CHAPITRE II
aussi à Job sa présomption et son orgueil. Mais le jusle, à la tin, s'indigne de cette fausse sagesse. ■ N'y a-t-il donc que vous qui soyez hommes, leur dit-il, et la sagesse périra-t-ello quand vous ne serez plus ? » Puis il se plaint de la dureté de ses amis comme une des plus vives douleurs. « Je suis devenu, s'écrie-t-il , un objet de dëgoûl pour tous ceux qui me voient. Je les ai tant aimés ! et les voilà qui se lèvent contre moi. Mes chairs se pourrissent, ma peau s'est desséchée sur mes os. Ayez pitié de moi, oh! mes amis! ayez pitié de moi , car la main de Dieu m'a touché.
« Pourquoi me persécuter? Dieu ne me frappe-t-il pas assez? Comme des béies fauves, ne vous rassasierez-vous donc jamais de ma chair?
« Ah ! qui me donnera d'écrire ma parole dans un livre éternel, de la graver sur le fer ou sur le roc? Mais j'aurai un rédempteur qui, un jour, m'appellera et que mes yeux verront. » Et sa foi augmente à mesure qu'il déroule les supplices réservés aux méchants ou à la toute-puissance de Celui dont les regards sondent l'abîme, et pour qui la destruction est sans voile.
« Sur le vide, il étend l'aquilon ; sur le néant, il suspend la terre. Il enferme l'eau dans les nues, et la nue ne se déchire pas sous sa main. Sur la face des ondes, il [race la li- *mite où la lumière viendra se perdre dans les ténèbres. Au bruit de sa voix, les colonnes du ciel frémissent et s'ébranlent; sa main apaise les vagues; sa sagesse dompte les monstres de la mer, et, d'un souffle, il rend aux cieux leur beauté.
• Tout cela n'est encore qu'une partie de sa puissance , ■ qu'une seule des paroles qui nous viennent de lui. Mais qui oserait décrire la force de son tonnerre ?
' « L'homme, dit encore le patriarche éprouvé, l'homme a pénétré au cœur des rochers, et il a renversé les montagnes ; il a ouvert les sources des fleuves , et son œil a vu tous les trésors de la terre. Mais la sagesse, où l'a-i-il trouvée ? le lieu oii elle réside , où est-il ?
« Elle n'habite pas parmi les vivants ; et l'abîme a dit : Elle n'est pas en moi , et la mer : Elle n'est pas avec moi.
LES PAT]lUTif.!!l-:S.
» On ne l' achète ni avec l'or d'Ophir ni avec la topaze d'Ethiopie. L'onyx ni le saphir, les vases d'or ni le cristal ne la donnent.
tOii est-elle ? jamais l'homme, jamais l'œil perçant des oiseaux du ciel ne l'ont vue. Mais l'enfer et la mort ont dit : Nous la connaissons.
a C'est Dieu qui sait sa demeure, Dieu qui mesure la vilesse des vents et l'intensité des pluies, Dieu qui marque leur route à la foudre et aux tempêtes.
» 11 la vit, et il dit à l'homme : Honorer le Seigneur, voilU la sagesse ; fuir le mal , voilà la science. »
Cependant, quelques mots de doute sur la justice de Dieu s'étaient échappés des lèvres du patriarche si cruellement éprouvé. Un jeune Iduméen, Élihu, en prend acte pour défendre, dans un magniiique laninij:' 5 , l'équité des jugements du Seigneur, pour inviter Job à la soumission et au repentir.
Tiihlonii dp la puissance divine.
Mais tout à coup l'entretien est interrompu, et, du milieu d'un tourbillon, la voix du Très-Haut éclate sur ces hommes qui prétendent mesurer sa puissance et discuter sa justice.
s Où étîez-vous quand je jetais les fondements de la terre ? Diles-le-moi si vous le savez.
i Où étiez-vous quand les anges du ciel saluèrent en chœur les astres nouveaux que j'attachais au firmament? où étiezvous quand j'enfermai dans ses barrières la mer sortie frémissante du sein maternel , et que je lui dis : tu n'iras pas plus loin ?
« Est-ce vous qui commandez à l'aube matinale ? est-ce tous qui fixez à l'aurore la place où elle doit paraître pour envelopper le monde et chasser les impies devant sa lumière ?
« Avcz-vous marché sur les gouffres de la mer ? ôtes-vous '■«('end us dans les profondeurs des abîmes? les portes de la mort se sont-elles ouvertes devant vous? Parlez donc si vous le pouvez.
«Où est le séjour de la lumière? où est le séjour des