de l’abaissement où le lâche Domitien l'avait réduite en la rendant tributaire des Daces. L’orgueil du roi Décébale lui donna de justes prétextes pour rompre cgtte paix bumiliante. Ce pringe traitaif aveg insolence les gépéraux romains, efautorisait la licence de ses spjgfs, qui fran-
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chissaient souvent les Hmites eonvenues, et commattaient de grands désordres sur la frontière. Trajan, après avoir rétabli dans l'armée l’antique discipline, la conduisit contre les Daces, les défit dans plusieurs affaires, et leur livra une grande bataille. Elle fut longue, disputée, sanglante et meurtrière : mais enfin les Daces, tournés et enfoncés de toutes parts, furent mis en pleine déroute. Les Romains avaient un si grand nombre de blessés qu'on manqua de bandgges..Trajan déchira ses vôtemants pour y suppléer : : chacun suivit cet exemple d'humanité.
‘Après la victoire, Trajan, habile à en profiter, poursuivit les Daces sans relâcha, pénétra jusqu'au centre de leur pays, sempara de ieur capitale Zarmisegethusa. Décébale, coùsterné, demanda la paix, livra ses armes, ses machines de guerre, détruisit ses forteresses, abandonna ses conquétes, s'engagea à n’avoir pour ennemis et pour alliés que ceux de Rome ; enfin, se prosternant aux pieds de Trajan, il promit d” envoyer des ambassadeurs au sénat romain pour lui demander la ratification de ce traité,
La raconnaissance publique décerna aù vainqueur le triomphe et le surnom de Dacique. Après avoir rétabli la gloire des armes romaines et eonsalidé la prospérité générale, en fortifiant toutes les institutions publiques, dont il avait le bon esprit de souhaiter la résistance comme appui, plutôt que de la craindre comme écucil, Vempereur se vit obligé de nouveau à combattre les Daces. Décébale n'avait consenti à une paix humiliante que pour se donner le temps de réparer ses forces. Cette paix n’avait duré que deux ans. On sut qu'au mépris du traité Décébale enrélait des déscrteurs romains, fabriquait des armes, réparait ses forteresses, négociait avec les étrangers et se liait avec les Parthes.
De son côté, Tra; an ne désirait qu'un prétexte pour achever sa conquête : une paix honteuse n'est qu "une trompeuse trêve ; elle ne satisfait jamais pleinement le vainqueur, et le vaincu ne peut la supporter. Tout peuple trop humilié doit se venger ou être détruit.
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Trajan marche contre les ennemis ; l’effroi préeède ses armes : les Daces se divisent, une partie déserte. Décébale demande encore la paix; on ne veut point la lui accorder. On exige qu’il licencie son armée, et qu’il se livre lui-même aux Romains. Ce prince,-ne consultant alors que son désespoir, se décide à combattre malgré l’infériorité de ses forces. De vils scélérats, corrompus par lui, pénétrèrent dans le camp romaïn avec le dessein d’assassiner l'empereur. Découverts,-arrêtés, punis, ils ne laissèrent à leur prince que la honte d’un crime inutile. D’autres agents du roi surprirent et enlevèrent Longinus, officier distingué, intime ami de Trajan ; ils espéraient que, pour le sauver, l’empereur consentirait à traiter; mais Longinus écrivit à ce prince que l'intérêt d’un homme ne pouvait balancer l’intérèt de la république ; et, pour affranchir sa gloire des entraves de l’amitié, il s’empoisonna. Quelques historiens disent que Décébale le fit mourir.
Trajan continua sa marche. La largeur et la rapidité du Danube semblaient plus redoutables aux Romains que toutes les forces des Barbares. À la vue des ennemis, Trajan, actif et rapide comme César, construisit sur le fleuve un pont appuyé sur vingt piles, et dont la longueur avait près de huit cents toises. Ayant franchi le Danube, il défit les Daces en bataille rangée, et s’empara de nouveau de leur capitale. Décébale, vaincu et ne voulant point survivre à sa puissance et à sa gloire, se tua. Sa tête fut envoyée à Rome; on découvrit son trésor dans le lit d’un fleuve dont il avait fait détourner momentanément les eaux pour ly cacher. Trajan réduisit la Dacie (Hongrie et Transylvanie) en province romaine. Il y établit des colonies, et donna le nom d’Ulpia Trajana à la capitale (an 105).
