‹ Histoire romaineChapitre 69 sur 136 · GUERRE CONTRE LES ESPAGNOLS ET LES CISALPINS · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE LES ESPAGNOLS ET LES CISALPINS

86 levèrent en masse. Le préteur Sempronius fut tué; un autre le vengea. Mais cette guerre parut assez importante pour mériter une armée consulaire. Calon la commanda. Les Romains étaient refoulés jusque sur la ville Massaliote d'Empories ; Caton se dégagea par une victoire (195) , acheta le secours des Celtibériens, et fit démanteler en un jour quatre cents villes ou bourgades. Après Calon , et durant la lutte contre Antiochus, la guerre languit, malgré une victoire de Cn. Scipion, près d'Ilipa, et une brillante campagne de Fulvius Nobilior ( 192 ). Deux ans après , Paul Éinile perdit six mille hommes contre les Lusitaniens; mais il leur en tua trois fois autant Tannée suivante. En 185, Quinlius et Calpurnius livrèrent aux Celtibériens, aux Lusitaniens et aux Carpétans une grande bataille près de Tolède, où trentecinq mille Barbares périrent. Le loyer de l'insurrection et de la résistance était dans les montagnes de la Ccltibéric; les Romains l'attaquèrent par le nord (victoires d'Acidinus à Calagurris (186), de Térentius sur l'Èbre (183) , de Flaccus dans la Carpétanie ( 182), où il prend ^Ebura et Contrebia), et par le sud (victoires de Fulvius et de Calpurnius à Tolède, de Poslhumius dans l'Ultérieure). Quand ils l'eurent ainsi entamée de toutes parts, quand les Vaccéens elles Lusitaniens, lassés de la lutte, eurent posé les armes, Sempronius Gracchus, le père des Gracques, pénétra au cœur même de laCeltibérie, où trois cents bourgades tombèrent en son pouvoir (179). Ils se décidèrent alors à déposer les armes. Gracchus n'imposa point de dures conditions, et, pour gagner ces peuples à la civilisation, il fonda parmi eux des villes auxquelles il donna de sages lois (178).

Moulèvcracut des Cisalpins (900); les Boïens énitgrent

vers le Danube.

L'Espagne paraissait pour la seconde fois conquise ; la Cisalpine le fut réellement. Amilear, que Magon y avait laissé, avec l'aide de quarante mille Gaulois, incendia Plaisance, et attaqua Crémone (200). Furius la sauva et tua trentecinq mille Gaulois, avec leur chef. Mais, Tannée suivante, le préleur Bœbius périt. L'heureuse tournure que prenaient les affaires de Macédoine permit, en 197 et I9G, d'envoyer à la Ibis les deux consuls dans la Cisalpine. Favorisés par la trahison des Cénomans, ils accablèrent les lnsubres, les Boïens et les Ligures, sanspouvoir, toutefois, leur imposer la

CllÀPirRli XIII.

paix. 11 fallut, eu 194, opposer trois armées à la levée des Boïens, qui entraînèrent, l'année suivante , les Ligures. Le sénat, effrayé, déclara qu'il y avait tumulte (193). Une sanglante victoire de Mérula, près de Mutine, dissipa ces craintes ; les ravages de L. Flamininus et ceux de Scipion Nasica, le plus honnête homme de la république, forcèrent enfin les Boïens à traiter (192). Scipion prononça la confiscation de la moitié de leurs terres. Ils abandonnèrent le tout et allèrent chercher, sur le bord du Danube, une patrie à l'abri de l'ambition romaine.

On se bâta de repeupler Plaisance, Crémone (190) et d'envoyer des colons à Bologne (189), à Parme, à Modène (182). Les Insubres, les Génomans et les Vénètes acceptaient le joug ; les Ligures seuls résistaient. En 189, ils tuèrent un préteur; en 186, ils battirent un consul, et mirent Paul-Éraile lui-même en danger. On n'en vint à bout qu'en transportant quarante-sept mille Ligures dans les solitudes du Samnium (180), tandis que des colons romains s'établissaient à Pise, à Lucques et à Modène pour cerner l'Apennin ligurien. Cependant ces pauvres montagnards luttèrent encore, jusqu'en 163, contre la maîtresse du monde.

