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de parti; encore ceci n'était pas arHvé fréquemment Quintus Hortensias lui-même, l'avocat le plus célèbre de Rome, à celte époque, publia peu de discours, et encore ceux-ci étaient-ils vraisemblablement, ou entièrement, ou partiellement politiques. Ce fut son successeur, comme chef du barreau romain, Marcus Tullius Gicéron, qui fut, dès le début, autant auteur qu'avocat ; il publia ses discours régulièrement, même quand ils ne se rattachaient ni de près ni de loin à la politique. C'était un gage, non de progrès, mais de décadence. A Athènes, aussi, l'apparition des plaidoiries non politiques, parmi les formes de littérature, fut un signe de faiblesse, et cet effet se produisit doublement à Rome, qui n'y arriva pas, comme Athènes, par la recherche exagérée de la rhétorique, mais qui l'emprunta au dehors arbitrairement et en antagonisme contre les meilleures traditions de la nation. Cependant, cette nouvelle espèce de littérature prit rapidement la vogue, en partie parce qu'elle avait divers points de contact avec la composition ancienne des discours politiques, en partie parce que le tempérament antipoétique, dogmatique, rhéteur des Romains, offrait un sol favorable à la nouvelle semence, de même qu'aujourd'hui on voit fleurir, en Italie, les discours d'avocat et une sorte de littérature de procédure. Ainsi, la composition oratoire, émancipée de la politique, fut naturalisée dans le monde littéraire de Rome par Gicéron. Nous avons déjà eu occasion de mentionner plusieurs fois cet homme divers. Gomme homme d'État sans pénétration, sans opinion, sans but, il figura successivement comme démocrate, comme aristocrate, comme un instrument des monarques, et ne fut jamais qu'un égoïste à courte vue. Là, où il fit voir un semblant d'action, les questions auxquelles il s'appliqua étaient toujours résolues ; ainsi, il figura dans le procès de Verres contre les Judtcia,
sénatoriaux, quand ils étaient déjà supprimés; ainsi, il demeura silencieux dans la discussion sur la loi Gabinia et fut le champion de la loi Manilia ; ainsi, il tonna contre Gatilina, quand son départ était déjà résolu, et ainsi de suite. Il était vaillant dans l'opposition pour simuler les attaques et s'escrimait contre des murailles de carton , aucun objet sérieux ne fut jamais, en bien ou en mal, décidé par lui, et l'exécution des partisans de Gatilina, en particulier, fut plutôt due à son acquiescence qu'à son instigation. A un point de vue littéraire, nous avons fait déjà remarquer qu'il fut le créateur de la prose latine moderne ; son importance lient à son talent de style', et c'était la seule source de sa confiance en lui-même. Gomme auteur, il est aussi insuffisant que comme homme d'État. Il essaya les choses les plus variées, chanta les grandes choses de Marius et ses propres exploits dans d'interminables hexamètres, et battit Démosthènes dans ses discours et Platon dans ses dialogues philosophiques ; le temps seul lui manqua pour vaincre aussi Thucydide. Il était si bien un faiseur, qu'il était à peu près indifférent à quelle œuvre il employait sa main. Journaliste par nature, dans le plus mauvais sens du mot ; abondant, comme il le disait lui-même, en paroles, et pauvre, au delà de toute expression, en idées, il n'y avait pas de sujet sur lequel il ne pût composer, avec de l'aide et quelques livres, par traduction ou par compilation, un essai lisible. Sa correspondance est le fidèle miroir de son caractère. On est habitué à la trouver intéressante et habile, et elle l'est en tant qu'elle réfléchit lavie urbaine ou la vie de campagne des gens de qualité; mais quand l'écrivain en est réduit à ses propres ressources, comme en exil, en Cilicie, et après la bataille de Pharsale, elle est aussi vide et aussi creuse que l'âme d'un feuilletonniste exilé des cercles
