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GUERRE CONTRE SEXTUS POMPÉE (3G) ; DÉPOSITION DE LÉPIDE

v insolence de la *oldatc*ciue (*1»4#).

Durant ces jours de meurtre, Lépide et Plancus, cortaute désignés, eurent le courage de célébrer, chacun, un triomphe pour quelques insignifiantes victoires gagnées en Gaule. Les soldats jouant sur le double sens du mot Germanus en latin, chantaient derrière leur char : « Ce n'est pas des Gaulois, mais de leurs frères que nos consuls triomphent. » Tous deux en effet avaient livré un frère aiix meurtriers. Mais sans parler du vieil usage qui autorisait, dans les soldats, cette liberté, ils se sentaient nécessaires, et ils ne croyaient pas que leurs chefs, en souffrant leur indiscipline et leurs exigences , payassent trop cher le pouvoir qu'ils leur avaient donné. A peine laissèrent-ils vendre les biens des proscrits. L'un avait voulu une maison, l'autre dés terres ; celui-ci une villa, celui-là seulement l'argent et les esclaves. Il y en eut qui se firent adopter de force par de riches citoyens pour devenir leurs héritiers, d'autres moins patients tuaient l'homme, proscrit ou non, dont ils enviaient la fortune. Toute la ville tremblait devant cette soldatesque recrutée de bandits et d'esclaves échappés de leurs bagnes. Après les exécutions vinrent les exigences fiscales. Tous les habitants de Rome et de l'Italie, citoyens ou étrangers , prêtres ou affranchis , prêtèrent la dîme de leurs biens et donnèrent leurs revenus d'une année. Alors les triumvirs voulurent bien déclarer la proscription finie , et le sénat ne rougit pas de leur décerner des couronnes civiques comme aux sauveurs de la patrie.

Le 1er janvier 42 , on renouvela le serment d'observer les lois et les actes de César, et à son exemple, les triumvirs disposèrent de toutes les charges pour les années suivantes ; puis Octave et Antoine , après une vaine tentative contre Sextus Pompée, maître de la Sicile , passèrent la mer d'iopie, pour aller combattre les républicains.

Bataille* de Philippe* (4t)«

En quittant l'Italie, Brutus s'était rendu à Athènes, où l'on avait placé sa statue à côté de celle d'Harmodius et d'Aristoçiton. Dès qu'on sut qu'il rassemblait des soldats, les débris des légions pompéiennes, restés en Grèce après Pharsale, accoururent autour de lui; un questeur qui portait à Rome l'impôt de l'Asie, lui livra cinq cent mille drachmes, le jeune Cicéron leva toute une légion qu'il lui offrit, et le gouverneur de la Macédoine lui remit son commandement, ce qui lui donnait une vaste province et une armée en face de l'Italie. Antoine avait envoyé son frère Caïus pour lui disputer la Grèce, il fut fait prisonnier. De l'Adriatique à la Thrace, tout obéit au général républicain.

Cassius s était aussi rendu dans son gouvernement de Syrie. Le collègue d'Antoine, Dolabella, arriva presque en même temps en Asie, et fit périr dans les supplices Trébonius , un des meurtriers qui tomba entre ses mains. Mais ces légions d'Orient étaient mal disposées pour les césariens; Dolabella, bientôt assiégé dans Laodicée, fut réduit à se faire tuer par un des siens. Quand ces nouvelles arrivèrent à Rome , avant la guerre de Modène , Cicéron fit confirmer par le sénat Brutus et Cassius dans leur gouvernement, avec le droit de lever tout l'argent qui leur serait nécessaire , et d'appeler à eux les contingents des rois , les pressant d'accourir en Italie. Mais ni l'un ni l'autre n'avaient cette décision qui double les forces. Et ils étaient aux deux extrémités de l'Asie romaine quand ils apprirent les proscriptions. Ils ne se bâtèrent pas davantage , et s'occupèrent à réduire les peuples qui tenaient pour les triumvirs. Brutus attaqua Xantne , Cassius Rhodes , qu'il pilla cruellement. La province d'Asie dut payer en une seule fois l'impôt de dix années. La dernière armée et les derniers chefs de la république semblaient ainsi prendre à tâche de légitimer à l'avance, aux yeux des populations, le triomphe du gouvernement monarchique. Brutus cependant, républicain sincère , s'efforçait d'adoucir les maux de la guerre. A Sardes, dans une seconde entrevue avec Cassius, il lui reprocha vivement de faire détester leur cause. « Mieux aurait valu , disait-il , laisser vivre César. S'il fermait les yeux sur les injustices des siens , du moins lui-même ne dépouillait-il personne. »

