‹ Histoire RomaineChapitre 58 sur 73 · EMPIRE. (de J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. (de J.-C

Gaules: une autre partie de cette confédération belliqueuse, bravant l'Océan sur de frèles vaisseaux, débarqua en Espagne et prit Tarragone ; les Goths et és Scythes exercèrent d’affreux ravages dans l’Asie Mineure et dans la Macédoine ; les Quades et les Marcomans se rendirent maitres de la Dacie, de la Pannonie, et les Perses de la Syrie.

Les fléaux du ciel se joignirent à ceux de la terre ; une peste affreuse dévastait l’Italie : au milieu de ce désordre, l’empereur, tranquillement occupé de festins, de spectacles, se montrait aux Romains en robe asiatique: ses cheveux étaient couverts d’une poudre d'or, pour imiter la couleur de ceux d’Apollon. On le voyait aux bains publics, accompagné d’une foule-de courtisanes éhontées; il en sortait pour consacrer la nuit à des festins dont le luxe rappelait celui de Vitellius. Insensible aux calamités de l'empire, il recevait avec insouciance les nouvelles les plus désastreuses. Lorsqu'on lui annonça la révolte des Égyptiens : « Ne pouvons-nous pas, répondit-il en riant, « vivre sans le lin d'Égypte ? » Lui parlait-on de la perte de l'Asie : « Eh bien ! nous nous passerons de soie ; » de l'invasion des Scythes : « Nous chercherons ailleurs du sal-

à pêtre ; » de la défection des Gaules : « Qu'importe ! l'É- « tat peut subsister sans les casaques et sans les draps « d'Arras. » |

Cette lâche apathie inspirait, non-seulement un juste mépris, mais le désir général de trouver hors de Rome une force qui püt défendre et sauver l'empire , puisqu'on ne pouvait espérer aucun appui d’un sénat dégradé, d’un peuple esclave et d’un prince corrompu.

Il existait encore dans les cämps des hommes habiles, vaillants et fermes, prêts à exposer leur vie, soit pour délivrer leur patrie, soit pour illustrer leur nom, soit enfin pour élever leur fortune. Valérien, éclairé par une longue expérience, avait confié sur toutes les frontières le commandement des légions à des chefs vieillis dans les combats; et comme le mérite et non la faveur dictait ses

choix, presque tous ceux qu’il nomma répondirent à san attente par leurs succès. Mais sous le faible Gallien, tous ces généraux, indignés des affronfs que recevait l'empire, : ét honteux d’obéir à un chef qui ne savait pas commander, augmentèrent les maux de l'État, en voulant chacun s'emparer du gouvernement pour le sauver du naufrage.

Lorsque personne n’a de droits antiques et reconnus, tout le monde a des prétentions, et chacun des généraux dont le nom était honoré par quelques victoires crut pouvoir, sans présomption, aspirer à l'empire. Ainsi, au moment où toutes les provinces étaient envahies par une multitude de peuples barbares, on vit les armées romaines élire at pour empereur le général qui la comman- dait. Tous unis pour détrôner Gallien, ils se déchiraient entre eux pour lui succéder. Cette anarthie militaire fit porter le nom de césar à trente tyrans, dont la plupart, aussitôt renversés qu'élevés, parurent et s'évanouirent comme dés ombres.

Quelques-uns, plus puissants, plus habiles ou plus heureux, tels que Posthumius, Victorin et Tétricus dans les Gaules, Auréole en Illyrie, Odénat et Zénobie en Orient, jouirent plusieurs années de leur puissance et. partagèrent avec le prince qui régnait à Rome un empire que leur courage avait su défendre contre les Barbares.

Macrien, dont la trahison avait causé la ruine de Valérien, leva le premier l’étendard de la révolte. Il fut élu empereur par l’armée d'Orient, sans cesse attaquée par les Perses, et qui ne recevait de Rome ni ordres, ni argent, ni renforts. On donna le titre de césar à ses deux fils, Macrien et Quiétus.