Une nouvelle conquête de Tlstrie (178-177) assura celle de la Cisalpine. Vers le même temps, les peuples de Corse et de Sardaigne remuèrent (181). Après de vains efforts, les Corses se résignèrent à payer leur tribut de cent mille livres de cire. Dans l'autre île, Gracchus, le pacificateur de l'Espagne, tua vingt-sept mille Sardes et en vendit un tel nombre, que, pour désigner une denrée de vil prix, on dit dès lors : Sardes à vendre (175).

§ 1. TROISIÈME GUERRE DE MACÉDOINE (172-168) ET RÉDUCTION DE LA GRÈCE EN PROVINCE (146).

SECRETS PRÉPARATIFS DE PHILIPPE; MORT DE PHILOPŒMEN ET D* ANNIBAL (183). — PERSÉE (179-168). PALL EMILE; BATAILLE DE PYDNA (168). — RÉDUCTION DE LA MACÉDOINE ET DE LA GRÈCE EN PROVINCES (146).

Secrets prépara* If* de Philippe; mort de Phllopœmen

et d Annibal (ItiS).

Philippe, chassé de la Grèce par la victoire de Cynoscéphales, avait cherché des dédommagements dans laThrace. JRnos et Maronée reçurent ses garnisons. Mais le roi de Pergame, Eumène, le dénonça à Rome, et le sénat envoya trois commissaires qui le forcèrent à comparaître devant eux comme un accusé ordinaire, et prononcèrent contre lui. Philippe ne songea plus dès lors qu'à préparer la guerre (185). 11 ouvrit des mines, établit de nouveaux impôts, favorisa le commerce, changea la population des villes maritimes de son royaume, qui lui était peu affectionnée, et, se souvenant des plans d'An ni bal, il excita, par de secrets émissaires, les Barbares du Danube à marcher sur r Italie. Pour appuyer ces négociations et assurer son influence dans la Thrace, il fonda la ville de Philippopolis sur les bords de l'Hèbre, non loin de l'Hémus.

Mais le sénat se tenait sur ses gardes. Deux hommes le gênaient encore en Orient, Phllopœmen en Grèce, Annibal en Asie. Flamininus accepta la honteuse mission de délivrer le peuple-roi de ces deux vieillards. Philopœmen, qui avait alors soixante-dix ans, essayait de réunir tout le Péloponèse à la ligue achéenne. Le sénat s'alarma de ces efforts, qui semblaient près de réussir, et voulut détacher Sparte de la confédération. Philopœmen l'empêcha. Mais quand Flamininus alla demander à Prusias, roi de Bithynie, la tête d' Annibal , il passa par Messène. A peine Teut-il quittée ,

qu'une sédition y éclata contre les Achéens, et en même temps parut un sénalus-consulte qui permettait à Corinlhe, à Argos et à Sparte de se séparer de la ligue. Malgré son âge et une maladie récente, Philopœment fil dix-sept lieues en un jour pour étbulîer Pinsurreciion ; mais dans une rencontre avec les Messéniens, il tomba de cheval, fut pris et condamné à boire la ciguë (183). Lycorlas, son ami, le vengea sur ceux qui l'avaient fait périr, et la Grèce entière lui lit de magnifiques funérailles. Polvbe portail l'urne qui renfermait ses cendres. — Annibal périt la môme année. Il s'était relire auprès du roi de Bithynie, Prusias, et avait fait préparer à sa maison sept issues secrètes; quand il voulut fuir au bruit de l'arrivée deFlamininus, elles étaient toutes gardées. « Délivrons donc, dit-il, les Romains de leurs terreurs, » et il prit un poison violent qu'il portait toujours sur lui.

