EMPIRE. [de J.-C
Foutes les voix se réunirent ‘alors. sur Macrin : les prétoriens le proclamèrent empereur, et donnèrent le titre de césar à son fils Diadumène. Macrin en informa ‘le sénat, qui confirma cette élection. Les sénateurs, par haine pour
la mémoire de Uaracalla, firent abattre ses statues; mais :
la crainte des prétoriens les força de placer au rang des dieux celui dont ils auraient voulu rayer le nom dela liste des hommes. On ne respecta ni la douleur ni la vertu de Julie : elle fut bannie, et se laissa mourir de faim, désespérée de la mort d’un fils dont elle n’aurait dû pleurer que la naissance.
Marcus Opilius Macrinus était né en Mauritanie, dans un lieu qu’on nomme à présent Alger. Protégé par Plautien,
il devint intendant des postes pendant le règné de Sévère,
avocat du fisc sous Caracalla, et préfet du prétoire après la mort de Papinien. Une des principales fonctions de cette charge consistait à rendre la justice au nom de l'empereur, et Macrin, comme magistrat, se fit estimer par l'équité
de ses arrêts. Monté sur le trône, il parut ennemi de là dé-
lation, punit les calomniateurs, et annonça le dessein de
faire renaître la justice. et la liberté. Mais, dans un temps :
où la foree tenait lieu de droit, l'épée seule pouvait don-
ner et défendre lé sceptre. Macrin savait mieux plaider et juger que vaincre; il aurait voulu négocier au lieu de combattre : Artaban, exaspéré de l'affront qu’il avait recu, refusa tout atcommodement qui ne serait pas fondé sur l'abandon de la Mésopotamie et sur le payement de fortes indemnités. Les deux armées se livrèrent bataille près de Nisibe; elle dura trois jours, couvrit les Parthes de gloire, et prépara leur perte en épuisantleurs forces. Les Romains, obligés de céder le champ de bataille, se retirèrent dans leur camp, et se prétendirent cependant vainqueurs, parce qu'ils ne furent pas poursuivis. Macrin rendit aux Parthes leurs prisonniers, le butin fait sûr eux, et acheta la paix par une indemnité de vingt millions. Le sénat, accoutumé à flatter ses maitres, lui décerna le triomphe et le surnom
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[247-248 de J.-C.) MACRIN. 363 de Parthique ; il n’accepta ni l’un nil’autre, établit sa ré-
sidence à Antioche, où il s’occnpa uniquement des réfor-
mes qu'il voulait faire à Ja législation. .
Pour simplifier la jurisprudence, il révoqua les resvrits des empereurs, et réduisit le nombre des anciennes lois. Il publia des règlements sévères contre le luxe, cantre la délation, contre la débauche. Il protégea les savants; ceux que Caracalla avait exilés revirent leur patrie; Dion, Fhistorien, obtint le gouvernement de Pergame et de Smyrne.
. Tandis que l’empereur se livrait ainsi, dans une -trompeusè sécurité, aux travaux dela législation, comme si son pouvoir eût été consolidé; trois femmes et un enfant se préparaient à le renverser, Prolongeant trop longtémps son séjour à Antioche, il commit la faute de ne pas séparerles légions, force toujours dangereuse quand elle n’est pas utilement occupée. Traitant les officiers avec hauteur, et vau- |
dant ramener trop brusquement ses soldats licencieux à
l’antique discipline, À mécontenta l'armée.
Mosa se trouvait alors en Phénicie avec ses deux filles, Sæmis et Mammée, et leurs enfants, Bassien et Alexandre.
Ces deux jeunes princes étaient prêtres du soleil; ce qui avait fait surnommer Bassien Héliogabale. L'extrême beauté de ce jeune homme exeïtait l'admiration des sol-
dats, et lui attirait leur affection. L’habile Mæsa, profitant de ces dispositions favorables et des fautes de Macrin,
vend ses pierreries, répand à pleines mains l’argent, sou-
lève une légion, et conduit dans son D à Hékogabale, qu'elle proclame empereur. |
Macrin, peu alarmé d’un note ment partiel qu'il comptait promptement apaiser, envoya Julien contre les reballes avec deux légions. Les soldats d'Héliogabale, trop peu nombreux pour tenir la plaine, se fortifièrent dans Jeur camp, qui fut investi. Pendant ce blocus, les agents de
‘Mœsa pénétrérent dans les lignes des assiégeants, et y
répandirent lesprit de révolte : les deux troupes se réunirent, coupèrent la tête à Julien, et l’envoyèrent à l’em-
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pereur, qui s’aperçut enfin qu’il ne devait pas mépriser ee qu'il appelait une consipration d’enfant. A la tête des prétoriens et des corps restés fidèles, il marcha contre les faetieux, et informa de ces événements le sénat, qui, sur sa deimande, déclara ennemis publics Héliogabale et Alexandre, ainsi que leur mère et leur aïeule. - Macrin, après quelques succès peu décisifs, montrant dans ses mesures une irrésolution qui encouragea et grossit le parti des ennemis, se retira d'Apamée à Antioche. Bientôt les progrès des rebelles le forcèrent d’en sortir et de leur livrer bataille sur les frontières de la. Phénivie. Gannys, gouverneur d'Héliogabale, n’avait jamais fait la guerre; cependant cet homme, jusque-là toujours livré au plaisir, disposa son ärmée avec ordre et combattit avec vaillance. Malgré ses efforts, les prétoriens, voulant soutenir leur ancienne renommée, étaient parvenus à enfoncer ses rangs. Tout à coup Mœsa et Sœmis se montrent au milieu des fuyards, les arrêtent, les accablent de reproches, les rallient et les déterminent à retourner au combat. Le jeune Héliogabale, tirant son épée, se place à leur tête; la bataille recommence avec fureur. Macrin, épouvanté, prend la fuite : malgré sa lâcheté, les prétoriens combattaient toujours; la crainte des vengeances qui suivent les guerres civiles redoublait leur courage. Héliogabale, sentant alors la nécessité de les rassurer pour les désarmer, leur promet une amnistie entière ; le combat cesse à l'instant, et les deux armées réunies proclament de nouveau Héliogabale empereur. | i : Macrin, s'étant sauvé en Bithynie, s'embarqua pour se rendre à Byzance. Les vents contraires le forcèrent de revenir à Chalcédoine, où il se cacha quelque temps. Ayant appris que son asile était découvert, il prit de nouveau la fuite; vivement poursuivi, et près d'être atteint, il se jeta hors de son chariot, et se brisa l'épaule en tombant. Les officiers qui le cherchaient se saisirent de lui et-lui tranchèrent la tête. H avait vécu cinquante-quatre ans et ré-
(218-222 de J.-C] HÉLIOGABALE. | | 363
gné une année. Son fils Diadumène fut pris ettué. Ainsi
tomba ce PONORE précaire, élevé et renversé par la trahison.