Chargés du butin de l'Asie , les deux armées se mirent en marche pour rentrer en Europe. Une nuit que Brutus veillait dans sa tente, un spectre d'une figure élrange et terrible se présenta à lui. « Qui es-tu , homme ou dieu ? dit sans trembler le stoïque général. — Je suis ton mauvais génie , répondit le fantôme ; tu me reverras dans les plaines de Philippes, » et il s'évanouit. Le lendemain Brutus raconta cette vision de son esprit troublé à l'épicurien Cassius, qui lui expliqua, comme Lucrèce, l'inanité des songes et des apparitions. Us avaient quatre-vingt mille fantassins et vingt mille cavaliers : chaque soldat avait reçu deux mille cinq cents drachmes, les centurions cinq mille, les tribuns dix mille. Ils s'avancèrent jusqu'à Philippes en Macédoine.

Brutus et Cassius campaient sur deux collines éloignées Tune de l'autre de trois milles. Antoine se posta en face de Cassius ; Octave en face de Brutus. Les deux armées étaient à peu près égales en nombre. Mais les républicains avaient une flotte formidable qui interceptait aux césariens tous les arrivages par mer. Aussi Antoine menacé de la disette bâtait de ses vœux la bataille que Cassius , par la raison contraire, voulait différer. Brutus, pressé de sortir d'inquiétude et de mettre fin à la guerre civile , opina dans le conseil pour le combat et entraîna la majorité. Octave malade avait été emporté hors de son camp , quand Messala, attaquant avec impétuosité, pénétra dans ses ligues, où sa litière , qui y avait été laissée , fut criblée de traits. Le bruit se répandit bientôt qu'il avait été tué, et Brutus croyait la victoire gagnée. Mais à l'autre aile , Antoine avait dispersé l'ennemi et pris son camp. Cassius s'était retiré, avec quelques-uns des siens, sur une hauteur voisine. Apercevant un gros de cavalerie qui marchait à lui, il le prit pour un corps ennemi et se fit tuer par un de ses affranchis. C'était Brutus qui, vainqueur, accourait à son secours. Les flatteurs de la nouvelle royauté dirent ensuite qu'au moment suprême l'épouvante avait saisi l'àme du sceptique épicurien; qu'il avait cru voir César, couvert du manteau de pourpre et le visage menaçant, pousser sur lui son cheval. « Je t'avais tué cependant,» se serait-il écrié en détournant les yeux, et poussé par la vengeance du dieu , il avait lui-même tendu la gorge à l'épée. Brutus en voyant son cadavre versa des larmes et l'appela le dernier des Bomains. Par sa farouche vertu , il méritait mieux lui-même cet éloge. ^

. Vingt jours après cette première action, une autre s'engagea. Cette fois Octave était présent ; l'aile qu'il conduisait lut encore mise en désordre. Mais Antoine, vainqueur de son côté, revint sur les troupes de Brutus, les enveloppa £t les mit en fuite ; leur chef, échappé avec peine , s'arrêta 6ur une hauteur pour accomplir ce qu'il appelait sa délivrance. Slraton, son maître de rhétorique, lui tendit une épée en détournant les yeux ; il se précipita sur la pointe avec tant de force qu'il se perça d'outre en outre et expira Sur l'heure. L'imagination populaire a entouré de dramatiques circonstances les derniers moments du chef républicain. Le fantôme qu'il avait vu à Abydos, disait-on, lui apparut encore, suivant sa promesse, dans la nuit qui précéda la bataille , et passa devant lui triste et muet. Suivant d'autres, une parole de colère et d'amère déception lui aurait échappé à l'heure suprême : « Vertu, tu n'es qu'un mot! »

