CHAPITRE XL
DIOCLÉTIEN, MAXIMIEN, EMPEREURS ; CONSTANCE, GALÈRE, césans.
(An de Rome 1035-1057. — De Jésus-Christ 283-305.)
Origine et vie militaire de Dioclétien. — Son portrait. — Sa clémence pour l’armée d’ltalie — Association de Maximien à l'empire. — Guerre avec les Bagaudes. — Victoires de Maximien. — Piraterie de Carausius. — Sa condamnation à mort. — Son soulèvement en Bretagne. — Paix entre Maximien et Carausius. — Gouver- nement de Caraæusius en Bretagne. — Victoires de Dioclétien. — Partage de l'empire entre quatre empereurs. — Association de Galère et de Constance à l'empire. — Domination de Dioclétien, — Changement dans l’État. — Modération de Constance. — Guerre au dehors. — Victoire de Constance, — Conquête de la Bretagne par Constance. — Mort de Carausius. — Bonheur sous le règne de Constance. — Tyranuie de Maximien. — Victoires de Dioclétien. — Guerre avec les Perses. —
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Défaite de Galère.— Sa victoire sur les Perses.— Soumission de Narsès — Ambition de Galère. — Perséeution du christianisme. — Retour et triomphe de Dioclétien à Rome. — $a maladie et son abdication. — Abdication de Maximien. —— Constance et Galère sont nommés augustes. — Maximin Daza et Sévère sont nommés césars. — Retraite de Dioclétien en Dalmatie. — Tableau de l'empire sous son règne.
Depuis que Rome, renonçant aux vrais principes de sa grandeur et de sa force, eut prodigué le titre de citoyen romain aux habitants des pays conquis, mêlé son sang avec celui des étrangers, et récompensé la valeur des Barbares qui la servaient en les honorant du consulat et du commandement des armées, on avait vu un Arabe, un Dace s’élever jusqu’au trône, enfin un esclave de Dalmatie devint le maître des Romains, et, fondant par son génie un nouvel État, une nouvelle ère, détruisit les derniers vestiges de la liberté romaine, et démembra, par une fausse politique, cet ancien empire, dont sa fortune et son courage avaient d’abord réuni toutes les diverses parties sous ses lois.
Dioclétien, né à Dioclée, village de Dalmatie, devait le Jour à un esclave du sénateur Annulinus. Son maïtre l’affranchit ; il suivit la carrière des armes, où la bravoure et la fortune effaçaient toute inégalité de naïssance. Sa valeur, sa prudence, son esprit et son adresse lui méritérent l’estime de ses chefs : il parcourut rapidement tous les grades, et parvint enfin à l’un de ces emplois en partie civils, en partie militaires, qui, dans les monarchies, donnent une grande influence, en ouvrant à ceux qui les exercent un libre et fréquent accès près de la personne du prince. Les empereurs, depuis quelque temps las de l'esprit séditieux et inconstant des cohortes prétoriennes, les éloignant d’eux, en laissaient quelques-unes à Rome, mélaient les autres aüx légions, et confiaient leur sûreté à une nouvelle garde, composée d'hommes dévoués qui faisaient seuls le service dans l’intérieur du palais : leur nom, tiré du mot domus, maison, était celui de domestici, honorable alors. On leur donnait
pour commandants les personnages les plus distingués, dont .
les empereurs, suivant une ancienne coutume, marchaient
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entourés et qui devaient leur faveur à leur dévouement : on appelait ceux-ci comites, compagnons du prince; ces comttes, qu’on appela depuis comtes, occupaient différentes places dans le palais. A l’époque de la mort de Numérien, Dioclétien se trouvait comte des PRE, et commandait ainsi la garde intérieure.
La flatiterie des auteurs païens et la haine des chrétiens ont également exagéré les qualitéset les défauts de ce prince. I serait difficile de s’en faire une juste opinion, en ne con-
.sultant que ces écrits qui portent l’empreinte de l’apologie ou de la satire. Il faut se borner à le juger par les événements de son règne, par leur suite, par leur liaison : on y trouvera peut-être plus sûrement les vrais motifs de ses actions, que dans le récit de ces historiens, dominés par un esprit de parti ‘ - ?
Dioclétien dut tout à lui-même, et rien à son éducation. Iletiré, mais doué d’un esprit fin, d’un génie vaste, d’un caractère à la fois ferme.et souple, habile à pénétrer lesdesseins des autres et à cacher les siens, il ne posséda qu’une science, celle du cœur humain, la plus utile aux hommes d’État; et dès qu’il connut bien les hommes, il sut les gouverner.
Son intérêt fut toujours son unique but; il ne consolida son pouvoir qu’aux dépens de la liberté et de la puissance de sa patrie Les g'ands principes font les grands hommes; l’habileté seule ne produit que des hommes fameux : le talent de Dioclétien, pour concevoir et pour exécuter une injuste mais grande entreprise, lui donna des droits incontestables, non à la vraie gloire, maïs à la célébrité.
