JUGURTHA ET LES C1MBM5S
voyèrent même à Marius des ambassadeurs chargés de lui demander pour eux et pour leurs frères des terres et des villes où ils pussent s'établir. « Ne vous inquiétez pas de vos frères, leur ait le consul, ils ont la terre que nous leur avons donnée, et qu'ils conserveront à jamais. » En même temps il ordonna qu'on amenât, chargés de chaînes, les rois des Teutons, que les Séquanes avaient faits prisonniers comme ils s'enfuyaient vers là Germanie. Les Cimbres lui demandèrent alors de fixer le jour et le lieu du combat. Il leur proposa la plaine de Verceil. Tous furent exacts au rendezvous. Mais a peine le combat était-il commencé qu'il s'éleva sous les pas de cette multitude un tel nuage de poussière que les deux armées ne purent se voir. Marius, qui s'était avancé pour tomber le premier sur l'ennemi , le manqua dans cette obscurité, et ayant poussé bien au delà du champ de bataille, il erra longtemps dans la plaine, tandis que Catulus avait seul à soutenir tout le poids du combat. Les rayons brûlants du soleil qui donnait dans le visaee des Barbares, secondèrent les Romains. Les plus braves d'entre les Cimbres furent taillés en pièces, car pour empêcher que ceux des premiers rangs ne rompissent leur ordonnance, ils s'étaient liés ensemble par de longues chaînes attachées à leurs baudriers. Les vainqueurs poussèrent les fuyards jusqu'à leurs retranchements, et ce fut là qu'on vit le spectacle le plus affreux. Les femmes , vêtues de noir et placées sur les chariots, tuaient elles-mêmes les fuyards; elles étouffaient leurs enfants , les jetaient sous les roues des chars ou sous les pieds des chevaux et se tuaient ensuite ellesmêmes. Une d'entre elles, après avoir attaché ses deux enfants à ses deux talons , se pendit au timon de son chariot. Les hommes, faute d'arbres pour se pendre, se mettaient au cou des nœuds coulants qu'ils attachaient aux cornes ou aux jambes des bœufs, et les piquant ensuite pour les faire courir, ils périssaient étranglés ou foulés aux pieds d£ ces animaux. Malgré le grand nombre de ceux qui se tuaient ainsi de leurs propres mains, on fit plus de soixante mille prisonniers, et on en tua deux fois autant (101).
Les honneurs rendus à Marius après cette victoire témoignèrent de la crainte des Romains. Il fut surnommé le troisième Romulus -, chaque citoyen, à la nouvelle de sa victoire, répandit des libations en son nom. Lui-même il s'imagina avoir égalé les exploits de Bacchus dans l'Inde, et il fit ci-
geler sur son bouclier la tête d'un Barbare tirant la langue . Rome croyait en effet avoir étouffé la barbarie dans ses bras puissants.
SECONDE RÉVOLTE DES ESCLAVES, DES PAUVRES DE ROME ET DES ITALIENS. SOULE VEJUENT DES PROVINCIAUX (105-84).
g I. SECONDE GUERRE DES ESCLAVES (103-100) ET TRIBUNAT