Macrien, par un succès éclatant, justifia d'abord le choix des troupes : il livra bataille aux Perses et les défit. Apprenant ensuite que les légions qui se trouvaient en Grèce venaient de donner l'empire à Valens, il marcha contre lui. Pison, qui commandait son avant-garde, repoussé dans une première attaque, se retira en Thessalie, et prit aussi

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le titre d'empereur. Valens le poursuivif, le vainquit, le tua, et fut lui-mème ensuite massacré per ses soldats, dont il voulait réprimer la licence.

Macrien, enhardi par la mort de ses dete concurrents, forma le dessein de passer en Italie. Laïssant l’armée d’Orient sous les ordres de Quiétus son fils et de Baliste, il se rendit en Thrace à la tête de quarante mille hommes, et en chassa les Goths. Continuant' sa route, il entra dans l'Ilyrie ; mais un obstacle qu'il n’avait pas prévu l’arrêta dans sa marche. Auréole, qui commandait en Illyrie et en Dalmatie, s'était vu forcé par ses légions de recevoir le titre d’empereur. Ce fardeau, plus dangereux que désirable, obligeait celui qui le portait à vaincre eu à périr. I livra bataille à Macrien, qui fut tué dans le combat, ainsi que son fils. Ce succès rendit Auréole si puissant, que Gallien, n’osant le combattre, conclut la paix avec lui.

Dans ce même temps, l’orgueil de Sapor reçut un juste châtiment, et créa dans l'Asie une puissance nouvelle.

Odénat, prince de Palmyre en Syrie, était chef d’une faible tribu d’Arabes nommés Sarrasins ; redoutant le voisinage et la puissance du roi de Perse, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lui offrir son hommage et de riches présents. Sapor les reçut avec mépris, joignit la menace à l’insulte, et fit jeter les présents dans la rivière, en ordonnant aux députés de dire à leur prince « qu’ devait luimême venir se prosterner aux pieds de son maître, les mains liées derrière le dos. »

Odénat, indigné d’un tel affront, et excité àla vengeance par sa femme Zénobie, princesse habile et fière, également célèbre par son courage, par son esprit et par sa beauté, prend les armes, se déclare roi de Palmyre , lève des troupes, les grossit par de rapides succès, étonne l’ennemi par l'audace de ses entreprises, réunit ses forces à celles des Romains , reprend la Mésopotamie, Nisibe et Carrhes, se voit bientôt ä la tête d’une puissante armée, livre bataille au roi de Perse, taille en pièces ses troupes,

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s 'empare de ses femmes, de son trésor, et le poursuit jusqu'à Ctésiphon.

Gallien, heureux d’avoir vaincu sans combattre, nomma Odénat général des armées d'Orient. Le roi de Palmyre

parcourut la Perse en conquérant, la Hvra au pillage, et-

réduisit en servitude plusieurs satrapes prisonniers qu'il envoya à Rome. L'empereur, pour le récompenser d'avoir fait ce que lui-même aurait dû faire, ét trouvant plus

doux de partager l'empire que de te défendre, donna au

vainqueur le titre de eésar, et accorda celui d'auguste à Zénobie et à ses enfants. Cette faiblesse pouvait s'excuser en l’attribuant à la reconnaissance; mais il acheva de se couvrir d’opprobre et de ridicule en triomphant lui-même publiquement des Perses, qu’un autre avait vaincus.

Un méprisable bouffon troubla, par une sanglante raillerie, ce triomphe indécent et puéril. Voyant une foule d'esclaves achetés dans différents pays pour jouer dans

cette cérémonie le rôle de captifs, il courut dans leurs

rangs, demandant à haute voix s’il ne pourrait pas trouver parmi eux l’empereur Valérien.

