‹ Histoire romaine (volume 5)Chapitre 5 sur 23 · IL · texte numérisé non relu

IL

ligne la division des sujets par la suppression des confédérations italiques ainsi que l'application de nuances diverses dans la pression souveraine, selon les diverses catégories de sujets. Caton, dans le régime intérieur de sa maison, veillait à ce que ses esclaves ne pussent se liguer entre eux, et suscitait à dessein parmi eux des querelles et des inimitiés; la république romaine agissait de même en grand : le moyen n'était pas moral , mais il était efficace. C'était encore une extension du mérne moyen que la disposition par laquelle, dans chaque communauté dépendante, on établissait une constitution faite sur le modèle de celle de Rome, et un système de gouvernement par les familles riches et distinguées, qui dès lors se trouvaient naturellement en opposition plus ou moins violente avec la multitude et étaient obligées, par intérêt matériel et gouvernemental, de s'appuyer sur Rome. Un exemple remarquable de cette politique est la conduite que Rome tint à l'égard de Capoue, la seule ville d'Italie qui put peut-être rivaliser avec Rome, et qui parait dès l'abord avoir été traitée avec une prévoyance soupçonneuse. On donna à la noblesse campanienne un tribunal spécial, des lieux de réunion spéciaux, enfin, sous tous les rapports, une situation isolée, et on distribua parmi ses membres des pensions sur le trésor public de la Gampanie, qui étaient considérables, puisqu'il y en avait seize cents de quatre cent cinquante statères par an (environ 750 fr.). Ces cavaliers campaniens, en refusant leur coopération au grand soulèvement des Latins et des Campaniens, en 414 (340), contribuèrent beaucoup à leur défaite, et leurs vaillantes épées assurèrent la victoire des Romains à Sentinum, en 459 (295) ; au contraire, ce fut l'infanterie campanienne de Rhegium qui, la première, fil défection dans la guerre de Pyrrhus. On a encore un autre exemple remarquable de la pratique romaine dans la manière dont les querelles d'ordres qui s'élevèrent dans les villes dépendantes, par suite de la faveur accordée à l'aristocratie, furent exploitées par Rome dans sou propre intérêt. 11 suffit d'observer ce qui arriva à Volsinii, en 489 (265).

Là, comme à Rome, les anciens et les nouveaux citoyens doivent s'être trouvés en antagonisme, et les provinces doivent avoir aspiré à atteindre à l'égalité politique par la voie légale. Par suite de ces circonstances, les anciens citoyens se tournèrent vers le Sénat romain, et lui demandèrent instamment de rétablir l'ancienne constitution, ce que le parti qui dominait dans la ville considéra comme un crime de haute trahision, pour lequel ceux qui l'avaient provoqué furent punis suivant la loi. Le Sénat romain, néanmoins, prit parti pour les anciens citoyens, etcomme la ville ne se soumettait pas de bonne grâce, non-seulement il fit anéantir par exécution militaire la constitution qui fonctionnait alors publiquement, mais en démolissant la vieille capitale de l'Élrurie, il fit comprendre d'une manière terrible, et par un exemple frappant, ce que c'était que la suprématie de Rome sur l'Italie.

Toutefois, le Sénat romain était trop sage pour ne pas voir que 1 le seul moyen d'assurer la durée de la domination , est la modération du dominateur. Aussi, à la place de leur indépendance, on accorda aux communautés dépendantes le plein droit de cité, on leur laissa une certaine autonomie, qui renfermait en elle-même une ombre d'indépendance, une part personnelle aux succès militaires et politiques de Rome, et surtout une constitution municipale indépendante: dans tout ce qui faisait partie de la confédération italiote, il n'y eut point d'Ilotes. Rome renonça pour toujours, avec une netteté et une magnanimité exemplaire dans l'histoire, au plus dangereux des droits de la domination, le droit d'imposer ses sujets. Tout au plus les cantons gaulois dépendants payèrent-ils un tribut : dans toute l'étendue de la confédération italique, il n'y eut pas de communauté tributaire. La levée militaire était commune à Rome et aux sujets, mais la communauté dominante ne se déchargeait nullement de ce devoir sur ses sujets; bien plus, la levée était vraisemblablement beaucoup plus forte en comparaison chez les Romains que chez les confédérés romains, et beaucoup plus forte chez ces derniers que chez les citoyens passifs, au moins parmi les confédérés

nou lalins; de sorte qu'il y avait une certaine équité à ce que les profits de la guerre fussent attribués en plus grande partie à Rome d'abord et ensuite aux Latins.

