‹ Histoire romaineChapitre 67 sur 136 · GUERRE CONTRE PHILIPPE ET CONTRE ANTIOCHUS. 1M · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE PHILIPPE ET CONTRE ANTIOCHUS. 1M

au roi toute guerre dans l'Asie Mineure , lui prit ses éléphants, qu'il donna à Eumène, ses vaisseaux qu'il brûla, et, le chassant de l'Asie Mineure, fixa au Taurus la limite de ses États. Une contribution de guerre, pour Rome, de quatre-vingts millions; pour Eumène, de deux millions cinq cent mille francs, ruina ses finances.

Manlius Vulso, qui succéda à L. Scipion, voulut abattre le seul peuple de l'Asie Mineure qui fût digne de se mesurer avec les Romains, les Gallo-Grecs ouGalates. Sans décret du peuple ni autorisation du sénat, il traversa, en la rançonnant, toute l'Asie Mineure, pour aller les chercher dans leurs retranchements des monts Olympe et Magaba. 11 attaqua d'abord les Trocmes et les Tolistoboies sur l'Olympe. L'imprudence des Gaulois, qui ne s'étaient point pourvus d'armes de jet, permit au consul d'en faire de loin un grand massacre. Au mont Magaba, la même négligence eut les mêmes résultats. Les deux camps forcés, ce qui restait de la nation demanda la paix. Content d'avoir brisé" leur puissance , et répandu au loin , par cette expédition contre un peuple redouté, la terreur du nom romain , Manlius ne leur imposa ni tribut ni clause honteuse (189); et de retour à Ëpnèse , il régla avec les commissaires le sort des alliés.

Dans la distribution des dépouilles, Eumène eut la meilleure part : la Lydie , l'ionie, la Phrygie de l'Hellespont et la grande Phrygie , la Lycaonie et la Myliade , avec la riche cité d'Éphèse, Tralles en Lydie et Telmessus en Syrie. Les possessions d'Antiochus en Europe, la Chersonèse, et Lisymachie, qui en commandait l'entrée, lui furent aussi abandonnées ; enfin , Prusias lui rendit ce qu'il avait enlevé de la Mysie. Les flottes rhodiennes avaient été plus utiles que les quelques vaisseaux et les trois mille auxiliaires d'Eumène : Rhodes eut moins cependant, parce qu'elle ne semblait déjà que trop puissante. Elle dut se contenter de quelques agrandissements dans la Carie et laLycie, où nombre de villes restèrent libres. Le long de la côte, dans la Troade, l'Éolide et l'ionie, presque toutes les anciennes colonies grecques, moins Éphèse et Élée, laissées de même que Sardes à Eumène, obtinrent l'immunité, et quelques-unes de nouvelles terres et des honneurs. Ilion , comme berceau du peuple romain, reçut deux villes voisines ; Dardanus dut au même titre sa liberté.

Tandis que Manlius achevait la guerre d'Asie, son collè-

gue Fulvius, attaquant Àmbracle, comme les Galates l'avaient été, sans déclaration de guerro, en finissait avec les Étoliens. Ils achetèrent la paix au prix de cinq cents talents, et reconnurent l'empire et la majesté du peuple romain. Au moins ce petit peuple avait-il honoré sa défaite par son courage, et bravé trois ans la puissance romaine. Cependant les deux généraux repassèrent l'Adriatique sans laisser un seul légionnaire dans la Grèce ou l'Asie. Le sénat tenait ce qu'il avait promis : partout , sur les deux continents et dans les îles, les Grecs étaient libres ; et de tant de conquêtes, Rome ne gardait pas un pouce de terre. La comédie commencée avec tant do succès par Flamininus aux jeux isthmiques était jouée. Mais en se retirant après avoir abaissé tout ce qui avait quelque énergie, la Macédoine, les Étoliens, la Syrie et les Galates, les légions laissaient derrière elles, dans toutes les villes, dans tous les États, un parti dévoué qui faisait pour le sénat la police de la Grèce et de l'Asie. Et en face de cette foule de petits princes et do petits peuples, en face de leurs mille rivalités et de leur faiblesse, s'élevait la colossale puissance de Rome, avec sa forte organisation militaire et politique , son sénat si habile et ses légions si braves!

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