CHAPITRE XV
ADRIEN. | | (An de Rome 869-890. — De Jésus-Christ 117-138.)
Adrien ést proclainé empereur par le sénat: — Sori gouvernement pacifique. — . Conspiration tontre Adrien, déjouée.— Sagesse de son administration. — Tribut payé adt entémis. — Proshérité sous ce règne. — Trait dè présente d'esprit d’un hératit. — Voyage et travaut d’Aûtien. — Ses téformes adinitistratives. — Soti édit pour la jurisprudente. — Sa vie publique et privée. -— Dévouement et mort d’Antinoüs. — Käminisltation d'Adrien au dehors. — Révolte des Juifs. — Prudence de Julius Sévèrüs en Orièrit. — Sa victoire sur les Jhifs. — Abolitioh dh calte des Juifs èt leur dispersion. — Adoption de Commodus, nommé Vérus par Adrien. — Maladie et mort de Commodus. — Adoption d’Antouin par Adrien. — Adoption de Vérus et de Mdre-Aürèle pat Antonih. — Kettaile et iott d’Adrier.
Adïiéü, qüé secondaierit Plotiné et T'atien, préfet du prétoire, s’était fait promptement reconnaitre empereur par les légiotis de Syrie. Il écrivit eh mèmie temps aù Sénat pour lui démander la confirmation du choix que Trajañ avait fait de lüi. Il s’éxcusait d’avoir osé accepter le titre qu’on lui déféräit säns attendre le décret du sénät et du peuplé, s’y troùvänt, disait-il, contraint par le zèle ardent des soldats,
À la nouvelle de la mort de Trajan, les opinions s’étaieñt pärtagées daïis Le sénat. Une partie des sénateurs, né considéant que lhabileté d’Âdrien, ses exploits et l’étendue de Son esprit , le regardait comme seul chpäblé dé soütenir le poids de ce grand fardeau. L'autre craignait lé goüvérnemérit d’un prince qui avait déjà manifesté trop de penchant à la cruauté ; mais, au bout de quelques jours, forsqüu’on sut
cHŸ-À38 de i.6.) | ABRIÉN. 1 due l'aritiée d'Orieit s’éldit déclarée eh si faveut, où séttit qu'il garderait l'autorité pat la force s’il tie l’obteñait pat là loi, ét lé sétiat ünänimerhént lé protläntä empereut.
On lui décerna métne le triomiptie destité 4 Trajah: ais Âdtien réliss éet hiontete, et 11 ordütina que l’ütne dü tünqüéränt seratt placée sûr À char, dlin que loribre de letnpeteüt jouit encore de $oti dertiér trioinÿhe. Son intention fut rëmplié: Plotitié, éivie de Tätlet, potta dans Rottie Îles restes dé son époué , et la capitale du fivride vit Ehsenble . uüé pompe tHomphale et futiétaire : les lartties sinicétes du peüple Hônorérent plus là mémoire de Trajin que &es lauriers. | | |
Tant qu’Adriétt avait servi sous tri prinéc bellijieux , il aväit déplügé les plus pränds tälétits pour la bütette : dés qu’il fut sur le trônié, il nätiifesta son totistänt amiout pour lä paix, et nié S’occupä que du soin dé cosérver la tratiquillité dans l’emipire, dont son prédécesseut s'était trop eflotcé d’étendré les lirnites. Le soulèvemnent des Païthes, célui dé l’Ârinétiié , de la Mésopotätiie, de Arabie, li révolté des Särinätés , des Roxoläns, et 4 rébellion des Étossäis, äufaiéñt condaiiné les Rotnains à de longues güerres, s'ils avaiéñit voül forcer totis cés peuples à se sbutnetité au joug qu’ils détéstätent. Les derniers évériements faisaient trop réconnaitré qué là force s’atténuë en sé divisant, qi’uñi État s’affäiblit lorsqu'il veüt trop s’agtändit. Âdiiei dbadonüä toutes les cotiquëtcs doïit trop de säng avait päyé là Vainé gloire, ét que le génie actif de Träjän n'avait pu cônsérÿer trañqüillement. Il rétonnüt Cosroës , coticlut là paix aÿec lui, perinit à l’Aritiéniie dé se éhoïsir uni roi; pour itidémriscf Parthamaspate, il le noïnia préteut en Syrie, ét lüi dohhä üre grande quantité de térres. Âdtien voulut miêine renoncer à là possession de la Dätie: inäis ét hbanidoi aurait entrainé la déstrüction dés coloiies romaines établies dans cctte contrée‘ il sé résolut donc à la garder; rhais il détruisit lé süpeïbé pont éonstruit pif Trajan sûr | le Danube, däis lé dessein de réndré plus difficiles et plüs
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rares les incursions des Barbares en Mœsie. Comme on ne pouvait accuser Adrien de làcheté, les partisans du système des conquêtes attribuèrent la sagesse de ces mesures à une basse jalousie contre la gloire de Trajan.
Lusius Quiétus s'était longtemps opposé, sous le dernier gouvernement, à lélévation d’Adrian; ce prince lui ôta le commandement de la Palestine, et nomma pour le rempla- ‘cer Turbo, dont la fermeté pacifia momentanément la Judée. Ce mème général fut envoyé ensuite en Mauritanie : ce “pays était agité par des troubles; il y rétablit le calme. Adrien, quittant la Syrie, parcourut le pays des Daces, et revint en Italie par l’Illyrie.