Antoine montra quelque douceur envers les captifs et fit honorablement ensevelir Brutus. Mais Octave fit décapiter son cadavre et porter sa tête aux pieds de l'image de César. 11 fut sans pitié envers ses prisonniers et assista froidement à leur supplice. Un père et son fils imploraient la vie l'un pour l'autre, il les fit tirer au sort. Un autre lui demandait au moins une sépulture: « Cela, dit-il, regarde les vautours. » Cependant il accueillit Valérius Messala, malgré son amitié pour Brutus, et il lui laissa souvent vanter la vertu du chel républicain. Plus de quatorze mille hommes s'étaient rendus; mais toute la flotte réunie sous Domitius Ahéno* barbus, alla rejoindre Sextus Pompée.

Exaction* d'Antoine en Asie * CléopAtrc.

Les deux vainqueurs firent alors entre eux un nouveau partage. Octave prit l'Espagne et la Numidie; Antoine la Gaule chevelue et l'Afrique. La Cisalpine, trop voisine de Rome, devait cesser d'être province. Quant à Lépide, déjà on l'excluait du partage, parce qu'on le croyait d'intelligence avec Pompée. Plus tard , il eut l'Afrique. La part des chefs arrêtée, restait à faire celle des soldats. Antoine se chargea d'aller lever en Asie les deux cent mille talents né-» eessaires. Octave, malade, prit la tâche, en apparence plus ingrate, de donner des terres aux vétérans. Tandis qu'il s'acheminait vers Rome où il allait s'emparer du gouverne*

ment et gagner sûrement les troupes en leur donnant ce qu'Antoine leur avait promis, celui-ci traversait la Grèce, assistait à ses jeux , à ses Côtes et aux leçons de ses rhéteurs. Affable et impartial , il méritait de leur reconnaissance le titre d'ami des Grecs ; mais en Asie , au milieu de ces grandes et voluptueuses cités, le guerrier s'oublia dans les délices. A Éphèse , il entra précédé do femmes vôtucs en bacchantes et de jeunes gens habillés en pans et en satyres. Déjà il prenait les attributs de Bacchus dont il s'appliqua à jouer le rôle dans de continuelles orgies. Pour suffire à ses profusions, il foulait horriblement les peuples. Il exigea d'un coup l'impôt de neuf années, sans compter les confiscations particulières. Pour un bon plat, il donna à son cuisinier k maison d'un citoyen de Maguésie.

: Effrayée par les menaces de Cassius, Cléopâtre lui avait fourni quelques troupes et de l'argent. Antoine lui demanda raison de cette conduite. Elle vint elle-même à Tarse, en Cilicie, où il se trouvait, dans l'espérance de le gagner, comme César, par ses charmes. Rien ne fut oublié pour faire réussir le complot. « Elle remonta le Cydnus dans un navire dont la poupe était d'or, les voiles de pourpre et les avirons d'argent. Le mouvement des rames était cadencé au son des flûtes qui se mariait à celui des lyres. La reine elle-même, magnifiquement parée, et comme les peintres représentent Vénus , était couchée sous un pavillon broché d'or. De jeunes enfants l'entouraient, habillés en amours, et ses femmes, vêtues en néréides et en grâces, tenaient le gouvernail ou les cordages. Les parfums qu'on brûlait sur le navire embaumaient, au loin , les deux rives. C'est Vénus elle-même ! s'écriaient les habitants éblouis ; elle vient chez Bacchus. >» Antoine tomba sous le charme, et, quand il vit cette femme élégante et lettrée , qui parlait six langues , lui tenir tete dans ses orgies et dans ses propos de soldat, il oublia Rome et Fulvie elles Parthcs, pour la suivre, dompté et docile, à Alexandrie (41). Alors commencèrent les excès de la vie inimitable , les soupers sans fin , les chasses, les courses sous déguisement, la nuit, dans la ville, pour battre et insulter les gens, au risque du retour.

Cucrrc de Peronae (41-40).

