‹ Histoire RomaineChapitre 38 sur 73 · EMPIRE. [de J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. [de J.-C

et qui passait pour être le plus riche des citoyens de Rome.

Julianus, conseillé par d’aveugles amis qui l’engageaient à ne pas perdre une occasion qu’on ne retrouverait plus, celle d’acheter un trône, se rendit au camp, où était déjà Sulpicien. Il fit sentir facilement aux soldats le danger d’élire un chef qui pourrait venger son gendre. Cependant les offres de Sulpicien les tentaient ; mais Julianus, enchérissant toujours sur lui, offrit enfin six mille deux cent cinquante drachmes pour chaque soldat, et promit de régner comme Commode. On le proclama empereur.

Il reçut le serment, et fit son entrée dans Rome, escorté par dix mille prétoriens. Au milieu de la ville, tirant l’é ils le proclamèrent une seconde fois en présence du peuple, qui garda un profond silence. Convoquant ensuite le sénat,

Julianus ne dit que ce peu de mots : « Un empereur Vous .

« est nécessaire ; nul ne peut vous convenir, mieux que « moi. » Tous les sénateurs s ’empressèrent de confirmer le choïx des soldats, et ceux qui en étaient le plus indignés

se montrèrent les plus empressés à l’approuver. L’historien

Dion Cassius avoue franchement qu’il fut de ce nombre,

Le décret du sénat revêtit Julianus de tous les titres accordés à ses prédécesseurs. Sa route pour arriver à l’empire Ôte presque la nécessité de dire que c’était un homme turbulent, ambitieux, sans jugement, sans conduite et sans courage. Ses seules bonnes qualités étaient la douceur et la facilité ; mais elles ne purent lui attirer l’affection ni des soldats, qui se plaignaient de sa lenteur à tenir ses promesses, ni du peuple, qui lui réprochait d’avoir volé l’empire.

Quelque part qu’il se montrât, il n’entendait que des imprécations et des malédictions : en vain il s’efforçait de regagner les cœurs par son affabilité, comme sa bonté n’était que faiblesse, on la méprisait tellement, qu’un jour, lorsqu’il assistait aux jeux publics, le peuple proclama empereur, en sa présence, Pescennius Niger, gouverneur de Syrie. Cet homme, qui avait mérité, par de grands emplois,

de grands travaux et de grands succès , la réputation dont

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il jouissait, crut devoir répondre aux vœux de Rome; et, trouvant des dispositions aussi favorables dans l’armée d’Asie, il prit le titre d’empereur et fut reconnu avee joie par tousles princes d'Orient, qui lui envoyèrent des ambassadeurs. | Dans le même temps Septime Sévère , chef des légions d’Ilyrie, et qui s’était illustré par plusieurs actions glorieuses sous le règne de Marc-Aurèle > Pensa qu il pouvait prétendre comme un autre au pouvoir suprême, puisque l’épée tenait lieu de sceptre. Son mépris pour Julianus ne lui faisait point craindre d’obstacles. D'abord il s'était borné à plaindre le sort de Rome , et à montrer le désir de venger Pertinax. L’ardeur des soldats, qui. partageaient. ses sentiments, lui fit prendre le parti d’éclater. H rassembla les légions, leur retraça vivement les crimes des’ prétoriens, et leur proposa de marcher à Rome pour les punir. L'armée, par unè acclamation unanime, le proclama empereur, et jura de le suivre partout où il voudrait la conduire. IL’ accepta le titre d’empereur, en prit les vêtements, et joignit à son nom celui de Pertinax, dans FER d’inspirer plus d’affection aux Romains.

Les chefs des armées des Gaules le reconnurent. Albin seul , qui commandait en Bretagne , lui inspirait quelque inquiétude ; il l’attira dans son parti, en l’adoptant et en lui donnant le titre de césar. | Sévère, après avoir pris toutes ses mesures et pourvu à la défense des frontières, se mit en marche pour soutenir ses prétentions. La révolte de Niger occupait peu Julianus : ___£e général, doué de beaucoup de vertus, ne se montra pas Pan en effet digne de sa fortune; au lieu d’assurer par son acti- : vité le succès de sa rébellion , il s’endormit à Antioche au sein des plaisirs, comme ébloui de sa nouvelle grandeur et enivré par les hommages des princes qui l’entouraient.

Le sénat n’était que l’instrument servile des prétoriens : Julianus décida ce corps timide à déclarer Sévère ennemi de l'État, et à envoyer des députés à l’armée d’Illyrie, pour

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la faire rentrer dans le devoir. Catulinus fut nommé pour la commander : mais Sévère déjoua toutes ses mesures : il était fort de l’amour des troupes, et méprisait celui qui le traitait de rebelle. Les députés du sénat, gagnés par lui, ne haranguèrent les troupes qu’en sa faveur. On conseillait à Julianus de sortir de Rome et de défendre le passage des Alpes; mais il savait payer et non combattre : il prodigua l'argent aux prétoriens pour les engager à le défendre, et fortifia son propre palais par de ridicules barricades.

Dans l'espoir de plaire à sa garde, il fit mourir Létus et Martia pour venger Commode, et envoya des assassins chargés de tuer Sévère. Les cohortes prétoriennes, amollies par la licence , épuisées par les excès, n’avaient plus du soldat que le nom. Incapables de soutenir la fatigue, de braver le péril, elles ne montraient de force que dans les débaùches, d’audace que dans les séditions. On les vit découragées dès qu'il fut question de combattre.

Julianus, s’apercevant que tous les appuis sur lesquels il comptait s’écroulaient sous lui, offrit la moitié de l’empire à Sévère, qui rejeta sa proposition avec mépris. Julianus voulut forcer les sénateurs à envoyer les vestales en ambassade vers son rival, pour lui renouveler l'offre du partage de l'empire; le sénat ne daigna pas fui répondre. Il proposa de céder le pouvoir suprême à Pompéianus : ce Romain vertueux trouva indigne de lui un trône souillé par tant de vices et de crimes. |

Cependant Sévère s’avançait toujours: les soldats d’Italie lui livrèrent tous les passages; enfin, les préturiens mêmes se rangèrent de son parti. Il leur promit une amnistie, à condition qu’ils lui livreraient les meurtriers de Pértinax. Silius Messala se trouvait alors consul; il convoqua le sénat, qui, par un décret, condamna Julianus à perdre l'empire et la vie, déclara Sévère et décerna les honneurs | divins à Pertinax. |

Les principaux sénateurs furent envoyés au camp de Sévère pour l’engager à venir promptement à Rome. Deux lic-

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teurs portèrent à Julianus son arrêt. Ce malheureux prince, isolé dans son palais, cédait sans regret empire, et demandait humblement la vie; mais son. or : ne put l’acheter comme lé trône. « Quel mal ai-je fait? dit-il à ses meur- « triers : je n’ai ordonné la mort de personne, » On né coute point ceux qui n’inspirent ni l’amour ni la ane Sa tête fut tranchée et exposée publiquement. Aïnsi-périt un vieillard insensé, qui, croyant payer l’empire de sa fortune, n’acheta que l'approbre et la mort. Il avait cru régner quatre mois et quatre jours. :

Sévère permit que l’on rendit quelques honneurs à ses restes : sa femme et sa fille perdirent leurs ture, et conservérent la vie.

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