Ces deux vieillards de moins dans le monde, il semblait que Rome ne dût plus trouver que des haines impuissantes. Antiochus avait péri lapidé par son peuple, dont il pillait les temples pour s'acquitter envers les Romains (187), et Séleucus, son successeur, passa les onze années de son règne à ramasser l'argent du tribut. Sous la tyrannie d'Épiphane et la minorité de Philométor, l'Egypte s'affaiblissait. Massinissa venait d'enlever une troisième province aux Carthaginois, et ceux-ci n'avaient osé que se plaindre. En Espagne, la guerre allait cesser ; en Italie, presque tous les Cisalpins s'étaient soumis; Philippe seul restait menaçant. Chaque jour il se faisait lire son traité avec Rome, pour nourrir son ressentiment. Ses émissaires étaient revenus des bords du Danube; les Baslarnes acceptaient ses offres. Il leur promettait des terres fécondes dans le pays des Dardanicns. Ce peuple détruit, Philippe comptait pousser les Bastarnes sur l'Italie, tandis que, lui-même, il soulèverait la Grèce et appellerait tous les rois à la liberté. Pendant qu'il méditait ces vastes desseins, le sénat lui renvoyait son fils Démétrius, qui se plaça naturellement à la tôledu parti romain. Ceux qui voulaient la guerre avaient pour chef un frère aîné de Démétrius, Persée, qui, né d'une femme de basse naissance, craignaii que Philippe no laissât sa couronne à Démétrius. Pour perdre ce rival, il l'accusa d'avoir tenté de l'assassiner, et le malheureux père condamna son fils à mort (181). La douleur la conduisit bientôt lui-même au tombeau (179),

IIÎSTOTRE MILITAIRE DE 178 A 129. 147 Persée (1 V9-10S).

Persée renouvela d'abord le traité conclu avec son père, et, durant six années, travailla en silence à augmenter ses ressources. 11 écrasa les Dolopes, qui voulaient se mettre sous la protection de Borne, réunit une armée de quarante mille bons soldats, et s'attacha à gagner le cœur des Macédoniens , en vidant les prisons et en rappelant les bannis. Les Thessalieus lui ouvrirent leurs places fortes. L'Épire rentra secrètement dans son alliance. Gentius, petit roi d'illyrie, promit des secours en échange de quelques subsides, et Cotys, roi des Thraces-Odryses, s'engagea à partager tous ses périls. Les rois de Syrie et de Bithynie , tous deux ses beaux-frères, Rhodes, le3 Grecs d'Asie, faisaient des vœux pour lui. A Carthage, le sénat reçut, la nuit, dans le temple d'Eseulape, ses ambassadeurs. Enfin, trente mille Basiarnes approchaient, et le bruit de leur marche jetait déjà la terreur en Italie.

Eumène, alarmé de cette résurrection de la puissance macédonienne, était venu la dénoncer à Borne ; des gens aposlés se jetèrent sur lui, au sortir du temple de Delphes, et le laissèrent pour mort sur la place. Quand on lui demanda compte de ce meurtre, Persée répondit avec colère; la guerre fut déclarée (172).

Le sénat n'envoya d'abord qu'un préteur avec cinq mille hommes. Mais sept commissaires parcoururent la Grèce, où leur seule présence suffit pour détruire l'effet de six années de prudence et de concessions. Au lieu d'attaquer hardiment, Persée négocia encore et laissa le temps aux Romains de tourner la Grèce contre lui. Cependant il battit en deux rencontres le consul Licinius, rendit vains lous les efforts de son successeur Hostilius pour pénétrer en Macédoine, tua dix mille hommes aux Dardaniens révoltés, et pénétra luimême dans l lllyrie et l'Étolie. Un troisième consul, Marcius, fut plus heureux. 11 força le passage des monts Cambuniens et avança jusqu'à Dium. Arrêté par l'hiver, il prit hardiment ses quartiers dans kv Piérie ; la Macédoine était enfin entamée.

Paul Kmtle; bataille de Pydna (!©»).

Il devenait urgent d'agir avec vigueur. Les comices élevèrent Paul Émile au consulat. Gentius, trompé par une

promesse de trois cents talents, s'était enfin déclaré contre Rome. Eumène avait ouvert avec Persée de ténébreuses négociations ; les Rhodiens étaient presque ouvertement passés de son côté, et la flotte macédonienne dominait dans la mer Égée et les Cyclades. Mais Persée venait de se priver de l'appui de vingt mille Gaulois qu'il avait appelés des bords du Danube, en leur refusant la solde promise.

Avant tout, Paul Émile s'efforça de rétablir la discipline. 11 remit en honneur les exercices militaires et retira aux sentinelles leur bouclier, pour augmenter leur vigilance. Persée campait dans une forte position derrière PEnipée, qui traverse la Piérie. Le consul le fit tourner par Scipion Nasica, et cette manœuvre força le roi à se retirer sous les murs de Pydna. Une plaine s'étendait en avant de la ville, Persée résolut d'y livrer bataille. Il s'y comporta vaillamment; mais ce fut comme à Cynoscépbales : la phalange, ébranlée, désunie par les inégalités du terrain et les attaques multipliées des légionnaires, perdit sa force; au lieu d'une lutte générale, il y eut mille combats partiels ; la phalange entière, c'est-à-dire vingt mille hommes, resta sur le champ de bataille; onze mille furent faits prisonniers (22 juin 168).

