‹ Histoire romaine (volume 5)Chapitre 7 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le développement de l'art, et particulièrement de la poésie , rat du P cu P i e marche , dans l'antiquité, à côté du développement des fêtes pu- ' bliques. Les fêtes extraordinaires instituées à Rome dans l'époque précédente, sous l'influence grecque, les « grands jeux, » ou «jeux romains, » gagnèrent , dans le temps dont nous parlons , en durée comme en variété dans les divertissements. La féte, originairement limitée à un jour de durée, fut étendue d'un jour, après chacune des trois grandes révolutions de 245 (509), 260 (494) et 587 (367), et avait atteint à la fin de cette période une durée de quatre jours (1 ).

(1) Ce que Denys Çfi, 95; corap. Niebuhr, II, 40) et Plutarque, qui l'emprunte à un autre passage de Denys, disent de la fête latine, est, comme le prouve la comparaison du dernier passage avec Tit.-Liv., VI, 42 (Comp. Ritschl. Parerg., 1, p. 313), plutôt relatif aux jeux romains. Denys a mal entendu, et suivant sa coutume en persévérant dans Terreur, l'expression de Ludi maximi.

Du reste, il y avait une autre tradiliou, suivant laquelle l'origine de la fête, au lieu d'être rapportée, comme d'habitude, à la défaite des Latins par Tarquin l'Ancien, l'était à la défaite des Latins du lac Régille (Cic. de Div., I, 26, 55. Denys, VII, 71). Ce qui prouve que les allégations relatives à ce dernier passage et empruntées à Fabius regardent en fait la fête habituelle, et non aucune autre fête votive, c'est la mention expresse du retour annuel de la fête, et la liste des frais, qui s'accorde exactement avec l'assertion, et qui est donnée dans le Faux Asconius (p. 142, Or.).

Une circonstance plus importante encore, c'est que la féle, avec 1'inslilution de I edilité centrale, qui fut chargée dès l'origine de sa direction et de sa surveillance, perdit sou caractère extraordinaire, et, par là, sa destination de réjouissance en l'honneur d'un général, et entra au nombre des fêtes ordinaires revenant (ous les ans. Cependant, le gouvernement persévéra à ne permettre le spectacle proprement dit, et surtout le divertissement capital , la course des chars, qu'une fois, à la clôture de la fête ; les autres jours, on laissaità peu près la multitude se donner à elle-même une féle, quoique musiciens, danseurs, sauteurs, escamoteurs, bouffons et autres gens semblables ne manquassent pas en pareille circonstance, loués ou non loués. Mais, vers l'an 390, il se produisit un changement important qui se rattache à la fixation et à la prolongation de la féte déjà décidée auparavant ; on installa sur l'emplacement des courses, pendant les trois premiers jours , un cchafaud de bois, et seenc roma.nc. on ^ ^ Qnm j eg ^présentations pour amuser la foule. Cependant,

pour ne pas être enlrainé trop loin dans cette voie, une somme de 200,000 as (52,500 fr.) fut fixée, une fois pour toutes, pour les Irais du jour, et ne fut pas augmentée jusqu'à la guerre punique. Les Ediles, qui avaient à dépenser cette somme, devaient fournir le surplus s'il y avait lieu, et il n'est pas vraisemblable qu'ils aient à celte époque souvent et notablement contribué de leur bourse. La nouvelle scène élail complètement sous l'influence grecque : ce qui le prouve, c'est son nom de scœna (axyjvyi). Elle élail destinée à peu près exclusivement aux joueurs et aux bouffons de toute sorte, parmi lesquels les danseurs au son de la flûte , principalement les Étrusques, renommés pour cet exercice, devaient tenir le premier rang. Il y avait cependant à Rome une autre scène publique, qui était ouverte aux poëtes romains; car il ne manquait pas de ^rraïi"!^ poètes dans le Latium. Des chanteurs latins « errants» ou «forains • (grassatores , spatiatores) , allaient de ville en ville et de somra. maison en maison, et colportaient leurs chants (saturœ), avec une danse gesliculée accompagnée de la flûte. La seule mesure qui fût

connue alors était la mesure saturnienne. Ces chants u étaient soumis à aucune forme déterminée, et encore moins dialogués : on peut s'en faire une idée par ces ballades et tarentelles sur un seul ton, moitié improvisées, moitié récitées, qu'on entend encore aujourd'hui dans les hôtelleries romaines. Des chants semblables furent de bonne heure transportés sur la scène publique, et ce fut là sans doute l'origine du théâtre romain. Mais ces commencements du spectacle romain furent non-seulement modestes comme partout,

, • I . . , , • i . . Déconsidération

mais particulièrement déconsidères comme auparavant. Les Douze attachée ii.rt. Tables condamnent déjà les chants mauvais et inutiles, et elles punissent de pénalités sévères, non -seulement les incantations, mais les chants satiriques faits sur un citoyen ou chantés devant sa porte, ainsi que l'adjonction de pleureuses aux funérailles. Mais l'exercice de l'art à peine au début était moins réprimé par les restrictions légales que par la gravité bourgeoise des mœurs romaines, qui bannissait ces occupations frivoles et rétribuées. Le métier de poêle, dil Caton, n'était pas considéré autrefois ; quand un homme s'y adonnait ou se faisait inviter pour cela aux festins, on l'appelait un « bouffon. • Celui qui pratiquait pour de l'argent la danse, la musique, ou la poésie foraine, était marqué d'une double note d'infamie, par suite de la déconsidération qui s'attacha en outre à tout homme qui gagnait sa vie par des métiers servîtes payés à prix d'argent. Si la participation aux farces de caractère était un entraînement pardonnable pour la jeunesse, Pacte de monter sur la scène publique pour de l'argent et sans masque passait pour une chose complètement honteuse, et le chanteur et le poëte étaient mis, sous ce rapport, exactement au même rang que le danseur de corde et le jongleur. Ces gens étaient déclarés régulièrement, par le maître des mœurs, incapables de servir dans l'armée nationale et de voler dans l'assemblée des ciloyeus. De plus, non-seulement la direction de la scène était dans les attributions de la police de la ville, ce qui est déjà fort caractéristique, mais la police était pourvue vraisemblablement d'un pouvoir exlraordinairemcnl arbitraire

contre les artistes scéoiques qui vivaient de leur métier. Non-seulement les maîtres de la police conservaient la haute main sur eux après la représentation, ce qui faisait couler le vin pour leurs agents avec autant d'abondance que les coups de bâton sur le pitre , mais il y avait des fonctionnaires de la cité désignés pour infliger des châtiments corporels et l'emprisonnement à tous les comédiens, en tout temps et en tous lieux. La conséquence nécessaire était que la danse, la musique et la poésie, du moins en tant qu'elles se manifestaient sur la scène publique, tombèrent aux mains des dernières classes des citoyens romains, et surtout des étrangers; et si , dans ce temps, la poésie jouait en général un rôle trop inférieur pour que les artistes étrangers s'y adonnassent, on peut, au contraire, considérer comme applicable à ce temps l'assertion suivant laquelle la musique sacrée et profane aurait été, à Rome , complètement étrusque, et qu'ainsi l'art déjouer de la flûte, qui avait été autrefois très-estimé à Rome, fut supplanté par l'art étranger.

