‹ Histoire RomaineChapitre 53 sur 73 · de J.-C.) . DÉCIUS · texte numérisé non relu

de J.-C.) . DÉCIUS

faient la voix de l'humanité et le cri de la nature ; la haine divisait toutes les familles; le fils dénonçait son père, la mère livrait son fils, le frère égorgeait son frère; la terre . se couvrit de victimes, le ciel se remplit de martyrs. Fa- , bien, évêque de Rome, Babylas d’Antioche, Alexandre de Jérusalem, scellèrent les premiers leur foi de leur sang. La terreur opéra de fausses apostasies. Un grand nombre d'hommes faibles sacrifièrent aux idoles; plaints parleurs frères, méprisés par les païens, on les appelait les ombés ; mais ils se relevèrent de leur chute après la persécution, et l'Église, qui était alors indulgente, parce qu 'elle n’était pas dominante, leur pardonna. l = Les hommes courageux qui.ne voulaient point, pour racheter leur vie, abandonner lâchement un culte qu'ils croyaient vrai, quittèrent le monde, s’enfoncèrent dans les solitudes, et se firent ermites, redoutanf moins Îes périls des déserts que les crimes des cités, et la cruauté des lions que la fureur de leurs concitoyens.

Paul fut en Égypte le premier anachorète; bientôt son exemple fit une foule de prosélytes; peu à peu les désordres de l'empire, le délire des monstres qui le déchiraient, le débordement des vices, le spectacle affreux de tous les crimes commis par la tyrannie et soufferts par la servitude, tournèrent vers le ciél les espérances des hommes vertueux. Détachés d'un monde où l’on ne voyait plus ni justice ni Hberté, tous ceux qui, autrefois, avaient com-

battu dans les camps, brillé à la tribune, servi la patrie E

en toge ou en armes, se cachèrent dans d’obscures retraites, s s'éloignérent de tout emploi public, et, pour échapper au service militaire, peuplèrent les églises, les couvents, les ermitages, et même les cavernes. L'empire, se trouvant ainsi privé des bras qui avaient le plus de force, des âmes qui conservaient le plus d'énergie, vit progressivement sa vigueur s'épuiser, et né fut plus en état d'opposer aux Barbares que des citoyens” sans mœurs et des soldats sans courage.

398 EMPIRE. [de 3.0, 249-251]

Pendant ce temps, les peuples sauvages du nord de l’Europe augmentaient rapidement leurs forces et leur population ; leur audace croissait en proportion de l’affaiblissement de l’empire : ils ne se civilisaient point assez pour s’amollir, mais, appelés par une fausse politique dans les rangs des légions, ils y apprenaient l’art qui, jusque-là, avait soul manqué à leur vaillance. Tous les efforts de Rome, impuissants pour les subjuguer, se bornaient depuis longtemps à les contenir; on regardait comme un triomphe de les arrêter, et leurs invasions se renouvelaient sans cesse,

Décius, informé que les. Goths, plusieurs fois battus, ve- naïent de rentrer dans la Thrace, laissa la régence de l’empire au sénat, sortit de Rome, parcourut l’Asie pour en fortifier la frontière contre les Perses, et marche ensuite pour attaquer ces Barbares, qui l’attendirent intrépidement, et lui livrèrent bataille. Il les enfouça, les battit complétement, et leur tua trente mille hommes, Le reste, prenant la fuite, trouva sa retraite coupée par une. partie de l’ar- mée romaine, .que commandait Tribonianus Gallus : le roi des Goths, croyant sa ruine certaine, demanda la paix, se soumit aux conditions qu'on voudrait exiger, sollicitant . pour toute grâce la liberté de se retirer et de-rentrer dans son pays.

L'empereur, qui voulait et comptait détruire les Goths, rejeta léur proposition et continua de les poursuivre. Son triomphe paraissait certain ; mais Gallus, cédant au désir d’une läche ambition, trahit son chef pour le perdre, et sa patrie pour la gouverner. Il négocia secrètement avec le roi barbare, et lui ouvrit le passage qu’il était chargé de garder. Décius, ignorant cette trahison, marche avec confiance, tombe dans une embuscade, et se voit de toutes parts environné d’ennemis, Sa fermeté, ranimant ses troupes, opposa longtemps le courage au nombre ; il écarte à grands coups la foule qui le presse; son fil tombe mort à ses pieds. « Soldats, s’écrie-t-il, que ce malheur ne vous décourage « pas ; un combattant de moins ne doit entraîner ani la perte

. (83-283 de J.-C.] GALLUS. , .909

« d’une bataille ni.la ruine d’un État: » Après avoir longtemps déployé, sans espoir de secours, une valeur héroïque, .8e voyant près d’être saïsi par les Barbares, il ponssa son cheval dans un marais profond, où il disparut avec lui. Tous ses soldats furent massacrés ; on n’épargna que les légions commandées par Gallus : sa trahison lui hissait une indigne sécurité au milieu des Barbares. | Décius n’avait régné .que deux ans et six mois; sa vaillance et sen: dévouement à la gloire -romaine le rendaient digne dé porter le nom'de Décius, . -

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