Du champ de bataille Persée s'enfuit à Pella, et de là à Samothrace. Mais un traître ayant livré ses enfants au préteur Oclavius, il vint lui-même se remettre entre ses mains avec son fils aîné. Avant la bataille de Pydna, le préteur Anicius avait assiégé Gentius dans Scodra, et forcé ce prince à se rendre prisonnier. La Macédoine fut déclarée libre et son tribut réduit de moitié; maison la divisa en quatre districts dont les habitants ne pouvaient contracter mariage, vendre ou acheter hors de leur territoire. L'Illyrie fut de même partagée en trois cantons. Quant à TÉpire , qui avait fait défection , on détruisit ses soixante-dix villes et on vendit comme esclaves cent cinquante mille de ses habitants. Aussi chaque soldat reçut, sur le butin, une somme de deux cents deniers!

Le triomphe de Paul Émile fut le plus brillant que Rome eût encore vu. Mais de ses deux fils qui devaient être sur son char à ses côtés, Pun venait de mourir; l'autre expira trois jours après. Dans sa mâle douleur, Paul Émile se félicitait encore de ce que la fortune l'avait choisi pour expier la prospérité publique. « Mon triomphe, disait-il , placé entre les deux convois de mes enfants, aura suffi aux jeux

cruels du sort. A soixante ans je retrouve mon foyer solitaire, après y avoir vu une nombreuse postérité ; mais le bonheur de l'État me console. » Il vécut quelques annéesencore, fut censeur en Tan 160, et mourut dans celte charge. Persée l'avait précédé au tombeau. Jeté dans un cachot de la ville d'Albe , il se laissa mourir de faim ; son fils , pour gagner sa vie , apprit le métier de tourneur ; plus tard il parvint à la charge de greffier.

Le peuple romain n'avait , cette fois encore , rien pris pour lui , si ce n'est les quarante-cinq millions versés par Paul Émile dans le trésor, et les tributs imposés à la Macédoine qui permirent au sénat de ne plus demander aux citoyens l'impôt de la capitation ; mais il n'avait pas besoin de réunir de nouveaux territoires à son empire pour étendre sa domination. L'effroi était partout. Prusias, roi de Bilhynie, se présenta au sénat la tête rasée, avec le bonnet d'affranchi. Eumènes, Massinissa voulaient apporter euxmêmes leurs lâches hommages ; on leur défendit l'entrée de l'Italie. Le roi de Syrie , Antiochus Épiphanc , avait conuis une partie de l'Égypte, et assiégeait Alexandrie. Un éputé romain , Popilius, lui ordonna de rentrer dans ses États. Antiochus demandant quelques jours pour délibérer, Popilius traça autour de lui un cercle sur le sable : « Avant de sortir de ce cercle , vous répondrez au sénat. » Et le roi , vaincu par un seul homme , rappela ses armées.

Les Rhodiens avaient voulu imposer leur médiation ; on leur ôta la Lycie et la Carie. En Grèce, tous ceux qu'on soupçonnait d'avoir, au fond du cœur, fait des vœux pour Persée, furent enlevés, conduits en Italie et emprisonnés; tout le sénat étolien, cinq cent cinquante membres, fut massacré. Ce qu'il y avait encore d'hommes considérés en Épire, dans l'Acarnanie, l'Étolic et la Béotie, suivirent Paul Émile à Rome; mille Achéens, dénoncés par Callicrale, y furent déportés.

Rédaction de 1» Macédoine et de 1* Grèce en province* (14«).