qu'il est habitué à fréquenter. Il est à peine nécessaire d'ajouter qu'un pareil homme d'État et un pareil littérateur ne pouvait montrer, comme homme, qu'une nature superficiellement vernie etunégoïsme énorme^ Faut-il décrire l'orateur ? Le grand écrivain est aussi un grand homme et, dans le grand orateur, la conviction et la passion coulent avec plus d'entraînement et d'impétuosité des profondeurs de l'âme que dans l'homme médiocre qui ne compte pour rien et n'est rien. Cicéron n'avait ni conviction, ni passion. Il n'était qu'un avocat, et même pas un bon avocat. Il savait raconter le sujet du débat avec le piquant de l'anecdote, exciter, sinon le sentiment, au moins la sentimentalité de ses auditeurs et donner de la vie à de sèches plaidoiries légales par une habileté et un esprit d'un art tout personnel ; ses meilleurs discours, quoiqu'ils soientîoin d'atteindre à la grâce libre et à la force des plus excellentes productions de ce genre, par exemple les Mémoires de Beaumarchais, sont cependant une lecture facile et agréable. Mais si leur avantage paraissait à un juge sérieux de peu de valeur, le détauL absolu de discernement politique dans les discours sur des questions personnelles, et de discussion juridique dans les discours judiciaires, la personnalité oublieuse de son devoir et perdant sans cesse la cause de vue au profit de l'avocat, la sécheresse absolue de pensée des discours de Cicéron ne peuvent manquer de révolter un lecteur sensé et sérieux. S'il y a lieu d'admirer une chose, ce ne sont pas les discours, mais l'admiration qu'ils ont excitée En ce qui concerne Cicéron, ioute personne de bonne foi aura bien vite formé son jugement : le cicéronianisme est un problème insolu ble ou, du moins, qui ne peut être expliqué que par ce grand mystère de la nature humaine, le langage et l'effet du langage sur l'esprit. En tant que le noble langage latin, avant de périr comme idiome national,
lit encore une fois embrassé avec intelligence par ce tyliste adroit et conservé dans ses nombreux écrits, uelque chose du pouvoir qu'exerce le langage et de î piété qu'il éveille, demeura attaché à ce vase indine. Les Romains n'avaient pas de grand prosateur, ar César, comme Napoléon, ne le fut que par occaion. Peut-on s'étonner que, dans cette pénurie, on onorât au moins le génie du langage dans le grand tyliste et que, comme Gicéron lui-même, ses lecteurs habituassent à demander, non ce qu'il avait écrit, aais comment il avait écrit. La coutume et les grammairiens perpétuèrent ce qu'avait commencé la puisance de la forme. Les contemporains de Gicéron jrent, comme cela était naturel, beaucoup moins énéralement sous le charme que les successeurs. La lanière cicéronienne domina le barreau, il est vrai, endant toute une génération, comme l'avait fait celle 'Hortensius ; mais les hommes les plus considérables, els que César, se tinrent toujcîrs à l'écart et, dans 1 jeune génération, il se forma, parmi tous les hom- Lies d'un talent vrai, une opposition décidée contre ette rhétorique hybride et débile. On trouvait que le mgage de Gicéron manquait dé précision et de netté, que ses plaisanteries étaient lourdes, l'échafauiage de ses discours peu clair et mal divisé, et surtout, Dute son éloquence privée du feu qui fait l'orateur. lu lieu des éclectiques rhodiens. on aimait à admirer is purs orateurs athéniens, particulièrement Lysias t Démosthènes, et on cherchait à naturaliser une loquence plus vigoureuse et p-us mâle à Rome. Les «présentants de cette tendance furent le solennel aais raide Marcus Junius Brutus, les deux partisans )oliiiques, Marcus Gœlius Rufus et Gains Scribonius jurion, tous deux, comme orateurs, pleins de talent •X de vie ; Galvus, bien connu aussi comme poète, le ■oryphée littéraire de ce jeune groupe d'orateurs, et
le sérieux et consciencieux Caius Asinius Pollion. Incontestablement, il y avait plus de goût et d'esprit « dans cette jeune littérature oratoire que dans toute | celle d'Hortensius et de Gicéron, ajoutées ensemble ; • mais nous ne pouvons juger jusqu'à quel point, au ( milieu des tempêtes de la révolution qui entraîna rapidement ce groupe si bien doué, à l'exception de Pollion," ces germes si heureux reçurent un certain développement. Le temps qui leur fut accordé était trop court ; la nouvelle monarchie commença par ) faire la guerre à la liberté de la tribune et, bientôt ] après, supprima complètement la tribune politique.. Dès lors, le genre subordonné de la pure plaidoiri d'avocat demeura encore vivant dans la littératun mais l'art plus élevé et h littérature oratoire, qui soni étroitement attachés à la vie politique, périrent néce sairement et pour toujours.