intermmiiaires. Le gou vemement central de Rome pourvut au difficile problème de surveiller et de contrôler la massedes communautés dépendantes, en partie par le moyen des quatre Questeurs italiques, en partie par l'extension de la censure romaine à l'ensemble des communautés sujettes. Les questeurs de la flotte avaient, outre leurs attributions directes, celle de lever les revenus des domaines nouvellement acquis, et de contrôler les contributions des nouveaux membres de la confédération : ce furent les premiers fonctionnaires romains dont la résidence et la compétence fussent fixées par la loi en dehors de Rome, et constituant entre Rome et les sujets l'intermédiaire

iiecenieiuent. nécessaire. Comme le monde le système municipal postérieur, dans toutes les communautés italiques, les gouverneurs devaient faire un recensement tous les quatre ou cinq ans, disposition dont l'impulsion devait nécessairement venir de Rome , et qui ne peut avoir eu d'autre but que de donner au Sénat, par sa correspondance avec la censure romaine, le moyen de s'assurer la surveillance et le contrôle des ressources militaires et financières de toute l'Italie (1).

Cette unité administrative et militaire des peuplades qui habitaient de ce côté de l'Apennin jusqu'au promontoire Iapygien et au détroit de Rhegium, est manifestée par l'introduction d'un nouveau nom qui s'applique à tous les habitants, les « hommes de la toge, » expression du plus ancien droit des Romains ou des Ilaliotes, employée dès l'abord parmi les Grecs, et enfin devenue universelle. Les différentes nationsqui habitaient ces contrées ont dû sentir pour la première fois leur unité, d'abord par leur hostilité contre les Grecs, puis et surtout par leur haine contre les Celtes ; car, si jadis

(1) Et non-seulement dans les villes lalines; car la censure, ou la quinquennalité, comme on l'appelait, était également appliquée aux cités dont la constitution n'était pas modelée sur le système latin.

les Celtes italiques avaient pu faire cause commune avec eux, et saisir l'occasion de ressaisir leur indépendance, ce sentiment national bien entendu aurait dû à la longue se faire jour. De même que le territoire gaulois devint plus tard l'opposé, au point de vue du droit, du territoire italique, les « hommes de la toge» se nommèrent ainsi par contraste avec les « hommes aux braies » (braccati), les Celles ; et, vraisemblablement, la défense contre les incursions gauloises a dû être entre les mains de Rome un moyen ou un prétexte qui a joué un rôle diplomatique important dans la centralisation des ressources militaires de l'Italie. Comme les Romains se trouvaient à la téte de l'armée nationale, et obligeaient les Étrusques, les Latins, les Sabelliens, les Apuliens et les Grecs à combattre également sous leurs étendards dans l'intérieur de ces prétendues frontières, l'unité, jusque-là contestable et purement intérieure, prit une plus grande étendue et uue solidité légale, etle nom d'Italie, que les écrivains grecs du v c siècle, Aristote, par exemple, n'appliquaient qu'à la Calabre actuelle, s'étendit à toute la contrée des hommes à la toge. Les plus anciennes frontières de celte grande Frontières confédération militaire gouvernée par Rome, ou de la nouvelle P cônftdémion Italie, atteignaient vers le littoral de l'ouest jusqu'aux environs de Livourne, au delà de l'Arno (1), vers le littoral oriental jusqu'à jEsis, au-dessus d'Ancône; les localités colonisées par les Italiotes, qui se trouvaient en dehors de ces frontières, comme Sena Gallica et Ariminum de ce côté de l'Apennin, et Messana en Sicile, se considéraient, même quand elles étaient, comme Ariminum, membres de la confédération, ou même comme Sena, villes de citoyens romains, géographiquement placées en dehors de l'Italie. Encore moius pouvait-on compter, dans la nation à la toge, les cantons gaulois