On ne peut parler d'une littérature poétique. Ni les mascarades, ni les récitations de la scène ne pouvaient encore avoir un texte fixe, mais elles étaient régulièrement improvisées pour la circonstance par les récitateurs. On ne pouvait citer plus tard d'oeuvres écrites appartenant à ce temps, qu'un poëme romain : Des Œuvres et des Jours, sorte d'enseignement d'un paysan à son fils (1), et les poésies pythagoriciennes d'AppiusClaudius, déjà mentionnées, premier monument de l'influence grecque sur la poésie romaine. Il ne nous reste rien des poésies de cette époque, que quelques inscriptions funéraires en vers saturniens.

Comme les commencements de l'art dramatique, ceux de la com-

(1) Voici un fragment de ce poëme :

« Quand l'automne est sec, arrose. Au printemps, mon fils, tu récolteras la » grosse épeautre. »

Nous ne savons pas, en réalité, si c'est à juste titre que cette poésie passa plus tard pour la plus ancienne de Rome (Macrob. Sat., 5, 20. Festus, ep. v. Flaminius, p. 93. - Servius, ad Georg., I, 101. — Plin., XVII, 2, 14).

position historique appartiennent à cette époque , tant le registre des circonstances mémorables du temps, que la consolidation conventionnelle de l'histoire antérieure de la république romaine.

La composition historique se rattache à celte époque aux listes de ,^* lrats des magistrats. Celle qui remonte le plus haut, que les historiens romains ont eue plus tard sous les yeux, etque nous pouvons encore interroger indirectement, parait avoir appartenu aux archives du temple de Jupiter Capitolin ; car en commençant par le consul Marcus Horalius, qui consacra ce temple le 15 septembre de son année consulaire, elle donne les noms des chefs annuels de la République, puis, à l'occasion d'un vœu qui fut fait par suite d'une terrible épidémie, sous les consuls Publius Servilius et Lucius Aétius, suivant la computalion actuelle 291 (465) de Rome, on eut soin de planter un clou dans la muraille du temple capitolin depuis ce moment jusqu'à chaque centaine d'années. Plus tard, ce furent les savants géomètres et écrivains de la république , c'est-à-dire les Pontifes, qui notèrent les noms des magistrats annuels, et joignirent ainsi à l'ancienne table mensuelle une table annuelle; depuis lors les deux tables furent comprises sous le nom de Fasti , qui ne s'appliquait proprement qu'à la liste des jours de jugement. Cette notation doit avoir commencé peu après l'expulsion des rois, parce qu'en fait, pour pouvoir constater l'ordre des actes publics, la constatation officielle des magistrats de l'année était pratiquement nécessaire ; mais s'il y a eu un catalogue si ancien des magistrats de la république, il a été vraisemblablement anéanti dans l'incendie des Gaulois, 564 (591), et la liste du collège pontifical fut plus tard augmentée de celle liste capitoline, qui n'eut rien à faire avec cette catastrophe , jusqu'au temps où elle remontait. Que le catalogue des magistrats que nous avons sous les yeux ait été complété par des additions , empruntées surtout aux prétentions exprimées après coup dans les généalogies de la noblesse, mais en somme, qu'il remonte dès le début à des informations contemporaines et dignes de confiance, c'est ce dont on ne saurait douter;

mais les a nuées du calendrier ne donnent que des informations incomplètes et approximatives, attendu que les magistrats de la république n'entraient pas en fonctions au commencement de Tannée et même pas à un jour fixé pour toujours, mais que, suivant les circonstances, le moment de cette entrée en fonctions variait de temps à autre, et que les intervalles qui s écoulaient ordinairement entre deux consulats se trouvaient tout à fait en dehors des computalions annuelles. Si donc on voulait compter les années du calendrier d'après celte liste, il fallait tenir compte de ces interrègnes à côté du jour d'entrée et de sortie de chaque collège de magistrats; et c'est ce qu'on fit, sans doute, de bonne heure. La liste des magistrats annuels fut appropriée à la liste du calendrier, de. manière à faire correspondre, par une accommodation, chaque année du calendrier à un collège de magistrats, et là où la liste n'atteignait pas, on mit des années complètes, qui dans la table postérieure (celle de Varron) sont désignées par les chiffres 379, 385, 421,430,445,453. Depuis l'an de Rome 291-463 avant Jésus- Christ, la liste romaine est d'accord, non en détail, mais dans l'ensemble, avec le calendrier romain, et par conséquent fait autorité au point de vue chronologique, autant que les défectuosités du calendrier le permettent. Les quarante-sept années qui sont en dehors de celte liste échappent au contrôle, mais sont, du moins dans l'eusemble, exactes (1); ce qui est avant l'année 245 de Rome, 509 avant Jésus-Christ, est, au point de vue chronologique, effacé. Êrecapiioiine. jj ne ere commune ne fut pas alors établie; cependant on comptait, dans les circonstances religieuses, à partir de Tannée de la consécration du temple de Jupiter Capitolin, qui ouvrait aussi la liste de magistrats.

chroniques. Auprès des noms des magistrats on mentionnait les événements les plus remarquables qui s'étaient accomplis sous leur règne, et

(1 ) Les premières places de la liste peuvent seules donner lieu à la défiance, et peuvent avoir été remplies plus tard, pour compter en nombre roud cent vingt années de l'expulsion des rois à l'incendie de la, ville.

ART ET SCIENCE. i*?7

de ces annotations attachées à celle liste naquil la chronique romaine, comme la chronique du moyen âge est née des notices attachées aux tables de la féle de Pâques. Quelques indications semblables remontent jusqu'aux fragments les plus anciens de la table annuelle : ainsi le fait de l'institution des vingt et un tribuns de Tannée 259 (495) , et l'enlèvement du vieux figuier du Forum en 260 (494). Mais ce ne fut que plus lard qu'on en arriva à une chronique dans laquelle les pontifices notaient les noms des magistrats et les circonstances remarquables de leur règne (Liber annalis).

Avant l'éclipsé de soleil observée le 20 juin 351 (403), et qui est probablement celle du 20 juin 354 (400), on ne trouvait, dans la chronique de la ville, aucune autre mention d'éclipsé : les listes du cens commencèrent à compter d'une manière digne de confiance depuis le commencement du v c siècle de Rome. Les exécutions qui avaient lieu devant le peuple, et les miracles accomplis dans la république, paraissent avoir été notés régulièrement dans la chronique à partir de la seconde moitié du v e siècle. Suivant toute apparence, l'institution d'un calendrier régulier, et, comme corollaire, la rédaction de l'aucienne liste des magistrats qui existait déjà, pour supputer les ans, au moyen des années complètes nécessaires au point de vue chronologique, paraissent avoir eu lieu dans la première partie du v siècle. Mais après que celte coutume se fut consolidée, et que le souverain pontife dut noter les guerres, les colonisations, les pestes, les disettes, les éclipses et les miracles, la mort des prêtres et d'autres hommes remarquables, les nouveaux décrets du peuple, la situation du trésor, année par année, et perpétuer la mémoire de ces observations dans sa demeure officielle, et en l'exposant à la vue du public, on était encore bien loin d'une véritable composition historique. Si l'on veut comprendre combien les annotations contemporaines étaient encore arides , et quelle place elles laissaient encore à la fantaisie des historiens postérieurs, il faut comparer les récits de la campagne de 456 (298)

dans les chroniques et dans l'inscription du consul Scipion (1). Les historiens postérieurs étaient évidemment hors d'état de tirer de ces annales de la ville un récit vraisemblable et consistant; et nous-mêmes nous serions difficilement capables, même si ces annales nous étaient parvenues dans leur forme primitive, d'écrire d une manière précise l'histoire de ce temps. Cependant, ce n'est pas à Rome seulement que ces chroniques existaient, et de même que chaque cité latine avait ses ponlifices, elle avait aussi ses annales, comme nous pouvons le voir par des notices particulières, par exemple, pour Ardea, Ameria, Interamna sur le Nar; et avec la réuuion de ces chroniques des villes, on aurait pu atteindre pour l'histoire un résultat à peu près semblable à celui qu'on a obtenu pour le moyen âge primitif par la comparaison des différentes chroniques des couvents. Malheureusement on a préféré combler les lacuues par des mensonges grecs ou grécisés.

