IV
trèrent en Italie, et ravagèrent tout le Milanais. L'empereur, qui les suivait avec trop d’ardeur, les ayant attaqués sans attendre la réunion de toutes ses forces, fit en vain des prodiges de valeur ; il perdit la bataille et se vit contraint de fuir.
La terreur se répandit dans Rome. Comme l’autorité est rarement respectée lorsqu'elle éprouve des revers, ce désastre fit naître des mouvements séditieux auxquels plusieurs sénateurs furent accusés d’avoir pris part. Aurélien, » effrayé lui-même des conséquences de sa défaite, ordonna de consulter les livres des sibylles ; et toutes les cérémonies pratiquées par les anciennes superstitions furent renouvelées, seit pour apaiser les dieux, soit pour rassurer les peuples.
Cependant l’empereur, ayant rallié ses Moines. et profitant avec rapidité du désordre que l’ardeur du pillage répandait parmi les Barbares, les attaqua près de Tano, les battit complétement, les poursuivit sans relàche, et en extermina une grande partie. Les Vandales lui demandèrent la paix ; et ce qui prouve à quel point l'influence des armées était alors parvenue, c’est que l’empereur se crut obligé de faire délibérer la sienne, pour savoir s’il accepterait ou non le traité qu'on lui offrait. Les soldats, las de la guerre , y consentirent ; la paix fut conclue, et on fournit des vivres aux Vandales pour retourner dans leur pays.
Aurélien entra Soul triomphant dans Rome, et punit de mort plusieurs sénateurs qui, l'abandonnent avec la fortune, s'étaient soulevés contre lui. Un d'eux, nommé Domitien, ne pat se plaindre de son sort. Bans les premiers jours de l’avénement d’Aurélien, voulant lui donner un conseil qu'il croyait analogue à la sévérité de son caractère, il lui avait éerit: « Vous avez deux moyens d'affermir . «votre pouvoir , l'or et le fer: employez l’un pour eeux «qui vous serviront, employez l'autre contre ceux qui « vous résisteront,» Ge lâche flatteur, voyant l'empe-
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reur vaincu, avait aspiré à l'empire : il périt, première victime du conseil qu'il avait donné.
L'empereur employa son séjour dans la capitale à faire
des règlements utiles et sages, mais qui tous portaient l’em-
preinte de sa sévérité. L’invasion des Barbares avait faittrembler Rome; il releva ses murs abattus, fortifia la ville, et agrandit son enceinte. Libre enfin d’exécuter ses grands
” desseins et de réunir les parties de l'empire démembré, il
partit de Rome pour combattre Zénobie.
Cette reine, que ses talents, que son audace, que sa fortune, sa gloire et ses malheurs rendirent immortelle, joignait tous les charmes d’un sexe à la force de l’autre; sa taille était majestueuse, sestraïts réguliers, son regard doux et plein de feu ; la perle orientale n’avait pas plus d’éclat que ses dents; son teint était brun, mais animé : la magnificence de sa parure rehaussait sa beauté. Elle aimaït le faste, etvoulait que sa cour égalât en splendeur celle des rois de Perse.
La singularité de son habillement répondait à celle de son caractère ; elle mèlait aux ornements d’une femme le luxe d’un guerrier; sa robe était couverte d’une cotte d’armes enrichie de pierreries; son diadème entourait un casque; elle combattait avec les soldats, le bras nu et le glaive en main ; souvent on la vit soutenir à cheval les plus longues fatigues, et marcher à pied pendant plusieurs milles à la tête des troupes. Didon, Sémiramis et Cléopâtre étaient ses modèles : fermeté dans le commandement, courage dans les revers, élévation dans les sentiments, assiduitéau travail, dissimulation dans la politique, audace sans frein, ambition . sans bornes, tels étaient les défauts et les qualités de cette femme célèbre, qui réunit en elle toutes les vertus et tousles vices des héros, sans montrer une des faiblessesde son sexe. On vantait sa chasteté comme son courage, et elle ne connut : d’amour que celui de la gloire. Elle avait eu de son époux Odénat trois trois fils, Hérennianus, Timolaüs et Vaballath :
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le nom du premier était latin ; le second, grec ; le troisième, syrien. Fière du titre d’auguste, aveuglée par ses succès et trompée par sa fortune, elle espérait que l’un de ses enfants régnerait dans Rome, l’autre en Grèce, et le dernier en
- Asie.