Pendant qu'il perdait , en d'indignes débauches , un temps précieux, sa femme et son frère, en Italie, déclaraient la

guerre à Octave. Le jeune César avait irrité Fulvie , femme ambitieuse et emportée, en lui renvoyant sa fille Claudia, qu'il n'avait épousée Tannée précédente que pour plaire aux soldats ; dès lors elle poussa son beau-frère Antonius , alors consul, à profiter des inextricables difficultés que soulevait le partage des terres. Les vétérans réclamaient les dix-huit villes qui leur avaient été promises. De leur côté , les habitants s'emportaient en vives plaintes contre l'injustice qui les forçait a payer pour toute l'Italie. En oulre, ceux-ci aemandaient une indemnité et ceux-là de l'argent pour couvrir les frais de premier établissement. En attendant , les nouveaux colons dépassaient leurs limites et usurpaient les champs voisins. Tous les propriétaires dépossédés n'avaient pas , comme Virgile , de beaux vers pour racheter leurs domaines; ils accouraient à Rome criant misère et ameutant le peuple qui dévastait les maisons des riches et ne voulait plus de magistrats , pas même de ses tribuns, afin de piller plus à l'aise. Pousse par Fulvie, Antonius survint alors, promit sa protection aux Italiens expropriés, et assura aux soldats que s'ils n'avaient pas de terres ou s'ils n'en avaient pas assez , son frère saurait bien les dédommager avec les tributs qu'il levait pour eux en Asie.

Les Italiens s'enhardirent dans leur opposition, eu la voyant presque encouragée par un consul. De leur côté, les vétérans récriminaient contre Octave qui ne savait pas tenir ses promesses. Ils en vinrent à un tel point d'indiscipline qu'une révolte semblait imminente. Un jour, Octave s'élant lait attendre pour une revue , ils murmurèrent contre lui, et un tribun qui prit sa défense fut jeté dans le Tibre ; le général dut se contenter de leur reprocher doucement cette violence.

La situation d'Octave était des plus critiques. 11 mit en vente ce qui restait des biens des proscrits, emprunta dans les temples et faisant argent de tout, ramena par ses largesses quelques-uns de ceux qui l'avaient quitté. Un coup de maître acheva de rétablir ses affaires. 11 prit les vétérans pour arbitres entre lui et Antonius, qui refusa de comparaître, et se moqua bien fort avec Fulvie de ce sénat botté Cette scène n'en rendait pas moins à Octave l'appui de presque tous les vétérans. Les Italiens passèrent au coté opposé. Antonius réunit dix-sept légions, mais composées de recrues; Octave n'en avait que dix, de vieux soldats.

Antonius s'empara de Rome , où il annonça le prochain rétablissement de la république. Mais Agrippa, le meilleur officier d'Octave, le chassa et le serra de si près , qu'il le força à se jeter dans Pérouse, dont une affreuse disette décima la garnison. Le consul fut contraint de céder aux cris de ses soldats et de se rendre (40). Pour ne pas donner un prétexte de guerre à son frère, Octave se contenta de le reléguer en Espagne. Les vétérans furent aussi épargnés et enrôles dans les légions victorieuses ; mais trois à quatre cents chevaliers et sénateurs de Pérouse furent égorgés, et la ville livrée aux flammes.

La destruction de cette antique cité fut le dernier grand acte de cruauté du triumvir. Cependant on craignait de nouvelles proscriptions. Tous les amis d'Antoine s'échappèrent. Pollion, alors consul, passa avec sept légions sur les vaisseaux de Domitius Ahénobarbus , qui, tout en agissant de concert avec Sextus, s'était réservé le commandement indépendant de l'ancienne flotte de Brulus. Fulvie, s'enfuit en Grèce , et Octave resta seul maître de l'Italie. Fusius Calénus, qui commandait en Gaule, lui livra son armée et sa province; l'Espagne lui obéissait ; l'incapable Lépide, qui réclamait son lot, fut envoyé en Afrique avec six légions de soldats mécontents.

netour d'Antoine en Italie ; traité* de Brlndea et de

Mlsène v»»).

Ni les cris de Fulvie, ni le bruit de cette guerre n'avaient pu distraire Antoine de ses plaisirs ; une attaque des Partîtes sur la Syrie, où ils étaient appelés , le réveilla enfln. Il allait marcher contre eux, quand la nouvelle que son collègue s'était emparé de toutes les provinces de l'Occident , le détermina à faire voile vers l'Italie. Pollion négocia un rapprochement entre lui et Domitius , et il engagea lui-même Sextus Pompée à seconder son attaque sur Brindes, par une diversion du côté du Brutium et de la Lucanie.

