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ils auraient reçu avec uneégale joie Sévère, Albin ou-Niger., généraux formés par Marc-Aurèle, respectés par les armées, redoutés par les ennemis. Il était certain que chacun de ces illustres chefs relèverait l’honneur de Rome, et la vengerait de l’insolence de ces lèches prétoriens qui avaient assassiné un empereur vertueux, et vendu l'empire à un usürier : mais tous ceux qui avaient appelé Niger par leurs vœux, ou favorisé les meurtriers de Pertinax, ainsi que la foule de ces hommes cupides, intrigants, débauchés et corrompus par la cour de Commode, craignaient les ressentiments de Sévère, dont ils connaissaient la violence et l’iñflexibilité.
Sévère était né à Leptis, en Afrique; on respectait l’ancienneté de sa famille : Géta, son père, avait été consul ; sa mère, Fulvia Pia, devait le jour à une famille consulaire. Sévère, distingué par Antonin, favorisé par Marc-Aurèle, parvenu successivement aux dignités de questeur, de tribun, de consul et de proconsul, avait combattu avec gloire et administré avec fermeté en Afrique, en Asie, en Espagne et en Germanie ; mais partout il s’était fait plus craindre qu’aimer. On admirait l’étendue et la vivacité de son esprit, la promptitude de son coup d’œil, son activité dans les travaux, l’audace de ses entreprises, sa fermeté dans les revers, sa munificence pour ceux qui s’attachaient à sa fortune, et sa constance en amitié; mais, d’un autre côté, jamais homme ne se montra plus fourbe, plus cupide, plus vindicatif, plus violent, plus cruel, plus implacable pour ses ennemis. Sa taille élevée, sa barbe épaisse et noire, sa figure imposante, sa voix forte, inspiraient le respect. H réunissait dans sa personne les grandes qualités de Trajan et les vices de Tibère.
Les députés de Rome le trouvèrent à la tête de son armée : il les reçut avec pompe et défiance. Par son ordre, les prétoriens vinrent au-devant de lui dans le costume que l’usage les obligeait de porter au palais, en loges et sans armes. Il les fit envelopper par ses troupes, leur reprocha
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l’assassinat de l’empereur, la. vente de l’empire, envoya au supplice ceux qui avaient pris part à la mort de Pertinax, et bannit tous les autres à perpétuité.
Arrivé aux portes de la capitale, il descendit de cheval, quitta l’habit militaire, fit porter devant lui les drapeaux prétoriens renversés, et entra dans la ville à la tête ce soixante mille hommes. Tous les sénateurs , ténant à la main des couronnes de laurier, précédaient sa marche, et le peuple l’entourait revêtu de robes blanches, comme aux jours de fête.
Lorsque l’empereur eut offert un sacrifice aux dieux, il rassemhbla le sénat, lui rendit compte de sa conduite, Fassura qu’il n’avait pris les armes que pour le délivrer de Pignominieuse tyrannie des cohortes prétoriennes, promit de gouverner avec modération, et proposa un décret qui le déclarait lui-même ennemi de la patrie dans le cas où il ôterait la vie à un seul sénateur. On éprouva bientôt que rien n’était plus illusoire qu’un pareil engagement sans garantie. | |
Sévère forma une nouvelle garde prétorienne, il la composa de soldats d’élite pris dans toutes les légions et dans tous les pays soumis à l’empire : il la porta au nombre de quarante mille hommes. Cette mesure, qui donnait une grande émulation à l’armée ainsi qu’aux provinces, acheva de détruire ce qui restait de liberté dans Rome et d'esprit militaire en Italie.
L'empereur fit célébrer avec. pompe les funérailles de Pertinax, accorda de fortes gratifications aux armées, punit rigoureusement quelques gouverneurs concussionnaires, diminua les impôts, publia de sages règlements pour entretenir l’abondance dans Rome, et maria ses filles à deux sénateurs estimés, Allus et Probus, qu’il nomma consuls. Après avoir ainsi consacré tout au plus un mois’aux soins intérieurs du gouvernement, il partit pour combattre en Orient son compétiteur Niger. Réunissant de grandes forces pour vaincre un tel rival, il ne se permit aucune déclama-
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tion contre lui, sachant trop que les douces vertus de Niger Jui donnaient un grand nombre de partisans dansle sénat et dans le peuple.
Comme il voulait se mettre à l'abri d’une diversion redou-
table dans le Nord, avant son départ il s’efforça de tromper Albin par de perfides protestations d’amitié, le fit déclarer césar par le sénat, le désigna consul, et ordonna, par un décret, de lui ériger des statues et de frapper des médailles en son honneur.
… Niger n’avait pas prévu la rapidité de Séséres appelé au trône par les vœux du peuple romain et par ceux de tout l'Orient, égal à son compétiteur en talents militaires, il lui était supérieur en vertus. On l'avait toujours vu doux, hùmain, désintéressé. Rome le désirait avec raison ; nul n’était plus digne que lui d’occuper la place d’Antonin et de Marc-Aurèle. À la nouvelle de l’arrivée de Sévère dans Rome, Niger, sortant d’un repos trop longtemps prolongé, rassembla une forte armée, garnit les passages de la Cilicie et du mont Taurus, et demanda des secours aux princes d'Orient. Tous lui en promirent, peu lui en donnèrent. Le roi d'Arménie déclara qu’il voulait rester neutre. .