lie dialog^ue artiflciel appliqué aux scien* ces professiounelles. — i On vit naître, enfin, dani la littérature esthétique de cette période, une manier^ de traiter les sujets de science professionnelle, soi forme de dialogues, qui avait été très usitée chez les Grecs et qui avait été employée aussi dans des cî isolés chez les Romains. Gicéron, en particulier, es\ saya plusieurs fois de présenter des sujets de rhétori que et de philosophie sous cette forme, de faire d'ui manuel professionnel un livre agréable à lire. Sel principaux écrits sont le de Oratore, écrit en 699 ^55j auquel il ajouta l'histoire de l'éloquence romaine dialogue de Brutus) et d'autres essais de rhétoriqi moins importants, et le traité de Republica, écrit ej 700 (54), auquel se rattache le traité de Legibus, écr| en 702? (52?), à la manière de Platon. Ce ne sont pî de grandes œuvres d'art, mais incontestablement cei des travaux de l'auteur où ses qualités se voient
dIus et ses fautes le moins. Les écrits de rhétorique ont loin d'égaler, pour le style châtié et la précision ie pensée, la Rhétorique, dédiée à Hérennius, mais ils ontiennent, au lieu de cela, un magasin d'expérience )ratoire pratique et d'anecdotes du barreau, facilenent et habilement enchaînées, et ils résolvent, en ait, la question d'amuser. Le traité de Republica expose, dans un singulier mélange d'histoire et de phiosophie, la pensée fondamentale que la constitution existante de Rome est en substance le système idéal herché par les philosophes, idée aussi peu philosoihique que peu historique, et, en outre, qui n'était pas nême une invention de l'auteur, mais qui n'en demeura pas moins populaire. La base scientifique de es écrits de rhétorique et de politique de Gicéron ap- Dartient entièrement aux Grecs, et beaucoup de déails, tels que la grande prosopopée de la fin du de Jiepublica, le Songe de Scipion, sont évidemment un imprunt ; cependant, ils possèdent une originalité elative, car ils respirent la couleur romaine locale t la conscience de la vie politique, djnt le Ronain pouvait, avec raison, s'enorgueillir, en se com- Darant avec les Grecs, ce qui donne à l'auteur une ertaine indépendance en face de ses modèles. La "orme du dialogue de Gicéron n'est pas, sans doute, la /raie dialectique interrogative des modèles grecs, ni a conversation vivante de Diderot ou de Lessing ; nais les groupes d'avocats qui se réunissent autour ie Grassus et d'Antoine et des anciens et nouveaux lommes d'État du cercle de Scipion, donnent un ca- Ire pour introduire des anecdotes, et sont des points le repère pour la discussion. Le style est travaillé et Lussi poli que dans les discours les mieux ('crits, et )lus agréable que dans ces derniers, parce que Taueur n'y fait pas de vains efforts de déclamation. Tanlis que ces écrits de rhétorique et de politique de Ci-
céron, à couleur philosophique, ne sont pas dénués de mérite, le compilateur, au contraire, échoua complètement, lorsque, dans les loisirs involontaires de ses dernières années, il s'appliqua à la philosophie proprement dite et, avec autant de mauvaise humeur que de précipitation, composa en deux mois toute une bibliothèque philosophique. La recette était très simple. Dans une grossière imitation des écrits populaires d'Aristote, dans lesquels la forme du dialogue était employée principalement pour exposer et critiquer les anciens systèmes, Gicéron amalgama les syS' tèmes épicurien, stoïcien et syncrétisle, qui traitent le même problème dans un dialogue, et tout ce qu'il fit pour son compte fut de fournir une introduction au nouveau livre, en puisant dans sa collection des préfaces qu'il avait pour ses livres futurs ; pour donner h ces écrits un certain caractère populaire, il entremêla des exemples romains et des digressions sur des sujets tout à fait étrangers, mais plus familiers à l'écrivaia et au lecteur, telles que ses considérations sur le maintien de l'orateur dans le de Officis ; il montra aussi cette sorte de confusion qu'un homme de lettres, qui n'a pas atteint à la pensée ou même à la science philosophique et qui travaille rapidement, montre dans la reproduction des discussions dialectiques. On peut composer ainsi, en peu de temps, de gros volumes ; « ce sont des copies, écrit l'auteur lui-même à un ami qui admirait sa fertilité, ils me donnent peu de peine ; car je ne fournis que les mots et je n'en manque pas». Il n'y a rien à ajouter à cela; mais quand ou veut faire des productions philosophiques d'ouvrages écrits de cette manière, on ferait mieux de aepas» parler de littérature.