Odénat, poursuivant ses succès, soutenait dignement le rang où l'avait élevé son courage ; il comhattit, défit et tua Quiétus, fils de Macrien, ainsi que Baliste, qui tous deux venaient d’usurper le titre d’empereur. L'Orient, pacifié, reconnaissait les lois d'Odénat ; une lâche trahison termina se gloire et sa vie. Méon, son neveu, jaloux des préférences et du pouvoir qu'il accordait à son fils Hérode sur ses autres enfants et sur toute sa famille, forma une conspiration contre lui, l’assassina, poignarda aussi Hé-

rode, et périt lui-même sous les coups de ses complices,

au moment où il venait de prendre audacieusement la couronne. |

Zénobie seule fut reconnue digne de l’empire par les troupes, par les grands et par les peuples d’Asie. Diri-

geant son époux par ses conseils, elle l’avait secondé dans les combats. On admirait également ses charmes, sa

fierté, ses vertus, son audace. On trouvait en elle la douceur d’une femme et le courage d’un homme. Son mérite personnel suffisait pour inspirer la vénération; maîs le vulgaire y joignait celle qu’attire une antique et illustre ori-

gine : on la croyait issue, par ses aïeux paternels, de S6-

miramis, et, par $a mère, de Cléopâtre. Gallien, beaucoup moins digne qu'elle du trône, dédaigna de l’admettre au partage de l'empire : ïl envoya des troupes et des généraux contre elle; ils furent vaincus, et Zénobie jouit de sa puissance et de sa gloire jusqu'au règne d’Aurélien,

Toutes les parties de l'empire se trouvaient tellement

disposées à la révolte contre un chef méprisable, que sou-

vent la plus légère étincelle suffisait pour faire éclater le

feu de la sédition. Une rixe entre un esclave et un soldat, dans la ville d'Alexandrie, excita du tumulte : les troupes et les citoyens y prirent part; l'autorité civile voulait répri- .mer ce désordre, les légions se mutinèrent et proclamèrent empereur Émilien leur commandant. Mais Théodat, envoyé par Gallien contre lui, le prit et le jeta dans une prison, où il mourut.

L'Afrique avait aussi nommé un césar; Celsus, général

estimé, soutenait son nouveau titre avec sagesse et courage:

mais Galliéna, parente de l’empereur, et qui se trouvait alors

à Carthage, paya des assassins qui le poignardèrent. ‘Trébellianus s'était révolté et couronné dans l'Asie Mi-

neure. Les troupes de Gallien le défirent et le tuèrent. :

Censorin, consul, tenta la même fortune, et éprouva le mème sort. | | …

Une insurrection plus effrayante éclata peu après en Mœsie : les légions qui défendaient cette province portèrent à l'empire Latius Ingénuus : cé concurrént parut assez rédoutable à Gallien pour le forcer à sortir de son indolence, et à marcher en personne contre lui. Arrivé dans son camp, il - parut retfouver son ancien courage, livra bataille, remporta la victoire, poursuivit Ingénuus, le prit et l’envoya à la mort. La générosité est une vertu trop élevée pour trouver

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place dans une âme basse et lâche: Gallien ne fit grâce à personne ; habitants et soldats, tout fut exterminé. Trébellius Pollion nous a conservé l’ordre infâme que ce prince envoyait à Verrianus, son lieutenant : « Vous ne remplirez « pas mes intentions, disait-il, si vous ne faites subir la mort « qu’à ceux qui portent les armes: il faudrait massacrer. « tous les mâles dans cette contrée rebelle, si l’on pouvait « ôter la vie aux vieillards et aux enfants sans encourir trop « de blâme. Je vous ordonne d’envoyer au supplice quicon- « que a mal parlé de moi ; tuez, déchirez, mettez en pièces « ces misérables; conformez vos sentiments aux miens, que « vous fait connaître cette lettre écrite de ma main. »

Cette vengeance atroce révolta la province et les troupes; elles proclamèrent empereur Régilianus, Dace d’origne, et descendant du roi Décébale. Le nouveau césar, après avoir forcé Gallien à la retraite, combattit les Sarmates avec succès : mais, peu de temps après, attiré dans une embuscade par les Roxolans, il y périt.