- De retour à Rome, il fit jouir le peuple de la vue d’un triomphe aussi éclatant et aussi mérité que celui de Paul- “Émile. En mémoire de cet événement, il construisit une place magnifique, sur laquelle il érigea la fameuse colonne qui porte son nom, et qui, traversant les siècles, a conservé
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la description figurée de ses combats, dont les historiens de son temps ne nous ont point transmis les détails.
Rome, toujours: avide de sang jusque dans ses plaisirs, célébra sa joie par des jeux cruels, où l’on vit dix mille gladiateurs combattre, et onze mille animaux féroces périr. Ce fut à l’occasion des victoires de Trajan sur les Daces que Pline, alors consul, lui adressa, au milieu du sénat, le panégyrique éloquent qu'il prononça sans mériter aucun reproche, et que l’empereur put entendre sans rougir, puisqu'il était dicté par la vérité.
Trajan s’occupait aussi activement du bouhiens des Ro-
mains que de leur gloïre. Lorsque, suivant l’usage établi, il faisait des distributions -publiques, elles étaient réglées par la justice et non par la faveur. Les absents n’avaient aucune crainte d’être oubliés; il faisait enregistrer avec soin les enfants des pauvres pour que tous cussent part à ses libéralités. Sa bienfaisance se répandaït également sur toutes les villes de l'Italie ; et, pour la préserver des disettes fréquentes auxquelles elle s’était vue toujours exposée, renonçant au système étroit de taxe et d’accaparement, il protégea la liberté du commerce, et, par ce moyen si simple, entretint une telle abondance, que l'Égypte, cet ancien grenier de Y'Tialie, se trouvant tout à coup frappée d’une grande sté- : rilité, Rome l’alimenta pendant un an.
« L’ administration du prince fut si sage, dit Pline, qu'on « trouvait abondance à Rome et la faim nulle part. »
L'Italie se vit encore désolée plusieurs fois par des tremblements de terre, des inondations et des incendies. Trajan trouva dans son économie des moyens suffisants pour consoler les malheureux et pour réparer leurs pertes.
Plus sévère que Nerva contre les délateurs, et ne se bornant pas à les priver d’emplois et à les condamner au silence, il les bannit. La flotte chargée de ce fléau parut attirer sur elle le couroux des dieux. Une horrible tempête, soulevant les flots qui les portaient, dispersa les vaisseaux, en brisa une partie sur les roches, et fit subir à ces misé-
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fübles, peñdatit quclqdés ticutes, 14 frayeur ét Les Wütr= ments auxqtbls ils ivhiétit &lohgtempslivré leurs itfbrtuné& cühcitoyetis: |
Trajah, tai thtitidissdit pat l’é£ériple de 8e8 prédéttsseurs le daipér d’écotiter là calütihle, aväit toutüuiie dé dire t qu’il est difficilé à th btinte dorit les üréilles sont trop ütendtes de t'avoir pas lés itiains säniglatités. » Îl avait totijutirs devätit les yettt 14 léttre due sott istituteut, le célèbre Plütarque, lui écrivit lorsqu'il tiontd sut lé ttôhe. Nous la citons comme un modèlé de tioble fränclilse, qi a troüvé et qui troüveta peu d’imitatctrs.