Outre ces documents ofliciels arides et peu dignes de confiauce pour la restauration des temps lointains et des événements passés, il ne peut guère avoir existé dans ce temps des mémoires qui aient pu servir directement à l'histoire romaine. Nous ne trouvons aucune trace de chroniques privées. On prit seulement l'habitude, dans les oénéaiogies. familles distinguées, de dresser des généalogies, encore si précieuses aujourd'hui au point de vue du droit, et de les peindre sur les murs des maisons pour en conserver la mémoire. Ces listes, qui nommaient au moins les magistrats, non-seulement donnaient un point d'appui aux traditions de famille, mais il s'y rattachait des notices biographiques. Les notices nécrologiques, qui ne manquaient à Rome à aucun mort, et qui étaient régulièrement conservées par les parents les plus proches, comprennent essentiellement nonseulement le récit des actes de vertu et de courage du défunt, mais aussi le récit des actions et des vertus de ses ancêtres, et se

(1) Suivant les annales, Scipion commande en Étrurie, son collègue dans le Samnium, et cette année-là la Lucanie est alliée avec Rome; selon l'inscription Scipion conquiert deux villes dans le Samnium et toute la Lucanie.

transmirent ainsi d'une génération à une autre, dès les premiers temps. Plus d'un document précieux dut être conservé de cette manière, mais il dut se mêler aussi à la tradition plus d'un élément faux et mensonger. Mais, comme les premiers essais d'histoire réelle, le commencement de la formation d'une histoire convention- ^J^ 0 ^..

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nelle de la Rome primitive appartient également a ce temps. Les i«s Romains, sources en étaient les mêmes que nous trouvons partout. Quelques faits et quelques noms, les rois Numa Pompilius, Ancus Martius, Tullus Hostilius, la défaite des Latins par le roi Tarquin et l'expulsion desa dynastie, peuvent avoir, en somme, été perpétués exactement par une tradition orale On trouvait d'autres choses dans la tradition des familles nobles , par exemple dans les récits des Fabius. Dans d'autres récits, les anciennes institutions du peuple, et surtout les mesures législatives, étaient symbolisées et racontées d'une manière très-vivante : ainsi, le caractère sacré des murailles de la ville, dans le récit de la mort de Rémus, la suppression de la vengeance par le sang dans celui de la fin du roi Tatius, la nécessité des règlements qui concernent le pont de bois du Tibre dans la légende d'Horatius Coclès, l'établissement du droit de grâce pour le peuple dans le beau récit des Horaces et des Curiaces , celui de l'affranchissement et de l'acquisition du droit de cité pour les affranchis dans l'histoire de la conspiration des Tarquins et de l'esclave Vindicius. 11 faut encore rapporter à ce sujet l'histoire de la fondation de Rome elle-même , qui attribue l'origine de Rome au Lalium et à la vieille métropole latine d'Albe. Les surnoms des hommes illustres sont des gloses historiques ; ainsi, Publius Valerius , « le serviteur du peuple » (Poplicolà), a réuni autour de son nom tout un cycle d'anecdotes contemporaines; le figuier sacré, et les autres endroits célèbres de la ville ont donné lieu à une multitude de récits de sacristain semblables, qui ont formé, plus d'un siècle plus tard, les mirabilia urbis. C'est certainement à celle époque que commença un certain arrangement des ces légendes, la succession des sept rois, et la fixation de la durée de leurs règnes

réunis à 240 ans, qu'on (toail sans doule aux calculs des familles; il en esl de même de la première rédaction officielle de ces faits. Les fondements du récit, et en particulier leur quasi-chronologie prirent pied dans la tradition d'une manière si solide, que leur fixalion a dû avoir lieu, non pas à l'époque littéraire de Home , mais à l'époque antérieure(i). Lorsque, dès 458 (296), on eut coulé en bronze les deux jumeaux Romulus et Rem us suçant les mamelles de la louve , et qu'on les eut placés près du figuier sacré , les Romains, qui attaquaient le Lalium et le Samnium, ne devaient pas comprendre l'histoire de la fondation de leur ville autrement que nous ne la lisons dans Tite-Live; nous voyons déjà paraître les aborigènes, c'est-à-dire les « aulochthones, » ce naïf rudiment des recherches historiques de la race latine, dans l'historien Callias de Sicile, en 465 (289). Il est dans la nature de la chronique de faire précéder l'histoire réelle par l'histoire fabuleuse, et si elle ne la fait pas remonter jusqu'à la création du ciel et de la terre, elle la ramène au moins jusqu'à l'origine de la nation; il est parfaitement prouvé que les Tables des Pontifes donnaient l'année de la fondation de Rome. On doit donc reconnaître que le Collège des Pontifes , lorsque, dans la première moitié du v e siècle, il substitua aux documents jusque-là rares et limités aux noms des magistrats, une chronique annuelle régulière, y ajouta l'histoire des rois de Rome et de leur expulsion, qui y manquait, et, en fixant à la consécration du temple du Capitole, le 15 septembre 245 (505), la date de la fondation de la république , chercha une concordance seulement apparenleenlrerincerlitudechronologiqueetlerécitdesAnnales(2). Que l'hellénismeait eu la main dans celle détermination de l'origine

(1) Celte tendance de la tradition esl mise dans une vive lumière par Pline l'Ancien (Hist. nat. XXXVI, 15, 100).

(2) On comptait, à ce qu'il parait, trois générations par siècle, et on arrondit le nombre de 233 1/3 en 240, de même qu'on arrondit au nombre de 120 années l'espace qui s'écoula entre l'expulsion des rois et l'incendie de la ville. On voit combien on peut défalquer de ce nombre, par la fixation de la mesure carrée que nous avons déjà fait remarquer.

de Rome, c'est ce dont ou peut difficilement douter : les réflexions sur la population originaire et postérieure, sur la priorité de la vie pastorale sur la vie agricole, et la conversion deRomulus en dieu Quirinus ont une tournure essentiellement grecque, et le vague qui s'est attaché à la figure purement nationale du saint roi Numa et de la nymphe Égérie par le mélange d'invenlious étrangères pythagoriciennes, ne parait avoir appartenu en aucune façon aux traditions primitives de l'histoire romaine.

On peut mettre à côté de ces commencements de l'histoire romaine les généalogies des familles nobles, qui furent remplies de la même manière, et qui furent, suivant un usage cher aux généalogistes, ramenées à des ancêtres imaginaires ; par exemple, celles des jEmilii, des Calpurnii, des Pinarii, des Pomponii, venant des quatre fils de Numa : Mamercus, Galpus, Pinus et Pompus : et de plus les /Ernilii prélendaut descendre encore d'un fils de Pylhagore Mamercus le « bien parlant » (aûuJAoç). Cependant, en dépit de ces réminiscences historiques, l'histoire primitive de Rome, comme celle des familles, peut être appelée relativement nationale, en ce sens que d'un côté elle est née à Rome, et que de l'autre sa tendance n'est pas de jeter un pont entre Rome et la Grèce, mais entre Rome et le Latium.

