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CHAPITRE XXVIL GORDIEN

(An de Rome 991-997. — De Jésus-Christ 239-245.)

Portrait du jeune Gordien. — Son administration. — Victoire d’Aurélien. — Guerre en Orient. — Victoires de Gordien. — Mort de Mysithée, préfet du prétoire. — Perfidie de l’Arabe Philippe. — Révolte dans l’armée, excitée par Philippe. — Mort de Gordien.

L'empire romain, triste jouet de l’inconstance des armées, à peine échappé au joug d’un Goth féroce, voyait sa destinée soumise à un faible enfant. Gordien, âgé de quatorze ans, descendait, par son père, des Gracques, et par sa mère, de Trajan. Si sa naissance rappelait de nobles souvenirs, son caractère donnait de douces espérances. IL était bon, sensible, enjoué, aimait à s’instruire, et se composait une bibliothèque qui contint bientôt soixante-deux mille volumes. «Je voudrais tout savoir, disait-il, pour « n'être trompé sur rien. »

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En peu de temps il sut se concilier l’affection générale. Les sénateurs et les soldats le nommaient leur fils, le peuple sa joie et ses délices, et il paraissait faire consister son unique gloire à mériter leur amour.

Dans les premiers moments, livré aux conseils dangerenx des flatteurs et des affranchis qui s’empressaient de l’entourer, il montra quelque penchant pour ces plaisirs dangereux qui corrompent si promptement une. âme jeune et tendre ; maïs si sa vie privée n’était pas alors exempte de reproclies, il soumitsa conduite publique à un conseil composé des personnages les plus distingués par leurs talents. et par leur expértence. Dirigé par leurs lumières, il mintint l’ordre et fit régner la justice. Sabinus tenta de se révolter en Afrique contre lui; mais il fut battu et conduit en prison à Carthage.

Un affreux tremblement de terre renversa plusieurs villes en Italie; Gordien répara leurs pertes avec magnificence : les eourtisans redoublaient cependant d'efforts pour l’éloigner de la vertu; un heureux lien l’arrêta sur la pente du vice. I épousa Furia Sabina Tranquillina, fille de Mysithée, sénateur estimé, guerrier habile, philosophe courageux, orateur éloquent. Bientôt Mysithée, nommé par lui préfet du prétoire, s'empara de toute sa confiance par- une voie qui réussit ordinairement mal dans les cours : il lui dit la vérité, combattit ses passions et l’éclaira sur ses erreurs. Gordien, docile à ses avis, bannit de son -palais les corrupteurs

. de sa jeunesse, et fit à son beau-père le noble aveu de ses

fautes et de sa faiblesse pour des hommes qui cachaïent leur pervérsité sous le voile de la vertu : « Hélas ! mon père, lui « écrivait-il, que les princes sont malheureux ! La foule qui « les environne semble n’avoir d’autre but que de leur ca- « cher la vérité. » :

Gordien, après avoir rétabli le calme dans Rome , S'oCcupa de l’embellir. Il construisit autour -du Champ-de-Mars de maguifiques galeries, soutenues par des colonnes. Son administration, aussi ferme que douce, rassurait les provinces et contenait les Barbares. Aurélien, que la fortune éleva

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depuis à l'empire, se trouvant alors tribur d’une légion établie à Valence, dans.les Gaules, remporta une victoire éclatante sur les Francs, peuple de Germanie, réservé parle sort à une si brillante destinée, et dont l’histoire prononce à cette époque le nom pour la première fois (an 241}.

L'empereur, jouissant d’une gloire pure, heureux du bonheur qu’il donnait, recevait de toutes parts les hommages d’un empire qui lui devait depuis quatre ans la jouissance d’une profonde tranquillité, lorsque. l’ambition de Sapor, roi de Perse, le força de sortir de ce repos et de prendre les armes.

Les Perses attaquèrent les Romains, pénétrèrent en Syrie, et s ’emparèrent d’Antioche. A cette nouvelle, le sénat fit ouvrir le temple de Janus. Depuis, on ne > pratiqua pus cette antique cérémonie.

Gordién, à la tête de son armée, se rendit par terre ent ” Orient; il voulait, avant de passer en Asie, chasser les Goths qui- inondaient la Thrace. La fortuné accompagna ses armes; il battit les Barbares, les mit en déroute et les contraignit de regagner leurs frontières. Un seul de leurs chefs, nommé Philippe, résistant à ses efforts, le repoussa et se maintint dans une contrée de la Thrace où il s'était fortifié. L’empereur, arrivé en Syrie, vengea par des suc: cès rapides l’injure faite aux armes romaixies, repoussa les ennemis en plusieurs rencontres, défit Sapor en bataille rangée, reprit Antjoche , étse rendit maître de Carrhes et de Nysibe.