Mélant à proposla douceur à la sévérité, prodigue d’or et d’honneurs pour ceux qui servaient ses desseins, elle égala en habileté les plus grands rois. Amie des lettres, elle honora de sa confiance et combla de ses faveurs le célèbre Longin, qui trouva souvent dans le génie de cette reine le modèle du sublime qu’il nous apprit à connaitre et à définir.
Zénobie, instruite par ses leçons, s’exprimait avec éloquence dans les langues grecque, égyptienne et syrienne. Elle entendait le latin, mais ne le parlait pas. Appliquée particulièrement à l’étude de l’histoire, elle la regardaitcoamme la science des princes; et on prétend qu’elle “écrivit ellemème celle de l’Égypte sous le règne des Ptolémées, dont elle prétendait descendre. Les auteurs de ce temps placent, sans raison, Zénobie au nombre des trente tyrans qui démembrèrent le colosse romain. Odénat avait été associé à l'empire par Gallien : elle-mème reçut le titre d’auguste; l'Orient l’élut librement; et; sans doute, elle pouvait prétendre avec quelque droit, pour ses enfants, au gouvernement d’un empire que les Perses allaient renverser, et qui ne fut sauvé dans l’Orient que par son bras et par son génie. | |
Tandis que Claude, occupé de la guerre des Goths, s'était vu forcé de laisser l’Asie sous les lois de la reine de Palmyre, Zénohie, qui s’était formé un parti en Égypte par les intrigues d’un habitant d'Alexandrie nommé Timagène, envoya dans cette contrée une armée de soixante-dix inille hommes sous les ordres de Zabdas, général habile. Les Égyptiens furent promptement vaincus par lui; mais Probatus, qui commandait une des flottes de Claude, informé de cet événement, débarqua des troupés qui remportérent d’abord quelques avantages sur les Palmyréniens. Ce succès
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ne fut pas de longue durée : Zabdas raia son armée; livra bataille à-Arobatus, le défit, letua ; et, depuis cette victoire jusqu’au règne d’Aurélien, toute l'Égypte reconnut les lois de Zénobie, qu'on appelait la reine d'Orient, et qui faisait porter à ses fils la couronne et le titre d’empercur romain.
Aurélien, triomphant des obstacles que les Barbares oppasaient à sa marche, traversa, en les eombattant, l’Esclavonie, la Thrace, s’arrêta quelques jours.à Byzanee, et descendit dans l’Asie Mineure à la tète d’une forte armée. 11 se rendit facilement maitre de toute la Bithynie, nù les efforts de Zénobie n’avaient pu réunir qu’un faible parti, En Cappadose, tout se souùmit à lui. La ville de Tyane seule refusait de lui ouvrir ses portes, et il avait juré de. la détruire. Un des habitants de cette ville trahit ses concitoyens, et introdujsit l’empereur dans ses. murs. Profitant de la trahison, mais détestant le traître, il l’envoya au supplice. - La consternation régnait dans Tyane ; malgré son serment, Aurélien l’épargna. La superstition du temps ‘fit croire et écrire que l’ambre d’Apollonius lui était apparue et avait désarmé son courroux.
. L'empereur rencontra près d’Antioche, sur les bords de l’Oronte, l’armée de Zénobie.. Une cavalerie pesamment armée composait la principale force de la reine; elle passait pour être très-supéricure à celle-des Romains. L’empgreur, pour la vaincre, usa de stratagème : il ordonna aux siens de fuir devant cette cavalerie, qui, trompée par cetteruse, les poursuivit avec une ardeur imprudente. Lorsqu'il la-vit fatiguée. par une longue course et par le poids de ses armes, il la fit charger par des troupes fraiches; elle fut promptement enfoncée et mise en déroute. . .