La crainte qu’inspirait son caractère, l’amour que le peuple conservait pour les vertus de Trajan, et le regret de voir abandonner le fruit de tant de travaux et de combats, produisaient-sur l’esprit public des impressions défavorables au nouvel empereur. Quatre consulaires, Bomitius Nigrinus, Lusius Quiétus, Palma et Celsus, anciens favoris de Trajan, fomentaient le mécontentement : ils prétendaient que l’adoption d’Adrien était une fable inventée par Plotine ; que, cette princesse ayant fait placer un esclave dans le lit de l’empereur après sa mort, cet homme, contrefaisant la voix de Trajan, avait prononcé ces mots : « J’adopte Adrien. » Ne se bornant pas à répandre ce bruit injurieux, ils conspirèrent contre la vie de l’empereur, et résolurent de le tuer dans une partie de chasse, quand il serait de retour. Un de leurs complices les dénonça au sénat, qui les fit arrêter, et les condamna à mort. Leur supplice, qu’on crut ordonné par l’empereur , répandit dans Rome la crainte et la consternation. On se rappelait que, pendant le long règne de Trajan, le sang d’aucun illustre personnage n’avait coulé , et ce premier acte de sévérité faisait craindre de voir renäftre les jours affreux de Néron et de Domitien. Adrien , arrivant alors à Rome, sut dissiper par sa conduite et par ses discours toutes ces alarmes. Il parla au sénat avec déférence, au peuple avec affabilité, se défendit d’avoir pris aucune
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part à la mort des consulaires condamnés, blâma l’excessive rigueur de l’arrêt, et déclara qu’il ne voulait point que, pendant son règne, aucun sénateur pût subir Ja mort.
L'ancien usage obligeait toutes les villes à payer une contribution à l’avénement de l’empereur ; on la destinait à lui faire des couronnes d’or. Adrien les en affranchit, disant
que « sa couronne serait toujours assez riche si le peuple « romain l'était. » Il fit distribuer à chaque citoyen trois pièces d’or, et libéra toutes les cités de l’empire des sommes qu’elles devaient au trésor. Cette remise les affranchit d’une dette de neuf cent millions de sesterces (cent douze millions cinq cent mille francs). Elles lui élevèrent un monument pour rappeler la mémoire de ce bienfait. Aux yeux des peuples amollis, la libéralité tient lieu de vertu.
Adrien , habile à réprimer ses passions, se montra, dans ces premiers temps, simple, modeste, populaire et clément. Rencontrant un de ses plus anciens ennemis, il lui dit: « Je « règne , vous voilà sauvé. » Assidu aux délibératioris du sénat, il ne prenait aucune décision sans le consulter. Soigneux de maintenir la considération de ce corps, il déclara, en nommant Tatien sénateur, qu’il était au-dessus de sa puissance de lui accorder une faveur plus signalée.
Par un décret très-agréable au peuple, Adrien fit supporter qu trésor public les frais dispendieux de voyage dés proconsuls et des préteurs. Aucun prince ne se montra plus sévère dans le choix des juges et plus soigneux de réprimer les abus de leur autorité. Favorinus, un de ses amis, lui reprochait de payer trop largement les magistrats : « Je leur « donne, dit-il, l’argent du trésor, pour qu’ils ne soient pas «tentés de prendre celui des particuliers. »
Hors les jours d’audiences solennelles, Adrien, renfermé dans son palais, n’obligeait personne à Jui faire la cour. IL : marchait rarement à pied dans Romé, voulant affranchir les principaux citoyens de l'obligation de. l'accompagner. Pa- : raissant oublier sa dignité dans la vie privée, il voyait familièrement ses amis, les visitait, montait dans leur voiture,
274 PAPTRE- [de 3.-G: 447-138] céléhrait leur fête, et logeait quelquefois dans leurs maisons de sampagne. Les savants, les artistes les plus distingués étaient habituellement admis à sa table. Il faisait avee eux assaut d'esprit et de talent: par cette conduite, il s’attira pen l'amour, mais l'estime dq peuple. Qn savait que ses vertus apparentes prenaient lepr saureg nan dans son cpur, mais daps son esprit. Ce prince était naturellement porté au vice, à l’orgueil , à l'envie, à la eryauté; mais ga politiqe éclairée le forçait à réprimer ses-penchants, à voiler ses
défauts: c'était un grand prince, et np méchant homme,
. pavait ie ne spffit pas d’être pacifique paur éviter la guerre, qn'il fant fonjaurs se mpntrer prêt à rombattre pour Être rarement attaqué, ef qu'on ne laisse jouir d'une paix durable que ceux qui savent faire respacter Ja force de Jeurs armes, [1 maintint ayec sain 14 discipline dans sa vignenr, nf laissa paint les Kgions s'endormir dans l'aisiveté, et les assujeitit, pendant l'intervalle des cpmbats, à des marçhes fréquentés, À des exercices gpntinuels, à des travanx pénibles, mais ptiles. Jamais prince n’entreprit mains de gnerres et ne fit plus de vayages. [} parconrait chaque année tantes les provinces de l’empire, visitait les frantiéres, les magasins, les camps, rérpmpensait la vigilance, punissait la paresse, et empêghait, par son activité, auçun des ressorts de l'État de se détendre. Doué d’une mémoire prodigieuse, 1| n'avait pas besoin fe registres pour garder les nnies relatives à la conduite, au mérite, aux défants des officiers de l’armée. Son apparition fréquente sur les frontiôres contenait les Romains dans le devoir, les Barbares dans la crainte. |
Les Roxolans gt les Sarmales menacérent la Moœsie ; Agrien vint en Pagie, marcha contre eux, passa le Danube à la nage avec les Bataves qui servaient çomme auxiliaires dans di armée. Par cette intrépidité, 1} effraya tellement jes Barbares qu'ils demandèrent la paix. 1 défit anssi les Alains, qui avaient fait quelques incursions sur le territoire ramains mais son frop grand amour popr Ja paix lui dieta
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up acte de faiblesse honteux pour Rome, qui devint dans la suite bien funeste, et dont lé lâche Domitien-avait donné le premier l’exemple : il continua de payer un tribut ayx Sarmates et aux Roxolans pour acheter leur inaction ; seylement il colora ce tribut du nom de subsides.