€ Püisttie t'est voté métité et oh l'intrigue qui vos a « élevé à l’'éempiré, pertricttet-moi dé féliciter vos vétttis et & oh botiheur. Jë sefai heurettx si Yotré tégne fépotid au£ qualités qué je votis al conues ! ttais si l’autbtité vous à retid théchant, vous aufez les dangers en pattige, ët oi « lignominie de votre conduite. Le maître sci resporisable « dés ctirnès de l'élève. Ceüx de Néron sbnt dtitaht 4ë tat& ches à la réputation dé Dre Socfatt et Qüiritiett ort tt été blrnés potir Hi conduite de lets élèves. Si Vous éonitttinuez d’être te que tots avez été, je serai Îe plus honoré & des homimies ! réglez voë passions, et die la Verttt soit le à but de toutes vos dctivhs. St vous stiivez ces conseils, jé « me glorifierai de votis les toit donnés; si vous les niéglit bez, cette lettre témbittiera en ma fävetir, et attestera « que lé ftral que vous avez fai he doit point étre atttibué & à Plutardtie. » | |
Cette lettre de Plutarqité a fait croire qu’il avait été préceptett* de Ttajati: mais commie ils étaient du Méine Age, il est probable que ce pritiee avait seulermétit ei récoutrs à ses conseils. ; |
L’empeteur, étrhemi dé totite vexätion, adoucit les lois fistales. Sous son tègne, oti plaidà säns craihté contre lé trésot du princé. Il choisissait des intendanits si probes, qüe les particuliers les prenaiëtit souvent pour jüges, Trajar ävait coutume de dire que « le fist était daïis l'État coirimié
(S8-147 dé j.:t.] TÉAJAN. 259 & (à fale das Îe corps : lorsdti’elie $8 Boülle trob; les auttes à füéïibres se déstéthent. »
Simple dans ses mtœufs, frügal ddhs &ës repas, assidu à ses dévoits, indüulgent pour les autres, sévète pour luimérié, il pardonnait à là faiblesse, encourageait le nérite, récompensait là férnieté, ët h’äccordait de hauts emplois qu'aux hbimmes les plus vertuëtx. Îl faisait tespecter ses lois, parcé qu’il s’ÿ soumiettait ldi-mêine le premier. Lorsqu’il nomma Suburranüs préfet du prétoiré, en lui remettant le glaive qui était la miarque de sa dignité, il lui dit : « Employez cette épée que je vous confie, pou moi $i je me é éonduis bien, contré inôi Si je gouvèrne mal. d
Lorsque Pline lüi âdreësä ces paroles : « Vous avez vécu «avec nous ; Vous avez Fessenti nos souffrances, partäigé nos « périls, nos alarmes, seul apanage alors de la véertu ; vous «avez vu combien les mauvais princes étaient détestés, « mème par ceux qui les pervertissäient ; vous vous souve-
« ésirais, étant citoyen, qu’on nous gouvernât. »
rajan, quoique prince, eut des amis, parce qu'il savait aimer ; et, comme il était sincère, il entendit la vérité ; car Pline dit avec raison : « Tout prince qui se plaint qu’on le «trompe a probablement trompé le premier. » Il monta plusieurs fois cette noble confiance qui n’appartient qu'aux grandes âmes, et que le vulgaire traite de témérité. Quelques amis trop soupçonneux voulurent lui persuader que Licinius Sura conspiraït contre ses jours ; il alla chez lui, renvoya sa suite, sOupa dans sa maison, pria SON chirurgien de panser un mal qu’il avait à l’œil, et se fit raser par son barbier. Le lendemain il dit à ses courtisans : « Si Sura avait « voulu me tüer, il l’aurait fait hier. »
Lorsque le sénat lui décerna des statues, on ne regdtdä
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point cet hommage comme un acte d’adulation : il était aussi digne de cet honneur que Brutus; l’un avait chassé de Rome les tyrans, l’autre la tyrannie.
Les soins de l’empire et son assiduité au travail n’altéraient pas l’enjouement de son humeur. -On le voyait gai et familier dans les repas qu’il donnait à ses amis, ou qu'il recevait d’eux sans cérémonie. Il se livrait quelquefois à l’amusement de la chasse ; mais différent des autres princes, qui faisaient parquer des animaux pour les tuer en foule sans risques, il voulait acheter le plaisir par la fatigue et par le danger. |
La rlupart des hommes, semblables à une cire molle, prennent l’empreinte et la forme que leur donnent ceux qui les gouvernent. Les mœurs de Trajan réformèrent les mœurs publiques. IL n’exerça point les fonctions de censeur ; sa vie entière et le discernement de ses choix tenaient lieu de censure. La conduite de Trajan servait d'exemple aux bons et de lecon aux méchants.