Pendant les dix-sept années que dura cet exil , Callicrate, un Achéen , chef du parti romain , resta à la tête du gouvernement de son pays. Lorsque Polybe, appuyé de Scipion Émilien, sollicita, en 150, le renvoi des exilés, ils n'étaient plus que trois cents. Cependant, dans quelques-uns, l'âge n avait pas glacé le ressentiment, et les circonstances

leur semblaient redevenir favorables. Un aventurier, Andriscu8, se donnant pour fils naturel de Persée, venait de soulever la Macédoine avec une armée de Thraces (152). Scipion Nasica le chassa de la Thessalie ( 149 ) ; mais il y rentra, battit et tua le préteur Juventius Thalna (148) , et fit alliance avec les Carthaginois qui commençaient alors leur troisième guerre punique. Une nouvelle victoire de Pydna, gagnée par Mélellus , et la prise d'Andriscus, envoyé à Rome chargé de chaînes, terminèrent ( 147) cette guerre peu sérieuse qu'un second imposteur tenta vainement de renouveler quelques années plus tard ( 142). Lo sénat se décida cette fois à réduire la Macédoine en province.

L'armée de Métellus le Macédonique y était encore cantonnée, quand deux bannis achéens, Damocrite, puis Diaeus furent élus stratèges. Sparte demanda encore à sortir de l'alliance. Damocrite et son successeur Diaeus armèrent aussitôt. En vain Métellus leur écri vi t d'altend re les commissaires romains , ils commencèrent les hostilités (147). Le sénat voulant en finir avec la liberté grecque envoya des députés avec un décret qui séparait de la ligue Sparte, Corinlhe, Argos et Orchomène. A cette nouvelle, Diaeus souleva le peuple de Corinthc, et les députés n'échappèrent que par une fuite précipitée. Ce peuple, qui depuis quarante ans tremblait devant Rome, retrouva enfin quelque courage dans l'excès de l'humiliation. Les Achéens entraînèrent dans leur ressentiment Chalcis et les Béotiens ; et quand Métellus descendit de la Macédoine, les con fédérés marchèrent à sa rencontre jusqu'à Scarphée, dans la Locride ( 146). Cette armée fut taillée en pièces ; mais en armant jusqu'aux esclaves, Diaeus réunit encore quatorze mille hommes. Métellus voulut négocier, il repoussa ses ouvertures; et, posté à Leucopétra, à l'entrée de l'isthme de Corinthc, il attendit le nouveau consul Mummius. Sur les hauteurs voisines, les Achéens avaient placé leurs femmes et leurs enfants pour les voir vaincre ou mourir. Ils moururent; Corinthe fut prise, pillée, livrée aux flammes. Les ligues achéenne et béotienne furent dissoutes; toutes les villes démantelées, désarmées et soumises à un gouvernement oligarchique qu'il était plus aisé au sénat de tenir dans la dépendance que les assemblées populaires. La Grèce enfin, sous le nom d'Achate, forma une nouvelle province.

§ H. SOUMISSION DE L'AFRIQUE CARTHAGINOISE (146), DU ROYAUME DE PERGAME ( 129), ET DE L'ESPAGNE (133).

RÉDUCTION DE L'AFRIQUE ( 149-146). —- VIRIATHE (149-140) ET NUMANCE ( 1 4 1-133). —SOUMISSION DU ROYAUME DE PERGAME (133-129).

Réduction de l Afrlque (i4#-14«).

Depuis Zama, l'existence de Carthage, livrée sans défense aux coups de Massinissa, n'avait été qu'une lente agonie. En 193, ce prince lui avait pris le riche territoire d'Emporie. Onze ans après, des terres considérables ; en 174, toute la province de Tysca et soixante-dix villes. Cette fois , les Carthaginois réclamèrent à Rome. C'était à la veille de la guerre contre Persée, le sénat promit justice. Massinissa n'en garda pas moins le territoire contesté. Caton, envoyé comme arbitre, avait trouvé, avec surprise et colère, Carthage riche, peuplée, prospère. Aussi, depuis ce temps, ne cessa-t-il de répeter, a la 6n de chaque discours : « Et, do plus, je pense qu'il faut détruire Carthage, » (delenda est Carthago).

L'occasion s'en présenta bientôt. Carthage ayant repoussé une attaque de Massinissa, le sénat se plaignit de cette prise d'armes comme d'une violation du traité. En vain Carthage roscrivit les auteurs de la guerre, et envoya des ambassades Rome. « Donnez satisfaction au peuple romain, » disaient les pères conscrits; et quand les députés demandaient quelle satisfaction, « Vous devez le savoir. » Ils ne purent obtenir d'autre réponse < 149).

