‹ Histoire RomaineChapitre 30 sur 73 · de 3.0.) MARC-AURÈLE · texte numérisé non relu

de 3.0.) MARC-AURÈLE

renommée : ils dictèrent la paix aux Parthes et leur enlevèrent toutes leurs conquêtes (an 165).

La gloire des expéditions lointaines coûte toujours plus qu elle ne rapporte. Les Romains , après avoir défait des armées de quatre cent mille hommes et porté leurs armes jusqu’à Babylone, s'étant saisis d’un coffre d’or dans les souterrains du temple d’Apollon, rapportèrent avec lui en Occident un fléau terrible contenu dans ce fatal trophée. Une peste horrible en sortit, et sesravages furent tels que, d’abord l’armée , et, bientôt tout l'empire, perdirent la plus grande partie de leurs forces.

Les Sarmates, les Quades et les Marcomans, peuples d'Autriche et de Morävie, appellent la Germanie aux armes : tous se réunissent, croyant le moment venu de rendre la liberté au monde et de renverser la domination de Rome. « Sa fortune, disaient-ils, s'était élevée sur leurs « divisions; leur union devait l’abattre. » Les frontières étaient dégarnies; ils les franchissent, portent partout le ravage et la terreur: leur avant-garde pénètre jusqu’en Italie.”

A la nouvelle de leur approche, Marc-Aurèle, partant promptement de Rome avec ses lieutenants, Pompéianus et Pertinax, marcha contre eux et les repoussa; mais bientôt teur nombre s'étant grossi, ils reparurent plus formidables. Rome, consternée, désolée par la peste, épuisée par la famine, croyait voir renaître les temps de l’invasion des Gaulois ou des Cimbres.

Tandis que Marc-Aurèle cherchait à opposer à ces calamités toutes les ressources de la prudence et du courage, le sénat ordonna des sacrifices expiatoires, des lustrations : on célébrait ces solennités d'usage dans des. dangers publics; elles étaient nommées lectisternia; les pontifes promenaient dans les rues les images des dieux, couchées sur des lits d’or. =

Vérus était alors revenu à Rome; les victoires de ses généraux lui firent décerner le triomphe et le surnom de Parthique. Marc-Aurèle lui donna sa fille en mariage. Ses

mœurs ne le rendaient pas plus digne de ce lien que ses travaux du triomphe.

Les deux empereurs , ayant réuni toutes les forces qui leur restaient, attaquèrent les Marcomans etles Quades près d’Aquilée ; le nombre lutta longtemps contre la tactique et le courage. L’élite des troupes de Marc-Aurèle périt dans ce combat. Furiuüs Victorinus,. capitaine de sa garde, y fut tué; mais enfin, après une longue résistance, Marc-Aurèle, qui avait montré dans ses dispositions l’habileté de Scipion, ct dans la bataille la valeur de Marius, mit en pleine déroute les ennemis , et s’'empara de leur camp. Les Marvomans ‘demandérent une trève; Vérus voulait qu'on l’accordât : il était pressé de quitter l'appareil militaire et de retrouver dans Rome les plaisirs. Marc-Aurèle n’y consenüt pas ; il poursuivit les ennemis sans relâche au delà des Alpes, les battit chaque jour, et les contraignit à repasser leurs frontières.

Après cette campagne glorieuse, les deux empereurs formèrent le dessein de séjourner à Aquilée pendant l’hiver; la pestè les en chassa ; ils réprirent le chemin de Rome. Dans la route Vérus, attaqué d’apoplexie, termina ses jours, la quarante-deuxième année de son âge, la neuvième de son règne. Il.était temps qu'il mourût; sa vie, qui n'avait été qu’inutile, devenait dangereuse ; la trop grande douceur de Mart-Aurèle l’enhardissait ; il commençait à secouer le joug de sa vertu, et.à rendre, par le conseil de ses affranchis , et sans Consulter son collègue, des ordonnances qui faisaient craindre la tyrannie. Le sénat et le peuple ne voulaient pas diviniser Vérus ; Marc-Aurèle vainquit leur répugnance. Son respect pieux pour la mé- ‘’moire et.ke nom d’'Antonin ne rend point.cette faiblesse excusable. Combien cependant les peuples seraient heureux si leurs princes ne devaient jamais faïllir que par excès de reconnaissance et de bonté!