La plus scandaleuse licence s’était toujours montrée sans frein dans les spectacles des pantomimes ; Titus les avait proscrits ; le peuple corrompu avait forcé Nerva à les rappeler. Ce même peuple, revenu au sentiment de la pudeur, demanda lui-même leur bannissement.
Trajan, s'imposant la simplicité, réservaitla magnificence pour l’empire; mais il voulait l’embellir sans lépuiser. L'ordre le plus sévère dans ses finances et la vente des domaines inutiles au trône lui fournirent les moyens d’exécuter ses vastes desseins. Il enrichit Rome de superbes monuments, releva plusieurs villes ruinées, fortifia toutes les frontières, creusa le port de Centum-Cellæ (Civita-Vecchia), construisit des ponts solides sur le Tage et sur le Danube, éleva une chaussée sur les marais Pontins, et ouvrit une grande route qui conduisait du Pont-Euxin jusque dans les Gaules; mais il savait que ce n’est point assez pour un peuple fier et libre d’être bien gouverné, s’il n’a point de part au gouvernement. |
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Trajan se montrait plutôt chef de la république qu’empereur: il bannit du sénat le silence, la peur, et y rappela la liberté. Ce corps, condamné par les tyrans à ne s’occuper que de formes vaines et d’affaires puériles, redevint le centre de la législation, le surveillant de l’autorité impériale, le juge des villes, l’arhitre des étrangers ; et l’empereur, lui soumettant tousses actes, encouragéait les sénateurs à à combattre librement ses avis.
Les citoyens, revenus à leur dignité, se rendaient avec leur ancien zèle aux élections, donnaient sans gêne et sans crainte leurs suffrages ; aussi le nom de Trajan était couvert d’éloges qui partaient du cœur. Dès qu'il paraissait aux yeux du peuple, on n’entendait que ce cri, digne récompense d'un bon règne : « Heureux citoyens! heu- «reux empereur ! puisse-t-il toujours être aussi bon, et «entendre de nous les mêmes vœux ! »
Beaucoup de ces hommes, si indulgents pour eux-mêmes et si sévères pour les autres, ont accusé Pline de flatterie, parce qu’il a dignement loué un grand prince. Peu d’entre eux cependant se permettraient peut-être de donner aux priices de leur temps les sages corrseils que cet illustre consul, dans son panégyrique, adressait à Trajan : « N’é- « coutez point, lui disait-il, les rapports secrets ; jugez- «nous d’après l'opinion publique. Dans un concitiabule « mystérieux, un seul peut être trompé par un seul; mais « personne n’en impose à tous, et tous ne peuvent jamais «tromper personne. » Et comment un consul digne des anciens temps de Rome aurait-il cru mériter quelque blème en louant un empereur qui ajouta lui-même au serment de fidélité que l'usage prescrivait de lui prèter cette noble restriction : « Pourvu que l’empereur gouverne « suivant les lois et pour l'avantage de la république ? »
On vit sans cesse Trajan montrer le plus scrupuleux respect pour les institutions antiques; et toutes les fois qu’il obtint le consulat, il se soumit avec exactitude à toutes les formalités imposées aux autres candidats.Enfin,
se EMPIRE, faoi.é. 664i7.i
rénouvelañt le serment des ancièhs éonsuls;: il dévouait füi et sä famille à Pexécration dés dieux et dés hommes, dans Îë éas où il énfreindrait les lois.