Ce premier succès intimida les Palmyréniens,. qui évacnèrent Antioche, et se retirèrent sous Émèse. Zénobie y attendait les Romains, à ta tête d’une armée de soixantedix mille hommes, commandée, sous ses ordres, par Zabdas, dont la victoire avait jusque-là toujours suivi les drapeaux. Le sort. de l’e empire semblait.dépendre du succès
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d’une bataille. Elle fut longue, sanglante. et terrible : des deux côtés les chefs avaient une grande gloire à soutenir; ils s’en montrèrent dignes. Aurélien, indigné de voir une femme lui disputer l'empire, Pattaquaït avec fureur. Zénobie, encourageant ses troupes par sa présence, étonnait ses ennemis par son courage, et leur faisait oubl'er son sexe. La fortune parut d’abord se prononcer pour elle : sa cavalerie mit en déroute celle d’Aurélien; mais, trop ardente dans la poursuite de cet avantage, elle dégarnit les flancs de l'infanterie syrienne. Les légions romaines, profitant de cette faute, enfoncèrent les Palmyréniens ; en vain Zénobie et Zabdas, combattant eux-mêmes comme des soldats, voulurent retarder leur défaite : jamais l'infanterie asiatique- n’avait résisté avec succès aux légions belliqueueses d'Europe. La reine, vaincue, perdit la plus grande partie de ses troupes, et se renferma dans Palmyre.
L'empereur, attaché depuis son enfance au culte du soleil, attribua sa victoire à la protection de ce dieu; il lui offrit. des sacrifices dans Émèse, et l’idole du lâche Héliogabale reçut l’encens d’Anrélien.
Les rigueurs exercées à Rome par l’empereur avaient répandu dans l’Asie l’effroi de son nom. Sa douceur surprit d’autant plus qu’elle était moins attenidue. Son intérèt l’emporta sur son caractère; il.ne punit aucun des partisans de Zénobie dans Antioche, attribua leur défection à la nécessité, et affermit son pouvoir par la clémence.
L'empereur, qui devait la plupart de ses succès à sa rapidité, ne voulut pas laisser à la reine d’Orient le temps de se relever de sa chute, et de rassembler contre lui de nouvelles forces. Il la poursuivit sans relâche; mais sa marche fut souvent. arrêtée par les Arabes-Bédouins , également prompts dans l'attaque et dans Ia retraite. Ils le harcelaient sans cesse, enlevaient ses corps détachés, s’emparaient de: ses vivres, pillaient ses bagages, et disparaissaient avant qu’on pôt se rallier pour les repousser et les punir.
Aurélien, infafñigable, continua sa route en combattant
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chaque jour ces essaims de Barbares ; et, malgré les obstacles que lui opposaient leur nombre, la chaleur du climat, l’aridité des déserts et la difficulté des subsistances, äl arriva sous les murs de Palmyre, et l’assiégea.
Palmyre, appelée Tadmor dans l'Orient, avait été bâtie par Salomon sur un terrain fertile qui se trouvait isclé dans les déserts de Syrie, comme une île ombragée, verte et fleurie, au milieu d’un océan de sables. Elle avait reçu son nom du grand nombre de palmiers qui la rafraichissaient par leur ombre et rendaïent son climat tempéré. Le sol qui l’entourait, arrosé par plusieurs sources, produisait en abondance du blé et des fruits.
Palmyre, située entre l'empire romain et l’empire des Perses, séparée d’eux par des déserts, s’en rapprochaïit par les liens du commercé. Sa situation assuränt son indépendance et bornant son ambition, elle fut longtemps libre, heureuse et riche. La neutralité que lui permirent les Parthes et les Romains augmenta sa population et son opulence ; la paix et la richesse y introduisirent les arts, qui la décorèrent de palais élégants, de nobles portiques, de temples magnifiques : ses ruines attirent encore les voyageurs.
Trajan, dont l’ambition ne pouvait être arrêtée que par les bornes du monde, soumit cette contrée à son pouvoir ; Odénat, à la tête d’un corps de Sarrasins, s’en empara ct l'ilustra par ses armes ; enfin le génie de Zénobie porta au plus haut degré la gloire et le malheur de sa patrie.
Palmyre, élevée par ses conquêtes au rang de capitale de l'Orient, devint la rivale de Rome; mais elle paya cher cette gloire trompeuse. Un instänt de grandeur effaça plusieurs siècles de prospérité ; et, en peu d’années, il ne resta de sa puissance passagère qu’un nom et des débris.