Jusqu’alors Posthumius, un des plus habiles généraux de Valérien, avait maintenu la tranquillité dans les Gaules. Galien jui envoya son fils Salonin, sous le prétexte de lui faire apprendre l’art militaire sous un si bon chef, mais dans le dessein réel d’épier et de perdre un général dont il était jaloux. Le jeune prince, orgueilleux, cruel et débauché comme son père, blessa la fierté des Gaulois; ils l’assassinèrent. Posthumius, proclamé empereur par les suffrages unanimes de la Gaule et de la Bretagne, remporta de si nombreuses et de si brillantes victoires sur les Francs et sur les Germains, qu’il reçut et mérita le surnom d’Hercule gaulois. Sans lui, sans Odénat et sans Zénobie, l'empire romain aurait dès lors été détruit. | |

Cette époque, comme tous les temps d’orages et de calamités politiques, produisit et développa de grands caractères. Ils seraient aujourd’hui plus honorés, si ce siècle fécond en hommes courageux et en grands capitaines n eût pas été stérile en historiens.

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Gallien porta ses armes contre Posthumius, qui venaït de s'associer Victorin. Cette guerre ne fut marquée par aucune action importante. L'empereur, ennuyé des camps, fatigué de ses faibles efforts, et vain de quelques légers succès, rentra dans Rome en triomphe. L’inconstance des Gaulois vengea bientôt Gallien du rival qu’il n’avait pu vaincre. Ils assassinèrent Posthumius avec son fils, et donnèrent la pourpre impériale. à Lollianus. Victorin, qui lui disputait l’empire, tomba sous le poignard d’un Gaulois dont il avait outragé la femme. Victorine, sa veuve, défendit courageusement son autorité ; mais, la mort lui ayant enlevé ses petits-fils, elle fit élire Tétricus, sénateur romain, qui signala son règne par plusieurs victoires sur les Barbares. IL soumit toute la Gaule à sa puissance. On vit encore trois autres usurpateurs , Gyriade, Saturnin et un forgeron Rommé Marius, se revêtir audacieusement de la pourpre impériale, qu’ils ne portèrent que peu de temps.

Le méprisable Gallien devenait de plus en plus odieux aux ‘Romains.’ Héraclien-et Marcien conspirèrent enfin contre lui, et profitèrent, pour exécuter leur dessein, d’une invasion qu’Auréole faisait alors en Italie. Après avoir pris Milan, Auréole se disposait à marcher contre Rome ; Gailien, forcé de sortir de sa stupeur, s’avança contre lui, le contraignit à la retraite, et l’enferma dans Milan, qu’il investit. Pendant le siége les conjurés, après s’être concertés secrètement avec Auréole, se rendent le soir à la table de Gallien. Au milieu du repas, Cécrops, un de leurs complices, accourt et prévient l’empereur qu’Auréole veut faire pendant la nuit une softie, dans le dessein de le surprendre et de l’égorger Gallien, dont la colère seule enflammait le courage, sort précipitamment de sa tente, monte à cheval et fait sonner Valarme. Cécrops, profitant du tumulte et de l’obscurité, s’approche de lui et lui enforice son poignard dans le flanc. Gallien son fils, et Valérien son frère, dont on estimait les vertus, payèrent de leur tète le malheur d’être liés par le sang à un monstre. Di

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Gallien mourut à l’âge de cinquante-cinq ans; il en avait régné neuf. En terminant sa honteuse vie, il laissa l'empire démembré ; l'Orient sous le joug de Zénobie ; l’Alyrie gouvernée par Auréole; les Gaules et l'Occident sous la domination de Tétricus et de Victorine ; la Thrace, la Macédoine, une partie de l’Asie Mineure en proie à la fureur des Goths et des

Scythes, et Rome dans l’anarchie et dans la terreur, attendant en silence le maître que devaient lui donner la volonté des soldats et les caprices de la fortune.

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