HÉLIOGABALE
(an de Rome 970-974. — De Jésus-Christ 218-222, )
Héliogabale est proclamé empereur par le sénat. — Son portrait. — Son premier crime. — Son arrivée à Rome. — Admission de son aïeule Mæsa au sénat.— Création d'uu sénat de femmes. — Idolâtrie et sacriléges d'Héliogabale, — Son sacerdoce.— Sa circoncision.— Ses débauches.— Son luxe effréné.— Ses extravagances.
— Adoption d'Alexandre Sévère par Héliogabale. — Révolte des prétoriens. — Mort d’Héliogabale et de sa mère.
: Le nouveau césar devait faire Jégaliser son usurpation par le sénat et par le peuple, qui venaient récemment de le déclarer ennemi de la patrie. Après avoir pris sans leur aveu les titres d’auguste, de proconsul, de tribun, et les surnoms de Pieux et d'Heureux, il écrivit à Rome pour justifier sa conduite, accusa Macrin d’assassinat et de tyrannie, annonça qu’il marcherait sur les traces d’Auguste et de Marc-Aurèle, et promit une amnistie générale à tous ceux qui avaient agi ou parlé contre lui.
Depuis longtemps le sénat était réduit à la triste nécessité d’obéir aux armées, de revêtir d’une forme légale les arrêts dictés par la force et par la victoire. Il proclame Héliogabale empereur, et donna le titre d’auguste à sa mère Sœmis et à son aïeule Mæsa.
Le jeune empereur était âgé de quatorze ans; il n'avait reçu du ciel qu’un seul don, la beauté. Son caractère était sans force, son esprit sans jugement. Les vices qui infectaient son âme n’y laissaient place à aucune vertu. Surpassant tous ceux qui l'avaient précédé en mollesse, en orgueil, en perfidie, en débauche et en cruauté; plus impudique que Messaline, plus intempérant que Vitellius, et plus insensé que Caligula, il reçutet mérita le nom de Sardanapale romain. .
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Sœmis, sa mère, encourageait ses dérèglements par sa tendrésse aveugle et par son exemple. Il n'était retenu que par un seul frein : son aïeule Mœæsa lui inspirait quelque crainte; elle était habile, prudente, spirituelle et ferme. Il la respectait; et si l'empire ne s’écroula pas alors sous le sceptre sanglant de ce tyran en délire, il dut son salut à la sagesse, à la prévoyance et au courage d’ une femme.
L'empereur demeura tout l'hiver à à Nicomédie. Le premier:iacte de son autorité fit connaître son ingratitude et sa férocité. Il donna l’ordre à ses soldats de tuer Gannys, qui l’avait élevé et placé sur le trône. Le seul crime de ce gouverneur était de lui avoir représenté la nécessité de réformer ses mœurs et de se commander à lui-même, s’il voulait se rendre digne de commander aux autre. Personne ne voulait obéir à cet ordre barbare; le jeune monstre l'exécuta lui-même, et plongea son poignard dans Je sein de son instituteur.
: Lorsque les lois sont sans vigueur, lorsque le crime heureux est couronné, tout homme audacieux croit pouvoir prétendre au trône. On vit de toutes parts. éclater des con- -spirations : un centenier, un médecin, un ouvrier en laine, osèrent successivement aspirer à l'empire, et trouvèrent quelques partisans pour les appuyer; maïs leurs complots furent promptement découverts et punis.
Héliogabale, arraché malgré lui aux délices de l'Asie, vint enfin à Rome; il y fit de grandes largesses au peuple, et lui donna de magnifiques spectacles, seuls hommages qu'on rendait encore à sa souveraineté. :
Lorsque l’empereur parut devant le sénat, il y introduisit son aïeule Mæsa, lui fit prendre séance, lui accorda le droit d'’opiner, etmarquasa place auprès des consuls. Ainsi, pour la première fois, Rome vit une femrne au rang des sénateurs. Îl fit plus : bravant les mœurs, la décence et la raison, il créa un sénat de femmes, destiné, sous la présidence de sa mère Sæmis, à régler les mœurs, les modes, à
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rendre des arrêts sur toutce qui concernait les jeux, les spectacles, les amours et les plaisirs.
Ce prince, ignorant et superstitieux, avait une vénération exclusive pour le dieu Hélagabale, dont il avait desservi les autels-en Phénicie. Il parait, par le nom de cette divinité, que c'était le soleil qu’on adorait en Orient, sous la forme très-bizarre d’une pierre noire taillée en cône.
Héliogabale fit transporter à Rome cette image, lui bâtit un temple, pilla tous les autres pour l’enrichir, et y transporta les statues. de Jupiter, de Cybèle, de Vesta, le bouclier sacré de Mars, le Palladium de Troie. Dans son fanatisme insensé, il s’écriait que les autres dieux n'étaient que des eselaves d’Hélagabale. Rien n’effrayait son audace sacrilége : il viola le sanctuaire de Vesta, en éteignit le feu, et fit venir d'Afrique l’image révérée de Céleste, ou la Lune, pour la marier à son dieu. Tout l'empire se vit forcé de célébrer ces noces ridicules, et de s’épuiser en présents pour les rendre magnifiques.
Héliogabale, se nommant lui-même souverain pontife du nouveau dieu, se fit circoncire; et poussant la superstition jusqu'au délire, il voulait se rendre eunuque. Sa mère et son aieule s'y opposèrent; mais elles ne purent l'empêcher d'offrir à son idole des victimes humaines, et de lui sacrifier les enfants de plusieurs patriciens.