Quand les consuls débarquèrent en Afrique avec quatrevingt mille soldais, ils demandèrent qu'on leur livrât les armes et les machines de guerre, et, lorsqu'ils eurent tout reçu, ils dirent : « Maintenant, vous abandonnerez votre ville et vous irez vous établir à dix milles dans les terres. » L'indignation réveilla ce peuple immense. Nuit et jour on fabriqua des armes; les femmes donnèrent leur chevelure pour faire des cordages; on enrôla les esclaves, et Asdrubal, un des chefs du parti populaire, réunit dans son camp deNéphérisjusqu'àsoixante-dix mille hommes. La position n'était pas sans danger pour les Romains, et plus d'une fois, sans la valeur de Scipion Émilien, alors tribun, plusieurs corps se seraient trouvés dans un danger immi-

nent. La discipline aussi s'altérait. Heureusement Scipion obtint, sans l'avoir demandé, le consulat et la direction de cette guerre. Il rendit aux soldats l'habitude de l'obéissance, du courage et des travaux pénibles. Garthage était située sur un isthme, il le coupa d'un fossé et d'un mur. Pour affamer ses sept cent mille habitants, il ferma le port avec une digue immense. Les Carthaginois creusèrent dans le roc une nouvelle sortie vers la haute mer; et une flotte, bâtie avec les débris de leurs maisons, faillit surprendre les galères romaines. Mais il la repoussa, et, laissant la famine faire d'affreux ravages dans la ville, il alla, durant l'hiver, forcer le camp deNéphéris. Au retour du printemps, il enleva la muraille que baignait le port Golhon. Les Romains étaient dans la ville; mais pour atteindre la citadelle Byrsa, placée au centre, il fallut traverser de longues rues étroites, où les Carthaginois, retranchés dans les maisons, tirent une résistance acharnée. L'armée mit six jours et six nuits à atteindre la citadelle. Sur la promesse qu'ils auraient la vie sauve, cinquante mille hommes en sortirent: à leur tête était Asdrubal. Sa femme, après avoir insulté, du haut des murs, à sa lâcheté, égorgea ses deux enfants et se précipita elle-même dans les flammes. Scipion abandonna au pillage ces ruines fumantes, et des commissaires envoyés par le sénat firent du territoire carthaginois une province romaine,

sentit ému; et, au lieu de l'ivresse de la victoire, Polybe l'entendit tristement répéter ce vers d'Homère : « Un jour aussi verra tomber Troie, la cité sainte , et Priam , et son peuple invincible. » — Caton ni Massinissa ne virent cette ruine qu'ils avaient préparée : ils étaient morts tous deux en l'année 148.

Tlrlathc (149-140) et ifumance (141-133).

Scipion Émilien fut aussi le destructeur de Numance, la seconde terreur de Rome. Depuis la pacification de l'Espagne par Sempr. Gracchus jusqu'à Tannée 153, le repos de ce pays ne fut troublé que par les Cehibériens, qui, en 174, perdirent quinze mille hommes. En 170, un fanatique parcourut les villages de la Celtibérie en montrant une lance d'argent qu'il avait, disait-il, reçue du ciel, et qui devait faire fuir devant lui les légions épouvantées ; mais à la pre-

Scipion lui-même se

mière rencontre il fut tué, et sa mort dissipa la révolte. En 153, un émissaire de Cartilage souleva les Lusitaniens. Mummius ne fut pas heureux contre eux, et si son successeur remporta quelques avantages, Galba, en 151, perdit neuf mille hommes. Mais il feignit de traiter avec les Lusitaniens, leur offrit des terres fertiles, les dispersa, puis en massacra trente mille et se gorgea de butin, lui et ses soldats. Accusé à Rome par Caton, il fut acquitté. Dans la Celtibérie , Lucullus, qui n'avait trouvé de soldats à enrôler à Rome qu'après que Scipion Émilien eut donné le premier son nom, n'osa enfreindre la paix signée par son prédécesseur, Marcellus, le fondateur de Corduba (Cordoue); mais il attaqua les Vaccéens et assiégea Cauca ; les habitants, vivement pressés, ouvrirent leurs portes : il en tua vingt mille et vendit le reste. Aussi les gens d'intercatia ne se rendirent que sous la garantie de la parole de Scipion (150).

