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diverses sortes colorées, le jaune de Numidie (Giallo antico), et bien d'autres s'étalent à l'envi : on exploite, pour la première fois, les carrières de Luna [Carrare) . On parqueté les chambres en riche mosaïque, on revêt les murailles de plaques de marbre, ou on les enduit d'un stuc qui les imite , et ce début conduira plus tard aux peintures murales des appartements intérieurs. Toutes Art* piutiqiiM. magnificences dispendieuses qui ne profitent point au bel art. Tel avocat affectait la simplicité catonienne à parler devant les juges des chefs-d'œuvre « d'un certain Praxitèle : * » mais tout le monde voyageait, et regardait. Le métier de Cicérone ou d'Exégète, comme il s'appelait alors, rapportait gros. On faisait littéralement la chasse aux objets d'art, moins peut-être aux statues et aux tableaux, qu'aux ustensiles divers, aux curiosités de la table ou de l'ameublement. La grossièreté romaine, amoureuse de l'étalage, y trouvait son compte. Déjà l'on s'était mis à fouiller les vieux tombeaux grecs de Gapoue et de Corinthe, pour y ravir les vases d'airain ou d'argile, placés aux côtés des morts. Tel bronze, statuette ou figurine se payait 40,000 HS (3,000 thaï. = 44,500 fr.) : telle paire de tapis précieux, 200,000 HS (45,000 thaï. = 56,250 fr.). Telle marmite de bronze d'un bon travail se payait au prix d'un domaine rural. Combien de fois le riche amateur, ce barbare en quête de joyaux d'art, n'était-il pas volé par ses marchands ? Toutefois, le pillage et la ruine de l'Asie Mineure, qui regorgeait de chefs-d'œuvre, valurent à Rome la possession des morceaux antiques les plus précieux : Athènes, Syracuse, Gyzique, Pergame, Ghios, Samos, et toutes les anciennes capitales de l'art étaient dépouillées pour le marché de Rome. Tout ce qui était à vendre, et même ce qui ne l'était pas, partait pour les palais ou les villas des grands de Rome. On sait quelles merveilles recelait la maison de Lucullus, à qui Ton fit un
* [V. Cic. iûVerremad. 4, de sigrtis, passhn.}
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jour le reproche qu'il avait trahi ses devoirs de chef d'armée pour le seul intérêt de son dilettantisme artistique. Les curieux y affluaient eomme aujourd'hui à la villa Borghèse, et comme aujourd'hui aussi se plaignaient de l'internement, de l'emprisonnement des trésors de l'art dans les palais et les campagnes des grands, où la visite en était difficile et exigeait d'habitude une autorisation particulière accordée par le maître. — En revanche, les bâtiments publics ne s'étaient en aucune façon enrichis des œuvres des illustres sculpteurs ou peintres de la Grèce; et dans la plupart des temples de Rome on en était encore aux vieilles statues de bois des dieux. Quant à la pratique des arts, Rome n'a rien produit qui vaille d'être nommé : à peine dans tout le siècle posséde-t-elle un seul statuaire ou peintre dont le nom soit resté ; je veux parler d'un certain Arellius dont les œuvres faisaient fureur. Non qu'elles eussent un vrai mérite plastique , mais le maître roué * à ses figures de déesses prêtait la ressemblance exacte de ses maîtresses du jour.
A l'intérieur des maisons, et au grand air de la vie publique, la musique et la danse croissent en faveur. Nous avons vu que la musique scénique et le ballet se sont i* danse créé au théâtre un rôle indépendant et considérable (p. 233). Ajoutons à cette indication un autre fait non moins important. Désormais, le théâtre public s'ouvre fréquemment aux représentations données par les musiciens, les danseurs et déclamateurs venus de Grèce, pareils à ceux qui parcouraient depuis longtemps l'Asie llineure, et toutes les contrées helléniques ou hellénisantes 2 . Ces mêmes musiciens, danseurs et danseuses,
* [Sic, au texte. — Plin. htst.n. 35, 37.1
* [On se rappelle la scène décrite par Plutarque; et les Bacchantes d'Euripide jouées par des comédiens grecs devant le roi Parthe, au moment où on lui apporte la tête de Crassus, VII, p. 189]. Les «/eux grtcs, » en effet, n'étaient pas seulement à la mode dans les villes
et la musique.
