CHAPITRE XVIL MARC-AURÉLE
(An de Rome 913-932. — De Jésus-Christ 161-180.)
Association de Lucius Vérus à l'empire. — Naissance de Commode. — Fléaux dans
: l'empire. — Persécutions exercées contre les chrétiens. — Guerre au dehors. — Départ de Vérus pour l'Orient. — Administration de Marc-Aurèle. — Opérations militaires en Orient. — Peste sortie d’un coffre d’or. — Invasion des ennemis. — Victoire de Marc-Aurèle. — Mort de Vérus, — Nouvelle guerre. — Défaite de Marc- Aurèle. — Défaite des ennemis. — Nouvelle invasion des Barbares. — Armement général à Rome. — Désintéressement de Marc-Aurèle. — Échec des Romains: — Pluie de feu. — Revers des ennemis. — Révolte en Orient. — Usurpation d’Avidius -Cassius. — Complicité de l'impératrice Faustine. — Mort de Cassius. — Mort de Faustine. — Retour de Marc-Aurèle à Rome après huit ans d'absence. — Sa retraite à Lavinium. — Hommes cé!èbres à cette époque. — Nouvelle irruption des ennemis. — Union de Commode et de Crispine. — Philosophie de Marc-Aurèle expliquée aux Romains. — Son départ pour l’arméé. — Ses victoires et sa mort.
Lucius Vérus, conformément au vœu d’Adrien, avait été adopté par Antonin; mais ce prince ne désigna pour son successeur que Marc-Aurèle. Celui-ci, loin de profiter de la faveur de cette disposition , voulut partager le trône avec son frère adoptif. Le sénat crut devoir acquiescer à cette demande ; et, pour la première fois, Rome se vit gouvernéc par deux empereurs de puissance égale , mais de caractères trés-opposés. Marc-Aurèle était un homme juste, actif, constant, ferme, ennemi de la mollesse ; il ne cherchaïit le bonheur que dans ses devoirs , et ne s’entourait que d’hommes vertueux. Lucius Vérus se montrait dissolu, livré aux voluptés , environné d’affranchis et de courtisanes ; la cruauté et l’ingratitude manquaïicnt seules à ses vices. Il était spirituel , indolent , et témoignait un grand respect pour Marc-Aurèle, dont il s’efforçait d’imiter en public la gravité philosophique. L’un se chargea de toutes Jes peines et de tous les travaux attachés au pouvoir suprème ; l’autre n’en eut que les plaisirs.
De grands orages et de grands malheurs menaçaient alors l'empire de toutes parts, et il semblait que les dieux, attentifs à la conservation de Rome, eussent proportionné
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la vigueur du caractère de Marc-Aurèle aux calamités qui devaient arriver sous son règne. L'art seconda la nature pour lui donner la force d’en triompher. Dans sa jeunesse, soncstomac avait été très-faible ; Démétrius et Galien lui firent prendre journellement un remède composé par eux, et qui rendit sa complexion très-forte. Ce remède, dont on attribue la première invention à Mithridate, est toujours resté dépuis cette époque en usage : c’est la thériaque.
A la fin de la première année du règne des deux césars, pour le malheur du monde, Faustine, femme de Marc-Av:vèle, mit au jour un fils qu'on norma Commode. D'affreux tremblements de terre, une inondation du Tibre qui submergea en partie Rome , l’embrasement de. plusieurs villes, la famine en Italie , la peste dans l'Orient, tels furent les phénomènes qui accompagnèrent la naissance de ce monstre.
Dans tout l'empire, les prêtres païens attribuèrentces calamtités aux, progrès du christianisme. Les empereurs se virent obligés de céder au torrent de l'opinion, et à cette haine injuste qu'inspiraient des hommes qui ne prèchaient que l'amour de Dieu et du prochain. Ils furent partout persécutés : Justin à Rome, ct Polycarpe à Smyrne, dont il'était l’évêque, recurent la couronne du martyre, Si Marc-Auréle ne put ,.:s empêcher cette injustice, il en . modéra la violence, et il écrivit aux gouverneurs de provinces pour leur défendre de poursuivre les chrétiens qui respectaient les lois ct ne professaient pas publiquement leur culte. |
Les peuples étrangers, voyant l'empire affaibli par la disette ct par la contagion, crurent l’occasion favorable pour se venger. Ils ajoutèrent la guerre à tous ces fléaux.