Marc-Aurèle fit donner en mariage Lucile, veuve de Vérus, à Pompéianus, son licutenant, dont Rome estimait le

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talent, l’expérience et la fermeté, dignes des beaux temps de la république. L'empereur ne croyait jamais pouvoir trop récompenser les généraux capables de maintenir l’ordre dans l’ärmée : il répétait souvent ces paroles d’Ennius : « L’antique discipline, les lrommes sévères qui la «maintiennent , sont le fondement et le soutien de la ré- « publique. » Plus occupé de l'État que de sa personne, et de l'empire que de sa maison, il corrigea les mœurs du peuple, mais ne put réformer celles de sa famille. Faustine, dont il ignorait la conduite, souilla son palais par ses désordres; Lucile ne montra pas plus de vertus, et, malgré les sages instituteurs dont Commode était entouré, les vices de son enfance annonçaient les crimes de sa vie.

Les ennemis avaient été vaincus, mais non découragés : l'idée de se réunir, nouvelle pour les Barbares, semblait leur avoir donné un nouveau courage, de nouvelles forces et de nouvelles espérances. Depuisle Borysthène jusqu’au Rhin, depuis la mer du Nord jusqu'au Danube, tout prit les armes : une armée immense de Suèves, de Chérusques, de Cattes , de Vandales, de Sarmates, de Quades et :de Marcomans , menaça l’empire. Marc-Aurèle, avec peu de forces , voulut s'opposer aux progrès de ce torrent, et les attaqua près du Danube ; mais, malgré sa vaillance et son habileté, il perdit la bataille. Vingt mille hommes y périrent; le reste prit la fuite et fut poursuivi jusqu’auprès d’Aquilée. La terreur devenait générale ; on croyait tout perdu ; un seul homme, conservant l'espoir et le courage; . répara tout. Ce fut Marc-Aurèle. Il rallia les braves, rassura les timides, défendit intrépidement la ville , harcela l’ennemi sans se compromettre, lui laissa consumer sans fruit ses vivres, son temps, ses forces, appela des renforts, les reçut, reprit l'offensive et défit à son tour les Barbares. Profitant vivement de la division que sa victoire fit naïtre entre les alliés, il contraïgnit tous ses ennemis à conclure la paix, et revint à Rome jouir d’un triomphe mérité.

A cette même époque, les peuples de Mauritanie avaient

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fait une invasion en Espagne ; les pâtres d'Égypte s’étaient révoltés : les lieutenants de l'empereur chassèrent les Maures ; Cassius fit rentrer les Égyptiens dans le devoir.

Marc-Aurèle jouit peu de temps d’une tranquillité qui n’était pas pour lui le repos; car il travaillait sans relâche à réparer les pertes occasionnées par les fléaux de la nature et de la guerre, à réformer les abns , à soulager les peuples, à perfectionner la législation. Son exemple était encore plus puissant que ses lois : tout peuple est porté à imiter ceux qu'il aime et qu’il respecte ; mais si la philophie de Marc-Aurèle forma de vrais sages, elle fit aussi des hypocrites, et beaucoup de courtisans prirent le manteau des stoïciens, espérant arriver sous ce déguisement à la fortune. . |

Marc-Aurèle, supérieur à tous les hommes par ses lumières et par les qualités de son àme, paraissait leur être égal par sa manière de vivre. Modeste comme la vertu, simple comme la vérité, son pouvoir attirait la confiance et n'inspirait point de crainte ; l’empereur n’était que le gardien de la liberté. | Les Barbares ne laissèrent pas longtemps Rome jouir de sa présence, et, cette fois, voulant tenter les plus grands efforts, ce ne furent point des armées, ce furent toutes les nations en armes qui parurent vouloir se précipiter sur l'empire romain. La dernière guerre, jointe au fléau de la “ peste, avait presque anéanti l’armée romaine ; le trésor était épuisé ; le peu de forces qui restaient devaient se partager pour défendre d'immenses frontières : on ne pouvait dégarnir sans danger la Bretagne, l'Espagne , l’Afri- : que et l’Asie. Jamais, depuis la deuxième guerre punique, Rome ne s'était vue exposée à un plus grand péril. La même crise exigea les mêmes remèdes : on enrôla les gladiateurs, les esclaves, les bannis même, répandus en Dalmatie, en Dardanie, en Mæsie.