(1) Ces frontières primitives sont vraisemblablement indiquées par lu dénomination de ad fines, donnée à deux petites localités situées, Tune au nord d'Arezzo, sur la route de Florence, l'autre vers la côte, dans le voisinage de Livourne. Un peu au sud de cette dernière, le ruisseau et la prairie de Vada s'appellent encore fiume délia fine, valle délia fine (Targioni Tozzetti, Viaggi, IV, 430).

situés de ce côté de l'Apennin , quoique peut-être, déjà à cette époque, plusieurs d'entre eux fussent dans la clientèle de Rome. La nouvelle Italie était donc devenue une unité politique, et elle était sur le chemin de devenir une unité nationale. Déjà la nationalité latine dominante s'était assimilé les Sabins et les Volsques, et avait semé plusieurs cités latines dans toute l'Italie ; ce fut seulement le développement de ce germe qui amena plus tard tous les hommes qui portaient le vêtement romain à employer le latin comme langue maternelle. Ce qui prouve que les Romains avaient déjà conscience . de cet avenir, c'est l'extension usuelle du nom Latin à tous les membres dépendant de la confédération italique (2). Ce que nous pouvons reconnaître de cet édiûce politique grandiose, révèle la haute intelligence politique de son architecte anonyme, et la solidité peu commune que montra contre des coups terribles cette confédération, créée de pièces et de morceaux, donna à celte grande œuvre le sceau de la durée. Depuis que les mailles de ce Glet si mince et si solide jeté sur toute l'Italie l'eurent mise tout entière entre les mains de la République romaine, elle fut une grande puissance, et prit dans le système des États méditerranéens la place deTarente, de la Lucanie et des autres États de deuxième ou de troisième ordre, que la dernière guerre avait fait disparaître du nombre des puissances politiques. La reconnaissance officielle de sa nouvelle

(1) Dans l'usage strict du langage pratique, on ne peut dire qu'il en fût ainsi. La désignation la plus complète des Italiotes se trouve dans la loi agraire de 643 (111) (ceivis) Romarins sociumve nominisve Latini, quibus ex formula togatorum milites in terra Italia imperare soient : on voit dans la même loi le peregrinus distingué du Latinus, et dans l'ordonnance du Sénat sur les bacchanales 568 (186) : Ne quis ceivis Romanus neve nominis Latini neve soàum quisquam. Mais dans l'usage habituel on laissa ordinairement de côté, le second ou le troisième de ces membres et à côté des Romains, on ne désigna bientôt plus que les hommes Latini nominis, et bientôt les Socii (Weisseborn, sur Tit.-Liv., XXII, 50, 6), sans que cela constituât une différence réelle. La désignation de Homines nominis Latini ac Socii Jtalici (Sallust, Jug., 40), quoique correcte en elle-même, est étrangère au langage officiel, qui connatt bien une Italie, mais qui ne connaît pas oVItaliotes.

position fui attestée à Rome par ces deux ambassades solennelles qui furent envoyées d'Alexandrie à Rome en 481, et de Rome à Alexandrie, et qui, quoiqu'elles n'eussent à traiter qu'une alliance commerciale, préparaient cependant pour l'avenir une alliance politique. De même que Carthage luttait avec l'Egypte pour la possession de Cyrène, et bientôt après avec les Romains pour celle de la Sicile, la Macédoine devait lutter avec Rome pour la prépondérance en Grèce, et avec Carthage pour la domination des côtes de l'Adriatique. Il ne pouvait se faire que les nouvelles luttes qui se préparaient de tous côtés, ne se heurtassent les unes aux autres, et que Rome, comme maîtresse de l'Italie, ne fût pas enveloppée dans le vaste cercle que le triomphe d'Alexandre le Grand et ses projets avaient assigné à ses successeurs comme un lieu de rendez-vous.

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