Scieu«ect iirofessionœlles, filitlolo^ie latine. VArroBii. —Parmi les sciences, une seule mon-
tra beaucoup de vie, celle de la philologie latine. Le dessein de fonder la recherche linguistique et érudite dans la race latine, essayé par Stylo, fut exécuté par son disciple Varron sur la plus grande échelle. On vit paraître des travaux d'ensemble sur toutes les questions de langage, particulièrement les commentaires grammaticaux de Figulus et le grand ouvrage de Varron de Lingna latina, des monographies sur la grammaire et l'histoire de la langue, telles que les écrits de Varron sur l'usage de la langue latine, sur les synonymes, sur l'âge des lettres, sur l'origine de la langue latine, des scholies sur la vieille littérature, particulièrement sur Plante, des travaux d'histoire littéraire, des biographies de poètes, des recherches sur le drame primitif, sur les divisions scéniques des comédies de Plaute et leur originalité. L'archéologie latine, qui embrassait toute l'histoire ancienne et la loi rituelle, à part la jurisprudence pratique, fut comprise dans les Antiqyilés divines et humaines de Varron, qui fut et demeura le traité fondamental sur ce sujet, publié entre 687 et 709 (67-45). La première partie de l'ouvrage racontait la fondation de Rome, les divisions de la ville et de la campagne, la science des années, des mois et des jours, enûn, les événements publics dans la paix et dans la guerre ; dans la seconde moitié de cette première partie, la théologie d'État, la nature et l'importance des collèges de devins, des lieux saints, des festivals religieux, des dons de sacrifices et des ex-voto et, enûn, la science des dieux, étaient exposés. De plus, outre un certain nombre de monographies, par exemple sur la généalogie du peuple romaiia, sur les génies romaines, descendues des Troyens, sur les tribus, on y trouvait encore, comme supplément plus étendu et nlus indépendant, le Traité sur la vie du peuple romain^ essai remarquable d'une histoire des centuries to-
maines, qui esquissait une peinture de l'état et de la vie domestique, des finances,.de la culture dans la période royale, lu période républicaine, le temps d'Hannibal et les temps lesplus récents. Ces travaux de Varron éLaientbaséssurune connaissance empirique du monde romainet du monde hellénique, telle qu'aucun Romain, avant et après lui, ne la posséda aussi riche et aussi variée, connaissance à laquelle contribuèrent l'observation vivante et l'étude de la littérature. Les éloges de ses contemporains étaient bien mérités, quand on disait que Varron avait mis ses contemporains, étrangers dans leur propre monde, en état de connaître ce qu'ils étaient et où ils étaient. Mais on y chercherait en vain la critique et le système : sa science du monde grec paraît avoir été puisée à des sources assez troubles, et on voit que, même dans le domaine romain, Técrivain n'était pas complètement dégagé de l'influence du roman historique, qui dominait de son temps. Sans doute, le sujet est traité sous une forme appropriée et symétrique, mais non classique et méthodique, et, avec tous ses efforts pour mettre d'accord ces traditions et l'observation personnelle, les travaux scientifiques de Varron dénotent une foi à peu près implicite dans la tradition et une scolaslique sans ap plication. Le rapport avec la philologie grecque consiste dans l'imitation de ses défauts plus que de ses mérites ; par exemple, ses étymologies. établies sur la ressemblance de son, deviennent, chez Varron et ses contemporains, de pures énigmes et m'ême de complètes absurdités. Dans sa confiance empirique autant que dans son incapacité empirique et son manque de méthode, le varronisme rappelle la philologie nationale des Anglais et, comme elle, elle s'appuie sur l'étude du drame ancien. Nous avons déjà fait remarquer que la littérature monarchique développa les règles du langage, en opposition avec
l'empirisme linguistique. Il est très significatif de voir à la tête des grammairiens un homme tel que César qui, dans son traité sur l'Analogie, donné entre 696 et 704 (58-50), entreprit le premier de donner des lois au langage.
Les aiijtreis seîenejes pirofessjîl^nneljLefi. —
A côté de cet effort extraordinaire de la philologie, on s'étonne du peu d'activité qui fut imprimé aux autres sciences. Ce qui paraissait de remarquable en philosophie, tel que la peinture faite par Lucrèce de la philosophie épicurienne, sous la forme poétique et enfantine antésocratique et les meilleurs écrits de Gicéron, produisit son effet et trouva un auditoire, non à cause du fond, mais à cause de la forme esthétique; les nombreuses traductions d'écrits épicuriens et d'ouvrages pythagoriciens, tels que le grand traité de Varron sur Les éléments des nombres, et celui^ plus complet, de Figulus, sut les dieu-x, n'avaient de valeur ni pour le fond, ni pour la forme.