-Pour suppléer au vide du trésor, l’empereur mit en vente son mobilier et celui de sa femme. Tel était alors l'égoïsme

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des Romains : chacun prétendait n’avoir pas d’argent pour contribuer aux frais de la guerre, et tout le monde en trouva en abondance pour acheter les meubles, les tableaux, les vases, la vaisselle, les statues et les diamants du prince et de Faustine. Ainsi Marc-Aurèle fit presque à lui seul les frais de l'armement qu’exigeait la défense de Rome.

Ayant réuni ses forcess il marcha d’abord rapidement contre les Marcomgans et le Quades, passa le Danube sur un pont de bateaux, et ravagea leur pays. Les vaincus conservent peu d’alliés ; ceux des Marcomans les abandonnèrent après leur défaite : ces peuples opiniâtres, livrés à leurs propres forces, franchirent encore la rivière, et firent plier les légions. L'empereur , qui s’exposait toujours au premier rang, se vit un moment accablé parles traits des ennemis. Ce danger lui fit connaître l’amour de ses soldats ; ils l’entourèrent en foule, etleurs corps lui servirent de bouclier.

Les Barbares avaient laissé, pour couvrir leur retraite, . un côrps d'infanterie, soutenu de cavalerie. L'empereur l'attaquant , le poursuivit avec trop d’ardeur. Cette fuite n'était qu’un stratagème; tandis que les Romains s’avançaient imprudemment, les Barbares les tournaient à travers les bois. Tout à coup on voit toutes les hauteurs garnies par eux, tous les passages gardés : les légions sont inyesties de tous côtés ; en vain on cherche à se faire jour à travers cette foule d’ennemis; l’aridité du lieu, le travail, la fatigue, les blessures, l’ardeur du soleil, la réverbération des montagnes et la soif épuisent les forces des Romains. Bientôt il ne leur reste plus que le choix de la mort ou de la captivité.

Marc-Aurèle tente vainement de réveiller la bravoure, de ranimer les forces par l'espoir : on ne peut ni marcher - pour le suivre, ni se lever même pour l'écouter. Mais soudain le ciel se charge de nuages, une pluie abondante tombe sur le camp, le soldat reçoit avidement dans sa bouche cette eau salutaire , la recueille dans son casque :

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il y puise la force, le courage et la vie. Un orage bien différent fondait alors dans le mème moment sur les Barbares : il ne tombe du ciel sur eux que des flammes et de la grêle. Le terreur s’empare de leurs esprits; les Romains se raniment, les attaquent, les mettent en fuite, et en font ün horrible carnage.

Ce double etinvräisemblable phénomène, rapporté unanimement par tous les historiens, est éxpliqué différemment par eux. Dion, Suidas et Porphyre l’attribuaient aux magiciens, qui, disaient-ils, marchaient à la suite de Mart-Aurèle, quoique ce prince eût publié des écrits dans lesquels éclatait son mépris pour les charlatans et pour la magie. Thémistius, Claudius Capitolin, croyaient que la . piété de l’empereur avait obtenu des dieux ce prodige; on leur en rendit des actions de grâces solennelles, et la colonne des Antoniris conservait en mémoire de cetévénement. une inscription : « À Jupiter foudroyant et pluvieux. »

Ce ‘miracle, selon les auteurs ecclésiastiques, était dû aux prières des soldats chrétiens. Eusèbe cite une lettre d'Apollinaire , contemporain de Marc-Aurèle; cet évèque prétendait que la légion mélytine, levée en Cappadoce, et toute composée de chrétiens, obtint ce prodige du ciel (an 174). Il ajoute qu'elle en prit le nom de foudroyante ; mais d'anciennes inscriptions prouvent qu’elle portait déjà ce nom du temps de Trajan.

Tertullien soutient que Marc-Aurèle informa le sénat du secours miraculeux que lui avaient prêté les chrétiens. Les savants regardent cette lettre comme supposée. Ce .qui est certain, c'est que, depuis cette époque, Marc-Aurèle fit cesser toute persécution contre le christianisme, et que, si dans cette bataille la légion mélytine n’opéra pas de miracles, elle y fit au moins des prodiges de valeur.

Après cette victoire inespérée, Marc-Aurèle ne laissa pas à l'ennemi le temps de réparer ses pertes; mais, en poursuivant ses succès avec rapidité, il traita les vaincus si bumainement, que les Barbares, cédant moins à ses ar-

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