" Émilien, proconsul d’Asie, et qui avait embrassé le parti de Niger, s’avança pour défendre Byzance, dont l'empereur Sévère forma le siége. Ce prince envoya une partie de son armée contre Émilien, sous les ordres de Candide. Les troupes d’Asie étaient nombreuses, mais nées sous un climat qui amollit toujours les hommes, elles furent constamment inférieures en force et en ue aux légions de la Gaule et de la Germanie.
Émilien, battu, fut pris et tué de Cizique. Candide attaqua ensuite l’armée de Niger. Le combat fut long et sanglant ; mais enfin Niger, vaincu, se vit contraint de fuir au delà du mont Taurus. Sévère lui offrit une retraite -honorable et la vie, s’il voulait cesser de prétendre à l’empire. Niger hésita ; il aurait accepté s’il n’eût consulté que ses penchants; mais, cédant à l'ambition de ses amis, il rom-
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étaient près de renoncer à une attaque inutile, lorsque tout à coup àn affreux orage, versant l’eau par torrents,
renversa ces remparts jusque-là inexpugnables. L'armée impériale, traversant alors sans obstacles le défilé, continua sa route jusqu'aux portes de Cilicie, près d’Issus, lieu fameux par ka victoire d'Alexandre le Grand. Niger Sy trouvait avec toutes ses forces ; il livra à ses ennemis une bataille décisive. Son intrépidité, son exemple et l'habileté de ses manœuvres semblaient décider pour lui la victoire, lorsque soudain un tourbillon de vent et de grêle, frappant le visage de ses soldats, les remplit d'épouvante. En vain il s’efforça de les rallier ; leur retraite se chapgea promptement en déroute; on en fit un horrible carnage. Vingt mie hommes y périrent. Antioche, effrayées n’opposa aucune résistance aux vainqueurs, et Niger, qui vou-
lait se réfugier chez les Parthes, fut atteint dans sa fuite et
tué. On porta se tête à Sévère, qui la fit jeter dans Byzance pour effrayer la garnison.
Sévère abusa cruellement de sa “victoire : il bannit tous les sénateurs soupçonnés d’avoir favorisé Niger, et fit tuer presque tous les officiers de l’armée de son rival. Un d’eux Cassius Clémens, -dut son salut à sa fermeté. Au moment, de mourir, il dit à Sévère : « Votre but et le mien étaient «le même; je voulais délivrer Rome et faire descendre du - « trône l’ infime vieillard qui l’avait acheté. Vous n’avez a pas plus de droits à l'empire que Niger. En condamnant « ceux qui ont embrassé sa cause, vous condamnez ceux « qui servent la vôtre. » L'empereur lui accorda sa grâce ; mais exila, tua tous les parents de Niger, confisqua leurs
. biens, et plaça cependant dans Rome une inscription quirap-
pelait les exploits de ce général. « Je veux, dit-il, conserver « le nom du vaincu pour consacrer la gloire du vainqueur. »
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L’effroi qu’inspirait Sévère détermina une fouie de soldats romains à passer chez les Parthes. Cette émigration fortifia, éclaira les anciens ennemis de Rome, et les rendit plus redoutables. L’empereur se montra .aussi libéral pour ses troupes que cruel pour ses ennemis. Après les avoir magnifiquement récompensées, .il les conduisit contre les Parthes, remporta plusieurs victoires, gt conclut enfin une paix honorable. Tandis qu’il soumettait ainsi le reste de l’Asie à son obéissance, un seul homme brava son pouvoir dans l'Orient. Claudius, chef de brigands, ravageait la Syrie, la Palestine et l'Égypte. Après avoir échappé à-tous ceux que Sévère envoyait contre lui, cet homme audacieux, sous le costume d’un officier romain, pénètre dans le camp de l’empereur, entre dans sa tente, le salue, l’embrasse, se nomme en sortant, et se dérobe à ses poursuites comme à ses regards.
Byzance résistait toujours. Cette ville, qui devait un jour devenir la rivale de Rome, se rendit alors célèbre par le courage opiniâtre de ses habitants. Ils triomphèrent pendant trois années de tous les efforts des assiégeants. Après avoir épuisé toutes leurs munitions, ils brisaientleurs vases précieux et leurs statues, et du haut des remparts les lançaient sur la tête de leurs ennemis : enfin l’empereur, les ayant réduits à la plus affreuse disette, prit la ville d’assaut, la livra au pillage ét la rasa. Priscus, qui, déployant les talents d’Archimède, avait prolongé la défense de cette cité par ses ingénieuses machines, fut presque seul épargné. -Sa mort aurait flétri l’empereur; sa vie pouvait lui être utile, et l’intérèt dirigeait toutes les actions de Sévère,
Tandis que cette guerre occupait ses forces, plusieurs sénateurs, craignant sa veugeance, .avaient écrit à Albin pour l’engager à s'emparer de Rome et de l’empire. Ce général, peu content du titre de césar, était trop ambitieux et trop semblable à Sévère pour rester soumis et tidèle. Certain du dévouement des légions de Bretagne, il tiavaillait à soulever les Gaules en sa faveur. L'empereur,