Les Parthes, toujours remuants, parurent quelque temps disposés à reprendre Jes armes. Adrien prévint aveg adresse cette nouvelle guerre, et sut se conrilier l'amitié de Cosroës sans qutre sacrifiep que de lui rendre sg fille, restée prisan-
Vis D rc
vité au commerce, la vie à l’agriculture ; ef Rome, sous ce
s, fpargnait les fortunes privées se grossissait chaque jour, et suhvenait facilement à les charges publiques. Adrien, simple dans sa maison, magnifique pour l'empire, en embellit toutes les parties par de superbes monuments qui flattaient l’orgueil du peuple romain. « Je gouvernerai toujours, disait l’empereur, de £ stti s. GRR LE RAS ER st tt a «sorte qu'pn voie que la république appartient au peuple, « et que j'en suis non le maître, mais Padministrateur. » Connaissant la passion de ce peuple pour les jeux, il la satisfit par de nombreux spectacles de gladiateurs et par des combats de bêtes féroces, dans l’un dpsquels on vif périr cent lions et gent dix lionnes. [1 amusait aussi Rome par des courses de chars, par des danses pyrrhiques, ef faisait jouer, souvent à grands frais, des tragédies et des comédies composées par les auteprs les plus fameux. F n port rien pour la magnificence de ces représentations; on y dis-
tribut ou peuple du vin, des viandes, des aromates, des
toutgs .
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présents ( en loteries; les degrés du théâtre étaient inondés de parfums.
A l’un de ces spectacles, la multitude s’opiniâtrait à faire à l’empereur une demande qu'il ne voulait point accueillir. Cédant à un mouvement de colère, il ordonna au héraut, suivant un usage pratiqué par les tyrans, de dire au peuple : « Taisez-vous! » Le héraut se bornant alors à élever la main comme s’il voulait prendre la parole, le peuple fit silence. « Voilà, dit le héraut, ce que l’empereur désirait « de vous. » Adrien le récompensa de sa présence d’esprit.
Soigneux d’étendre sa popularité hors de Rome, ce prince accepta des charges municipales dans presque toutes les grandes villes de l’empire. Athènes parut surtout l’objet de sa prédilection. Après s’être fait initier aux mystères d’Éleusis, il accepta deux fois lemploi d’archonte, en porta l’habit, en remplit les fonctions, et présida aux fêtes de Bacchus. On le vit préteur en Étrurie, premier magistrat . de Naples et d’Adria, et dictateur dans plusieurs villes du Latium. Dans ses voyages, il s’occupait à soulager les peuples du poids des impôts, à redresser leurs griefs, à les indemniser des pertes causées par les orages, par les incendies, par les tremblements de tèrre. Il relevait et décorait les villes; jamais personne ne donna autant d'activité aux travaux publics. Il éleva une colonne à Mantinée sur le tombeau d’Épaminondss, érigea en Égypte un monument aux lieux où reposaient les cendres du grand Pompée. Le temple de Jupiter Olympien, à Athènes, fut achevé par lui. Il y érigea un temple à Junon, et enrichit cette ville d’une superbe bibliothèque.
.. À Rome, il se bâtit un sépulcre qui ressemblait à une forteresse. Connu alors sous le nom de môle d’Adrien, il servit depuis de citadelle à Rome : c’est aujourd’hui le chàteau Saint-Ange,
Le pont Élius, qui ÿ conduit, fut un ‘de ses ouvrages; on venait de toutes les parties du monde admirer à Tibur sa maison de plaisance. Ses voütes souterraines existent en-
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core, comme si elles venaient d’être construites. Il s’était plu à réunir dans ce palais la représentation fidèle des lieux les plus renommés de l’univers. On voyait le Lycée, l’Académie, le Prytanée, le célèbre portique d'Athènes, nommé Pexilé, Canope d'Égypte, et la riante Tempé de Thessalie. Il ne reste aujourd’hui de cet édifice et de ses jardins que des ruines connues sous le nom de Vieux-Tivoli.
L'activité d’Adrien suffisait à tout. Malgré sa passion pour les plaisirs, son amour pour les sciences et pour les lettres, son goût vif pour tous les arts, dans chacun desquels il avait la folle vanité de vouloir exceller, et au milieu de ses courses continuelles en Europe, en Asie et en Afrique, il s’occupa constamment à faire des réformes utiles dans la législation et dans l’administration. Jusqu’à lui l’Italie était restée directement soumise à l’autorité des consuls et du sénat, dont trop d’affaires détournaient l’attention ; il fit rendre une loi pour partager cette péninsule en quatre départements, confiés à quatre consulaires qui rendaient compte au sénat de leur gestion.