L’armée d'Italie craignait les vengeances de Dioclétien; a surprit par sa clémence, accorda une amnistie entière aux partisans de Carin, laissa dans leurs emplois les magistrats nommés par ce prince, et plaça mème dans son palais la plus grande partie de ses officiers. Cette douceur inattendue, dictée par une politique adroïte, lui concilia tous les esprits et le fit recevoir à Rome comme s’ileñt été librement élu par le sénat et par le peuple.
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Un autre acte du nouvel empereur ne causa pas moins d’étonnement. On croyait qu’un soldat parvenu au trône, jaloax du pouvoir absolu, voudrait l’exercer sans partage ; Dioclétien déclara césar et associa à l’empire ün de ses compatriotes, Maximien, né de parents obseurs, dans la Pannonie, brave guerrier, général expérimenté, mais violent, grossier, brutal et téméraire. Son dévouement sans bornes pour l’empereur fut son titre à l’empire; ses défauts mêmes le rendaient un instrument utile pour la politique de Dieclétien. Le premier partage qui se fit entre eux fut celui du bien et du mal, dont le mélange paraît toujours nécessaire à l'autorité. Maximien fut chargé des rigueurs et des chàtiments; Dioclétien se réserva les hienfaits et la clémence ; et quoiqu'ils gouvernassent toujours en commun, le nouveau césar inspecta plus particulièrement les provinees d’Occident, et l’empereur celles d'Orient. Tous deux reçurent le titre d’Auguste; Dioclétien prit le nom de Jovius, Maxi-' mien celui d’Herculius, faisant connaître ainsi par ces noms orgucilleux que l’un était la tête qui gouvernait l'empire, et l’autre le bras qui exécutait ses volontés. |
Un grand nombre d’ennemis extérienrs et intérieurs menaçaient alors l’existence de l’empire, que ne fortifiait plus le cimént de la vertu, et qui ne se soutenait que par sa propre masse. Les Francs et les Germains s’emparaient de la Batavie et des rives du Rhin; une grande partie despaysans de la Ganle, soulevés contre l’orgueil desnobles et la cruauté des percepteurs romains qui les accablaient d'impôts, s’étaient associés et armés. Sous le nom de Bagaudes, ils dévastaient les villes, pillaient les caisses publiques, massacraient les magistrats, pendaicnt les nohles, bravaient les légions, et se recrutaient de tous les aventuriers romains ou barbares qui venaient en foule se joindre à eux. Alianus et Amandus, leurs chefs, avaient pris le titred’auguste. La fermentation des esprits annonçait une révolte en Bretagne ; les Maures descendant de leurs montagnes, parcouraieut et pillaient l’Afrique; Achillée, gouverneur d'Égypte, soutenu
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par les légiôns qui s’y trouvaient, prenait audacieusement le titre d’emperéur ; les Éthiopiens ravageaient la Thébaïde; Varanne, roi de.Perse, s’emparait de la Mésopotamie, et chassait d'Arménie Tiridate, qui devait son sceptre aux. Romains, prince aussi digne de régner par sa valeur héroïque que par sa naissance.
Les Goths et les Sarmates, franchissant le Danube, recommencaient leurs courses et leurs dévastations ; enfin les généraux chargés de défendre les frontières augmentaieut les dangers de l’empire quand ils étaient battus, et menaçaient La sûreté des empereurs lorsque quelques succès les mettaient en état d’aspirer au pouvoir suprème : car, dans ces temps d’anarchie militaire, chaque épée victorieuse croyait avoir des droits à la couronne, Rome ayant cessé d’ètre le foyer des forces romaines et le centre de la liberté du monde n’était plus qu’un faible lien pour les diverses parties de l’empire, dont elle engloutissait et dévorait sans utilitéles richesses. Centre d’orgueil, théâtre de luxe, de débauche et de licence, elle conservait encore quelques souvenirs et quelques habitudes d'égalité et de liberté, qui rendaient son séjour insupportable à des despotes tels que Dioclétien et Maximien. Ils ne firent qu'y paraître, et fixérent leur résidence, le premier à Nicomédie, pour veiller à la sù-. reté de l'Orient, et le second à Milan, dans le dessein d’être plus à portée de défendre les frontières du Nord.
Maximien combattit, poursuivit, dompta les Bägaudes, mit à mort Alianus et Amandus, défit complétement et détruisit de nombreuses armées allemandes qui commettaient dans. les Gaules les plus horribles excès. Le jour mème qu’il prit à Trèves possession de son second consulat, averti qu’une troupe de Barbares pénétraïent dans cette contrée, il fondit sur eux, les mit en fuite, franchit le Rhin, livra une par tie de la Germanie au pillage, et contraignit deux rois des Francs, Génobon et Attec, à lui demander la paix (an 287).
Dans le même temps, d’autres corps nombreux de Francs et de Saxons, s’étant embarqués sur des bâtiments légers,