Cette ville, dernier asile d’une grande reine, résista longtemps aux efforts des maitres du monde : tout l’or de Zénobie semblait s’être changé en fer pour la défendre. Elle inspirait aux habitants son courage opiniâtre. Dans les premières attaques, l’empereur fut blessé d’un coup de flèche ;
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il écrivait au sénat : « Le peuple romain ne parle qu'avec « mépris de la guerre que je soutiens contre une femme ; «il ne connaït ni le caractère ni les ressources de Zénobie : « les moyens rassemhlés par elle pour se défendre sont im- « menses; Palmyre tout entière n’est plus qu’un arsenal « de glaives, de dards, de pierres et d’armes de tout genre. « Ses murs sont garnis de balistes et de catapultes ; d’autres « machines de guerre nous lancent continuellement des feux. « Le désespoir de Zénobie augmente son courage, et je n’es- « père en triompher que par la protection des divinités « tutélaires de Rome, qui jusqu’à présent ont favorisé nos « armes. »
I] parait même qu’Aurélien n'était pas pleinement rassuré par cette faveur des dieux. Peu certain de la victoire, il essaya la négociation, et offrit à la reine de Palmyre des conditions honorables, si elle voulait se soumettre et renoncer à toute prétention à l’empire. Il lui proposait une retraite paisible, une riche indépendance, et assurait aux habitants de Palmyre la conservation de leurs priviléges.
La fière Zénobie lui répondit en ces termes : « Zénobie, « reine d'Orient, à Aurélien auguste. Ce n’est point par des «écrits, ce n’est que par les armes que l’on peut obtenir la « soumission que vous exigez : vous osez me proposer de « me rendre à vous ! N'oubliez pas qu’autrefois Cléopâtre a « préféré la mort à la servitude. Les Sarrasins, les Perses, « les Arméniens marchent à mon secours; que ferez-vous « contre leurs forces et les miennes réunies, vous que des « voleurs arabes ont plus d’une fois effrayé ? Lorsque vous « me verrez marcher à la tête de mes alliés pour vous com- « battre, vous cesserez sans doute de m’envoyer des ordres « insolents, comme si vous étiez déjà mon vainqueur et « mon maitre. »
Cette réponse enlevant à l’empereur tout espoir d'engager la reine à capituler, il pressa vivement le siége, et ne put cependant par la force triompher du courage de la garnisou. Informé de l’approche des Perses, il marcha contre eux
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et les défit en bataille rangée; ses trésors, prodigués à prôpos; séduisirent les Sarrasins, les Arméniens, et les rangèrent dans son parti. Palmyre, privée de secours, se défendit . encore longtemps; mais une affreuse disette mit enfin un terme à la résistance de Zénobie. Ne pouvant plus défendre sa capitale, elle voulut au moins échapper à la captivité : chargée de ses pierréries, montée sur. un chameau rapide, elle sortit de Palmyre, favorisée par les ombres de la nüit, trompa la vigilance des postes romains et gagna l’Euphrate, espérant trouver un asile en Perse; mais Aurélien, informé de sa fuite, la fit poursuivre par un corps de cavalerie qui l’atteignit au moment où elle s’embarquait pour traverser le fleuve. Lorsque cette illustre captive parut devant sort vainqueur, il lui reprocha d’avoir bravé témérairement la puissance des empereurs romains. « Je vous reconnais pour « empéreur, Jui dit-elle; mais Gallien et ses pareils ne « m'ont jamais paru dignes du trône qu’ ’ils laissaient ren- « verser et que j’ai soutenu. »
Auréblien, maître de Patmyre, qui imploraitsa mens accorda la vie aux habitants ; mais il l'es dépouilla de leurs richesses. Revenu à Émèse, il soumit au jugement d'un tribunal le sort de Zénobie et. de ses partisans. Les soldats romains demandaient avec fureur la mort de cette
reine. Zozime prétend que, cédant alors à l'excès. de ses
malbeurs, et démentant sa grandeur passée, elle acheta la vie par une lâcheté, rejeta sur ses ministres Les fautes de son ambition, et livra même Longin à Ja mort, en l’aceusant d’avoir dicté la lettre dont la hauteur irritait Aurélien. Vopiscus croit, avec plus de probabilité, qu’elle dut la conservation de ses jours à la générosité de l’émpereur, qui résista aux clameurs de ses soldats féroces, trouvant honteux de ternir son triomphe par la mort d’une femme vaincue. Ce qui est certain, c’est que Longin périt, et que Zénobie, perdant son courage avec le trône, ne soutint pas la fierté de ses résolutions, consentit à vivre, et orna le triomphe d’Aurélien. Son fils Vaballath partagea sa cap-
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tivité ; les deux autres périrent :.on ignore si leur mort fut naturelle ou violente.