De tout temps l’usage avait permis aux préteurs d’interpréter à leur gré les lois ; ce qui apportait une variation continuelle dans la jurisprudence. Adrien la rendit stable et uniforme par un édit perpétuel que rédigea Salvius Julianus, et qui contenait ce qu’il y avait de mieux dans les anciens édits des préteurs.
Une loi sage adoucit la servitude et abolit la disposition cruelle qui condamnait au supplice tous les esclaves dont le maitre était assassiné.
Il défendit aussi de vendre les femmes pour les prostituer. | Comme les rues des villes étaient alors très-étroites, 1l ne permit plus de s’y promener à cheval et d’y faire entrer des charrettes.
Un des principaux devoirs des empereursétait la distribution de la justice; Adrien présidait souvent les tribunaux, choisissait d’illustres et de savants assesseurs, et s’attirait de justes éloges par l’équité de ses arrêts.
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Aucune magnifiaence dans ses vêtements ne le distinguait des autres citayans: il se mêlait ave le peuple aux bains puhlies. Un jour il y trouva un vétéran qui frattait son corps pour l’essuyer contre le marbre ; il lui demanda pourquni il na 8e faisait paint servir à: « C'est, dit-il, parce que je n'ai g point de serviteur. »
L’emperaur, qui l'avait distingué à l'armée, lui fit présent de quelques esclaves et d'une somme d'argont sonsidérable. Peu de janrs après, il retrouva dans le même lieu plusieurs vieux guerriers qui faisaient comme le vétéran, et qui espéraient la même rérompense : « Vous êtes plusieurs, leur dit- «il en riant; servez-vous les uns les autres. n
Lorsqu'il marohait à la tête des tranpes, ennemi de tout luxe, il ne se faisait remarquer qua par l’exemple qu’il dannait; son épée n’était ornée que d'une poignée d'ivoire) l'or ne brillait pas sur ses vêtements ; il mangeait en publie du lard, du fremage , buvait de l’eau.et du vinaigre, et bravaïit, la tête nue , la naige des Alpes et le soloil d'Égypte. Il consolaït, sé ouraitles soldats malades, et assurait à la vieillesse un repos doux et honorable ; mais sa vie privée prètait autant à la satire que sa vie publique à l'éloge.
Curieux à lexcès, il prétendait tout savoir : rempli d’orgueil, il croyait primer en tput. Oratenr éloquent, poête assez agréable, il avait aussi voulu être peintre, sculpteur, ar chitecte. Après avoir étudié l’histoire, la philosophie , les lettres grecques etromaines, la physique, les mathématiques, il s'était adonné avec passion à l'astrologie, à la magie, et, malgré l’éténduc de son esprit, il montrait autant de orédulité que la multitude pour les présages. Comme il était perauadé qu'un oracle rendu par les eaux de la fontaine de Castalie, dans le faubourg de Daphné près d’Antioche, lui avait annoncé son élévation à l'empire, il fit combler de pierres cette source pour qu'aucun autre mortel n'y pütlire sa destinée.
Rempli d'admiration pour les mystères d'Éleusis, il les transporta à Rome. Les autres princos avaient recherché les
HA74B8 dé 3:01] ADRIEN: #1
hoanéuïrs du Süuverain péntifitat, 1] En femphit avec rele es fonttions, Adiirateur du tulte dés Grets, il le préfétait à tüut autfé : cepétidattt st superstitivti curieuse le portait & vouloir connaître les religions étrangères ; et, cottime il avait totiiteticé dans l'Orient i8 cutistruction de quelques tetnples qüi ÿ étaient ehcorë sahs déditace, Lampridé et plusieurs chrétiens crürent qu’il forttäit le projet de les consactct & Jésus-Christ: On doit plutôt penser qu'il se les destittait à lti:mêmé, et si l’adulation d'ûsdté détis ce tetiips élévait les empereufs au rang des dieux, sa propre vatliité suffisait pout qu'il matdüëät sa place dans le eiel: :
At reste, quoitfu’il fût loin d’ouvrit ses yeux dux lumières du christianisme, il paraît cértain que, totiché dés sages hbolügiés qüé jubliérent alors stiht Quidrat et saint Aristide, il sé montra modéré pour les chrétiétis, blâtha les violentes .exétcées contre eux , voulttt qu’ils füssett protégés par les lôis, et ordonna de punir letts calutiniatétirs.
Soh #mour pour 14 philosophie le lia iutimemtient avec les bhilosoplies Etiphrate et Épictète ! le Gaulüis Favori heut aussi féirt à son atitié, et leurs luittiètes étlairaietit son ësprif sahs changer son caraëtèré. Îl devenait bierttôt jalotix des honfñes dont il adtnirait les talents ! soit aimitié était plts dangereuse que son indifférence. H fit plis que personné sentir la vérité de cette trixime : & Que les prinées «sont comme le feu, &t qu'il faut tent être ni trop près üi € trop loin. 5 |
Denys de Milet, sont favort, était tombé dans sa diséräce ?