louaient leurs services pour amuser les convives à table et dans d'autres occasions : les riches entretenaient aussi
grecques de l'Italie, comme à Naples (Gic. pro Arch. 5, 10 ; Plutarch. Brut. 21), par exemple : ils avaient encore conquis droit de cité à Rome (VI, p. 44. Gic. ad fam. 7, 1 : ad AU. 16, 5 : Suet Cœs. 39 : Plutarch. Brut. 21). Nous objectera-t-on Y inscription tumulaire bien connue de Licinia Eucharis, morte à l'âge de 14 ans, inscription qui parait de la fin de l'époque actuelle ( Corp. Insc. Lot. n* 1009, p. 220), et où il est dit que cette jeune fille « bien élevée, » instruite dans tous les arts des muses, » aurait donné, en sa qualité de danseuse, des représentations privées dans les maisons du grand monde ; et qu'elle se serait, la première, produite en public, sur la scène grecque, à Rome (modo nobilium ludos decorari choro, et Grœca in scena prima populo apparut) ? Geci ne veut dire qu'une chose, c'est qu'elle a été la première jeune file, qu'on ait vue à Rome monter sur le théâtre grec public : et, en effet, c'est vers cette époque que les femmes commencent â se montrer sur les planches (p. 228, n. 2). — Du reste, les « Jeux grecs » ne paraissent point avoir été de vraies représentations scéniques : ils appartenaient plutôt au genre de la déclamation accompagnée de musique, qui fut aussi fréquemment pratiquée plus tard dans la Grèce proprement dite (Welcker, griech. Trag. p. 1277). C'est la conclusion qu'il faut tirer des indications fou raies par Polybe (30, 13) sur les concerts des joueurs de flûte, par Suétone (/. cit. )/sur la danse en général et là danse des armes selon le mode de l'Asie Mineure, exécutée dans les jeux donnés par Gésar, et de l'inscription même précitée du tombeau d'Eucharis ; enfin j'estime que dans le passage des Rhet. ad Herrennium (4, 47,60) , relatif aux Cytharœdes (cf. Vitruv. 5, 5, 7), il est fait de môme allusion à ces « jeux grecs. » Une autre chose me frappe, c'est de voir ces représentations combinées à Rome avec les luttes -d'athlètes grecs (Polyb. I. cit. : Tite-Liv., 39, 22). — Les récitations dramatiques n'étaient point exclues de ces jeux mixtes, car nous voyons 167 av. J.-C. figurer des acteurs tragiques dans la troupe amenée à Rome en 587 par Lucius Anicius. Pourtant on peut croire que ce n'était point là, à proprement parler, des représentations dramatiques : l'artiste se contentait d'y déclamer ou chanter, avec accompagnement de flûte, tantôt un drame entier, tantôt et plus souvent de simples fragments. Voilà bien ce qui se pratiquait à Rome, et suivant toute apparence, la grande attraction pour le public , dans les jeux grecs, c'était la musique et la danse : quant aux paroles, on ne s'en préoccupait guère, pas plus qu'aujourd'hui les dilettantes de Londres ou de Paris n'écoutent celles de l'opéra italien. Véritables pots pourris sans règles fixes, ces jeux mêlés allaient très-bien au goût actuel du public : ils s'adaptaient aux théâtres de société, bien plus facilement que ne l'eussent pu faire les représentations dramatiques complètes de la scène grecque. Que celles-ci d'ailleurs aient été importées aussi à Rome, loin d'y contredire, j'admets que le fait est prouvé.