Ce furent la narration et la poésie grecque qui se chargèrent de primitive de

Kome,

cette autre lâche. La légende grecque révèle un effort constant «• lon,e8(iretfc pour suivre pas à pas les découvertes géographiques , et avec l'aide de ses nombreux récits de voyageurs et de marins, composer une histoire universelle dramatisée. Son procédé est d'une naïveté rare. On a rarement vu un récit tel que la composition historique grecque la plus ancienne qui s'occupe de Rome, l'histoire sicilienne d'Antiochus de Syracuse, terminée en 330 (424), récit suivant lequel un homme du nom de Sikelos aurait été de Rome en Italie, c'est-à-dire dans la péninsule Brutticnne, et qui donne une couleur d'une naïveté extraordinaire à la parenté des Romains, des

Sicules et des Brutliens, qu'il historise et grécise à sa manière. En 11. u

somme, la tradition est et devient de plus en plus dominée par la tendance à représenter tout le monde barbare comme sorti des Grecs, ou soumis par eux ; les Grecs jetèrent de bonne heure aussi leurs filets sur l'Occident. La légeude d'Hercule et des Argonautes a peu d'importance pour l'Italie, quoique déjà Hécatée(morlen257) connaisse les colonnes d'Hercule, et que le vaisseau Argo passe de la mer Noire dans l'océan Atlantique, et de celui-ci dans le Nil, et de nouveau dans la Méditerranée, comme les voyages de retour qui suivent la chute de Troie. Avec les premières informations concernant l'Italie, on voit Diomède errer dans la mer Adriatique, Ulysse dans la mer Tyrrhéuienne; cette dernière localisation de la composition homérique est, du moins, voisine de la légende. Jusqu'au temps d'Alexandre, les contrées de la mer Tyrrhénienne sont restées dans les fables grecques sur le terrain de la légende d'Ulysse: Kphore, lui-même, qui termine à l'année 414(340), et le soi-disant Skylax, vers 418 (336), la suivent dans les points essentiels. L'ancienne poésie ue sait absolument rien de voyages troyens (1) : dans Homère, Énée gouverne, après la chute de Troie, les Troyens qui restent dans leur patrie. Le premier, Stésichore, ce grand amateur de mythes, 122-201 (632-553), conduisit dans son ouvrage « De la destructiou d'Hion » Énée dans l'Occident, pour arranger poétiquement le monde fabuleux de sa patrie de naissance et de sa patrie d'adoption, la Sicile et la basse Italie, par l'opposition du héros troyen conlrele héros grec. C'est par lui que s'est répanduecetle fable, particulièrement celle du groupe héroïque, au moment où Énée sort de Troie enflammée avec son épouse, son jeune fils et son père, portant tes dieux nationaux, ainsi que l'identification des Troyens avec les autochthones, Sicilioles et Italiotes, identification qui se traduisit dans la légende du trompette Misenos, qui donna son nom

(1) Les « colonies troyennes » eu Sicile, que Thucydide, Pseudoskylax et d'autres Dommeot, ainsi que l'attribution de Capoueà une fondation troyenne, par Hécatéc, viennent de Stésichore, et de l'identification qu'il fait des indigènes italiotes et siciliotes avec les Troyens.

au cap Misène. Le vieux poêle était conduit par un sentiment su»ebore. intime, qui lui faisait trouver que les barbares italioles étaient moins étrangers aux Grecs que les autres, et la relation des Hellènes avec les Italioles, modelée sur celle qu'Homère établit entre les Troyens et les Achéens, pouvait se concevoir. Bientôt cette nouvelle fable troyenne se mêla avec l'ancienne légende d'Ulysse, et elles se répandirent également en Italie. Selon Hellanikos (qui écrivait vers 350), Ulysse et Énée vinrent par le pays thrace et molosse (épirote) en Italie, où les femmes troyenues qui les accompagnaient mirent le feu aux vaisseaux. Énée fonda la ville de Rome, en lui donnant le nom d'une de cesTroyennes(l) : Aristote raconte également, et avec aussi peu de fondement, 370-452 (384-322), qu'une escadre achéenne, échouée sur la côte latine, fut brûlée par une des esclaves troyennes, et que des descendants de ces Achéens et de leurs épouses troyennes, obligés par là de rester en ces lieux, sont sortis les Latins. A cette tradition se mêlèrent des éléments d'une tradition locale, que le commerce déjà existant, au moins vers la fin de celle époque, eulre la Sicile et l'Italie, avait bientôt colportée jusqu'en Sicile. Dans la version de la fondation de Rome, , que composa le Sicilien Rallias vers 465(289), les fables d'Ulysse, d'Énée et de Romulus sont fondues ensemble ; mais celui qui fixa définitivement la version, généralement reçue plus tard, de celle fondation troyenne fut Timée de Tauromenium eu Sicile, qui termina Ttm "' son histoire à l'année 492. C'est lui qui le premier fait fonder par Énée d'abord Lavinium avec le sanctuaire des pénates troyens, puis Rome; il doit avoir déjà fait entrer la Tyrienne Élisa ouDidon dans la légende d'Énée, car d'après lui, Didon est la fondatrice de Carthage, et il veut que Carlhage el Rome aient été fondées la même année. Le prétexte de ces innovations fut, outre la crise déjà

(1) Selon lui, une femme fugitive de Troie, Rome, vint à Rome, épousa le roi des Aborigènes, Latmos, et lui donna trois fils, Romos, Romylos et Telegonos. Le dernier, qui sans doute est présenté là comme fondateur de Tusculum et de Préneste, appartient notoirement à la légende d'Ulysse.

iinmiuente entre Rome et Carthage, dans ce temps et précisément dans les lieux où Timée écrivait, certains récits parvenus en Sicile sur les mœurs et les coutumes latines; en somme, cependant, le récit ne put venir du Latium, mais doit avoir été uue invention de celle vieille « radoteuse. » Timée avait entendu parler du vieux temple des dieux indigènes à Lavinium; mais il n'a pu tirer que de son propre fond l'assertion que les Lavinates les considéraient comme les pénales apportés de Troie par les jEuéades; il en est de même de l'ingénieux parallèle entre le cheval d'octobre des Romains, et les chevaux troyens, et de l'inventaire exact du sanctuaire de Lavinium ; c'étaient, dit le digne garant, des baguettes de hérauts en fer el en cuivre, et une téle d'argile de fabrique troyeune. Ii est vrai que dans les siècles suivants personne au monde n'a vu ces pénales; mais Timée était un de ces historiens qui ne décident de rien avec autant de précision que des choses qu'on ne peut pas savoir. Polybe, qui connaissait l'homme, avait bien raison de conseiller de ne pas lui accorder la moindre confiance, et principalement lorsque, comme eu cette circonstance, il prétendait s'appuyer sur des témoignages originaux. Ëu fait, le rhéteur sicilien, qui prétendait montrer le tombeau de Thucydide en Italie, el qui ne savait pas décerner de plus grand éloge à Alexandre que de lui dire qu'il avait conquis l'Asie en moins de temps qu'il n'en fallait à Isocrate pour composer ses éloges, ce rhéteur étail l'homme prédestiné à tirer de la naïve poésie des anciens temps la pâle desséchée à laquelle le hasard a donné une célébrité si particulière.