Le danger semblait sérieux pour Octave, mais il tirait une grande force de cette réunion même, contre lui seul, de tous les partis alors en armes. Sa situation se simplifiait ; tandis que le camp ennemi allait renfermer un fils de Pompée, un triumvir et un des meurtriers de César, il devenait, lui, le seul représentant du principe nouveau auquel tant d'intérêts s'étaient déjà ralliés ; et tel est l'avantage des

positions franches et vraies, que cette menaçante coalition était au fond peu redoutable. Mais les soldais ne permirent pas qu'on tranchai encore la question. Ils forcèrent leurs chefs à traiter, et Coccéius Nerva, ami des deux triumvirs, ménagea entre eux un accommodement; les conditions en furent arrêtées par Pollion et Mécène, et la mort de Fulvie en hâta la conclusion. Un nouveau partage du monde romain donna à Antoine l'Orient jusqu'à la mer Adriatique, avec l'obligation de combattre les Parlhes, et l'Occident à Octave avec la guerre contre Scxtus. Ils laissèrent l'Afrique à Lépide, et convinrent que quand ils ne voudraient pas exercer eux-mêmes le consulat , ils y nommeraient tour à tour leurs amis. Octavie, sœur du jeune César, épousa l'autre triumvir. Us revinrent tous les deux à Rome pour célébrer cette union.

Les fêtes furent tristes, car le peuple manquait de pain ; Sextus, qui n'avait pas été compris dans le traité de Brindes, continuait à intercepter les arrivages et le peuple demandait la paix à grands cris. Un nouvel édit, qui obligeait les propriétaires à fournir cinquante sesterces par tête d'es~ clave, et qui attribua au fisc une portion de tous les héritages, causa une émeute. Antoine se lassa le premier de ces cris et pressa son collègue de traiter avec Pompée. Ils s'abouchèrent tous trois au cap Misène, et l'on convint que Sextus aurait pour provinces la Sicile, la Corse, la Sardaigne et l'Achaïe, avec une indemnité de dix-sept millions cinq cent mille drachmes.

Quand on vit les trois chefs franchir l'étroite barrière qui les séparait, et s'embrasser en signe de paix et d'amitié, un même cri de joie partit de la flotte et de l'armée. Il semblait que ce fût la fin de toutes les guerres et de tous les maux. L'Italie n'allait plus craindre la famine ; les exilés, les proscrits retrouvaient leur patrie. Les trois chefs se donnèrent des fêtes. Le sort désigna Pompée pour traiter le premier ses nouveaux amis. Au milieu du festin, Ménas vint lui dire à l'oreille : « Voulez-vous que je coupe les câbles, et je vous rends maître de tout l'empire. » Il réfléchit un instant, puis répondit : « Il fallait le faire sans m'en prévenir. » (39.)

De retour à Rome, Octave partit pour aller soumettre quelques peuples gaulois révoltés, et Antoine pour attaquer les Parlhes. 11 emportait un sénalus-consuite qui ratifiait d'avance toute sa conduite. Le sénat devait s'estimer heu-

reux qu'un de ses maîtres lui eût demandé un décret ; car cet acte prouvait qu'il existait encore , alors qu'on eût pu croire qu'il élait pour jamais dissous. Aux ndgociations.de Misène, il n'avait pas plus été question do ce grand corps que de Lépide; et, pour l'avilir toujours plus, les triumvirs y faisaient entrer des soldats, des Barbares, même des es-» clavcs; un de ceux-ci obtint la préture. 11 est vrai qu'on avait porté le nombre des préleurs à soixante-dix-sept.

Quant au peuple, les jours de comices, il recevait des ordres écrits et votait en conséquence. Assemblées du peuple,; assemblées du sénat, tout cela servait de formalités pouri légaliser l'usurpation.

Guerre contre £extus Pompée ( 36 ) \ déposition de Lépide.

