CHAPITRE XXII
vaient sas actions pour le prendre en faute. Un jour, Jésus étant sorti, vit en passant un homme nommé Matthieu, assis au bureau des impots; il lui dit : « Suivez-moi ; " et lui aussitôt se leva et le suivit. Or, Jésus étant à table dans la maison de cet homme, il y vint beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie qui se mirent à table avec Jésus et ses disciples. Les pharisiens l'ayant vu dirent à ses disciples : « Pourquoi votre maitre mange-t-il avec des publicains et des gens de mauvaise vie î » Jésus les entendit et leur répondit : » Ce ne sont pas à ceux qui sont en santé , mais aux malades que le médecin est nécessaire. Ce ne sont pas les justes , mais les pécheurs que je suis venu appeler à la repentance. « Il ajoutait encore : « Le vin nouveau ne se met pas dans de vieux tonneaux, ni du drap neuf à un manteau vieilli, » voulant faire entendre que la loi nouvelle ne pouvait s'enfermer dans les rites étroits et usés de l'ancienne loi.
Une autre fois, pendant un jour de sabbat, ses disciples, passant près d'un champ de blé, prirent des épis qu'ils brisèrent pour en manger les grains. " Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis? disaient les pharisiens ; vous violez le repos du sabbat. — Mais David, repartit le Christ, pressé par la faim, n'a-t-il pas pris même sur la table de proposition les pains qui y étaient exposés? Or, je vous le déclare, ily a ici quelqu'un plus grand que le temple. Si vous aviez compris cette parole : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice, vous n'auriez pas condamné des innocents. Allez, le Fils de l'homme est maître du sabbat. » Ce même jour, il guérit un homme dont la main était desséchée ; et pour jeter dans la confusion la vaine science des pharisiens, il leur demandait : « Est-il permis, au jour du sabbat, de faire du bien ou du mal, de sauver ou de tuer? ■
Amour du prochain.
Un docteur lui demandait : « Maître, que! est le plus grand commandement de la loi: »
Jésus répondit : * Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de
tout Ion cœur, de toute ton âme et de tout ion Esprit. C'est le plus grand et le premier des commandements. • Voici le second, qui lui est semblable : . Tu aimeras ton prochain comme loi-même. » Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements.
Et ce docteur voulant montrer qu'il était juste, dit : « Mais quel est mon prochain? »
Jésus répondit :
«• Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba entre les mains des voleurs. Ils le dépouillèrent, le couvrirent de blessures et s'en allèrent, le laissant à demi mort.
> Il arriva ensuite qu'un prêtre descendit par le même chemin; l'ayant vu, il passa outre.
«Un lévite vint aussi au même lieu et ne s'arrêta pas davantage.
» Mais un Samaritain qui voyageait étant venu h l'endroit où était cet homme, et l'ayant vu, en fut touché de compas-
« Il s'approcha de lui, versa de l'huile et du vin dans ses plaies, et l'ayant mis sur son cheval, il le mena dans une hôtellerie et prit soin de lui.
« Le lendemain, il donna deux deniers à l'hôte et lui dit : Ayez bien soin de cet homme; tout ce que vous dépenserez, de plus, je vous le rendrai à mon retour.
» Lequel de ces trois vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs? >
Le docteur lui répondit : « Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. — Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même. »
Les Samaritains étaient un peuple odieux aux Juifs; mais Jésus voulait montrer que le bien pouvait se faire parles mains del'étranger, comme il pouvait se faire au jour même du sabbat.
Ainsi chaque jour il élargissait le cercle étroit dans lequel les docteurs auraient voulu enfermer l'intelligence; chaque jour il montrait davantage que la religion n'était pas en d'inutiles pratiques, ni la vertu en de vaines formalités. Les Juifs avaient perdu le sens de la loi mosaïque, ils n'en con-