ÂAffable pout tout le monde, ses grâcés répandaient la joté, ses refus laïssaient l'espérance. Peu savant dans les lettrès, il favôrisa constamment ceux qui fes cultivaiént. Pliñe, Plutarque, Tacité, furent élevés par lui aux plus
a flatterie voulait Jeür donner son fiorn ; il Là éprisa. D’Espagne il passa en Âsie, sans Vouloir s’arréter en Italie, disant que jamaïs il ne ramèëneraïit üné drinée à Rome qu’en triomphe. S
Les Pärthes étaient le seul peuple qui balañçät alors la Püissaiéé romäine. Crassus avait péri sous leurs coûps ; ils ävaient contraint les aigles d'Antoine à prendre la fuite ; ef si les noms d'Augusfe et de Titus parvinrent à Îés infimider, personne encore n'était parvenu à les vainére. Le désir d'acquérir le premier cette gloire appela l’émpereur en Orient. | | De toùs les généraux qui l’âäccompagnèrenf, celui qu’il élevä le plus haut, quoiqu'il n’aimät pas son caractère Iéger, envieux et jaloux, fut Adrien, son compatriote, né coinme lui à Italica. Îl lui donna en mariage sa nièce Ju- Jia Sabina. Adrien montrait autant de ee pour la philosophie, pour léloquence et pour les lettres, que
Rai de J. -C. J TRAJAN. 208
chait pas Le rendre justice aux Fes acifiques et letirés, et de les employer convenablement. Îl donna à Pline le gouvernement du Pont et de la Bithynie (an de 1-0; 142). Lorsque ee nouveau gouverneur arriva dans sa province, il ne put se déterminer à exécuter, sans de nouveaux ordres, les décrets injustes et rigoureux rendus contre les chrétiens. Non-seulement on les livrait aux plus affreux supplices quand ils professaient publiquement leur culte, mais on les condamnait à la mort, même lorsqu'ils avaient la faiblesse de renier fa vérité et de sacrifiet aux idoles. On les accusait d’être conduits per un esprit de faction à renverser le trône et les autels, et, par un système d’anarchie, de vouloir établir légalité sur les ruines de toutes les institutions ; enfin on leur reproclraif de se livrer, dans leurs assemblées secrètes, aux vices les plus odieux. Pline prit courageusement leur défense contre ces calomnies. Il écrivit à l’empereur. « qu'il ne pou- : « vait se résoudre à faire périr, sur de faux rapports, tant « d’innocents, et à condamner ceux mêmes qui se sou- « mettaient publiquement aux lois: »
« Après avoir pris, écrivait-il à à Trajan, toutes les infor- « mations nécessaires, je me suis convaincu que l'erreur « de ces infortunés se borne à s’assembler un jour mârqué « avant le lever du soleil. Là ils adorent Christ, qui est « leur dieu, chantent des hymnes en son honneur : leur « serment, loin de les pousser à aucun crime, les oblige «at contraire à ne commettre ni vols, ni violence, ni « adaltère, à ne retenir aucun dépôt, à ne jamais manquer « de foi. Ils se retirent après, et se réunissent ensuite de «noùveau pour faire en commun. un repas innocent et « frugal. »
Telle était alors la prévention publique contre cette nou-
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velle religion, que Trajan lui-même céda longtemps au torrent, et ne voulut point condescendre aux vœux de Pline. Il se contenta seulement de modérer la persécutfon, de défendre qu'on recherchât ceux qui ne professaient la réligion chrétienne qu’en secret, et de faire grâce au repentir. Ce triomphe tenté par un philosophe païen était réservé aux vertus chrétiennes. Les discours, les écrits, et surtout la mort courageuse de saint Siméon et de saint Ignace éclairèrent l’empereur, qui, vaincu par leur fermeté, arrêta l’effusion du sang chrétien.
Avant d'arriver en Asie, Trajan, qui dédaignait de croire aux conspirations, acquit pourtant la preuve certaine que Crassus conjurait contre sa vie. Il le laissa juger par le sénat, qui ne le condamna qu'à l'exil.
Trajan cherchait l’occasion de combattre les Parthes : elle ne tarda pas se présenter. Cosroës, leur roi, s’empara du royaume d'Arménie et en investit Exédare. L'empereur se plaignit d’abord de-cette infraction au traité, et, n’ayant reçu qu’une reponse fière et insultante, il fit déclarer la guerre aux Parthes par le sénat. L’orgueil de Cosroës parut s’abaisser à l'approche de l’armée romaïne ; il envoya des ambassadeurs à Trajan, sollicita son amitié, écrivit qu'il venait de déposer Exédare, et pria l’empereur d'accorder à son propre frère l'investiture du trône d’Arménie, comme Néron l'avait donnée à Tiridate.