Les sciences professionnelles elles-mêmes ne furent que faiblement cultivées. Le livre de Varron, sur l'Économie, sous forme de dialogue, est, sans doute, mieux composé que ceux de ses prédécesseurs, Gaton et Saserna, sur lesquels il fait peser, en passant, une vaste censure, mais ils procédaient plutôt de l'étude que de l'expérience qui avait guidé les auteurs des anciens livres. En ce qui concerne les travaux juridiqu-^s de Varron et dâ Servius Sulpicius Rufus, consul en 703, on ne peut en dire autre chose, si ce n'est qu'ils contribuèrent à l'amélioration dialectique et philosophique de la jurisprudence romaine 11 n'y a pas autre chose à mentionner ici, si ce n'est peut-être les trois hvres de Cnius Matins sur la cuisine, les conserves et les confiUires ; ce fut, si nous ne nous trompons, le premier livre de cuisine romaine et.
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comme c'était Tœuvre d'un Romain de haut rang, le phénomène est digne d'être remarqué. Les mathématiques et la physique étaient stimulées par les tendances helléniques et utilitaires de la monarchie ; on le voit par l'importance que prirent les sciences dans l'éducation de la jeunesse, et diverses applications pratiques ; il faut y comprendre, sans doute, outre la réforme du calendrier, les cartes de géographie, les améliorations dans l'art de construire les vaisseaux et les instruments de musique, les dessins et les bâtiments, tels que la volière décrite par Varron, le pont exécuté sur le Rhin par les ingénieurs de César, et même les deux étages semi-circulaires de bancs, arrangés pour être poussés ensemble et employés d'abord séparément en deux théâtres, puis réunis en forme d'amphithéâtre. L'exhibition publique de curiosités naturelles, étrangères aux festivals populaires, était fréquente, et les descriptions d'animaux remarquables, que César a incorporées dans le récit de ses campagnes, montrent que s'il avait paru alors un Aristote, il aurait trouvé un prince pour le protéger. Mais les œuvres littéraires de ce genre sont essentiellement associées avec le néopythagorisme dans la comparaison des observations célestes grecques et barbares, (c'est-à-dire égyptiennes) par Figulus, et les écrits sur les animaux, les vents et les organes de génération. Depuis que la physique cessait de suivre la méthode d'Aristote, qui consistait à chercher la loi des faits, et se bornait de plus en plus à observer, sans critique et expérimentalement, les choses intérieures et étranges de la nature, les sciences naturelles, devenues une science mystique, au lieu d'éclairer et de stimuler, ne pouvaient qu'hébéter et paralyser, et, devant une pareille méthode, il valait mieux se contenter de la sentence plate que Cicéron donne comme un axiome de la sagesse socratique^
c'est que l'étude de la nature s'occupe de chercher ou des choses que nul ne peut savoir, ou des choses que personne n'a besoin de savoir.
Si nous jetons un regard sur l'art, nous sommes frappés du même phénomène fâcheux que révèle tout l'état intellectuel de ce temps. Les monuments de l'État avaient chômé à cause de la pénurie d'argent des derniers temps de la république. Nous avons déjà parlé du luxe des bâtiments des grands de Rome; les architectes apprenaient, en conséquence, à prodiguer le marbre, les espèces colorées, telles que le jaune de Numidie (giallo antico) et d'autres, et les carrières de marbre de Luna (Carrare) furent alors exploitées cour la première fois. On commença à faire des pavés de mosaïque, à revêtir les murs de marbre, ou à peindre en marbre les panneaux, premier pas vers la peinture à fresque. Mais l'art ne gagnait rien à celte prodigalité.
