‹ Histoire romaineChapitre 79 sur 136 · JUGURTHA ET LES CIMBRES · texte numérisé non relu

JUGURTHA ET LES CIMBRES

nord de la Grèce. Peu à peu cependant ils furent refoulés sur le Danube. Ces succès et la soumission des Carnes en 115 assuraient aux Romains la barrière des Alpes orientales;

ne voulut survivre a la défaite des siens, leur ouvrit les Alpes maritimes (113). Déjà depuis sept ans ils avaient au delà de ces montagnes une province.

Marseille avait couvert de ses comptoirs toute la côte, des Alpes aux Pyrénées. Provoqués par ces empiétements , les peuples voisins se soulevèrent. Marseille recourut en toute nâte au sénat, et une armée romaine, après avoir écrasé les Ligures Oxybes et Décéates , donna leurs terres aux Massaliotes (154). De nouvelles plaintes amenèrent une seconde fois les légions contre les Salyes (125). Fulvius Flaccus, l'ami des Gracques, puis Sextius les battirent. Les Voconces partagèrent leur sort ; mais cette fois Rome garda ce qu'elle avait conquis; elle eut une nouvelle province entre le Rhône et les Alpes. Sextius lui donna une capitale , en fondant Aquœ Sextiœ (Aix, 122). LesÉdues, entre la Saône et la Loire, demandèrent aussitôt à entrer dans l'alliance de Rome. Les AHobroges, plus rapprochés de la nouvelle province, vinrent au contraire l'attaquer : vingt mille Barbares restèrent sur le champ de bataille (121). L'année suivante , les Romains, conduits par Fabius, franchirent à leur tour l'Isère ; mais le roi des Arvernes, Bituit, les rappela soudain en jetant sur leurs derrières deux cent mille Gaulois. Quand le roi barbare, monté sur son char d'argent et entouré de sa meute de combat , vit le petit nombre de légionnaires , « Il n'y en a pas là, dit-il, pour un repas de mes chiens; » mais la discipline, la tactiaue, surtout les éléphants, vainquirent cette multitude. Quelque temps après, Bituit, attiré par Domitius à une conférence, fut enlevé, chargé déchaînes et conduit à Rome. Fabius réunit à la Province tout le pays que le Rhône enveloppe, depuis le lac Léman jusqu'à son embouchure. Les consuls des années suivantes passèrent le Rhône et étendirent la Province jusqu'aux Pyrénées. Les Volkes Tectosages , maîtres de Toulouse , acceptèrent le titre de fédérés, et la colonie de Narbo Martius (Narbonne) dut veiller sur les nouveaux sujets. Sa position à l'embouchure de l'Aude en fit bientôt la rivale de Marseille

Cette province transalpine, gardée par ses deux colonies,

la destruction de la

lade des Stœnes, dont pas un homme

Aix et Narbonne, couverte par les Tectosages et les Édues; récents alliés de Rome, était comme un poste avancé, d'où le sénait contenait et surveillait les nations gauloises. C'est là que Marius allait sauver l'Italie.

Invasion de* Clmbrea et de» Teutons dons le Norique , la «Saule et l'Espagne ( 1 f 9-f •» ).

Cinq ans plus tard, la Cisalpine était encore effrayée par la récente apparition des Scordisques sur l'autre bord de l'Adriatique, quand on apprit successivement aue trois cent mille Cimbres et Teutons, reculant devant un débordement de la Baltique, avaient franchi le Danube, qu'ils ravageaient le Norique, qu'ils étaient déjà dans la vallée de la Drave, à deux journées de marche des Alpes caruiques. Un consul , Papirius Carbon , courut au-devant d'eux et se fit battre ; et durant trois années, le Norique, la Pannonie et l'Ulyrle, depuis le Danube jusqu'aux montagnes delà Macédoine, furent horriblement dévastées; quand il n'y resta plus rien à prendre, la horde traversa la Rhétie et, par la vallée du Rhin , entra sur les terres des Helvètes. La moitié de ce peuple, les Ambrons, les Tughènes et les Tigurins , consentit à les suivre, et tous ensemble ils descendirent le Rhin pour pénétrer en Caule. Dans les Kymris de la Belgique, les Cimbres reconnurent des frères ; ils laissèrent sous leur protection , à la garde de six mille hommes , tout le butin aont leur marche était embarrassée (1 10), puis ils descendirent au midi , et la Gaule subit pendant une année les maux de la plus terrible invasion. Arrivés sur les bords du Rhône, les Teutons virent encore devant eux ces Romains qu'ils avaient déjà rencontrés dans leurs courses vers l'Orient. L'immensité de cet empire les frappa d'étonnement, et reculant pour la première fois devant une bataille, ils demandèrent au consul Silanus de leur donner des terres, offrant en retour de faire pour la république toutes les guerres qu'elle leur demanderait. « Rome, repondit Silanus, n'a ni terres à donner ni services à demander. » Puis il passa le Rhône et se fit battre (109); les coalisés ne purent cependant forcer le passage du fleuve. Au printemps de l'année 107, les Tigurins s'acheminèrent vers Genève, où le Rhône offrait des gués , les Teutons devaient attaquer par le bas du fleuve. Les Romains aussi partagèrent leur» forces :

JUGURTHA ET LES CIMliHES.

leurs deux armées furent écrasées. Heureusement les Barbares passèrent une année à jouir de leurs victoires ; ils laissèrent même le consul Cépion saccager la capitale des Volkes Tectosages , avec lesquels ils traitaient. Du sac de Toulouse, Cépion recueillit cent dix mille livres pesant d'or et un million cinq cent mille livres d'argent. Il dirigea ce riche butin sur Marseille; mais des agents apostés par lui tuèrent l'escorte et enlevèrent l'argent.