Trajan répondit que l’amitié se prouvait par des faits, non par des paroles, et qu'il se déciderait en Syrie sur le
parti qu’il lui paraîtraît convenable de prendre. Des deux côtés on ne songea plus à négocier, mais à combattre. Les Romains entrèrent en Arménie, et la conquirent en peu de temps, malgré les efforts que Perthamasiris, frère de Cosroës, fit pour la défendre. Ce prince, après plusieurs défaites, espérant désarmer le vainqueur par sa soumission , prend le parti de venir trouver Trajan dans son camp. Il le voit assis sur son tribunal, se prosterne devant lui, et met son diadème à ses pieds. À ce spectacle, l’armée ro-
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maine jette un cri de joie, et salue Trajan imperator. Cette exclamation effrayait le prince, qui la prenait pour un cri de fureur ; Trajan le rassura sur sa vie, mais lui refusa l'investiture qu'il désirait, et le laissa se retirer en liberté. Une nouvelle bataille eut lieu. Le prince parthe, vaincu, y périt, et laissa les Romains possesseurs de l'Arménie. L'empereur, émule d'Alexandre, et aussi rapide que lui dans ses succès, battit les Parthes, conquit la Mésopotamie, força Cosroës à conclure la paix et à donner des otages,
reçut du sénat le nom de Parthique,;soumit l’Arabie-Pétrée,
la réduisit en province romaine, et se rendit maître de l'bérie, de l’Albanie, de la Colchide, de tous les pays situés entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. La fortune, qui comblait Trajan de ses faveurs, lui refusa un historien : quelques fragments de Dion et d’Aurélius Victor nous ont seuls transmis une légère esquisse de ses exploits, et la plupart des grandes actions de ce héros sont tombées dans l'oubli, parce qu'aucune plume immortelle ne nous les a conservées.
Nous savons qu’un de ses meilleurs généraux fut Lusius Quiétus. H était né en Mauritanie : Trajan l’éleva au consulat. Le peuple romain, en se mélant ainsi à d’autres peuples, pouvait acquérir quelques grands talents ; mais il altérait peu à peu la force de ses droits, la majesté de son nom, et préparait la ruine de sa puissance, en la partageant avec les Barbares. oo,
Quelques historiens rapportent que Trajan revint à Rome en 865, et qu’il retourna ensuite en Syrie; mais ils ne nous apprennent aucun événement marquant pendant Ce court séjour en Italie. Lorsqu'il revint à Antioche, un épouvantable tremblement de terre désola cette contrée. Le consul Pédo et une immense quantité de personnes y périrent. Trajan se sauva par une fenêtre de son palais , et fut blessé. Déeidé à porter ses -armes aussi loin qu’Alexandre, il voulut, avant d’entreprendre de nouvelles conquêtes, consulter et même éprouver l’oracle d’Héliopolis: il lui adressa d’a-
266 EMPIRE. (dec. 98-447.) bord un papiér blaric eacheté ; on le fui renvoya sans qu À] parût avoir été ouvert. Par un nouveau message , l’empereur emanda formellement quel serait le sticcès de sa nouvelle expédition : il reçut, pour réponse ; une baguette coupée en plusieurs morceaux. Son ambition l'expliqua comme un présage du démembrement total de Fempire des Parthes.
Àprès sa mrt, on l'interpréta autrement, et on crut que
l’oracle avait voulu annoncer que ses eendres seules retour nieraient à Rome.
Trajan, profitant des diésensions qui affaiblissaient les” Parthes, mit en fuite leurs troupes ; passa k ‘Figre sur un pont de bateaux, et jouit avec orgueil dæ plaisir dc camper das la fameuse plaine d’Arbelles. La terreur de son nom aplanissait devant lmi tout obstacle. Ils’ empara des villes de Ctésiphon et de Suze, y trouva d’immrenses trésors , fit prisonmière Ha fille de Cosroës , et se rendit maitre du magnif. que trône d’or du roi des Parthes. Chacune de ces conguètes méritait un triomphe. Le sénat, croyant devoir récompenser par des honneurs nouveaux des actions sans exempk, décerna, par un décret, à lemypereu r, des triomphes dont le laissait maître de fixer le nombre.
