ÉTAT DU MONDE ANCIEN VERS L'AN
révolutionnaire d« Lacédémone; entre le» pacifiques marchands de Corintbe et les Klephtes de TÉtolie; entre toutes ces républiques et les ambitieux rois de Macédoine.
Avant de songer à amener tous ces peuples à une union fralernclle , il aurait fallu elfacer de leur souvenir toute leur histoire, et arrêter la dissolution des mœurs, la ruine du patriotisme et de la religion. 11 aurait fallu surtout empêcher le contact avec cet Orient si riche et si corrompu qui, enlevait à la Grèce ce qu'il lui restait de poètes et de savants, pour les écoles d'Alexandrie et de Pergame ; ce qu'elle avait encore d'hommes de talent et de courage, pour les cours des Ptolémées et des Séleucides. Elle donnait le meilleur de son sang, et recevait en échange l'or qui nourrissait l'improbité et rendait toute chose vénale. Aussi quelle torpeur dans la plupart des villes! Athènes n'étonnait plus le monde que par ses flatteries envers les rois, et pour toute flotte n'avait plus que trois navires non pontés." A Thèbes, dit Polybe, on laissait ses biens non à ses enfants, mais à ses compagnons do table, à condition de les dépenser en orgies ; beaucoup avaient ainsi plus de festins à faire par mois, quo le mois n'avait de jours. Pendant près de vingt-cinq ans les tribunaux restèrent fermés... » Corinthe se contentait d être la cité la plus voluptueuse de la Grèce. Aratus prenait et vendait l'Acrocorinlhe sans que les citoyens intervinssent même au marché. Argos avait des tyrans et était indifférente à la liberté comme à la servitude.
Sparte n'était plus qu'une révolution perpétuelle. En quelques années , quatre fois les éphores furent massacrés, et la royauté rendue absolue, abolie, puis rétablie, achetée, et laissée enfin aux mains d'un tyran. Des neuf mille Spartiates de Lycurgue , il en restait sept cents à peine , sur lesquels six cents mendiaient. Agis et Cléomène essayèrent, dit-on, de remettre en vigueur les lois de Lycurgue et de refaire un nouveau peuple Spartiate. Mais l'un périt avant d'avoir rien fait, l'autre n'opéra qu'une révolution militaire dans l'intérêt de son pouvoir. Pour échapper à sa domination , les Achéens se jetèrent dans les bras du roi de Macédoine : au moins, avec lui, ne perdaient-ils qu'une partie de leur indépendance. La bataille do Sellasie brisa cette puissance factice, et Sparte vaincue resta livrée aux factions d'où sortit la tyrannie de Machanidas. Philopœmen l'abattit. Mais Sparte était trop fière de sa vieille gloire pour consentir à
aller se perdre dans la ligue achéenne. A Machanidas succéda Nabis, et Sparte resta l'alliée des Étoliens.
Faut-il parler des petits peuples? Égine a disparu de la scène politique. Mégare n'est qu'une annexe obscure de la ligue béotienne ou acbéenne. Les Éléens, comme Messène * et une partie de TArcadie , dépendent des Étoliens. Les Phocidiens sont plus que jamais impuissants, l'Eubée, sans force, la Crète livrée aux désordres et à toutes les mauvaises passions.
Même avec des mœurs meilleures et du patriotisme , les Grecs ne se fussent pas encore sauvés ; et la paix et l'union eussent régné du cap Ténare au mont Orbelus , que Rome n'en eût pas moins, avec un peu plus de temps et d'efforts , mis la Grèce à ses pieds. Car toute vertu , toute force militaire était anéantie. Les Grecs mêmes ne combattaient plus qu'avec des mercenaires. Un seul État ne participait point à cette universelle décadence. Entourée par la mer et par d'impraticables montagnes, habitée par une race guerrière et affectionnée à ses rois , la Macédoine était vraiment une puissante monarchie. Comme avec Carthage , il fallut que Rome s'y prît à trois fois pour l'abattre. Si Philippe n'eût possédé que la Macédoine, sa conduite sans doute eût été simple, comme ses intérêts. Mais il avait encore la Thessalie et 1 Eubée, Opunte en Locride, Élatée et la plus grande partie de laPhocide, l'Acrocorinthe et Orchomène d'Arcadie. Il tenait garnison dans trois des Cyclades , dans Thasos et quelques villes des côtes de Thrace et d'Asie ; une partie considérable de la Carie lui appartenait. Or, ces possessions lointaines lui donnaient pour ennemis Ptolémée, Attale de Pergame, les Rhodiens, Athènes, les Étoliens, Sparte et TÉgypte. Rome saura mettre à profit ces inimitiés.