” Héliodore, hotmmie sans mérite, le einplata. Detiys, blessé
de cé choix, dit 4 süti suecessettr « L’ertipetettt petit vous & donner {4 richesse , ttiais non l'élodtienice. 5 Ce iniüt le fit ëxiler. Favorint conserva fotétemps soh crédit pat sa titodé: ration; et comme d’autres philosophes Îti teprochaiertt sa éomplaisance: « Coriment potrrais-je disputer, répondit-il, «contre ni homirtie dont les argumtents soit sottenus par d tretite légioirs ?» S’étaiit enfin peithis de tailler l’empereur
sur sa crédtlité pour l'astrologie judiciaire, lamitié dt.
280 EMPIRE. [de 3.-C. 417-138.1
prince se changea promptement en une haine violente, et Favorin disait souvent qu’une des singularités de sa for- : tune était d’être en-guerre ouverte avec un empereur et de vivre encore.
Adriens’était montré quelquefoisclément pourdeshommes * qui avaient attaqué sa vie, mais il ne savait point pardonner à ceux qui blessaient son amour-propre. Le fameux architecte Apollodore , dont la place et la colonne Trajanes, ainsi que le pont du Danube, attestaient les talents, s’était autrefois, sous le règne de Trajan, permis quelques épigrammes contre Adrien; et, faisant allusion à de médiocres paysages peints par ce prince, il l'avait brusquement. interrompu dans une dispute, en lui disant d’aller peindre ses ci- trouilles. Monté sur le trône, l’empereur vengea le peintre et exila l’architecte. Quelques années après, Adrien, ayant dirigé lui-mème la construction d’un temple élevé en l’honneur de Rome et de Vénus, en envoya le plan à Apollodore dans son exil, avec l'intention de l’insulter et de lui prouver que, pour enrichir Rome de monuments superbes, on n’avait pas besoin de ses talents. Apollodore critiqua les dimensions de l'édifice , dont la hauteur n’était pas proportionnée aux statues qu’il devait contenir. « Si les déesses « assises dans le temple, disait-il, voulaient se lever , elles «se casseraient la tête contre la voûte. » Le monarque ne répondit à l'artiste qu’en lui donnant la mort.
L’envie n’attaque d'ordinaire que les vivants : celle d’Adrien s’attachait mème à la gloire enfermée dans le tombeau. Il préférait des poëtes médiocres à Homère ; Caton l’ancien à Cicéron; Antipater, inconnu de nôs jours, à Salluste. Jaloux de l’amour que les Romains conservaient pour Titus, il publia un libelle contre ce bon prince, et l’accusait d’avoir empoisouné Vespasien.
En comptant le nombre des exilés, on pouvait connaître celui des hommes qui avaient eu le malheur d’être honorés de l’amitié d’Adrien. S’abandonnant sans réserve à sa passion pour le libertinage, c’étaient les femmes de ceux qu’il
(147-138 de J.-C.] 7 ADRIÉN. 281
. admettait dans son intimité dont l’honneur se voyait le plus exposé à sa séductiqn ou à sa violence. Sabine, son épouse, imitait ses désordres. Adrien , que sa curiosité portait à intercepter toutes les lettres, découvrit les intrigues de l’impératrice. Il l’accabla de mépris, engagea les personnes de ” sa cour à lui faire éprouver les plus sanglantes mortifieation, et la maltraita tellement qu’elle finit Lan se donner la mort.
Les plus grands services ne Érntsiont pas ses courtisans du sort que leur réservaiïent ses caprices. Il exila Ta- ‘ tien, son tuteur, dont le zële lui avait valu l’empire. Les exploïits de Turbo ne purent le garantir de la même disgrâce; Similis , son successeur , n’évita l’exil qu’en se condamnant lui-même à une rétraite volontaire , où, loin des intrigues et de la cour, il trouva le bonheur : l'ambition le lui avait promis, la philosophie le lui donna, et il fit ainsi son épitaphe : « Ci-gîit Similis; il a passé soixante-seize ans sur la « terre et n’en a vécu que sept. »
Adrien se montrait excessif dans ses goûts comme dans ses aversions. Son affection pour Antinoüs, jeune Romain doué d’une rare beauté , approchaïit de 14 folie. Cependant l’empereur, effrayé par des présages et tourmenté par ses chimères astrologiques, s'étant persuadé que son salut exigeait. qu’une victime se dévouât à la mort pour sauver sa vie, Antinoüs s’offrit en holocauste. Adrien l’accepta, sacr1fia son idole, et fit courir le bruit que ce jeune homme s’était noyé dans le Nil. Aussi faible dans son désespoir que barbare dans sa crédulité, sa douleur fut aussi insensée que son ingratitude ; il fit un dieu de sa victime, lui éleva un temple et n’immortalisa que son opprobre,
Plus constant pour les animaux que pour les hommes , il traita mieux ses chiens que sès favoris, et composa une épi- : taphe pour consacrer la mémoire de son cheval de bataille, nommé Borysthène.
Sa reconnaisance pour l'impératrice Plotine fut le seul de ses sentiments qui ne se démentit ] RARE: Il lui prodigua les
282 EMPIRE. (de 3.-C: 447-498] plus grands hommeurs pendant sa vie, ét lui éleva des temples après sa mort.
Les bommes qui lapprothaient éprouväietit seuls Ses injusticeé, et connäissaient seuls les puérilités dé sons orgribil. Lesgrands voyailentde près, eraignaient ethksfsstient honte vicieux , jaloux et Kger. Le reste de Fempife admirait k primee actif, savant, habile ef juste,
Chacun de ses pas, dans ses voyages continuels ; était marqué pa de grands actes de sagesse où de Hhéralité; il soulages la Gaule d'impôts, enrichit la ville de Nirnes de superbes montémehts: les arènes et le pont du Gard, constrttits par ki, ont traversé les sièeles , id résistent encôte AUX Ottrages du temps.