li'art. — Dans les arts du dessin, les goûts d'amateur et de collectionneur ne faisaient qu'augmenter. C'était une pure affectation de simplicité athénienne que de parler, comme un avocat, devant les jurés des œuvres d'art « d'un certain Praxitèle » ; tout le monde voyageait et cherchait, et le commerce des ciceroni artistiques ou des exegetœ n'était pas des plus mauvais. On courait après les œuvres de l'art ancien, moins, il est vrai, les tableaux et les sculptures, que, conlbrmément au goût rude des Romains, les meubles artistiques et les ornements de toute sorte pour la chambre et la table. Dès cette époque, les tombes grecques de Capoue et de Gorinthe étaient saccagées è, cause des bronzes et des poteries qui y avaient été enterrés avec les morts. Pour une petite statuette de bronze, on payait 40,0()0 sesterces (10,000 fr.) et pour une paire de tapis de prix 200,000 sesterces (50,000
fr.) ; un fourneau de bronze, pour la cuisine, bien travaillé, coûtait plus cher qu'une propriété. Dans cette chasse artistique barbare, le riche amateur était, comme de juste, souvent trompé par ses guides ; mais la ruine financière de l'Asie Mineure, si riche en œuvres d'art, amenait sur le marché de nombreux ornements et œuvres d'art ; et d'Athènes, de Syracuse, de Gyzique, de Pergame, de Chio, de Samos, et des anciens berceaux de l'art, tout ce qui était à vendre et même ce qui ne l'était pas, venait aux pal^-is et aux villas des grands de Rome. Nous avons déjà menlioné quelles œuvres d'art on trouvait dans la maison de Lucullus qui, il est vrai, fut accusé, peut-être justement, d'avoir servi son goût pour les beaux-arts aux dépens de ses devoirs de général. Les amateurs s'y rendaient, comme on se fend aujourd'hui à la villa Borghèse,etse plaignaient de voir de pareils trésors enfouis dans les palais et les villas des grands, oil on ne pouvait les voir que difficilement et avec permission spéciale. Les édifices publics étaient loin d'êlre remplis dans la même proportion des œuvres fameuses des artistes grecs, et, dçins bien des temples, les images des dieux étaient encore en bois. Quant à la pratique des arts, il n'y a rien à dire ; on ne pouvait mentionner le nom d'un sculpteur ou d'un peintre, sauf un certain Arellius, dont les peintures se vendaient rapidement, non à cause de leur valeur artistique, mais parce que cet habile vaurien prenait ses propres maîtresses ;p,QUP modèles des représentations de déesses.
Danse et musique. — L'importance de la musique et de la danse s'accrut dans la vie publique Bit privée. Nous avons déjà montré comment la musique de théâtre et les ballets gagnèrent leur place sur la scène. Nous pouvons ajouter qu on voyait so.yV;ent, à
Rome, des représentations données par des musiciens grecs, des danseurs, des déclamateurs, comme c'était l'usage dans l'Asie Mineure et dans tout le monde helléiàque ou hellénisant. Il faut y ajouter les musiciens et les danseurs qui pratiquaient leur art dans les festins et ailleurs, et les orchestres spéciaux d'instruments à corde et à vent et de chanteurs qui n'étaient pas rares dans les grandes maisons de Rome- Mais ce qui montre que le monde de qualité jouait et chantait avec ardeur, c'est que la musique était au nombre des arts qui entraient dans l'éducation ; quant à la danse, c'était, pour ne pas parler des femmes, un reproche adressé même à des consulaires, de se montrer dans des représentations chorégraphiques en petit comité.
Influence de la nionnircliie, — Vers la fin de celte époque, on voit poindre, avec la monarchie, de meilleurs temps pour l'art. Nous avons déjà parlé du stimulant puissant que l'architecture reçut dans la capitale et qu'il devait recevoir dans tout l'empire de César. Même dans la gravure des i^nnnaies, on voit, vers 700, un remarquable changemeuu ; l'empreinte qui, jusque-là, était grossière devint plus délicate et plus soignée
Conclusion. — Nous avons atteint la fin de la république romaine. Nous l'avons vue gouverner pendant cinq siècles l'Italie et les contrées méditerranéennes ; nous avons vu tomber en ruine ses institutions et sa morale, sa religion et sa littérature, sans violence extérieure, mais sous l'effort de sa décadence intérieure, et nous l'avons vue faire place, à la monarchie de César, Dans le monde, tel que César le trouvait, il restait de nobles vestiges de l'héritage des siècles passés et une ample moisson de grandeur et do
gloire, mais peu de vigueur, encore moins de goût, et surtout peu de vie. C'était un monde vieux, et le vigoureux patriotisme de César ne pouvait le rajeunir. L'aurore ne revient que quand la nuit a couvert le monde de ses ombres et achevé son cours. Mais les peuples romains des rivages de la Méditerranée jouissent avec lui d'une soirée supportable après un jour orageux, et, lorsque enfin, après une longue nuit dans l'histoire, parut un jour nouveau, et que des nations jeunes, libres dans tous leurs mouvements, entrèrent en scène, il s'en trouva plus d'une dans laquelle avaient germé les semences jetées par César, et qui lui durent et lui doivent encore leur individualité historiqua.