Lorsque l’empereur fut revenu à Antioche, il apprit que
les Palmyréniens, soulevés par un parent de Zénobie, re-
prenaient de nouveau les armes. Obligéde les vainere encore, il se livra contre eux à toute la violence de son earactère ; et, après avoir pris d'assaut cette malheureuse ville, il en fit passer tous les habitants au fil l’épée, sans épargner l'enfance ni la vieillesse.
Un ami de Zénobie, nommé Firmus, qui ait acquis d'immenses richesses en Égypte par le commerce, venait d’exciter les Égyptiens à la révolte, de lever des troupes, et de prendre le titre d’auguste. Aurélien conduisit son armée contre lui, le vainquit, l’assiégea dans Alexandrie,
le prit et lé fit périr-dans d’affreux tourments. La lettre
qu'il écrivit au sénat pour l’informer du succès de cette expédition prouve à quel point le peuple romain, amolli, déchu de sa gloire, avait perdu sa dignité : « Pères con- « scrits, disait Aurélien, je me charge de délivrer Rome « de toute inquiétude ; occupez-vous des jeux, des specta- « eles, des-eourses de chars et des combats du cirque.
« L'intérêt public est mon affaire; les vôtres, e ce sont les a plaisirs. »
L'empereur, maître dé l’Orient, n'avait plus à combattre que Tétricus, qui gouvernait depuis plusieurs années la Bretagne, la Gaule et l'Espagne. Cette guerre contre des peuples plus belliqueux que les Asiatiques le menaçait de
- plus grands périls, et lui offrait plus d'obstacles à vaincre;
mais la fortune, qui secondait son habïleté, le délivra
promptement d’un concurrent redoutable. Tétricus, parvenu au pouvoir suprême, s’en était dégoûté : l'humeur
. inconstante des Gaulois, leur turbulence, leurs. révoltes
continuelles, leurs conspirations fréquentes, les invasions sans. cesse renouvelées des Barbares, les fatigues de la guerre, les ennuis du trôns lui faisaient regretter les douceurs de la vie privée, Regardant Aurélien plutôt comme
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son libérateur que comme. son rival, ft lui- écrivit pour l'inviter à rompre les chaînes brillantes qui le retenaient malgré lui sur un trône dont il aspirait à descendre. En effet, il voulait éviter les maïfheurs d’une guerre civile, et rendre à l'empire, en abdiquant, l'unité, la force etla paix. Mais les grands, les peuples et les légions refusaient d'y consentir, et le forçaient, contre ses penchants, à régner et à combattre. D
Après quelques succès ace et balantés, les deux armées se trouvèrent en présence dans les plaines de Chàlons-sur-Marne. Tétricus, ayant fait de vains efforts pour déterminer la Sienne à un accommodement, la quitta au Milieu de la nuit : fuyant les grandeurs avec plus d’empressement qu'il ne les avait poursuivies, il vint se rendre à Aurélien, et lui remettre un pouvoir qu'il avait trop glorieusement exercé pour qu’on püt l’accuser de faiblesse lorsqu'il s’en dépouillait.