‘Fiajan avait enfin surpassé en fortane les plus célèbres généraux de la république. H ne lui restait plus qu’à jouir en repos de sa renommée ; mais quel homme peut tenir le. coupe de Ia gloire sans s’enivrer? Trajan savait l’art de vaincre ; il n’eut point l’art, plus difficile ; de s'arrêter dans la victoire , et de horner ses conquêtes pour les eonsokider. Oubliant que des peuples nombreux peuvent être longtemps vaincus sans être soumis ; et qu’il est imprudent de laisser derrière soi tant d'ennemis qui n’attendent qu’une occasion favorable pour se venger, il traverse le golfe Persique; passæ l'ile d’Ormus, conquit toute la côte de lArabie-Heureuse, et projetait des conquêtes plus éloignées ; maïs l’affaibhissement de ses forces le contraignit d'y renoncer. Jaloux de la gloire du héros macédonien, il regrettait vivement de n’être plus assez jeune pour porter ainsi que lui ses armes dans les Indes.
[b8-447 de J.-C] TRAJAN. 267
Aprés avoir vu la mer orientale, il regagia l’embouchure du Tigre, le remonta , traversa l’Éuphrate,. et arriva enfiñ à Babylone. Î ny vi que de faibles vestiges de sa gloire passée. Le ciel semblait vouloir éclairer les Romains sur la vanité des grandeurs huinaines, en conduisant leurs aigles et leur empereur sur les débris de Carthage et de Babÿlone.
Trajan 1 honora les miânes, d'Alexandre par un sacrifice offert à ce héros au milieu des ruines du palais qu il avait jadis occupé. La fortune de l'empereur était à son terme. Les orages qu ñk aurait dû prév oir vinrent bientôt obscurctr les derniers j jours de son règne. La révolte éclatà en Syrie, enJ udée, en Égypte, et dans le pays des Parthes. Maximus, lieutenant de l’empereur, perdit en Syrie, eontre les rebelles, une bataille et la vie. Lusius, plus heureux, reprit sur eux Nisibe, et emporta Édesse d’assapt. Roscius Clarus et Julius Alexandre soumirent Séleucie. Cosroës , semblable alors à Darius, parcouraït l'Asie, errant et fugitif. Trajan donna le trôné des Parthes à un prince nommé Parthamaspate, et le couronna lui-même dans Ctésiphon. Marehamt ensuite en Arabie, il éprouva, pour la première fois, un revers au siége d’Atra. Son géie et sen courage ire purent vainere la résistance des habitants. Ayant réuni toutes ses forces pour donner un derrir assaut, il fut repoussé, blessé, et se vit contraint de lever le siége. “La révolte des Juifs eut toute la viokence des guerres entreprises par le désespoir et par le fanatisme. Soulevés à {a fois en Cyrène, en Égypte, en Chypre et dans la Mésopotamie , ils égorgèrent dans ces contrées une foule de Grecs et de Romains, dont ils livrèrent aux chiens les cadavres sanglants. On raconte mème que ce peuple furieux partagea avec eux cette horrible nourriture, : Dion, toujours exagéré , porte à quatre cent sotxante mille hommes le nombre de leurs victimes.
Lupus , préfet d'Égypte , battu dans un premier combat par les Juifs, et foreé de se retirer à Alexandrie, égorgeæ tous ceux qui se trouvaient dans cette ville. L'empereur en-
268 | EMPIRE. | [de J.-C. 96-447.]
voya en Égypte contre les révoltés une forte armée .commandée par Mafcius Turbo. Ce général les défit, les dispersà, les poursuivit sans relâche, et ne parvint à rétablir la paix que par d’horribles massacres. Les Juifs perdirent enfin une bataille en Mésopotamie, et y furent tous exterminés.