La paix deMisène n'était qu'une trêve; car il n'était pat possible qu'Octave consentît à laisser les approvisionnements do Rome et de ses légions à la merci de son adversaire. Pompée, d'autre part, rêvait pour lui-même l'empire de Rome. En attendant, il tenait à Syracuse une cour brillante; un trident à la main et couvert d'un manteau cou* leur d'eau de mer, il se faisait appeler le fils de Neptune. Lo premier, en effet, il avait prouvé aux Romains qui se refusaient à le comprendre, quelle puissance peut avoir celui qui règne sur la mer. Mais , depuis dix ans qu'il avait quitté Rome et qu'il vivait à l'aventure, Pompée avait pris les habitudes d'un chef de bande plutôt que celles d'un général et d'un homme d'Etat. Autour de lui, on ne trouvait que des esclaves, des affranchis , qui avaient sa confiance, et commandaient ses escadres. Les premiers torts vinrent des triumvirs. Antoine refusa de mettre Sextus en possession? de l'Achaïe, puis Octave répudia Scribonia sa parente pour épouser Livie, alors grosse de trois mois, et qu'il força Ti-* bérius Néron à lui céder. A ces provocations, Sextus répondit en réparant ses vaisseaux et presque aussitôt, le prix des vivres augmenta en Italie (33).

Octave essaya d'entraîner ses deux collègues à cette guerre; Lépide accepta, mais employa tout l'été à réunir des troupes et des navires. Pour Antoine, pressé par sa femme, il vint d'Athènes où il avait passé l'hiver, chercher Octave à Brindes, et ne l'y trouvant pas, il se hâta de retourner en Grèce, en l'invitant à conserver la paix. Tout le poids de cette guerre retombait donc sur Octave. Heiîfôu-

sèment, il avait négocié la trahison de l'affranchi Méuas qui lui livra la Corse et la Sardaigne, avec trois légions et une forte escadre. Les succès furent d'abord balancés et les chances tournaient contre Octave lorsque Agrippa arriva, après avoir pacifié l'Aquitaine et franchi le Rhin comme César. Avec ce grand homme de guerre, la victoire allait revenir sous les drapeaux d'Octave.

Le l*r janvier 37, Agrippa prit possession du consulat. Il imprima dès ce moment aux préparatifs une activité que le triumvir n'avait pas su leur donner; il construisit une nouvelle flotte, créa le port Jules enjoignant le Lucrin au lac Averne et tous lesdeux àla mer, et par de continuels exercices il forma des matelots et des légions qui rappelaient, au moins par le courage, les vieilles phalanges républicaines. Au printemps de Tannée suivante (36), Octavie ramena encore son époux à Tarente, et comme elle n'y trouva pas son frère, elle alla au-devant de lui, et l'entraîna dans cette ville, avec Mécène et Agrippa. Durant plusieurs jours on vit les deux triumvirs se promener sans gardes et se prodiguer les marques d'une amitié mutuelle. Ils renouvelèrent pour cinq ans le triumvirat, et un fils d'Antoine et de Fulvie, Antyllus, fut fiancé à la fille d'Octave et de Scribonia , la trop célèbre Julie. Puis Antoine donna à son collègue cent vingt vaisseaux en échange de deux légions, et il partit enfin pour la Syrie. Ils ne devaient plus se revoir que sur les flots qui baignent le promontoire d'Actium.

Aussitôt après son départ : Agrippa fit décider qu'on attaquerait la Sicile par trois points, Lépide, qui allait enfin arriver d'Afrique, par Lilybëe ; Stalilius Taurus par le promontoire Pachynum ; Octave par le cap Pélore. Mais Octave et Statilius, assaillis par une tempête , reculèrent ; Lépide seul débarqua et assiégea aussitôt Lilybée. Octave parvint cependant avant la fin de l'été à jeter trois légions en Sicile près de Tauroménium. Mais de nouveaux échecs sur mer laissaient ces légions en grand péril, lorsque Agrippa força le passage intercepté. Octave put enfin descendre dans l'île avec toutes ses troupes. Elles s'élevaient à vingt-une légions appuyées de vingt mille cavaliers et de cinq mille archers ou frondeurs. Lépide vint le rejoindre près de Messine. Pompée n'avait d'espoir que dans ses trois cents vaisseaux ; il attaqua la flotte ennemie entre Myles et Naulocque (3 sept. 36). L action fut meurtrière et le succès longtemps

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