L'année suivante, le sénat envoya une nouvelle armée et un autre consul, Manlius, qui dut partager avec Cépion le commandement. Cette mesure mauvaise amena un épouvantable désastre: les deux camps, attaqués l'un après l'autre, furent forcés; quatre-vingt mille légionnaires, quarante mille esclaves ou valets d'armée tombèrent sous le glaive ; tout le reste fut pris. Dix hommes seulement échappèrent ; de ce nombre était Cépion et un jeune chevalier romain que nous retrouverons plus tard, Q. Sertorius : tout blessé qu'il était, il avait traversé le Rhône à la nage , sans quitter sa cuirasse ni son bouclier. C'était la sixième armée romaine détruite par les Barbares (6 octobre 105). Cependant au lieu de franchir les Alpes, ils tournèrent vers l'Espagne. Ce fut le salut de Rome. Elle eut le temps de rappeler Marius d'Afrique , et de l'envoyer garder les Alpes. Pour approvisionner son camp, place sur la rive gauche du Rhône, il voulut creuser, de la mer au fleuve, un canal qui pût en tout temps recevoir les vaisseaux de Marseille et de l'Italie. Ses soldats l'exécutèrent. On les appelait par dérision les mulets de Marius. Mais dans ces pénibles ouvrages, les légionnaires perdaient les molles habitudes qui depuis un demi-siècle s'étaient introduites dans les camps, et qui venaient de coûter six armées à la république. Il modifia les armes du légionnaire auquel il donna un bouclier rond, plus léger, et un javelot qui, une fois lancé, ne pouvait plus servir et gênait l'ennemi qui l'avait reçu dans ses armes. Autrefois , l'ordre de bataille était de trois lignes , les hastaires, les princes et les triaires ; il corn posa les cohortes de manipules fournis par ces trois armes, de sorte que chaque cohorte fut une image delà légion entière. Enfin, les Barbares revinrent avec l'intention , cette fois , de pénétrer en Italie. Les Cimbres prirent à gauche par l'Helvétie et le Norique, pour descendre par le Tyrol et la vallée de l'Adige. Les Teutons marchèrent à Marius qui , pour habituer ses soldats

à voir de près les Barbares , leur refusa longtemps de corn* battre.

Bataille d'Alx (!••)* bataille de Vercell (*•*).

Cependant, près d'Aix, l'action s'engagea. Une première attaque fut malheureuse pour les Barbares. Une seconde bataille, livrée deux jours après la première, ne leur réussit pas mieux : attaqués en face par les légions, surpris par derrière par un lieutenant de Marius, ils ne purent résister. Le massacre fut horrible , comme dans toutes ces batailles de l'antiquité où l'on se battait à l'arme blanche, homme à homme (102). Après la bataille, Marius ayant choisi pour son triomphe les plus belles armes et les plus riches dépouilles , fit de tout le reste un immense amas pour le brûler en l'honneur des dieux. Déjà l'armée entière entourait le bûcher, couronnée de lauriers ; lui-même vêtu de pourpre, les reins ceints de sa toge, comme pour les sacrifices solennels, et élevant de ses deux mains vers le ciel un flambeau allumé, il allait mettre le feu, lorsqu'on vit accourir à toute bride quelques-uns de ses amis; ils lui apportaient la nouvelle qu'onl'avait élu consul pour la cinquième fois. L'armée témoigna sa joie par des cris de triomphe , qu'elle accompagna du bruit guerrier des armes ; et les officiers ayant de nouveau couronné Marius de lauriers, il mit le feu au bûcher et acheva le sacrifice.

La guerre n'était point finie , les Teutons seuls avaient été exterminés; restaient encore les Cimbres. Catulus, qu'on avait envoyé pour défendre contre eux le passage des Alpes, désespérant de garder ces défilés, s'était réfugié derrière l'Adige. Comme ils ne pouvaient passer la rivière , les Barbares résolurent de la combler. Coupant donc les tertres des environs, déracinant les arbres, détachant d'énormes rochers et de grandes masses de terre, ils les roulaient dans le fleuve, pour en resserrer le cours ; ils jetaient en même temps, au-dessus du pont que les Romains avaient construit , des masses d'un grand poids , qui entraînées par le courant , venaient battre le pont et en ébranlaient les fondements. Les légions effrayées forcèrent leur général de reculer jusque derrière le Pô, et Marius rappelé en toute hâte fut envoyé au secours de son collègue.

Les Cimbres attendaient pour combattre l'arrivée des Teutons; ils ne voulaient pas croire à leur défaite et en-

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