‹ Histoire RomaineChapitre 57 sur 73 · GALLIEN · texte numérisé non relu

GALLIEN

(An de Rome 1012-1020.—De Jésus-Christ 260-268,)

Tableau du règne honteux de Gallien. — Sonélévation à l'empire. — Son portrait. — Dégradation du sénat. — Invasion des Barbares. — insouciance de Gallien. — Anarchie militaire. — Ambition des généraux. — Règne dts trente tyrans. — Révolte da Macrien. — Sou élévation à l’empire, — Sa victoire sur les Perses, — Auréole est nofhmé empereur. — Mort de Macrien et de son fils — Succès d’Odénat, roi de Pal- ) myre. — Mort d'Odéuat et de Méon, son assassin. — Élévation de Zénobie au trône, — Révolte à Alexandrie. — Insurrection en Mœsie. — Posthumius est proclamé empereur. — Guerre entre Gallien et Posthumius. — Mort de Posthumius, — Kègne. de Tétrious. — Mort de Gallien, de son fils et de Valérien. |

Rome, sur le penchant de sa ruine, ne pouvait chercher un remède à ses maux et un terme à l’anarchie militaire dans l'établissement d’un trône héréditaire. L'élection, soit qu'elle vint du sénat ou du peuple, soit qu'ils ne. fissent que confirmer le choix des armées, satisfaisait l’amour-propre des Romains : c'était encore une ombre de liberté; l'adoption même leur paraissait préférable au hasard de la naissance ; et, par un sort remarquable, l’expérience vint encore joindre : sa force à celle des mœurs pour les empêcher de perpétuer le pouvoir dans une famille. Un grand nombre d'empereurs élus et de princes adoptés avaient relevé la gloire de l’empire, étendu ses limites et retardé sa décadence, tandis que, excepté Titus, tous ceux qui avaient

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succédé à leur père, tels que Domitien, Caracalla, Commode, Héliogabale, n'avaient été que de vils et lâches tyrans.

Le règne de Gallien dut, plus que tout autre, fairé craindre au peuple ia transmission du pouvoir par droit de naïssance. Ce prince, que son père Valérien avait décoré du titre de césar, flétrit son nom par son ingratitude 5; le souilla par ses débauches, le rendit odieux par sa férocité, et livra par sa faiblesse , aux fureurs des factieux et aux ravages des Barbares, ce vaste empire qui, démembré pendant sa vie, aurait infailliblement péri si quatre princes habiles et courageux, élus successivement par le sénat, n'étaient venus rassembler ses débris, relever sa force, et lui rendre pour quelque temps une nouvelle existence.

Valérien languissait dans les fers, le sénat, le peuple et les armées reconnurent Gallien comme seul empereur. Nul ne semblait devoir être plus animé que lui contre les Perses; il avait à la fois son père à délivrer et l'empire à venger ;

- mais les hommes sont plus gouvernés par leurs passiqns

que par leur devoir, et leur intérêt même cède à leur caractère. Gallien, doué d’une imagination vive, s'était montré dans sa jeunesse éloquent orateur, poëête élégant; il avaît cultivé la philosophie, et Plotin, célèbre alors, lui avait inspiré tant de goût pour la doctrine aéadémique, qu'il voulut, dit-on, fonder en Campanie une république

organisée comme celle de Platon. Les plus habiles géné-

raux lui apprirent l’art de la guerre, dans les Gaules et dans la Germanie. 11 avait combattu avec courage et succès sous les ordres du fameux Aurélien. Rome fondait sur lui de grandès espérances; il n’en réalisa aucune. Son caractère était sans force, son esprit sans jugement, son ardeur sans constance, son âme sans vertus, il n’avait du courage que par accès, s’arrachait avec peine à la mollesse, lorsque l'intérêt de sa vie où de son pouvoir l’exigeait impérieusement, et retombait ensuite dans son indolence, entraîné par la forée de ses vices.

(260-268 de J.-C.] GALLIEN. 103

Voluptueux comme Héliogabale , débauché comme Néron, étranger à tout sentiment de gloire et de patriotisme, il n’aimait dans le pouvoir suprême que la funeste liberté de se livrer sans frein aux plus honteuses voluptés ; régner, pour lui, c'était jouir, et il lui importait peu que le trône füt avili, que l'empire füt démembré , et que les étrangers outrageassent la majesté romaine pourvu que son repos dans Rome ne fût point troublé, et qu'on le laissât jouir d’une table délicate et d’un palais somptueux, rempli d’histrions, de courtisanes, et qui ressemblait plus au sérail d’un monarque d'Orient de à la cour d’un empereur romain.

Son ingratitude pour son père dévoila promptement sa bassesse et sa lâcheté. La captivité de Valérien, loin de l'indigner et de l’exciter à la vengeance, ne parut à cette âme vile qu’un événement heureux, puisqu'il l’élevait au trône. Il en parla au sénat avec une indifférence qu’il voulait faire regarder comme stoïique. « Je n’ignorais pas, « dit-il, que mon père était soumis, comme tout autre « homme, aux vicissitudes humaines. »

Le premier acte de son autorité compléta la dégradation du sénat. Comme il craignait l’ambition des membres de, ce corps et leur influence sur les armées, il défendit par un

décret aux sénateurs d'exercer aucun emploi militaire. La

vanité en gémit d’abord, la peur s’y soumit, la mollesse s’y accoutuma ; et le résultat de cette loi honteuse fut de ne fermer les avenues du trône qu'aux personnes les plus illustres, les plus dignes d'y prétendre, et de les ouvrir aux aventuriers, et même aux Barbares que leur féroce vaillance plaçait alors dans les rangs de l'armée, et faisait souvent parvenir aux premiere grades.

L'exemple des saccès de Sapor, le spectacle d’un empereur romain réduit en servitude, et l’indolence de Gallien, excitérent tous les anciens ennemis de Rome à l’attaquer. Les Germains, franchissant les Alpes , poussèrent leurs excursions jusqu’à Ravenne ; les Francs ravagérent les

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