Tant de perfidies devait porter leurs fruits. Un pâtre, Viriathe, échappé du massacre des Lusitaniens, fit aux Romains une guerre de surprises et d'escarmouches, où ils perdirent leurs meilleurs soldats (149). Peudant cinq années, il battit tous les généraux envoyés contre lui et ne céda quelques avantages au frère de Scipion Émilien (143) que pour prendre une éclatante revanche sur Fabius Servilianus. 11 parvint môme à soulever les Celtibériens. Cette union rendait la guerre plus sérieuse qu'elle ne l'avait encore été. On envoya contre eux Métellus le Macédonique, qui les battit pendant deux ans (143-142), et prit presque toutes leurs villes. Cette puissante diversion n'eu servit pas moins Viriathe, en laissant Fabius exposé seul à ses coups. Il l'enferma dans un défilé, et l'obligea à signer un traité où il était dit : « Il y aura paix entre le peuple romain et Viriathe. » (141.) Le frère de Fabius, Cépion, se chargea de le venger. Il gagna deux des officiers du héros lusitanien qui l'assassinèrent Cl 40)- Son peuple se soumit; Cépion en transporta une partie sur les bords ae la Méditerranée, où Brutus, son successeur, leur fit bâtir Valence. Ce général eut à vaincre encore quelques résistances partielles. Des bandes nombreuses couvraient le pays, les femmes elles-mêmes combattaient. 11 les détruisit, et pénétra chez les Gallaïques, jusqu'au bord du graud Océan.

La guerre d'Espagne, terminée au sud par la mort de Viriathe, et à l'ouest par l'expédition de Brutus, se concen-

trait au nord, vers Numance. En 141, Pompéius fit avec les Numantins un traité qu'il n'osa avouer dans le sénat, et son successeur n'approcha de la ville que pour essuyer une défaite (138;. L'année suivante, le consul Mancinus se laissa enfermer avec vingt-quatre mille hommes dans une gorge sans issue par quatre mille Numantins, et promit la paix si Ton ouvrait les passages. L'ennemi exigea que le traité fût juré par son questeur Tibérius Gracchus, fils de ce Gracchus dontles Espagnols vénéraient la mémoire (137). Gomme aux fourches caudines, le sénat déchira le traité et livra le consul. Ses successeurs ne surent pas effacer cette honte. Pour abattre cette petite cité espagnole qui ne comptait pas plus de huit cents habitants, mais où sans doute accoururent tous les braves qui ne pouvaient plus combattre ailleurs, il ne fallut pas moins que celui qui avait renversé Canhage (134). Scipion commença par bannir du camp la mollesse et l'oisiveté. Il refoula peu à peu les Numantins dans leur ville et les y enferma par quatre lignes de retranchements. Pressés bientôt par une horrible famine, ils lui demandèrent une bataille. Il ne quitta point sou camp et les réduisit à s'entr égorger (133). Cinquante Numantins seulement suivirent à Rome son ebar de triomphe. L'Espagne, épuisée de sang, rentra enfin dans le repos. Mais les montagnards du nord, Astures, Cantabrcs, Vascons, n'étaient pas domptés. La pacification de Y Espagne ne s'achèvera que sous Auguste. — En 124, Métellus prit possession des Baléares, après en avoir presque exterminé les habitants.

Soumlastoii «lu royuunie «le Fcrgamc 133-1 SB).

Peu après la chute de Numance, le royaume de Pergame tomba. Altale III, monstre de cruauté qui tuait tous ceux qui n'applaudissaient pas à ses folies, étant mort en 133, le sénat prétendit que, par son testament, il avait institué le peuple romain son héritier. Dans ce legs, le sénat comprit le royaume; mais un fils naturel d'Eumène, Aristonic, souleva les habitants, battit le consul Licinius Crassus, et le fit prisonnier. Crassus insulta un soldat barbare pour se faire tuer. Perperna, qui le remplaça, vengea aisément cette défaite, prit Aristonic dans Stratonicée, en Carie, et l'envoya à Rome (130) ; mais il mourut lui-même à Pergame. Son successeur, Manius Aquilius, s'empara de quelques villes qui résistaient encore, et réduisit le royaume en province, sous

le nom d'Asie (129). Aristonic, après avoir servi au triomphe d'Aquiliu8, fut étranglé dans sa prison.

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