NUMÉRIEN ET CARIN
. (An de Rome 1034-1035.— Do Jésus-Christ 282-289,) ‘
Partage du trône entre Carin et Numérien. — Affliction et mort de-Numérien. — Élection de Dioclétien. — Mort d’Aper, assassin de Numérien, — Désordresde Carin à Ront.— Mort de Sabinus Julianus.— Bataillcentré Carin et Dioclétien.— Victoire et mort de Carin. D
Numérien, décoré du titre d’auguste par son père, lui succéda, et partagea le trône avec son frére Carin. Absorbé par sa douleur filiale, il abandonna tout projet de corniquête, accorda la paix aux Perses, et se mit en marche avec son armée pour retourner à Rome. Ce jeune prince, trop sensible, se livra tellement à son chagrin, que, suivant le rapport de tous les historiens , l’abondance de ses larmes produisit une si vive inflammation sur ses yeux, qu’elle. le mit hors d’état de pouvoir supporter la lumière. L'armée, continuant sa route, traversa la Syrie et l’Asie Mineure : on portait Numérien, au centre des colonnes, dans une litière qu'on avait hermétiquement fermée pour que le jour ne püt blesser sa vue.
. Arrius Aper, préfet du prétoire et son beau-père, commandait les troupes. Ce traître, dévoré par la soif de ré-
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gner, ne pouvait parvenir au trône sans commettre un second crime; il poignarda Ka nuit Numérien, et tint sa mort cachée. On continuait de porter sa litière, entourée par la garde impériale. Un mystère profond couvrait le : forfait; l'odeur du cadavre dévoila l’affreuse vérité. Dès que le meurtre fut connu, on ne tarda pas à nommer le meurtrier. Aper, signalé par tous.les soupçons, fut arrêté et enchaîné près des drapeaux, et l’armée, qui :méprisait et haïssait Carin, se rassembla pour élire un empereur.
Tous les suffrages se réunirent en faveur de Diocletien, soldat heureux, né dans l'obscurité. Son mérite seul l’avait élevé au premier grade de l’armée et au eommandement d’un des premiers corps de la garde. Dioclétien, salué empereur par une acclamation unanime, monte sur le tribunal qui lui était préparé, tire son glaive, atteste les dieux qu’il est innocent de la mort de Numérien, et tournant ensuite ses regards sur Aper : «Voilà, dit-il, l’auteur
« du erimé. » À ces mots, il descend, court, se jette sur le traître, et lui enfonce son épée dans le sein, en répêtant les paroles que Virgile place dans la bouche du héres troyen, lorsqu'il frappe un monstrueux sanglier : « Feh- « cite-toi bien, Aper; tu tombes sous la main du grand « Énée. »
Diocléti-n, qui sé montra tonjours maître dé lui-même, ne commit alors cette violence que par politique, et, pour donner à sa puissance l'appui de la superstition. On savait qu'autrefois ‘me druidesse lui avait préelit dans la Gaule qu’il deviendrait empereur quand il aurait. tué un sanglier. Aper, en latin, exprime le nom de cet animal; et le nouveau césar, en immolant le meurtrier de Numérien ; PR à la fois pu un crime et RÉRpÈE un oracle.
Dioclétien s'établit d’abord à Nicnmédie. Carin s'était rendu maître de. Rome, où il renouvelait toutes les infamies des règnes de Caligula, de Néron' et d’Héliogabale. ‘Il proscrivait les sénateurs les plus distingués, immolait les ma-
[283-305 de J.-C.] DIOCLÉTIEN ET MAXIMIEN. 449
gistrats, nommaïit aux plus hauts emplois les vils complices de ses débauches. Son palais était rempli d’histrions et de courtisanes. En peu de semaines, il se maria neuf fois. Le courage fut la seule qualité qui le distingua des lâches tyrans dont il suivait les traces, et il ne paraissait digne du trône que dans les camps.
Sabinus Julianus, à la 1ète de quelques légions, s’était fait proclamer empereur. Garin le .combattit près de Vérone, et le tua de sa propre main. Îlsoutint avec vigueur ses droits - contre Dioclétien, qui traversait l’Illyrie pour lui enkevér l’empire. Les deux armées se livrèrent, daus la Mæsie, plusieurs combats dont les succès furent balancés; une bataille générale eut lieu près de Margum et du Mont-d’Or; le couräge des deux partis rendit la fortune longtemps incertaine; enfin elle se décida pour Carin : il resta maître du champ de: bataille ; et cette victoire, augmentant son orgueil, l’enhardit à de nouveaux excès. Plusieurs officiers, dont il avait outragé les femmes, soulevèrent les soldats contre lui, et l’assassinèrent. Ainsi Carin dut sa victoire à son courage, et sa mort à ses vices. Il périt l’an 4035 de Rome, 283 de Jésus-Christ, après une année de règne.