CHAPITRE XIV
tissait comme celui des flots irrités , leurs cris éclataient comme le frémissement des grandes eaux.
a Et maintenant ses princes, ses sages, ses chefs, ses magistrats et ses braves dorment d'un sommeil éternel. »
Les Juifs étaient persuadés que ces menaces allaient recevoir leur accomplissemenl. Ils s'allièrent donc avec les Ammonites , les Moabites , les Tyriens et les Sidouiens , tous ennemis du roi d'Assyrie. Nabuchodonosor marcha contre Jérusalem ; il fut forcé presque aussitôt d'en lever le siège pour aller combattre les Égyptiens, intéressés à ce que le royaume de Juda , ce dernier et faible rempart qui les séparait des Assyriens, ne fût pas renversé. Mais vainqueurs fA priés, les Chaldéens retournèrent en Judée, prirent les villes de Lachis et d'Azécha et reparurent enfin devant Jérusalem. Durant dix-huit mois les Juifs repoussèrent toutes les attaques ; mais la famine triompha de leur constance. Dans la nuit du 9 au il) juillet 587, ils pénétrèrent par une brèche dans la ville, d'où le roi s'enfuit avec quelques serviteurs vers le Jourdain. Arrêté dans la plaine de Jéricho, il vit ses fds , les princes et les chefs de Juda massacrés sous ses yeux. Lui-même il eut les yeux crevés par l'ordre du vainqueur, qui le conduisit chargé de chaînes à Babylone et le jeta dans une prison où il resta jusqu'à son dernier jour. Un mois après, Nébuzardan, chef des troupes royales , entra dans la ville , et aussitôt l'œuvre de destruction commença. Le temple et le palais du roi furent incendiés , les murailles détruites , les ornements d'airain qui décoraient le sanctuaire brisés ou transporlés à Babylone. On égorgea le grand prêtre et soixante des principaux habitants, et on emmena en captivité la plus grande partie du peuple. Quelques Juifs seulement furent laissés pour la culture des campagnes.
Alors Jérémie, assis au milieu des ruines delà cité sainte, soupirait dans l'amertume de son cœur et disait :
* Comment est-elle maintenant solitaire, cette ville si pleine de peuple? Elle est délaissée, la maîtresse des nations; elle paye tribut, la rente des provinces ; elle pleure, et personne ne la nmsole; ceu\ ï[ui l'a i iv L ;iii;n; lui .suit devenu? ennemis.
«Les routes de Sion gémissent, car personne ne vieni
plus k ses solennités; ses portes sont brisées, ses prêtres sont dans les larmes ; ses vierges ont été ravies ; et elle reste seule dans l'amertume de son cœur.
« La tille de Sion a perdu sa parure; ses princes sont comme des béliers qui ne trouvent pluB de pâturages , et l'ennemi les a chassés devant lui comme un vil troupeau,
■• 0 vous tous qui passez dans le chemin, considérez et voyez s'il y a une douleur semblable à la mienne!
« Le Seigneur a retiré du milieu de mon peuple tous les hommes vaillants.... C'est pour cela que je fonds en pleurs et que mes yeux répandent des ruisseaux de larmes'.
•i Les vieillards de la fille de Sion se sont assis dans la poiifcricro et demeurent dans le silence; ils ont couvert leur tète de cendres; ils se sont revêtus de ciliées.
- A qui te comparer, ô fille de Jérusalem , et comment te consoler, o vierge de Sion? Le débordement de tes maui est semblable à une mer....
« Tous ceux qui passaient ont frappé dans leurs mains en te .voyant, ils ont dit : Est-ce là cette ville d'une beauté si parfaite qui était comme une couronne de joie pour toute la terre? Voici ce jour que nous attendions; nous l'avons trouvé , nous l'avons vu....
■ Comment l'or s'est-il obscurci? comment l'argent a-t-il changé? Les pierres du sanctuaire ont été dispersées à tous les coins des rues....
« Nobles fils de Sion, vous brilliez dans l'or; comment n'étes-vous plus regardés que comme vases d'argile ?
» Réjouis-toi donc, ô fille d'Édom ; mais la coupe viendra aussi jusqu'à toi; tu en seras enivrée, alors le Seigneur visitera ton iniquité et il décourira tes péchés. «
Comme Isaïe, à ses chants de deuil, Jérémie mêlait des paroles d'espérance, et il implorait pour son peuple l'inépuisable miséricorde du Très-Haut.
<> Souvenez-vous, Seigneur, de ce qui nous est arrivé , considérez et regardez l'opprobre où nous sommes.
I. An ehap. n, Tenet 21 , Jercmio dil encore : t O femmei, apprener a ™ fille* à pleurer; car la mort esl entrée pat vo« fenelrea; «O» enfanU toril eilsnninin par Ici ruei, lei jeûnai geni eurlea platci. »
tU CHAPITRE XIV. — ISRAËL ET JUDA DE 721 A 587.
■ Nos pères ont péché et nous avons porté la peine de leurs iniquités.
' Des esclaves ont dominé sur nous.... ils ont humilié les femmes dans Sion, et les vierges dans les villes de Juda ; ils ont mis les princes à mort et ils ont outragé les vieillards.
« Et maintenant la joie de notre cœur est éteinte, nos concerts sont changés en lamentations ; la couronne est tombée de notre tête.
votre tr&ne subsistera d'âge en âge! Pourquoi nous oublieriez-vous toujours ï rappelez-nous à vous, Seigneur, et nous reviendrons. •
Cependant le nouveau gouverneur assyrien de la Palestine, Godolias, avait reçu Tordre de traiter Jérémie avec de grands égards , et de lui laisser établir sa demeure ou il voudrait; malheureusement il ne gouverna que deux mois. Ismaël, prince de la race royale de Juda, l'assassina dans un festin et tenta de s'emparer du pouvoir ; mais le peuple, lassé de guerres et de révoltes, s'empressa de montrer sa fidélité a son nouveau maître, en s'ameutant contre Ismaël, qui fut forcé de fuir chez les Ammonites. Malgré cette preuve <le leur zèle, les Juifs , redoutant la colère du roi d'Assyrie, et sourds aux eshortations de Jérémie , cherchèrent presque tous un asile en Egypte, où ils entraînèrent le prophète. Là, ils tombèrent dans les idolâtries des nations réprouvées, et Dieu frappa encore ces restes misérables d'un peuple infidèle même dans son malheur. Le roi de Babylone, après avoir soumis les nations environnantes, ravagea l'Egypte et n'épargna pas les Juifs. Dès ce moment les livres saints ne parlent plus de Jérémie et ne font pas connaître les détails de sa mort. On croit qu'il fut lapidé il Taphné par les Juifs, qui ne pouvaient lui pardonner la sévérité de ses reproches ni la sainteté de sa vie.