On ne sait pas bien au juste jusqu'à quel point les histoires fabuleuses imaginées par les Grecs sur l'Italie primitive, et qui eurent cours eu Sicile, se répandirent dès ce temps en Italie. Les légendes qui rattachaient au cycle d'Ulysse la fondation de Tusculum, de Prénesle, d'Antium, d'Ardée, de Cortone peuvent s'être répandues dans ce temps, et la croyance à une origine due aux Troyens ou aux Troyennes devait être accréditée à Rome à la fiu de celte époque, car la première relation certaine entre Rome el l'Orient

grec, l'intercession du Sénat en faveur des Troyens, frères d'origine des Romains, remonte à l'année 472 (282). Ce qui prouve néanmoins que la fable d'Énée est comparativement récente en Italie, c'est l'inhabileté avec laquelle elle a été localisée, en comparaison de la légende d'Ulysse; la rédaction définitive de ces récils, et leur identification avec les légendes primitives de Rome appartiennent en tout cas à l'époque suivante.

Tandis que chez les Hellènes l'art de l'histoire, ou ce qu'on nommait ainsi, essayait à sa façon de reconstruire l'histoire primitive de Rome, elle laissait à peu près complètement de côté, par une circonstance également caractéristique de la décadence de l'art historique en Grèce, et intéressante pour nous, l'histoire contemporaine de l'Italie. C'est à peine si Théopompe de Chio (qui s'arrêta à 418) note, en passant, la prise de Rome par les Celtes, et si Aristote, Clitarque, Théophraste, Héraclide de Pont (en 450) rappellent quelques circonstances relatives à Rome; c'est à partir de Hieronymus de Cardia, qui, comme historiographe de Pyrhrus, écrivit l'histoire de ses campagnes d'Italie, que l'historiographie grecque commence à pouvoir servir de source à l'histoire romaine.

Parmi les sciences, la jurisprudence prit un point d'appui inappréciable dans la codification des lois de la ville dans les années 303-304 (4SI -450). Ce code de sagesse, connu sous le nom des Douze Tables, est certainement le plus ancien monument romain écrit, qui mérite l'appellation de livre. On peut attribuer à une époque très-peu postérieure, le noyau de ce qu'on appela « les lois royales, » c'est-à-dire certaines prescriptions sacrées qui reposaient sur l'usage, et qui avaient, vraisemblablement, été mises dans le domaine public, sous la forme d'ordonnances royales, par le collège des pontifes chargé, non de la législation, mais de la jurisprudence. En outre, on eut soin, sans doute, dès le commencement de celte époque, de consigner régulièrement par écrit, non les plébiscites, mais les sénatus-consultes, qui étaient bien plus importants, et nous voyons qu'on s'en disputa la conservation dans les premières luttesdes ordres.

Avis. Tandis qu'ainsi la masse des documents écrits de droit s'augmentait, on établissait aussi les fondements d'une science du droit proprement dite. Les magistrats annuels , aussi bien que les jurés, pris parmi le peuple, étaient obligés de consulter des jurisconsultes (auctores) qui connaissaient la marche légale des affaires, et qui savaient donner une décision basée sur des précédents, ou, dans le cas où ils manquaient, sur les principes, juridiction*. Les pontifes, qu'on avait l'habitude de consulter, tant pour la fixation des jours de tribunaux que pour toutes les circonstances relatives au culte des dieux et pour les actes légaux, donnaient aussi sur d'autres points de droit, quand on les leur demandait, des décisions et des avis, et développaient ainsi dans le sein de leur collège la tradition qui servit de fondement au droit privé des Romains et surtout les formes de la juridiction légale dans chaque circonstance. Un tableau qui réunissait toutes ces juridictions, composé d'un calendrier qui fixait les jours de jugement, fut répandu dans le peuple, en 450 (304), par Appius Claudius, ou par son scribe Gnœus Flavius. Cependant cette tentative pour formuler une science qu'ils ignoraient eux-mêmes resta, pendant longtemps, tout à fait isolée. Que la science du droit et la jurisprudence fussent déjà un moyen pour se recommander au peuple et pour se pousser aux emplois, c'est ce que nous n'avons pas de peine à croire, quoique le récit suivant lequel le premier pontife plébéien, Sempronius Sophus, consul en 450 (304), et le premier souveraiu poulife plébéien, Iberius Coruncanius, consul en 474 (280), auraient été redevables de leurs litres honorifiques à la science du droit, soit plutôt une présomption qu'une tradition. Langage. La genèse proprement dite du latin et aussi des autres langues italiques remonte à une époque antérieure, et la langue latine était fixée, dans ses traits principaux, au commencement de l'époque dont nous parlons ; ce qui le prouve, ce sont les fragments des Douze Tables conservés par une tradition en partie orale et fort modernisés : ces fragments présentent bien un certain nombre de

mois très-antiques et de constructions rudes, surtout par suite de l'omission du sujet indéfini; mais ils ne contiennent pas, comme les Ârvales, des difficultés essentielles d'explication et ressemblent plus à la langue de Caton qu'à celle de ces vieilles litanies. Si les Romains, au commencement du vu* siècle de Rome, avaient de la peine à comprendre les documents du v e siècle, cela venait plutôt sans doute de ce qu'il n'y avait pas à Rome d'érudition proprement dite, du moins d'érudition sur l'antiquité. La jurisprudence, qui commençait déjà d'exister à cette époque, et la rédaction des lois ont fixé pour la première fois le langage des affaires à Rome, qui, du moins dans sa forme définitive, ne contenait pas, comme la langue juridique actuelle des Anglais, des formes et des expressions immuables, des énumérations infinies de particularités et des périodes interminables, mais qui se recommande aux initiés par sa vigueur et sa précision, tandis qu'il inspire au commun des hommes, suivant leur manière et leur humeur, de l'effroi, de l'impatience oude la colère. C'est à cetteépoque, déplus, que commença, comme nous l'avons vu, la formation rationnelle du langage na- Scienee tional. Au commencement du siècle, l'idiome sabellien , aussi dulong,R bien que le latin, menaçait de devenir barbare, et s'appropriait la suppression des terminaisons, l'habitude de rendre les voyelles muettes, de retrancher les consonnes délicates, comme il arriva aux langues romanes, au v a et au vi e siècle de notre ère. Il se produisit alors une réaction. Les lettres d et r qui se confondaient dans l'osque, les lettres g et k confondues dans le latin furent séparées de nouveau, et chacune eut son signe séparé; oel«,pour lesquelles la langue osque n'avait pas eu de signes spéciaux, qui avaient été originairement distinctes dans le latin, mais qui menaçaient de se confondre, furent de nouveau séparées; lï fut prononcé et écrit dans l'osque avec deux signes particuliers; enfin, l'écriture se rapprocha plus directement de la prononciation ; ainsi \ s fut remplacé fréquemment par IV chez les Romains. Les données chronologiques font remonter celle réaction au v e siècle. Le latin, par exemple,