L'ordre étant partout rétabli par la victoire, Trajan vint passer l’hiver en Syrie. Il comptait retourner au printemps à Babylone ; mais une attaque d’apolexie interrompit le cours de ses projets , et le laissa dans un état de langueur qui lui fit prendre la résolution de revenir à Rome. Il chargea son neveu Adrien du commandement de l’armée d’Orient. Dès que les Parthes surent la nouvelle du départ de l’émpereur, ils déposèrent leur nouveau roi, et replacérent sur le trône Cosroës , qui redevint en peu de temps maïtre de l’Arménie et de la Mésopotamie : ainsi il ne resta des conquêtes de ï'1jan que le souvenir et le regret du ne qu’elles avaient coûté. |
Trajan dépérissait chaque jour; il fut frappé à Sélinonte, en Cilicie, d’une seconde attaque d’apoplexie qui termina sa vie. Plotine, sa femme, tint quelques jours sa mort secrète. Elle fit croire à tous ceux qui l’entouraient que l’empereur avait adopté Adrien. L’impératrice écrivit ensuite au sénat pour l’informer de cette adoption; et, sur sa foi seule, it fut reconnu et proclamé à Rome.
Adrien, compatriote, allié de Trajan, nommé par lui tribun du peuple, préteur et chef de Parmée, aspirait depuis longtemps au trône. Dans la guerre des Daées, il s’était tellemerit signalé , que Trajan lui donna un magnifique diamant qu’il avait reçu de Nerva. Ce don parut alors présager son adoption. Depuis il gouverna avec sagesse , combattit âvec gloire en Pannonie, et vainquit les Sarmates. Il était soutenu près de l’empereur par le crédit de Plotine, par celui de Licinius Sura, et surtout par l’utilité de ses sérvices. Son-éloquence, son esprit, le rendaïent nécessaire à l’empereur, qui le chargeait de rédiger ses discours et ses lettres. Cependant Servianus, son beau-frère, Palma et Cestius, mi-
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nistres et favoris de l’empereur, balançaient son crédit , et cherchaient à le perdre dans l’esprit de Trajan qui l’estimait, mais ne l’aimait pas.
La plupart des historiens assurent que l’empereur, incertain dans ses projets, avait voulu transmettre sa puissance, d’abord à Servianus, ensuite à Lusius, enfin à Nerrantius Priscus, célèbre jurisconsulte. Il dit même un jour à celuici: « Si le destin tranche mes jours, je vous recommande « le sort des provinces. » Plusieurs fois il avait montré le dessein de laisser le choix d’un empereur à#-la décision du sénat. Quoi qu’il en soit, il paraît certain que si Adrien mérita l’empire par ses talents, il ne le dut qu’à l’amitié et peut-être à l’artifice de Plotine.
Trajan avait vécu soixante-quatre ans; son règne dura dix-neuf années. Ses vertus éclatantes, mêlées de quelques taches légères, comme tout ce qui est humain, lui méritérent la vénération et l’amour des peuples. Sa renommée inspirait tant de respect qu'après le triomphe de l’Église chrétienne, ennemie inflexible de la gloire des païens, plusieurs saints, et entre autres saint Thomas, prétendirent que le pape saint Grégoire avait obtenu de Dieu le salut de cetempereur, cinq siècles après sa mort. Il résulte de cette fable ‘une grande vérité, c’est qu’une vertu éclatante triomphe de l’envie, de la haine et du temps.
Comme général , il égala les plus célèbres guerriers; restaurateur de la discipline, modéré dans ses châtiments, magnifique dans ses récompenses, il commandait moins par son autorité que par son exemple. Le premier dans l’attaque, le dernier dans la retraite, Plutarque rapporte qu’il ne disait jamais faites, mais faisons ; allez, maïs allons ; balaillez, mais bataillons. Comme prince, il fit observer la justice, respecter la propriété et fleurir le commerce. Ce fut lui qui prononça le premier cette belle maxime : « Il vaut « mieux que dix coupables se sauvent que de condamner un «innocent. » Jamais administration ne fut à la fois plus éclatante et plus économe, plus ferme et plus douce. Ennius
| EMPIRE. [de J.-C.447-138.] Priscus jui demandait un jour cormeni il était parvenu à se faire plus aimer que tous ses prédécesseurs ; il répondit : « En pardonnant à ceux qui m’ont ofensé, et en n’oubliant « pas ceux qui m'ont Sérvi. » Enfin l'éloge de Trajan pourrait se rédüire à ce peu de mots : « Seul de tous les conqué- «rants du monde, il mérita de recevoir et de-conserver « le titre de frès-bon: » Trajan mourut l’ar 869 de Rome; de Jésus-Christ 147.