Arrivé enBretagne, il eonsobde la tranquilité dec pays, en le mettant à Fabri de la fureur des Éeossais par la eontstraetion dune grande mupaille garnie de tours, et assez forte pour arrêter les Berbares. Kéformant par des lois sages les mœurs des Bretons, il avanea leur civilisation ex rendant les hiens du mariage plus sacrés. Un de ses édäts abolit la coutume qui permettart aux maris d’avoir prhasieurs fermes, et aux femmes d’avoir piusieurs mnaris, |
Sa fermeté maintint la paix en Germanie ; sa jostiee famitiärisa les Espagnols avee le joug romain : 2 reteva Ra ville de Farragone, détririté par laguerre précédente, Sa présence calms les troubles de le Mauritanie ; la Sicile se ressentit de ses bienfaits; il y adoucit Les tributs , et décorda de grands priviléges à som-ecommerce. Sa curiosité le porta au sommet de FEtna, dent rt affronta læ neige et les flammes. Vaineñent sx générosité voulut exciter la reconnaissance des Égyptiens ; il ne put fixer les inelinations mobiles de ce peuple turbulent et Kger, dont il peignait fidèlemient les mœurs dans une lettre adressée par Ii, &’Alkexandrte, à Servianus, soir beau-frère, et qui est parvenue Fusqu'à moxts.
« Je ai trouvé ici, disait-11, que légèreté, caprice et dis- « position à changer de formes au premier vent. Les ado- « rateurs de Sérapis Sont ehrétiens , et eeux qui se disent
Et47-138 de J.-Ü.] __ ADRTÉN. 383 & les évédtes du Christ adoreñit Sérapis. Les éhéfs de syrixt éodue, les Samatitaints, {es prêtrés chrétieris sont à fa fois & dstrologues, araspices et charfatanis. LE patriärchie des Juifs & ést contraint, paï tie pattie du peuple, d’ädorer le Christ; t l’autre l’oblite à entenser Sérapis { e’est une race née sé- & dHieuse. La ville d'Alexandrie est belle, commieréçante, « riche et puissante. Persoitié n°ÿ vitoisif ; les ünis soufllént «le vetre, fabriquent da papier; les mahüfactures de toile & occüpént urié gfätide paitie de là populafion. Oü donné « métrié atix gotittèux ct aux aveugles un travail propor- « tionné à leurétat. Tous ont un métier, ét, soit chréfiens, . € sbft juifs, ne cotinaissént qu’ün seul dieu, l’intérét. «Quel dominage qu’ünc aüssi bellé cité n’ait pas de à rmeilfcuts habitants * Rien n’égale leur ingratitude: je leur « ai prodigué les priviléges et les grâces ; taht qu’ils m'ont & vü, its ont expfimé vivement leur reconnaissance ; mais à « peine étais-je parti, qu’ils oùf attaqué mon bien-aimté Vé- & rus et ont diffämié A tant Je ñe leur souhaite d'autre & punition qtte d’être réduits pour toute nourïiture à leurs « poulets qw’its font éclore dans le fumier.» | L’ernpereur, éh quittant l'Égypte, revint en Grèce , et revit encore Athènes, sa ville chérie. Il lui céda l’ile de Céphalonie et la combla de présents. Le peuple athénien donna soi notn à üné tribu, et déclara que cette grande cité n’éfait plus fa ville de Thésée, miais la ville d’Âdrien. L'empereur, dont la politique était opposée à celle de ses prédécesseurs et à Pesprit belliqueux de Ia république, ne faïsait plus gémir les souverains étrangers sous le poids de Porgüeïf romain ; fidèle observateur des traités, il n’attaqua jamais l’indépendance des autres peuples, et ne se mèla de lcurs Het que poûf les concilier. Soigneux en même temps de leur inspirer du respect pour la république, au lieü de décider lui-mème des affaires qui les concernaient , il introduisait leurs ambassadeurs dans-le sénat, et ne leur répondait que comme organe de ce corps.
Cependant tous ses soins pour éviter la guerre ne purent
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mintenir la tranquillité dans la Palestine. Les Juifs, cout on avait renversé le temple, 6pprimé la liberté, humilié Po
gueil, ne respiraient que la vengeance. Animés par le sou- :
venir de leur gloire passé, encouragés par les prophètes qui leur annonçaient l'apparition prochaine d’un sauveur, d’un messie, ils prirent partout [es armes etse décidèrent à périr ou à recouvrer leur indépendance.
Un édit de l’empereur ôtait à Jérusalem son nom, lui donnait celui d’Ælia Capitolina, et commandait d’élever un temple à Jupiter sur les ruines de celui du vrai Dieu : ce fut le signal de la révolte.
Animés de la double fureur du fanatisme et de la liberté,
les uns se cantonnent dans des forts, les autres dans de pro-
- fonds souterrains. Sortant de ces retraites, ils dévastent. toutes les campagnes, surprennent, égorgent les garnisons romaines, et font de toute la Judée un théâtre affreux de pillages et de massacres. Leur chef était un brigand nommé Barcochébas (fils de l'étoile). Il se faisait passer pour le Messie ; au moyen des étoupes enflammées qu’il mettait dans sa bouche, il paraissait vomir le feu. Les Hébreux crédules le respectaient comme un dieu, et écoutaient ses paroles comme des oracles.