n'existait pas encore en l'an 300, mais il existait vers l'an 500 ; le premier de la famille des Papirii, qui se nomma Papiriusau lieu de Papisius , était le consul de Tan 418 ; l'introduction de IV au lieu de Ys fut attribuée à Appius Claudius. Sans doute, l'établissement d'une élocution plus élégante et plus exacte marcha de pair avec l'influeuce croissante de la civilisation grecque, qui se distingue déjà dans ce temps sur tous les poiuts dans les coutumes italiques, et de même que les monnaies d'argent de Capoue et de Nola sont plus parfaites que les as d'Ardée et de Rome du même temps, de même l'écriture et le langage paraissent s'être perfectionnés plus vite et plus complètement en Campanie que dans le Latium. Néanmoins, en dépit de tant d'efforts, la langue et l'écriture romaines étaient encore bien imparfaitement fixées à la fin de celte époque, comme nous le voyons par les inscriptions qui appartiennent la fin du v e siècle, dans lesquelles particulièrement nous voyons régner la plus grande fantaisie pour le maiulien ou le rejet de Ym, du rfet de Y$ et pour la confusion des voyelleso et te, et de le avec Yi (1) ; il est vraisemblable que, dans ce temps, les Sabelliensélaient plus avancés, tandis que les Ombriens étaient moins affectés de l'influence régénératrice de la Grèce.

Par ces progrès de la jurisprudence et de la grammaire, l'instruction élémentaire, qui les avait devancés, dut également se perfectionner jusqu'à un certain point. De même qu'Homère fut le plus

(1) Dans les deux inscriptions funéraires de Lucius Scipion, consul en 456 (298) , et du consul du même nom, en 495 (259), Ym et le d manquent pour la prononciation. Cependant on trouve une fois Luciom et une fois Gnaivod, on voit côte à côte au nominatif Cornelio et filios ; cosol, cesor, auprès de consol, censor; aidiles, dedet, ploirumé (= plurimi), hec (nom sing), auprès de aidilis, cepit, quei, hic Le rkotacisme est déjà en pleine vigueur : on ne trouve pas duonoro (=bonorum), ploirumé, comme dans les chants des Saliens foedesum, plusima. Nos fragments d'inscriptions ne vont pas en somme au delà du rkotacisme; nous ne trouvons que des traces rares, sur les tombes nouvellement découvertes à Préncste, de quelque chose de plus ancien, comme les mots que nous rencontrons encore depuis, honos, labos, au lieu de honor, labor et le surnom de femme ilfato ( = maios, maior) et Mino.

ancienlivre grec, les Douze Tables étaient le plus ancien livre romain: ainsi, ces deux livres furent en Grèce et à Rome les fondements essentiels de l'éducation, et la science extérieure que conlient le catéchisme juridico-politique était la pierre angulaire de l'éducation romaine. Auprès des maîtres d'écriture latins (litteratores), il y eut naturellement, depuis que la connaissance du grec était devenue nécessaire à tout homme d'État et à tout commerçant, des grammairiens grecs (grammatici) (1), soit esclaves-gouverneurs, soit maîtres particuliers qui , dans leur maison ou dans celle de l'écolier, enseignaient à parler et à écrire le grec. Le bâton jouait son rôle dans l'éducation, comme dans la discipline militaire et la police. L'éducation de ce temps ne dut pas dépasser la science élémentaire; il n'y avait alors aucune distinction sociale entre le Romain instruit et le Romain ignorant (2).

Les Romains ne se sont distingués, à aucune époque, dans les pïîSim. mathématiques et la mécanique ; on le sait, et on en a un témoignage pour cette époque dans le seul fait qui puisse être observé avec certitude, la tentative faite par les Décemvirs de régulariser le calendrier. Ils voulaient changer le comput existant qui avait du R c ViSi er . été basé jusque-là sur la Trièlêrie, si incommode, pour YOctoétèrie, alors usitée en Altique, qui maintient le mois lunaire de vingt-neuf jours et demi, mais qui fixe l'année solaire à trois cent soixantecinq jours un quart, au lieu de trois cent soixante-huit jours trois quarts, et qui, pour une durée fixe de trois cent cinquante-quatre

(!) Litterator et grammaticus sont dans le même rapport que, chez nous, maître d'école et professeur; la dernière appellation ne convient, dans l'ancien langage, qu'au professeur de grec, et non à celui de la langue-mère. Litteratus est plus nouveau, et désigne non le maître, mais l'homme lettré.

(2) C'est bien une peinture romaine que Plaute (Bacch., 431) trace de la vieille éducation, lorsqu'il dit :

.... Quand tu revenais à la maison Tu t'asseyais sur un escabeau devant ton maître, Et si, en lui lisant ce livre, tu te trompais d'une syllabe, Il te rougissait le dos de la belle manière.

jours pour Tannée, n'ajoutait plus, comme autrefois, tous les quatre ans cinquante-neuf jours, mais tous les huit ans quatrevingt-dix jours. C'est dans le même sens que ceux qui perfectionnèrent le calendrier romain voulurent, tout en retenant du reste l'ancien calendrier, raccourcir de sept jours clans les deux années intercalaires du cycle de quatre ans, non les mois intercalaires, mais les deux mois de février : ainsi ces deux mois, dans les années intercalaires, auraient été l'un de vingt-deux au lieu de vingtneuf, l'autre de vingt et un au lieu de vingt-huit. L'indifférence scientifique et les préoccupations théologiques, principalement en ce qui regardait la féte annuelle du Terminus qui tombait précisément dans les jours de février qu'on voulait supprimer, empêchèrent la réforme projetée, de sorte que le mois de févrierde l'année intercalaire futde vingt-quatre et de vingt-trois jours, et qu'ainsi la nouvelle année solaire romaine fut en fait de trois cent soixante-six jours un quart. On trouva un remède aux inconvénients qui eu résultaient en faisant en sorte que, laissant de côté le calcul par mois de calendrier ou dix mois qu'on ne pouvait plus appliquer avec les mois devenus impairs, on s'habitua, quand on voulait avoir des computations plus exactes, à compter d'après l'espace de dix mois de l'année solaire de trois cent soixante-cinq jours, autrement dit l'année de dix mois faisant trois cent quatre jours. En outre, pour les travaux des paysans, le calendrier des campagnes modelé par Ëudoxos, vers 386 (568), sur l'année solaire égyptienne de trois cent soixante-cinq jours un quart, fut employé de bonne heure en Italie.

îraïStTonî Les lravaux q ui dépendent directement des sciences mécaniques, l'architecture et l'ornementation, donnent une plus haute idée de ce que les Romains étaient capables de faire en ce genre. Ici aussi, il est vrai, nous ne voyous pas d'originalité; mais si le cachet de l'imitation, qui est imprimé partout sur la plastique italique, diminue l'intérêt artistique qui s'attache à ses œuvres, elle en augmente l'intérêt historique, en ce sens que, d'une part, elle porte

le témoignage de relations étrangères donl la trace est perdue, et que, de l'autre, elle peut presque seule l'aire revivre pour nous, vu la perte de toute histoire de l'Italie non romaine, les différentes nationalilés de la Péninsule. Il n'y a rien de nouveau à dire sur ce point, mais on peut exprimer avec plus de précision, et sur une base plus large, ce qui a été dit plus haut, c'est-à-dire que l'influence grecque est venue aux Étrusques et aux Italioles par des côtés différents, et que si, chez les uns, elle a produit des résultats artistiques plus riches et plus prétentieux, elle a éveillé chèz les autres une vie artistique plus intelligente et plus profonde.