- Dès qu'il eut renoncé au célibat, on le vit se livrer avec fureur à d’autres extravagances. Après avoir épousé quatre femmes et déshonoré une vestale, il déclara publiquement qu'il était lui-même femme, prit pour époux un esclave nommé Hiérade, et se laissa maltraiter et battre par lui, disant que le devoir d’une femme était de tout souffrir de son mari.
Le palais des césars devint alors un lieu public de débauchés. Héliogabale forma une académie de femmes pros: tituées et d'hommes sans pudeur, qui ne discutaient que des questions opecenes et n’accordaient de prix qu'aux vices.
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Rien n’égala le luxe de ce prince efféminé; ses vêtements de soie, ornés de pourpre et d'or, étaient couverts, jusqu'à la chaussure, de perles et de diamants. Les plus riches pierreries brillaient sur les étoffes magnifiques qui meublaient son appartement ; toutes les chambres du palais étaient garnies de fleurs et embaumées par les parfums précieux de l’Arabie. Ses matelas étaient remplis d’un duvet de plumes de perdrix; lé baume et l’ambre brûlaient la nuit dans les lampes qui l’éclairaient; ses tahles et ses chaises étaient d’or massif. Lorsqu'il sortait de son palais pour monter à cheval ou sur son char, on couvraitle chemin qu’il devait parcourir d’un sable d’or et d'argent. Ses chars étaient traînés par des éléphants, des chameaux, des cerfs, des ions des tigres, quelquefois par des femmes nues.
Absurde dans ses caprices, il fit rassembler un jour tous les rats, toutes les souris, toutes. les araignées qu'on put trouver dans Rome, voulant, disait-il, se donner une idée de la population de cette ville. Quelquefois il invitait à sa table huit borgnes, huit chauves, huit bossus, huit boiteux ; et, après s’être diverti à leurs dépens, il les forçait à combattre contre des animaux féroces. Réunissant un autre jour chez lui les personnages les plus distingués, il les faisait tirer à une loterie burlesque, où l’un recevait un lot de dix chameaux, l’autre de dix mouches, l’un des chiens morts, l’autre des bourses pleines d'or et de dia-
mants.
Montrant un: -mépris peut-être juste pour les Romains, qui se courbaïent sous son méprisable joug, il nomma son bouffon Eutychien préfet du prétoire, et l’éleva au rang de consul,
Tañdis qu'il déshonorait ainsi le trône par cette honteuse démence, Mœsa, qui s'était emparée du pouvoir, consolait l'empire par une administration juste et sage. Comme elle. prévoyait qu'on ne pourrait pas supporter longtemps l’humiliante domination de cet insensé, elle
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le détermina à déclarer au sénat que, n’ayant . pas d’enfants, son dieu lui avait ordonné d'adopter Alexandre, son cousin, fils de Mammée. Le sénat confirma l’adoption, et donna letitre de césar à ce jeune prince, |
Alexandre Sévère, élevé avec soin par son aïeule et par une mère vertueuse, offrait à l’espoir des Romains:la réunion de toutes les grandes qualités qui pouvaient relever leur gloire et assurer leur bonheur. L'inconstant Héliogabale,-s’enthousiasmant d’abord pour le successeur qu'il venait de se donner, voulut lui apprendre lui-même à " chanter, à danser; et, éomme il ne lui trouvait de. défauts que ses vertus, il tenta toutes sortes de moyens pour le eorrompre ;. maïs il ne put ébranler es principes gravés dans l’âme du jeune prince par Mammée.
Le peuple montrait autant d'affection pour le nouveau césar que de mépris pour l’empereuf. Héliogabale, jaloux et irrité, résolut de perdre celui qu'il n'avait pu séduire. J1 proposa au sénat de casser son adoption. Un profond ‘silence, qui pouvait alors passer pour du courage, lui montra le mécontentement public; le lâche tyran eut recours au poignard ef au: poison; mais la tendresse de. Mammée, le courage de Mæsa et la fidélité de la garde sauvèrent sa victime.
Les prétoriens, prenant ouvertement le parti d’Alexandre, se soufevèrent, investirent le palais, et n’accordèrent la vie à l'empereur qu’à condition qu’il promettrait de respecter les jours du prince, d’observer les lois et de changer de conduite. Héliogabale feignit d'obéir; mais
quelque temps aprés, 8 s'étant saisi du jeune Alexandre, il l’enferma et fit courir le bruit qu'il était dangereusement malade. À cette nouvelle, les cohortes prétoriennes, soup- .çonnant le crime, prennent les armes, éclatent en menaces et forcent l'empereur de conduire dans leur camp Alexandre, Mammée et Sæœmis ; Mœsa était à leur tête.
Héliogabale, contraint de céder, veut cependant encore : jouer le rôle de maïtre et punir les chefs de la sédition.
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Soutenu par Sœmis, par quelques officiers et par sès favoris, il veut arrètér les rebelles; Mœsa et Mammée les encouragent à se défendre; le combat ne pouvait être ni long ni indécis; les faiblés courtisans de l’empereur sont aussitôt défaits et massacrés qu'attaqués; lui-même il se
sauve dans un égout avec sa mère; les soldatsles y poursuivent, les trouvetit étroitement embrassés, les égorgent sans pitié, tranchent leurs têtes et traînent JOURS op dans la rivière.
Eubalus, intendant du palais, Fulvius, préfet de Rôme, et tous les favoris d'Héliogabale furent mis en pièces. Le sénat effaça le nom de’ ce lâche prince de ses registres, et défendit par un décret à aucune femme de er ét d'opiner dans ses assemblées. 7 É
‘ Héliogabale périt à e-teu ans : il n'en avait régné que. quatre. Ce monstre indigne du trône n'occupä de place convenable à $es mœuts que dans 1 ‘infème égout où il termina sa honte et sa vie.