Cette rébellion, méprisée dans les premiers moments, se montra bientôt formidable. Les premiers succès grossirent les forces du faux prophète ; il chassa les Romains de la Palestine, et porta ses ravages jusque dans la Syrie. Adrien,
rappelant de Bretagne Julius Severus, grand capitaine , lui
donna le commandement de l’armée d’Orient. Sévère, à son arrivée , trouva les ennemis tellement en force, qu'il crut imprudent de compromettre le sort de la guerre par une bataille: il divisa son armée en plusieurs corps, et contraignit par là les Juifs à disséminer leurs troupes. L'union faisait leur force ; séparés, ils ne surent plus ni attaquer ni se défendre. Sévère les battit sur tous les points , les poursuivit sans relàche, et prit ou détruisit cinquante villes et neuf cent quatre-vingt-cinq bourgades.
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Barcochébas, renfermé dans la ville de Bithère, la défendit opiniâtrément et y périt. Cette guerre dura depuis l’an 885 jusqu’à 887. Le fer trancha les jours de cinq cent quatre-vingt mille Juifs. Les incendies, les maladies, la disette, en détruisirent un bien plus grand nombre.
L'empereur bannit les Hébreux de Jérusalem. « Les per- « fides vignerons, disait saint Jérôme, témoin de ces désas- «tres, après avoir tué les serviteurs et mème le fils de Dieu, «sont exclus de la vigne : un seul jour dans l’année ils «achètent la liberté de venir pleurer sur leurs ruines, « comme ils avaient acheté autrefois le sang de Jésus-Christ. « Chassés de leurs foyers, privés de leurs champs , courbés « par les années, couverts de haïllons, ils portent les mar- « ques terribles de la colère de Dieu. Tandis que la croix « brille sur le Calvaire , ce peuple aveugle ne déplore que « la ruine de son temple. Un farouche soldat vient interrom- « pre leurs cris, les menace, les frappe, et leur demande un «nouveau salaire, s’ils veulent obtenir la permission de « verser plus longtemps des larmes stériles. »
Par les ordres d‘Adrien, Jupiter remplaça l'arche sainte; la statue d’Adonis occupa la grotte de Bethléem ; un pourceäu, sculpté en marbre sur la porte de Jérusalem , offensa constamment les regards, l’orgueil et la religion des Juifs. Ils ne se relevèrent plus de cette chute , et, quoique unis par les mêmes erreurs, par la même loi, par le mème culte, ils ont toujours vécu, depuis cette époque, dispersés sur toute la terre, formant au milieu de toutes les nations un peuple à part, et qui ne peut se rallier ni se confondre avec les autres peuples.
La dispersion des Juifs fut le plus grand et le dernier événement du règne d’Adrien (an 134). Ce prince, dont les passions avaient altéré la santé, après de longues hémorragies qui l’affaiblirent, fut attaqué d’hydropisie. IL n'avait point d’enfants ; incertain quelque temps sur le choix de son successeur, son caprice plutôt que sa raison lui fit adopter Lucius CéioniusCommodus, gendre du consulaire Nigrinus,
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qui avait autrefois totispiré contre lui. ! lui donfis le nom de Vérus. Ce jeune prince descendait d’une illüstre famille d’Étrüurie; son seul mérite était unie rare beaüté , l4 confür: rnité de ses défauts avec ceux d’Adrien fut li sourcë dé soï crédit. Souillé des mêrnes vices die Pefipercüt, il ne possé: daït aucune de ses grandes qualités. La molle Sybatis ne produisit jamais un hommeèé plus efféñtiné : soft lit et sa table étaieht couverts de roses et de lis : il passäit sa vie au milieu d’une foule de concubines et d’eunuques ; lés œue vres litecñeieuses d’Ovide et de Martial étaient sa seule lecture, Ses couteurs portaient des se il appelaît l’tü Borée et l’autre Zéphyre. |
Un choix si ridicule excita le mévontenteitient dé Servidnus, beau-frère de l’empereur, de Fustus, et d’autres illusîres personnages dignes de gouverner les Rorhains. Les souf: frances d’Adrien aigrisstient son caractère; il regarda les murinures dés mécontents comine des projets de conspiration ; il ordouna leurs supplices. Setvianus , àgé de quattevingt-dix ans, offrit üuh sacrifice aux dieüx avant de friourir, et letir adressa cette prière : « Vous sävez, dit-il, que je « meurs inhiotent; je ne Vous demande qu’une vengeante, « c’est f’Adrien soit réduit à désirer longtemps le mort sans « pouvoir lobtenir. » Lé sort parut bientôt aecorttplir ce vœtt.
Cependant Femperetr äyant appris que les Barbares faisaicht quelques mouvements sur les frotitières de Parinontit, il ÿ envoya Vérus , qiti, réveillé de sa mollesse par le désir de soutenir le nom pesant de césar, se conduisit avec plus de vigtieut qu’on ne lautait cru, et fit rentrer les rebelles dans le devoir. Mais cet effort épuisa son corps énervé par Îcs voluptés; il revint malade à Rome ; de fréquents vommissefents de sang annoncèrent sa mort, qui eht Heu pétt de temps après. Adrien, en ordonnant son apothéose, dit: «Jai « cru me donter tin fils, et c’est un nouveau dieu que j’a- «joute à l’Olympe. » Les Romains méritaient-ils le noth d'hommes, lorsqu'ils avaient la bassesse de recormaitre de pareils dietx ?