Nous avons dit plus haut à quel point l'architecture italique de Architecture, toutes ces contrées fut, dès la plus haute antiquité, pénétrée pardes éléments helléniques. Les murs de la ville, les aqueducs, les lombes surmontées de pyramides, les temples toscans ne diffèrent pas essentiellement des plus anciens monuments de la Grèce. Nous ne trouvons aucune trace d'une extension plus grande de l'architec- Étrwqae. ture à cette époque, chez les Étrusques; nous ne rencontrons ici ni une nouvelle influence, ni une création originale, à moins qu'on ne veuille compter comme tels les riches monuments tumulaires semblables au tombeau de Porsena à Ghiusi , décrit par Varron, et dont l'inutile et étrange grandeur rappelle les pyramides d'Egypte.

Dans le Latium, on se contenta, pendant les cent cinquante pre- ut».*, mi ères années de la République, de marcher dans le sillon creusé, et nous avons dit que l'établissement de la République provoqua plutôt la décadence des arts que leur progrès. Il n'y a guère d'œuvre architecturale importante à cette époque que le temple de Cérès, bâti en 261 (493), à Rome dans le Cirque, et qu'on regardait, au temps des Césars, comme un monument du style toscan. Mais vers la fin de cette époque, un esprit nouveau se manifesta dans l'architecture italique, et surtout romaine : c'est alors que la construction cintrée se répandit. Nous n'avons pas, il est vrai, le droit de déclarer que le cintre et la voûte sont des inventions italiques. Il est bien prouvé qu'à la naissance de l'architecture grecque, les Hel-

lènes ne connaissaient pas le cintre, et ne purent donner à leurs temples que des couvertures plates et des toits obliques; cependant le cintre peut avoir été une invention grecque, due aux progrès de la mécanique rationnelle, puisque la tradition le fait remonter au physicien Démocrile 294-597 (400-357). On peut encore inférer cette priorité de l'architecture cintrée des Grecs sur celle des Romains, d'un fait qui a été cité plusieurs fois et peut-être avec raison ; c'est que les voûtes des cioaca maxima, et celles qui furent ajoutées à la fontaine Capitoline, autrefois surmontée d'une pyramide, étaient les monuments les plus anciens où le système du cintre eût été appliqué; or, il est plus que vraisemblable que ces voûtes cintrées appartiennent, non à l'époque des rois, mais à celle de la République, et que, à l'époque des rois, on ne trouvait en Italie que des toits plats ou inclinés. Mais quelque opinion qu'on puisse avoir sur l'invention du cintre, l'emploi en grand est partout, et surtout en architecture, l'équivalent de l'invention : et cet emploi appartient incontestablement aux Romains. C'est avec le v* siècle que commencent les constructions de portes, de ponts et d'aqueducs qui reposent essentiellement sur le cintre, et ces monuments sont à jamais liés au nom des Romains. Une invention parallèle, également étrangère aux Grecs et chère aux Romains, fut celle des temples en rotonde et des toits en coupole, et ils furent appliqués à un culte également étranger aux Grecs, celui de Vesta (1).

(1) Le temple en rotonde n'est pas certainement une imitation de la plus ancienne architecture des maisons ; la maison repose essentiellement sur le carré. La théologie romaine postérieure rattachait cette forme ronde à celle de la terre, ou à la forme en globe de l'univers entourant le soleil central (Fest. v. Rutundam, p. 282;Plutarq M iVuro., II. Ovid.,Fa^., VI, 267) ; en fait cette invention repose simplement sur ce principe que la plus commode et la plus solide forme pour la construction et la conservation d'un espace donné est la forme circulaire. C'est le fondement des salles de trésor grecques, comme des chambres de provisions et des pénates des Romains : les foyers, c'est-à-dire l'autel de Vesta, et la salle du foyer, c'est-à-dire le temple de Vesta, étaient naturellement en rotonde, aussi bien que les citernes et les fontaines (puteal). La construction en rotonde est gréco-italique

On en pourrait dire autant de beaucoup de perfectionnements secondaires, mais non sans importance. Il ne peut élre question ici d'originalité et de génie artistique, mais les dallages solides des rues romaines, leurs chaussées indestructibles, leurs briques d'une dureté extraordinaire, elle mortier éternel de leurs monumeuls proclament, par leur invincible solidité, l'habileté énergique de l'architecture romaine.

Les arts de l'ornementation et du dessin sont, de même que Par- scoiptu» et

dessin.

chiteclure, et peut-élre plus encore que cet art, non pas tant le produit des influences grecques, que des semences grecques. Nous avons déjà fait remarquer que ces sœurs puiuées de l'architecture avaient commencé à fleurir, au moins en Etrurie, dans le temps des rois : leur principal développement en Étrurie,et à plus forte raisou dans le Latium, appartient cependant à cette époque, comme le prouve avec évidence le fait que, dans les contrées quiontété enlevées aux Étrusques par les Celles et les Samnites dans le cœur du iv e siècle, on ne trouve aucune trace d'art étrusque de ce genre. La plastique étrusque se borna d'abord et exclusivement au travail de l'argile cuite, du cuivre et de l'or, dont les riches gisements d'argile, les carrièresdecuivre et le commerce fournissaient la matière aux artistes. L'essor que prit la sculpture d'argile est prouvé parles quaulilés inouïes de bas-reliefs et de travaux de sculpture d'argile cuite dont sont couverts les tours, les frontons et les toits des temples étrusques, dans les ruines que nous découvrons encore, et par l'exportation considérable d'objets de ce genre de l'Élrurie dans le Latium. La fonte du cuivre ne resta pas en arrière. Les artistes étrusques fournirent des colonnes de bronze colossales, dont la hauteur atteignait cinquante pieds, et à Volsinii, la Delphes étrusque, il devait y avoir, vers l'an 489(265), deux mille statues de bronze ; la sculpture en pierre commença, en Étrurie comme partout, beaucomme l'architecture carrée, et l'une appartient proprement à l'appartement, l'autre à la maison; mais le développement architectural et religieux du simple Tholos, en rotonde avec des piliers et des colonnes, est proprement romain.

coup plus lard, et fut retardée, outre les causes intérieures, par le manque d'une matière convenable (les carrières deCarrare n'étaient pas encore ouvertes). Quand on a vu les riches et élégants ornements des sépulcres de l'Élrurie méridionale, on ne trouvera pas incroyable le récit suivant lequel les coupes étrusques étaient estimées même dans l'Attique. Cependant, quoique née plus tard, la sculpture en pierre se répandit rapidement en Étrurie. Élèves des Grecs, mais par des maîtres indigènes, les dessinateurs et les peintres étrusques se distinguèrent également dans l'ornementation en métal et dans la peinture murale monochrome. Si nous comparons sur ce terrain les Italioles proprement dits avec les Etrusques, nous trouvons les Italioles dans une grande infériorité artistique. Mais en y regardant de plus près, on ne peut s'empêcher de reconnaître ei'Œilnne. <l ue ia nation sabellienne et la nation latine possédèrent des dons artistiques supérieurs à l'habileté et à l'adresse des Étrusques. Sur le territoire purement sabellien, il est vrai, daus la Sabine, dans les Abruzzes, dans le Samnium, on ne trouve pour ainsi dire pas d'œuvres d'art, ni de monnaies. Mais les nations sabelliennes qui habitaient les côtes des mers Tyrrhénienne et Ionienne s'approprièrent non-seulement, comme les Étrusques, la pratique extérieure des arts helléniques, mais les acclimatèrent chez elles plus ou moins complètement. Déjà à Velilrae, où, malgré la transformation de la cité en colonie latine, et plus tard en cité de citoyens romains passifs, la langue et la nationalité volsque paraissent s'être maintenues le plus longtemps, on a trouvé des terres cuites peintes d'un travail plein de vie et d'originalité. Dans la basse Italie, la Lucanie parait avoir subi à un moindre degré le conlaet de l'art hellénique; mais dans la Campanie aussi bien que dans le Brutliuro, les Sabelliens et les Hellènes se sont fondus, aussi bien au point de vue de l'art qu'au point de vue de la langue et de la nationalité, et les monnaies cai iraniennes et brulliennes en particulier soutiennent si bien la comparaison, au point de vue du travail avec les monnaies grecques du même temps, que l'exergue seul les en distingue. Un fait