Mysithée » préfet du. aire dirigeant la valeur ardente du jeune prince, montrait autant d’habileté dans les camps que de sagesse dans le conseil. Comme ‘il voulait rendre durables les fruits de cette guerre, il fortifia les villes, remplit les magasins, et tout faisait espérer que Forgueil des Perses serait longlemps abattu ; mais ce sagè ministre savait prévoir les dangers et non la trahison. Trompé par les fausses protestations de dévouenient d’un Arabe nommé Philippe, qui avait surpris son estime pàr son esprit, par son intelli-

[239-245 de J.-C.) GORDIEN. 391 gence et par sa bravoure, il l’avança dans l’armée, le placä près de l’emperéür et tui donna ün grade important dans la garde. Le perfide, dévoré d’ambition, ne put voir de si près le trône sans désirer d’y monter. Le meurtre de son bienfaiteur fut le premier degré de son élévation; Mysithée mourut sübitement, et tous les historiens accuserit Philippe de l'avoir empoisonné.

La main qui commit le crime réstait cachée : l’imprudent Gordien, fidèle encore aux conseils de son beau-père après sa mort, se livre aveuglément à l’ingrat qu'il lui avait recommandé; il confie sa garde à Philippe, et lui donne le commandement de l’armée. L’adroit Arabe, après s’être concilié l’affection des troupes en relächant les liens de Ia discipline, fait accaparer tous les vivres par ses agents, produit ainsi une disette factice, et l’attribue perfidement à la négligencé de l’empereur. L'armée ve plaïnt, s’agite, s’émeut, et des murmures passe rapidement aux menaces. Gordien, affligé des souffrances réelles de l’armée, et incapable dé soüpçônner la trâähison de son nouveau favori, lui accordait . une tellé confiance, que plusieurs historiens ont cru qu’il l’avait associé à l’empire. Promettant aux soldats de pourvoir'à leurs besoins, de faire droit à leurs plaintes, il redoublait leur mécontentement én suivant les conseils du perfide qui méditait sa perte. Bientôt la fureur de l’armée ne connaît plus de bornes; elle déclare Gordien incapable de régner. Le jeune prince, qui r’avait plus d'appui que son . courage et de garde que sa vertu, se présente aux regards des rebelles, leur rappelle ses bienfaits, ses travaux, ses victoires : « Pourquoi, dit-il, après m’avoir élevé dans mon « enfance au trône, m’en jugez-vous indigne aujourd’hui, «e lorsque depuis six ans j’en äi rétabli la gloire? Comme « j'ai partagé vos dangers, je souffre de vos privations ; je «suis plus affligé qu’irrité de votre égarement ; il vous fait « diriger contre votre compagnon d’armes ces glaives qui ne « doivent frapper que l’ennemi. Si rien ne peut vous rapwpeler à vos devoirs, si vous voulez me donner la mort,

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« croyez que ce n’est point la vie, mais votre affection que « je regrette ; je préférerais le modeste emploi de préfet du « prétoire, avec votre amour, au titre d’empereur, avec vo- «tre haïne. »

Un discours si touchant amollissait ces hommes féroces, les armes tombaient déjà de leurs mains; mais Philippe et ses agents, craignant les vengeances de Rome si le crime était découvert sans être consommé, irritent les soldats par de faux rapports, les avertissent que- Gordien les trompe, qu’il fait venir des troupes pour les châtier. Leur colère se réveillé; ils étouffent tout sentiment de devoir et d'humanité ; neuf des plus furieux se jettent sur ce malheureux prince et le poignardent. Gordien mourut à l’âge de vingt ans. Il én avait régné six. Tout l’empire pleura sa perte; l’armée même, honteuse de sa violence, consternée de son crime, et rendant justice à la vertu qu’elle avait immolée, grava sur le tombeau de l’empereur cette inscription en plusieurs langues : « Au divin Gordien, vain- « queur des Perses, des Goths et des Sarmates : il a pacifié «lempire et triomphé de tous nos ennemis, excepté de « Philippe. »

Ce fut sous le règne de ce prince que mourut Hérodien, historien remarquable par la clarté et l'élégance de son style; mais on y chercherait en vain l’exactitude, la vérité, la force qui caractérisaient les écrivains du grand siècle. La littérature tombait alors en décadence comme

l'empire.

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