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- Vérus n'avait joui que trois ans du titre de césar. Il laissa un fils qui régna dans la suite avec Marc-Aurèle.
Obligé de se donner un nouveau successeur, l’empereur consulta plus cette fois sa politique que son caractère, et ses devoirs que ses penchants. Pour le bonheur du monde, il adopta Antonin. Titus Aurélius Fulyius Bojonius Antoninus était issu d’une famille gauloise, originaire de Nimes. Ses aïeux paternels-et maternels étaient parvenus au consulat. ha nature avait réuni en lui la beauté de l'âme et celle du corps : sa taille était haute, son regard majestueux, son esprit orné, son éloquence douce comme ses mœurs. Exempt d'ambition, adonné comme les anciens Romains aux travaux de l’agriculture , modéré dans ses goûts, libéral, clément, il aimait la vertu pour elle-même, et sans lui désirer l'attrait
. de la gloire.
L'Italie avait déjà joui de sa sagesse ; il était un des quatre personnages consulaires qui l'administraient. Envoyé depuis comme proconsul en Asie, il y fit chérir sa douceur et respecter sa justice. Adrien, en déclarant son adoption au sénat, fit un juste éloge de l'expérience et des talents du nouveau césar : « J'espère, dit-il, qu'il ne refusera pas « cette élévation imprévue, malgré sa modestie, et qu'il se « soumettra au fardeau que lui impose l'intérêt public. »
Conformément au vœu de l’empereur, qui voulait assurer pour longtemps la tranquillité générale, Antonin adopta le fils de Vérus, et Marc-Aurèle, parent d’Adrien.
Marc-Aurèle était d'une famille espagnole. Passionné pour la philosophie stoïque , il en prit le manteau à l’âge de douze ans, et se montra toute sa vie fidèle aux principes sévères de cette secte ; maïs il en évita la morgue , et fut toujours vertueux sans orgueil , doux sans timidité et grave sans sécheresse. Aux yeux d'un tel homme, le trône
ne devait paraître qu'un écueil. Il reçut avec chagrin la
nouvelle de son élévation; elle fut un vrai sacrifice de ses penchants à l'amour de sa patrie.
La maladie d’Adrien s’aggravait chaque jour ; ses souf-
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frances devenaient insoutenables ; tous les remèdes étant impuissants , il n’espérait trouver de repos que dans la mort qu'il appelait à grands cris; il chercha même plusieurs fois à se la donner; maïs la vigilante piété d’Antonin lui en ôtait les moyens, et le défendait malgré lui contre son désespoir. Un jour cependant l’empereur , à force d’or, avait engagé un esclave à lui percer le sein : déjà il se croyait affranchi des tourments de la vie ; mais au mo. ment de l'exécution, le Barbare effrayé renonça au crime, à la récompense, et prit la fuite.
Antonin, profitant habilement de la crédulité de l’empereur pour l'empêcher d'attenter à ses jours, fit paraître devant lui des personnes qui lui persuadèrent qu'elles avaient appris par des oracles et par des songes que la santé lui serait bientôt rendue.llles crut et souffrit plus patiemment. Maissonâme, affaiblie par la douleur,ne pouvait plus réprimer la violence de son caractère ; s’abandonnant à ses soupcons, à sa laine, à sa colère, il ordonna la mort d’un grand nombre de sénateurs. Antonin feignit d’obéir et les sauva.
Adrien, cédant enfin au poids de ses maux, abandonna à son successeur les rênes du gouvernement , se retira à Baïes, refusa tous les remèdes, s’affranchit de tout régime, hâta sa mort, et expira en prononçant ces mots : « La mul- « titude des médecins a fait mourir l’empereur. »
Sa vie avait duré soixante-deux ans, et son règne vingt et un. | |
Il méritait tout le bien et tout le mal qu’on a dit de lui, parce qu'il existait un contraste perpétuel entre les lumières de son esprit et les vices de son cœur : aussi, tour à tour, on le vit doux et violent, juste et arbitraire, orgueilleux et modeste, clément et vindicatif, philosophe et débauché, affable et vain, avare et prodigue, protecteur des lettres, jaloux des talents, superstitieux, et cependant quelquefois impie, comme on peut en juger par ces vers que son esprit léger adressa à son âme au moment où elle allait se
séparer de son corps :
[188-164 de J.-C.] TITUS-ANTONIN. | 289
O ma chère âme, à toi, ma compagne légère !
Toi, de mon corps hôtesse passagere, Où vas-tu maintenant? Que deviendront, dis-moi, Ame pâle, glacée, mcertaine, éphémère, Tous les plaisirs que j’ai sentis par toi?
. Adrien:fit jouir l'empire d’une longue paix, rendit les peuples heureux par une administration habile et juste, n’inspira de terreur qu'aux grands, et ne se montra injuste que pour ses amis. Ses premières années le firent comparer à Auguste, ses dernières à Néron. Mais le monde entier lui dut une éternelle reconnaissance, puisque, avant de mourir, adoptant Antonin et Marc-Aurèle, il remplit le vœu formé pour le bonheur des hommes par un ancien sage de la Grèce et plaça la philosophie sur le trône.