ART ET SCIENCE. i95

moins connu, mais non moins certain, c'est que le Latium luimême, s'il était inférieur à l'Étrurie pour la richesse et le nombre des œuvres d'art, ne Tétait pas pour le sentiment et la pratique. Il y a, il est vrai, dans le Latium, manque absolu de cet art de tailler la pierre, si florissant dans la voluptueuse Étrurie,el nous ne rencontrons nulle part la moindre trace d'une exportation d'orfèvrerie et de sculpture d'argile semblable à celle des Étrusques. Les temples du Latium ne sont pas non plus, comme ceux de l'Etrurie, chargés d'ornements de bronze et d'argile; les tombeaux latins ne sont pas, comme ceux de l'Étrurie, remplis d'objets en or, et les murailles n'en étaient pas chargées, comme en Étrurie, de riches peintures. Mais en somme, dans la comparaison, la balance ne penche pas en faveur de la nation étrusque. La conception du temple de Janus, aussi évidemment latin que la divinité elle-même, n'est pas plus dénuée d'art et d'originalité qu'aucun des travaux d'art étrusques. On retrouve la trace de l'activité des maîtres grecs dans le vieux temple de Cérès, à Rome; le sculpteur Damophilos, qui, avec Gorgasos, a exécuté les figures d'argile peinte de ce temple, parait être le même que le maître de Zeuxis, Damophilos d'Himera, vers 300 (450). Rien n'est plus instructif que ces monuments artistiques, qui nous fournissent un point de comparaison, soit par les anciens témoignages qui s'y rapportent, soit par suite de notre propre observation. Il ne reste guère d'objets en pierre de l'art latin que le monument du consul romain Lucius Scipion, et dont le style dorique appartient à cette époque ; mais la noble simplicité de ce monument rejelle dans l'ombre tous les monuments étrusques semblables. On a retrouvé dans les tombeaux étrusques de beaux bronzes d'un style ancien vigoureux, en particulier des casques, des lampes et autres objets d'ameublement; mais quel est celui de ces objets qui puisse lutter avec la Louve de bronze élevée auprès du figuier sacré, en 458 (296), sur le marché romain , et qui est encore aujourd'hui le plus bel ornement du Capilole? Les fondeurs de métaux latins ne reculaient pas plus que

ceux des Étrusques devant les grands travaux, comme le prouve la colossale statue de bronze, élevée sur le Capilole, avec les armes étrusques fondues par Spurius Carvilius, consul en 461 (293), et dont le résidu suffit à fondre la statue du vainqueur placée aux pieds du colosse ; celte statue de Jupiter se voyait des montagnes albaines. Parmi les monuaies de cuivre fondu, les plus belles de beaucoup appartiennent à l'Italie méridionale; les monnaies romaines et ombriennes sont passables; celles de TÉlrurie, sans image et souvent véritablement barbares. Les peintures murales que Gaius Fabius fit exécuter dans le temple dédié, en 452 (302), à la Santé, ont mérité pour le dessin et la couleur les louanges des juges artistiques de l'époque d'Auguste, formés par les modèles grecs ; et les dileltanti du temps des Césars regardaient comme des chefsd'œuvre de la peinture les fresques caerites et surtout les fresques romaines, lanuvinienues et ardéates. La gravure sur métaux, qui ne s'appliquait pas à Rome, comme en Élrurie, à des miroirs à la main, mais à des cassettes de toilette ornementées, était beaucoup moins estimée à Rome, et pratiquée à Préuesle seulement ; on trouve des objets d'un travail précieux parmi les miroirs étrusques comme parmi les cassettes de Prénesle, mais ce fut d'une œuvre appartenant à cette dernière école, et exécutée bien vraisemblablement à celle époque par un artiste préneslin (1), dont on a pu dire* avec raison, qu'on trouverait difficilement un spécimen de l'art antique qui porte a un degré égal le cachet de beauté et d'originalité de Tari le plus pur et le plus sérieux, i «[Trusqîe. Le cachet général de l'art étrusque est, d'une part, une certaine magnificence barbare dans la matière et dans le style, de l'autre une abseuce complète de seutimcnl artistique. Où le maître grec se contente d'indiquer légèrement, l'élève étrusque prodigue le

(1) Novius Plaulius n'a peut-être fondu que les pieds et le groupe du couvercle ; la cassette elle-même peut être d'un maître plus ancien, mais comme cette cassette n'a servi qu'à Prénesle, elle peut difficilement être l'œuvre d'un autre maître qu'un artiste de Préneste.

travail ; au lieu de la matière légère et des proportions des œuvres grecques, nous trouvons là une recherche pompeuse du grand et du coûteux, et même simplement de l'élraugeté. L'art étrusque ne peut copier sans exagérer : chez lui, le fort devient dur; le doux, lâche; l'effrayant, épouvantable; le licencieux, obscène ; et ce caractère se prononce de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne de l'impulsion originelle, et que l'art étrusque est livré à lui-même. Un trait plus frappant encore, c'est son attachement aux formes conventionnelles et à la routine. Soit que les relations primitivement amicales des Etrusques avec les Grecs eussent répandu dlabord les semences de l'art hellénique, et que, depuis, l'hostilité qui succéda à ces relations eût entravé l'influence de l'art grec perfectionné, soit que, ce qui est plus vraisemblable, l'obstination intellectuelle de la nation ait été la véritable cause de celte stagnation, l'art étrusque resta immobile dans la tradition primitive qu'il avait reçue, et c'est positivement la raison pour laquelle l'art étrusque, né de l'art grec, mais resté stationnaire, passa longtemps pour avoir donné naissance à l'art grec lui-même. Plus encore que rattachement obstiné au style traditionnel dans les œuvres anciennes, l'état misérable de l'art moderne, en particulier la sculpture en pierre et la fonte d'airain, prouve combien l'art élrusque perdit vite toute espèce de sentiment.

Nous trouvons les mêmes renseignements dans les poteries peintes qu'on rencontre en nombre si considérable dans les tombeaux étrusques de date plus récente. Si ces poteries s'étaient répandues chez les Étrusques aussitôt que les terres cuites peintes ou les lames de métal travaillé, on aurait appris sans doute à les fabriquer également en quantité et probablement même avec une perfection relative ; mais à l'époque où ce luxe devint dominant, la reproduction de ces poteries échoua complètement, comme on le voit par le très-petit nombre de vases couverts d'inscriptions étrusques, et on se contenta de les acheter au lieu

de les fabriquer.

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