Son départ n'ébranla point l'opiniâtre résolution des ses troupes ; et les Gaulois, dans l'espoir de se rendre indépendants de Rome, combattirent avec acharnement : mais le génie d’Aurélien triompha de leur résistance ; ils furent vaincus et forcés de se soumettre. Les Bretons et les Espagnols déposèrent les armes; et l'empereur, après avoir conquis l'Orient et pacifié l'Occident, rentra triomphant dans Rome. |
Une foule de captifs, Bactriens, Sarrasins, Goths, Alains, Francs, Vandales et Perses, ornaient son triomphe. On y voyait les chars de Sapor, d'Odénaf et du roi des Gôûths; celui d’Aurélien était traîné par quatre cerfs. Tétricus et son fils, revêtus des ornements impériaux, le suivaient à pied. Enfin tous les regards se tournaient avec un sentiment d'admiration et de pitié sur l’illustre et infortunée Zénobie : sa tête était ornée d’un diadème; une chaîne d'or liait ses mains; un grand nombre d'esclaves soutenaient sa robe, tellement chargée de pierreries qu'elle pouvait à peine marcher. Après avoir subi ce sapplice,
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plus cruel pour une reine que la perte de la vie, Zénobie se retira dans une terre en [talie, que l’empereur lui donna en apanage. Dans la suite, elle vécut à Rome en dame romaine; on prétend même qu’elle épousa un sénateur. Saint Jérôme, dans le quatrième siècle, vit encore ses descendants. Son fils Vaballath obtint une principauté en Arménie. L'empereur confia à Tétricus l'administration d’une province de l'Italie : « Convenez, mon collègue, lui dit-il «un jour-en riant, qu’ ést plus doux de gouverner une « partie de l'ftalie que de régner dans les Gaules. »
Vainqueur de fous ses rivaux, triomphant des Barbares, restaurateur de l’empire, dont il avait réuni les membres épars, Aurélien, toujours-actif dans la paix comme dans la guerre, employa ses loisirs à corriger la lenteur des procédures, à punir les concussionnaires, à réprimer Je scandule des débauches publiques. Lésfaux monnayeurs étaient alors si nombreux, que, poursuivis par les lois de l'empereur, ils réunirent en corps d'armée leurs agents-et leurs complices, et; sous les ordres de Félicissime, leur chef, opposérent une telle résistance, que leur défaite coûta la vie à plus de mille soldats.
Aurélien, attaché au culte superstitieux des idoles, persécuta les chrétiens.
Dans le commencement de son règne, on avait admiré la tempérance et.la simplicité de ses mœurs : son palais n'avait pas plus de faste que son camp; mais enivré d’or-
gueil après ses conquêtes, et vaincu par les voluptés de-
cet Orient qui corrompit tant de grands. hommes, il étala dans Rome tout le luxe asiatique; et bravant les antiques préjugés du peuple romain, il ceignit le premier sa tête du diadème. Sa justice imprimait le respect; ses talents attiraient l'estime, sa rigueur inspirait la crainte. On l’ad-
mirait, mais on'ne l’aimait pas, et la vie d’un prince est moins sûrement défendue par la force de sa garde que par l'amour de ses peuples; Aurélien ne tarda pas àl’éprouver.
Un nouvel armement des Perses le.décida à marcher
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contre eux. Arrivé en Thrace, il apprit que son affranchi Mnesthée, abusant de sa confiance, s'était permis des excès répréhensibles. Irrité contre lui, il le menaça d’un juste châtiment : Mnesthée, connaissant trop l'empereur pour ne pas savoir qu'avec lüi l’effet suivait toujours la menace, résolut de le perdre pour se sauver. Il contrefit sa signature, et la mit au bas d’une liste de proscription où il plaça les noms des principaux officiers de l’armée. Ces officiêrs, auxquels le perfide la montra, conspirèrent contre l’empereur, profitèrent d’un moment où il marchait peu escorté près de Byzance, se jetèrent sur lui et l’assassinèrent. (An de J.-C. 275.) Il était âgé de soixante-trois ans, et en avait régné cinq. Politique habile, soldat intrépide, grand capitaine, administrateur rigide, il mérita plus d’éloges que d'affection. Les auteurs satiriques du temps disaient qu'on ne pouvait pas choisir un plus grand médeein pour les maux de l'État, mais qu'il ordonnait trop fréquemment la saignée. ‘
Au reste, dans un temps de corruption, au milieu des
calamités d’une anarchie militaire, on ne pouvait peut- ‘être contenir que par la crainte cette foule d'hommes am-
bitieux et cüpides que n’arrètaient plus les lois ni la vertu.
Rigoureux avec les grands, il fut doux et clément pour les peuples, pourvut largement à leurs besoins; et, aux distributions accoutumées d’argent et de farine, il ajouta
souvent des dons magnifiques en vin, en viandes et en
étoffes. « Le peuple, bien nourri et bien vêtu, disait-il, est
« toujours gai et facile à gouverner. »
Ses bienfaits s'étendirent dans les provinces; il répara leurs pertes, embellit leurs villes : Dijon fut bâtie par lui, et l'antique Genabum, dont il releva les murs, porta son nom; on reconnaît encore son origine dans eelui d'Orléans. Enfin quelques taches d’orgueil ne peuvent ternirla gloire d’un homme qui sauva sa patrie. L'empire renversé était déchiré par trente tyrans; les Barbares pillaient et ravageaient ses provinces; Aurélien parut, et le colosse ro-