Vologèse, roi des Parthes, entra en Arménie, surprit, tailla en pièces les légions qui s'y trouvaient, et chassa ensuite de Syrie le gouverneur romain, Attilius Cornélius. Dans le même temps on apprit que les Cattos avaient fait
+ d'ores, , .
à tes
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une irruption en Rhétie, et que les Bretons s ‘étaient révoltés. Calpurnius Agricola, digne de son nom, fit venir des renforts de la Gaule, ct rétablit l’ordre dans la Bretagne. Aurélius Victorinus repoussa les Cattes; mais les Parthes étaient plus difficiles à vaincre. Ces redoutables ennemis inspiratent plus de crainte à Rome, et le sénat crut que cctie guerre cxigeait la présence de l’un des empereurs. Vérus sollicita l'honneur de la diriger: les plaisirs du voyage , la douceur du climat, les voluptés de l’Asie l'at-. üiraient plus en Orient que la gloire : et, sous le nom de
César, il voulait y viyre comme Antoine.
Marc-Aurèle, qui connaissait sa mollesse, l’entoura d'hommes fermes, capables de commander pour lui. Reste seul à Rome, il s’appliqua tout entier aux soins de l’administration et à la réforme des abus. Il abrégea les proctdures, chargea des notaires de tenir les registres de l'état civil, créa des préteurs, nommés futélaires, auxquels il confia les intérêts des mineurs, ct abolit la loi qui ordonnait, après la mort de chaque citoyen, d'examiner la nature, l'origine et la légitimité de sés biens; loi tyranniqne, source d’injustices et de spoliations. Comme il faisait le bien par équité et non par orgueil, il prenait conseil des Sénateurs, et « ne concevait pas, disait-il, qu'un homme « püt croire sa propre opinion préférable à celle de plu- « sieurs sages.» Il releva l’autorité du sénat, lui soumit la décision de toutes les affaires, même de celles dont,
. avant lui, le conseil privé s'était toujours réservé la con-
naissance.
Assidu aux séances de ce corps, il s’y rendait le premier, même.lorsqu'il n’avait aucune proposition à faire, et ne sortait qu’au moment où le consul congédiait l’assemblée. Il confiait aux sénateurs les plus distingués les grandes charges et les principaux gouvernements , persuadé que les succès de l'administration cépeunent plus des choix du prince que de ses décrets.
Ses lois éfaient égales pour tous : la faveur ne faisait
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jamais pencher les balances de sa justice ; il rendit les tributs plus légers, en supprimant les éxemptions, en faisant peser les impôts sur tous, en réformant le luxe et en n’employant l'argent public qu’aux dépenses publiques. Aucune intrigue n’obtenait du crédit, aucun service n'était sans récompense, aucun moment n’était perdu : fidèle à ses maximes, il ne négligeait ni ne précipitait rien, et donnait une grande attention aux plus petites affaires. Pour compléter son éloge, il suffirait peut-être d’y ajouter. les reproches que lui adressaient ses ennemis : ils le trouvaicnt trop grave, trop économe et trop bon.
Marc-Aurèle avait lui-même tracé son portrait, en disant « qu'un bon prince est l’image d’un dieu, dont le monde « est le temple, et dont les hommes vertueux sont les prê- «tres. n Il refusa tous ces titres que prodigue l’adulation, que désire la vanité; mais il mérita tous ceux que donne la reconnaissance. | L'Orient offrait aux regards des Romains un tout autre spectacle. Vérus, négligeant les soins de l'empire, oubliant Ja guerre, et craignant moins les Parthes que Pennui, avait fixé son séjour dans les bosquets délicieux de Daphné, près d’Antioche. De ce lieu consacré à Vénus, il écrivait avec esprit des lettres philosophiques à Marc-Aurèle , envoyait des ordres à ses généraux, et, laissant l’un régner et les autres combattre, s’endormait mollement dans le sein des voluptés. | ” Heureusement, Marc-Aurèle ayant tout prévu lui avait donné d’habiles lieutenants qui firent la guerre avec succès. Statius Priscus défit un corps d'armée, et prit Artaxate : Cassius et Marcius Vérus, après avoir vaincu Vologèse en bataille rangée, s'emparèrent de Séleucie, brülèrent Babylone, Ctésiphon, et démolirent le superbe palais du roi des Parthés. Cette guerre sanglante dura quatre ans: l’histoire n’en a pas conservé les détails ; mais ses résultats prouvent que les Romains s’ÿ montrèrent dignes de leur ancienne